Leurs phrases du jour

3 12 2008

Hier, mardi, jour des retrouvailles!

Reprise en mode expression, langage et vocabulaire.

Petit travail préliminaire de découverte et d’observation…

Exploration collective et individuelle.

Puis, lâcher de phrases…En voici quelques-unes…

 » L’école danse de joie! » Aurore

 » La voiture téléphone au camion qui danse le Rock dans son garage! » Paul-Valentin

 » Le livre joue au ballon avec la télé dans la chambre du Père Noël » Nicole

 » Le globe travaille sa géographie » (Que l’auteur se manifeste, J’ai un horrible trou de mémoire!)

 » Les fourchettes dansent le disco avec les cuillères dans le lave-vaisselle! » Eva

 » Le calendrier crie pendant que la trousse court vers le sapin qui danse » Elyse

 » La poubelle chante « A la claire fontaine » dans la salle de théâtre. » Léone

 » Les stylos dansent un ballet classique. » Oliwia

 » Le placard sort dîner au restaurant « KFC » Samy

Pour une première séance…on peut dire que la maîtresse est satisfaite!

Au fait, à votre avis, quelle était la consigne de départ?

A suivre, d’autres mots bleus, des mots d’élèves, des mots d’enfants, vos enfants…Poésies en cours…

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11 réponses à “Leurs phrases du jour”

3 12 2008
Christian Montelle (12:46:46) :

Puis-je me permettre une longue citation de mon ouvrage : La parole contre l’échec scolaire ?
La poésie a connu une désaffection importante, surtout au collège et au lycée. Il en a résulté sa disparition à peu près totale dans le domaine public, même s’il restait quelques îlots de résistance à France-Culture ou dans quelques librairies ou cercles éclairés. Il me semble deviner un frémissement, une renaissance timide du fait poétique, mais je veux tenter ici d’analyser quelques causes de ce désastre et essayer de montrer combien la poésie est nécessaire à l’homme et à la langue.

Tout d’abord, pourquoi la poésie est-elle considérée comme ennuyeuse (mot à la mode) ou « difficile » par la majorité de la population ? Peut-être la pratique de la récitation est-elle en cause, et nous verrons ultérieurement comment on peut rendre plus attractif cet exercice indispensable. Peut-être aussi le fait que le poème ait été réduit à l’état d’objet par les analyses structurales : extraction du contexte historique, effacement de l’auteur, dissection à grands coups d’isophonies, d’isolexies, d’isotaxies, isosémies et autres coups de scalpel, parfaitement justifiés pour des étudiants, mais peu motivants pour de jeunes adolescents. Yves Bonnefoy exprime son inquiétude :
« …et l’on doit s’inquiéter d’une philosophie qui déplace d’une façon si massive notre écriture vers l’usage des métalangues. Est-ce que ce fait ne signifie pas qu’une dimension essentielle de la poésie peut cesser d’être perceptible quand on la définit comme un texte ? »
(Entretiens sur la poésie, Mercure de France, Paris, 1990)

Si fécondes qu’elles aient été par ailleurs, ces approches dépoétisées, »insensées », des poèmes ont abouti à des écritures formelles qui dissuadent la lecture la plus bienveillante : ce sont des poèmes dont on parle, sur lesquels on glose, mais, qu’en général, on ne lit pas. Trop abscons, ils ne nous parlent pas et restent esseulés dans leurs logiques d’écriture.

Une troisième cause possible de cette dévaluation de la poésie est sa réduction à un jeu. Il est vrai qu’écrire un poème, c’est mettre les mots en jeu, donner un sens nouveau aux mots de la tribu, grâce à la métaphore, en particulier. Mais ce n’est pas un jeu gratuit, c’est un jeu qui a un enjeu de taille : dire le monde de façon nouvelle, comme Villon, comme Ronsard ou comme Rimbaud l’ont fait en leur temps. On peut aborder la poésie par le biais des jeux poétiques mais il faut que ces jeux soient signifiants et qu’ils ne constituent qu’un prélude, non une fin.

Un autre piège est celui de l’expression* : la poésie est réduite à l’étalement du je. Il est vrai que cette conception nous a valu d’immenses poèmes à l’époque romantique (Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie…) et qu’elle constitue encore une des motivations principales de l’écriture poétique. Mais le je* d’un élève ennuie souvent ses camarades qui veulent que l’on parle de leur propre je : chacun étale son je, sans se préoccuper des autres. Il est intéressant d’apprendre à un enfant à se décentrer, de lui montrer comment le je peut parler d’autre chose que de lui-même (Je est un autre…) et, ce faisant, dire encore bien mieux qui il est. Alors, le je ne se répand pas dans la complaisance, il se sublime, il atteint le domaine de la poésie car il abandonne le particulier pour atteindre l’universel.
Un autre marécage où s’englue souvent la poésie est la guimauve molle. On donne le sentiment que la poésie, c’est le bizarre, le n’importe quoi.

