Le jardinier pédagogue (Chap.6)

4 12 2008

L’art est la magie délivrée du mensonge d’être vrai. »

T.W. Adorno (Minima Moralia, 1980)

Schopenhauer a développé une conception esthétique originale. Loin de focaliser son attention sur le Beau et le Bien, il rappelle que la fonction principale de la contemplation d’une œuvre d’art est de nous libérer du monde dans lequel nous vivons en nous faisant pénétrer dans un univers non soumis aux déterminations causales et utilitaires. Il donne à l’art le rôle que je reconnais au récit fictionnel.

Lorsqu’il contemple un tableau, l’homme échappe pour quelques instants aux fatalités de son existence terrestre, il se sépare du principe de réalité pour accéder à un univers d’idées où règne une forme de calme apaisant. L’art devient un moyen d’échapper à l’intolérable, une solution pour lutter contre la dureté de l’existence. C’est que  » la vie humaine est une affaire qui ne recouvre pas ses frais  » et il faut bien par conséquent trouver des moyens cohérents pour se soustraire à son empire. Pour Schopenhauer, l’art est la seule justification qui puisse justifier notre désir de continuer à vivre. J’y ajoute volontiers le merveilleux et l’amour, mais là n’est pas mon propos. Je voulais simplement souligner l’importance de l’art et de la fréquentation du beau.

Curieusement, l’école semble être pour beaucoup, une machine à vacciner contre l’art.

La poésie ? Pouah ! Casse-pieds !

Les Beaux-Arts ? Non mais ! C’est nul[1] !

La musique ? Okay ! House, hard rock, rap, hip hop…

Mozart ? Vous rigolez ! C’est pour les blaireaux.

Le portrait semble caricatural, mais il contient pourtant une bonne part de réalité. La rave remplace le concert symphonique, la BD remplace le musée, le slam remplace Rimbaud.

Comment éduquer l’œil à l’harmonie des formes, des couleurs de la composition, comment ouvrir l’oreille aux subtilités de la mélodie et du rythme ? Comment cultiver cette émotion jouissive intense de la communion avec l’artiste de façon à ce qu’elle ne se limite pas à des trips rustiques avec des émotions brutales et dangereuses qui ne laissent que cendres dans le cœur ? On ne peut pas faire grand-chose, sinon informer, pour les dégâts commis dans le milieu familial :

– télévision continuelle, avec ses ultrasons destructeurs et son flux ininterrompu

– musiques brutales

– bruits de fond permanents

– cris et chamailleries

– paroles agressives envers l’enfant

Mais dès l’arrivée à la crèche, puis en maternelle, on peut créer une ambiance sonore douce et agréable de musiques de toutes sortes. L’enfant y éduquera son oreille. On peut inscrire dans le corps de l’enfant des rythmes variés et subtils. Lorsque l’élève est plus grand et en échec, il est plus difficile de l’amener à d’autres musiques que celles de son MP3. On peut passer par des musiques comme le flamenco, le reggae, la musique classique chinoise, les gamelans. Des musiques rythmées qui dépaysent l’enfant, mais sont très riches de mélodies et de rythmes. Dans le répertoire classique, on peut aussi trouver des œuvres pour accrocher les oreilles, en, les faisant précéder de récits qui en facilitent l’accès et qui leur donnent sens. Tel enfant rebelle se montre passionné par la Cinquième de Beethoven ; tel autre est fasciné par la Pastorale de Berlioz ; une autre fond à l’écoute de Mendelsohn ou de César Franck ; une dernière vibre à Carmen. Il y faut beaucoup de doigté, mais la musique peut être un agent efficace de reconstruction des vibrations positives, de rapprochement de l’harmonie intérieure. Faire beaucoup travailler sur les rythmes en pratiquant des percussions, des marches rythmées, de la danse, du travail sur le corps. Faire utiliser des instruments non-conventionnels : rhombes, lithophones, bendirs, avant de laisser l’enfant choisir un instrument plus traditionnel qui peut aller de l’harmonica au piano. Le chant est très socialisant et le répertoire est immense. Certains airs de chanteurs de qualité sont accessibles aux enfants.