« Depuis que la poésie, à l’école, ne se résume plus à La Fontaine et Vigny, on ne dira jamais assez les ravages d’un certain surréalisme mou, mi-Éluard des mauvais jours, mi-Prévert dilué : quand la terre n’est pas bleue comme une orange, il faut faire le portrait d’un oiseau… »
Jean Cahors (Action poétique, 1976)

La poésie est tragique, même quand elle est drôle, car elle remet en cause le monde et le langage. Jean Tardieu n’est pas un poète « rigolo ». Il était absolument terrifié par ce « Monsieur » qui le contemplait — qui nous contemple — d’un air inquiet ou suspicieux dans le miroir : même son sourire nous glace, car il est notre envers. Michaux écrivait sa douleur physique due aux migraines atroces qui le torturaient, les errements de ses voyages au fond de l’enfer de la drogue : son Grand combat est une lutte à mort contre l’atrocité de la souffrance. L’écriture de ces poètes est souvent présentée comme des jeux de mots, alors que leurs auteurs ont engagé tout le tragique de leur être-au-monde dans leur écriture. En hurlant, en un cri munchien, les angoisses et les souffrances de leur je, ils portent témoignage de toutes les douleurs humaines.

« Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d’écrire ; examinez si elle déploie ses racines jusqu’au lieu le plus profond de votre cœur ; reconnaissez-le face à vous-mêmes : vous faudrait-il mourir s’il vous était interdit d’écrire ? »
Rainer Maria RILKE (Lettre à un jeune poète, 1903)

La poésie est trop belle pour qu’on se contente de la disséquer, trop tragique pour qu’on la réduise à un jeu dépourvu de sens ou à un je narcissique. C’est quand on la prend au sérieux qu’elle passionne les enfants, quand elle pose les questions existentielles* du dire/ne pas dire, de l’être/paraître, du dire son être, d’être son dit, qui les préoccupent tant.
Initier nos enfants à la poésie, c’est leur donner faim :
– c’est leur donner faim de mots,
– c’est leur donner faim de musique,
– c’est leur donner faim d’aimer,
– c’est leur donner faim de vivre,
– c’est leur donner faim du monde.

3 12 2008
Ostiane (13:27:37) :

Merci pour ta riche intervention Christian.

Ce que j’aurais envie de dire…

L’expression du « je » ne me semble pas vain lorsque ce « je » se définit dans un rapport aux autres et au monde. C’est ce que l’élève apprend à l’école, au sein d’une classe.

Le « je » au service d’un groupe et le groupe au service des « je ».

La poésie va dans ce sens. Les enfants ont faim et soif de mots, de musique, d’amour, de vie et du monde! Parfois, ils ont juste besoin qu’on leur mette l’eau à la bouche…qu’on leur serve en apéritif des goûts savoureux, des couleurs exotiques, des odeurs inconnues, des textures improbables; alors ils acceptent le risque poétique, le risque expressif, le risque créatif.

C’est important de leur permettre de prendre ce risque, d’OSER la poésie. La poésie, c’est aussi une prise de conscience de sa capacité à dire le monde…pour le transformer. Non?

La poésie ne peut se passer de sincérité, et la sincérité passe par la conscience et l’expression de ce « je »…

C’est à l’enseignant que revient la responsabilté d’accorder et de mettre en résonnance ces différents « je », non pas pour qu’ils disparaissent, mais pour qu’ils trouvent leur place ailleurs que dans un monde purement narcissique et individualiste.

A ce titre, la poésie se révèle un excellent « médiateur ».

3 12 2008
Christian Montelle (16:39:47) :

« Le “je” au service d’un groupe et le groupe au service des “je”. »
Cet horizon me semble plutôt une initiation citoyenne que de la poésie. Je pense que les adultes doivent d’efforcer d’aider l’enfant à issir de son égotisme naturel pour grandir, pour aller à l’autre, pour se trouver dans l’autre. C’est le grand apport que m’a offert le livre de Ricœur : Soi-même comme un autre.

« La poésie va dans ce sens. Les enfants ont faim et soif de mots, de musique, d’amour, de vie et du monde! Parfois, ils ont juste besoin qu’on leur mette l’eau à la bouche…qu’on leur serve en apéritif des goûts savoureux, des couleurs exotiques, des odeurs inconnues, des textures improbables; alors ils acceptent le risque poétique, le risque expressif, le risque créatif. »
Entièrement d’accord, à condition qu’on ajoute le sens et le travail d’écriture comme objectifs, que l’on ne se contente pas du surprenant, du bizarre, au risque de se trouver rapidement dans une impasse où s’exténue la poésie.

« La poésie ne peut se passer de sincérité, et la sincérité passe par la conscience et l’expression de ce “je”… »
La sincérité ne me semble pas entrer vraiment en première ligne de compte dans l’écriture poétique, même si elle s’y exprime souvent. L’adolescent lui accorde une grande importance et il faut en tenir compte. Mais je pense qu’il est libérateur de dépasser ce stade de l’expression. La poésie ne se crée pas avec de l’expression ou de l’impression, mais avec un double travail : voir autrement et dire autrement en cherchant des sens nouveaux. Cela n’est absolument pas inaccessible aux enfants.

« C’est à l’enseignant que revient la responsabilté d’accorder et de mettre en résonnance ces différents “je”, non pas pour qu’ils disparaissent, mais pour qu’ils trouvent leur place ailleurs que dans un monde purement narcissique et individualiste.

A ce titre, la poésie se révèle un excellent “médiateur”. »
L’enseignant n’est pas et ne peut être un pygmalion. C’est dans et par son travail d’écriture poétique que l’enfant va se transformer. Je vois plus la poésie comme transformatrice que comme médiatrice.
Elle transforme l’émetteur, le récepteur, la langue, le monde, le rapport au monde. En cela, elle est dangereuse pour le pouvoir : les yeux dessillés ne s’abaissent pas devant les impostures.
La poésie est aussi à la fois une immense servitude devant la nécessité du sens et de la création et une immense liberté.

Note 1 : Je ne donne qu’une opinion. L’emploi du présent semble normatif, mais les conditionnels de précaution alourdiraient le débat. J’aime ces discussions qui me remettent en cause.

Note 2 : Je n’emploie pas le verbe vieilli : issir », par pédantisme gratuit, mais parce qu’il me semble contenir un sens plus adéquat à mon propos que : « sortir ». La sortie de l’égotisme enfantin est difficile (voyez notre président !) : il faut trouver une issue, qui est une autre naissance, une autre façon d’être au monde.

3 12 2008
Christian Montelle (16:47:31) :

Un poème-art poétique que j’aimais utiliser pour initier à la poésie :

http://dadouce.tripod.com/auxmillemots/id28.html
Plusieurs beaux poèmes sur ce site.
QU’ELLE EST BELLE LA TERRE!

Qu’elle est belle la terre, avec ses vols d’oiseaux
Qu’on entrevoit soudain à la vitre de l’air,
Avec tous ses poissons à la vitre de l’eau!
La peur les force vite à chercher un couvert
Et l’homme reste seul derrière le rideau.

Qu’elle est belle, la terre, avec ses animaux,
Avec sa cargaison de grâce et de mystère!
Le poète se tient à la vitre des mots.
Cette beauté qu’il chante, il la donne à son frère
Qui se lave les yeux dans le matin nouveau.

Editions Seghers, Bestiaire pour un Enfant Poète, 1958

Vision du monde, mystère, partage, la vitre d’ l’air, le vitre de l’eau, la vitre des mots. Un bon départ.

3 12 2008
Ostiane (17:28:35) :

« à condition qu’on ajoute le sens et le travail d’écriture comme objectifs, que l’on ne se contente pas du surprenant, du bizarre, au risque de se trouver rapidement dans une impasse où s’exténue la poésie. »

Bien sûr! Les objectifs visés sont ici des objectifs de maniement de la langue et de la pensée

– différencier les notions d’objet, d’idée, de concept, de vivant

– utiliser des verbes d’actions humaines associés à des sujets non animés en vue de créer des images

– développer ces phrases de départ pour filer ces métaphores

– enrichir son vocabulaire de base pour mieux nommer et décrire

– distinguer dans l’écriture ce qui relève du réel et de l’irréel

– s’approprier des procédés poétiques
utiliser la personnification

Tout cela s’insère dans une progression et sur plusieurs séances!

L’année dernière j’ai eu droit à de véritables perles:

« La nuit engloutit le monde

Notre Dame salue le soleil

La rue s’abreuve à l’eau de la Seine

La tour Eiffel s’envole vers le ciel

Le soir respire l’air frais

Et la fleur compte ses pétales. »

Encore une vision du monde, oui, les enfants en sont capables!