En ce qui concerne les arts graphiques, la démarche est similaire. Couvrir les murs de la maternelle, non de dessins d’enfants exclusivement, mais d’œuvres d’art souvent renouvelées. Demander aux enfants de dessiner avec des contraintes fortes et après un bain d’images. Par exemple, limiter à une couleur en camaïeu, travailler sur la ligne ou le trait, en partant des Tournesols de Van Gogh, dans le premier cas, en s’imprégnant de Matisse ou de Hartung dans le second. Pour l’enfant en échec, passer par le biais de l’Art brut qui échappe aux schémas habituels. Puis proposer des œuvres fortes, jusqu’à ce que l’on obtienne un déclic. Expliquer les genèses, les techniques, le sens. Décortiquer la composition, les harmonies. Les enfants aiment beaucoup l’aspect technique qui les amène à une tentative d’imitation puis de création. Peinture au doigt, au couteau, au pinceau large, puis acquisition de techniques plus fines. Il est vrai que ces pratiques sont souvent vues dans les classes de maternelle, mais ensuite, elles disparaissent.

Loin d’être un luxe ou un dérivatif récréatif, le monde des arts est une oasis dans laquelle l’enfant peut rencontrer des émotions et des plaisirs qui le régénèrent. Sa créativité peut trouver à s’y exercer dans une liberté conquise en surmontant la difficulté des contraintes et non dans une « expression » de je ne sais quelles forces intérieures. Cette force créatrice s’applique sur des travaux qui trouvent un catalyseur dans les œuvres des grands artistes, après une étude minutieuse de leurs techniques et une approche de leur génie particulier. Elle passe toujours par le geste, le geste maîtrisé auquel tout l’intellect et tout le corps participent. Henri Matisse « Il faut regarder toute la vie avec des yeux d’enfants »

Christian MONTELLE

Ornans, Août 2008

Diffusion libre



[1] La palette de jugement est souvent très rustique.

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10 réponses à “Le jardinier pédagogue (Chap.6)”

4 12 2008
Ostiane (17:51:13) :

Mozart…une émotion à laquelle tout l’intellect et tout le corps participent…

Je tiens à remercier Christian pour cette chronique que j’ai toujours beaucoup de plaisir à mettre en formes, en couleurs et ce soir, en musique.

La richesse de ses propos, même s’ils paraissent parfois exigeants, voire inaccessibles, nous invite à plus de rigueur et plus d’humanité….

4 12 2008
Christian Montelle (20:06:46) :

Je ne pense pas que mes réflexions et propositions soient inaccessibles. J’ai commencé ma carrière avec de jeunes blédards du Moyen-Atlas marocain qui parlaient arabe ou berbère à la maison (arabe et berbère pour certains), commençaient la scolarité en arabe dialectal, apprenaient le Coran en arabe classique, commençaient le français en CE2, avec des maîtres tout juste francophones et étudiaient les maths, l’histoire, la géographie, les sciences et le français, en français, dès la sixième. Les profs européens n’étaient pas arabophones et ne devaient jamais employer l’arabe en classe s’ils le connaissaient. Les élèves apprenaient aussi l’arabe écrit (ah! la voyellisation !), l’histoire religieuse, l’histoire et la géographie des pays musulmans en arabe. Quarante élèves par classe, au collège, très peu de livres. des élèves qui avaient des distances considérables à parcourir pour venir au collège. Pas un livre à la maison, pas d’électricité, mais des bougies onéreuses et soigneusement, économisées. Une nourriture extrêmement frugale. Des parents qui ne savaient ni lire ni écrire pour la plupart, surtout en français.
En troisième, ces enfants passaient avec succès un brevet équivalent au niveau du brevet français de l’époque.
C’était, en somme, les conditions de travail des premiers instituteurs français, en remplaçant l’arabe classique par le latin de la messe et l’arabe dialectal par les patois.
Ces hussards noirs de la république proposaient le meilleur de la littérature et de la culture aux enfants et ceux-ci s’en imbibaient. Les classes avaient des effectifs énormes, les moyens des familles étaient faibles.

C’est pour cela que je refuse toute esquive en ce qui concerne les ambitions que l’on peut avoir par rapport à des enfants. Un gosse peut TOUT apprendre quelles que soient ses origines culturelles ou sociales.
On ne peut que se désoler de la pauvreté d’un très grand nombre des objets culturels qui leur sont proposés quand leur profil est déjà fixé en raison de leurs origines. Et aussi des effrayantes pertes de temps, consacrées à des activités sans grand contenu. Ce sont dures paroles, mais ne faut-il pas savoir pratiquer un peu l’autocritique ?
En aidant des enfants, j’ai été scandalisé en constatant le peu de travail qui leur était demandé, le nombre d’heures consacrées à des activités au rendement problématique.

Je sais que le ministre actuel tient ce discours et il faut se demander pourquoi il reçoit une si grande audience. Mais lui, ne propose qu’un retour en arrière impossible et ses « réformes » se contentent de supprimer des heures de cours et des moyens pour les élèves en difficulté.

6 12 2008
bouge-toi (00:28:30) :

Juste une remarque qui ne remet pas en cause le fait que l’autocritique est nécessaire.

La différence entre les enfants que tu as rencontrés au Maroc et ceux qui sont actuellement dans nos classes : les premiers connaissaient la valeur du travail, de l’effort, savaient ce que l’école pouvait leur apporter (et leurs parents aussi). Les seconds beaucoup moins, selon moi !
Attention , je ne généralise pas…mais de plus en plus je rencontre des élèves qui ne savent pas ce qu’ils font à l’école , qui se contentent du peu, qui rechignent à tout effort… Tu me diras : »A toi de leur redonner ce goût ! ». Certes, mais ce n’est pas toujours aussi simple que tes propos le laissent entendre( propos que je ne trouve pas inaccessibles, mais qui demandent réflexion et concentration).
Il y a tant de paramètres à prendre en compte, que j’ai parfois l’impression d’être submergée par une vague d’énigmes dont j’émerge difficilement, comme si j’essayais de sortir de l’eau plusieurs enfants en même temps pour leur éviter la noyade…Aurai-je les épaules assez larges pour cela ? Je me pose souvent la question…

Oui, je sais, pas trop le moral ce soir, côté école…

Allez essayons de finir sur une note plus positive : je suis relativement d’accord sur tes interventions sur la technique et sur les arts. Et j’ai toujours trouvé déplorable la place (la vision) donnée aux formations dites « manuelles » dans notre pays. Je connais un grand nombre de personnes sans diplôme qui ont un talent incroyable entre les mains, mais à qui on n’a pas donné la chance de l’exprimer dans un cursus scolaire…

6 12 2008
Christian Montelle (07:57:46) :

@ Bouge-toi
L’auto-critique ne suppose pas de se flageller de verges. Notre société matérialiste d’inégalités croissantes, de consommation effrénée et de solidarité niée a une responsabilité énorme dans la dégradation du public scolaire. Les enseignants, les policiers, les travailleurs sociaux souffrent terriblement de cette situation – et pas que dans les « quartiers » – car ils sont entre le marteau et l’enclume, sans être responsables de cette horreur sociale. La première façon de lutter contre l’échec scolaire est de lutter contre cette société de jungle qui ne reconnaît que la force, sous un discours compassionnel d’une hypocrisie totale.
Aujourd’hui, on célèbre les droits de l’homme. Quelle farce, quand on considère la politique du pétrole et des autres matières premières, politique qui provoque des millions de victimes innocentes. Quand Bush et ses complices seront-t-ils jugés comme criminels de guerre ?
Mais cela n’empêche pas de se demander si l’on ne peut pas trouver des stratégies qui puissent améliorer la situation. Je ne parle pas d’auto-critique négative, assez inutile, mais d’auto-critique positive qui conduit à des solutions.
Tu touches là un problème qui me concerne en ce moment. Une revue pédagogique m’a demandé un article. J’y ai pointé quelques insuffisances de l’école mateernelle actuelle. la rédaction m’a demandé de gommer ces remarques de façon à ne pas donner du grain à moudre à Darcos et ceux qui sont en train de détruire ce niveau essentiel. Mais on ne peut progresser en imitant le « meilleur des mondes » de ce bon Pangloss : en se bouchant les yeux !