3 12 2008
Christian Montelle (18:12:16) :

« – utiliser des verbes d’actions humaines associés à des sujets non animés en vue de créer des images »
Ou plutôt des métaphores – mariage contre nature de mots qui semblent incompatibles – qui est à la base de l’écriture poétique, qui est l’outil qui permet de subvertir et redonner vie au langage trop usé par l’usage (cf Mallarmé).
Paul Riœur est encore précieux avec son ouvrage : La métaphore vive (Seuil, comme tous ses livres sur le récit, l’interprétation, la mémoire et la responsabilité).
Cette fonction poétique (créatrice) de la métaphore est très précieuse pour aider les enfants à construire les mondes de leurs récits. Une description concerne, en partie, des objets inanimés. En général, les enfants pratiquent un inventaire : il y a , on voit….. Placer l’objet en position de sujet de la phrase et lui accoler un verbe d’action (comme tu le fais dans ces phrases) permet d’inventer des images, des sensations, des perceptions nouvelles. On sort de la banalité et on accède à l’écriture et non au simple rapport, à la relation du monde. La poésie ne se cantonne pas dans les poèmes.
Exemples sur demande.

J’aime ! :
Notre Dame salue le soleil

La rue s’abreuve à l’eau de la Seine

La tour Eiffel s’envole vers le ciel

Le soir respire l’air frais

Et la fleur compte ses pétales.”

3 12 2008
bouge-toi (20:28:32) :

Que dire de plus ? Vos interventions sont déjà si riches !

Peut-être ceci: la poésie, c’est fabriquer du rêve avec des mots, c’est créer un paysage nouveau en le regardant avec un regard nouveau.
Et de ce point de vue,je pense que les enfants ont même un avantage sur nous : leur regard sur le monde est comme une forêt vierge à découvrir !
Ils ont juste besoin que nous leur donnions les moyens d’oser l’aventure pour qu’ils puissent plonger dans l’océan des mots et en puiser des trésors insoupçonnables !

Je ne sais pas si je suis claire,mais …

“La nuit engloutit le monde

Notre Dame salue le soleil

La rue s’abreuve à l’eau de la Seine

La tour Eiffel s’envole vers le ciel

Le soir respire l’air frais

Et la fleur compte ses pétales.”

Cela me rappelle ce poème de Jacques Charpentreau :

« Si la Tour Eiffel montait
Moins haut le bout de son nez,
Si l’Arc de Triomphe était
Un peu moins lourd à porter,
Si l’Opéra se pliait,
Si la Seine se roulait,
Si les ponts se dégonflaient,
Si les gens se tassaient
Un peu plus dans le métro,
Si l’on retirait des rues
Les guéridons des bistrots,
Les obèses, les ventrus,
Les porteurs de grands chapeaux,
Si l’on ôtait les autos,
Si l’on rasait les barbus,
Si l’on comptait les kilos
A deux cents grammes pas plus,
Si Montmartre se tassait,
Si les gros maigrissaient,
Si les tours rapetissaient,
Si le Louvre s’envolait,
Si l’on rentrait les oreilles,
Avec des Si on mettrait
Paris en bouteille. »

4 12 2008
Christian Montelle (09:19:27) :

Pour aider les enfants à entrer dans le monde de l’écriture poétique, on peut utiliser une technique pédagogique simple : déshabiller et rhabiller une structure existant dans un poème. L’utilisation du Si, de Charpentreau et d’autres, par exemple.

Cela donne pour Sarah (5e) :

Si les oiseaux se cachent pour mourir
Alors les étoiles se cachent pour dormir

Si les étoiles se cachent pour dormir
Alors les chevaux se cachent pour souffrir

SI les chevaux se cachent pour souffrir
Alors les enfants se cachent pour grandir

Et si tout le monde se cache
Moi
Je me cache pour t’aimer

4 12 2008
Christian Montelle (13:59:29) :

Encore une citation sur les mots, les mots, les admirables mots, pierres vives de la poésie :
« Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel ; il nous faut tous les mots pour le rendre réel. » (Paul Eluard, Avenire de la poésie)
[Citation trouvée dans l’agenda de la Pléïade pour 2009.]

4 12 2008
hamburware (14:54:44) :

Bonjour,

Je ne veux pas interrompre votre débat mais je n’ai pas trouvé de moyen plus « direct » de vous contacter. J’aimerai vous proposer un projet TICE qui devrait vous intéresser ainsi que votre classe. Normalement vous devez voir mon e-mail apparaître, pourriez-vous prendre contact avec moi ?
Merci beaucoup,
Benjamin

4 12 2008
Ostiane (16:20:07) :

Bonsoir Benjamin, mon contact n’est pas directement visible mais il est accessible via la « boîte à texte » en haut à gauche du blog. Une petite porte d’entrée pour ceux qui souhaitent me contacter discrètement!

Projet TICE…ma curiosité est piquée!

A bientôt donc

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