Ta remarque :  » Il y a tant de paramètres à prendre en compte, que j’ai parfois l’impression d’être submergée par une vague d’énigmes dont j’émerge difficilement » évoque un gros problème de l’école actuelle. On demande tout aux enseignants, en exigeant qu’ils adaptent leur enseignement à chaque enfant. Tenir compte des profils psychologiques, du niveau de chacun, de la situation sociale de chacun, des travaux des psycho-linguistes, des psycho-cognitivistes, des didacticiens, des pédagogues, des moyens techniques d’enseignement, des des…, des…, des…
Je crois qu’il faut se calmer et se concentrer sur des questions simples : que vais-je enseigner à mes élèves aujourd’hui ? Quelle amorce ? Quel itinéraire ? Quelle évaluation ?
Et ne pas lâcher tant que cette notion n’est pas parfaitement acquise. Les enfants qui ont compris la notion peuvent se consacrer alors à de la lecture, de la recherche, à l’élaboration, en classe, d’une monographie…
Oublier un peu les délires du genre : « Il ne faut rien apprendre à l’enfant qui doit construire seul son savoir ». C’est de la pédagogie de salon, de la pédagogie sans élèves, qui baigne tant qu’on cause, qui ne peut, au mieux, fonctionner qu’avec quelques pédagogues d’élite.
Les enfants ne sont pas intéressés ? Essaie d’utiliser ce que j’appelle l’identité narrative et transforme-toi en conteuse pour raconter une histoire qui servira d’accroche à la leçon. Utilise les trésors de la littérature orale – poésie, théâtre, textes de la tradition orale – pour amener tes élèves à l’écrit. Il faut placer une esche à l’hameçon ! Tu ne perdras pas de temps ; tu en gagneras.
Suis ton tempérament et construis la pédagogie qui te convient.
Voilà quelques réflexions faciles pour celui qui n’est plus dans l’arène. Je tente seulement de transmettre un peu d’expérience, mais je n’ai pas de méthode.

6 12 2008
bouge-toi (10:16:27) :

Merci Christian…Tu sais j’utilise l’identité narrative dont tu parles : la semaine dernière je leur ai conté une randonnée « Le rutabaga », dès qu’ils ont compris le schéma répétitif, je leur laissais le soin de conter la phrase récurrente : ils ont adoré ! Après nous avons lu d’autres randonnées, maintenant ils écrivent leurs propres randonnées avec lesquelles nous construirons de mini-livres dans le but de les lire ( ou de les conter aux élèves des autres classes)lors du goûter de Noël.

« Suis ton tempérament et construis la pédagogie qui te convient. »
Mon problème est peut-être bien là : mon tempérament est empli de doutes, d’hésitation, j’ai toujours manqué de confiance en moi à l’extérieur tout en étant têtue, et en voulant avoir le dernier mot à l’intérieur… « La sérénité au coeur d’un volcan »…

Tu dis : » Une revue pédagogique m’a demandé un article. J’y ai pointé quelques insuffisances de l’école maternelle actuelle. la rédaction m’a demandé de gommer ces remarques de façon à ne pas donner du grain à moudre à Darcos et ceux qui sont en train de détruire ce niveau essentiel. Mais on ne peut progresser en imitant le “meilleur des mondes” de ce bon Pangloss : en se bouchant les yeux ! »

Je pense que jouer à l’autruche n’aidera pas à défendre la maternelle.
Rien n’est parfait et le faire croire, ne serait-ce pas mentir et se précipiter soi-même dans l’abîme ?
Il vaudrait mieux, à mon avis, montrer ses plaies et proposer des soins appropriés !
Notre ministère,lui, cherche à couper la jambe écorchée au lieu de la guérir (plus facile, quoique…, mais quel déséquilibre ensuite pour l’ensemble du corps !)

Sûr ce, bonne journée !

6 12 2008
Julos (11:08:06) :

Quelques mots à propos de la maternelle pour laquelle j’ai peut-être encore un peu de légitimité à m’exprimer (plus pour longtemps hélas).

Je reproduis quelques phrases de M. Darcos, prononcées récemment devant le Sénat.
En juillet 2008, M. Darcos déclarait notamment ceci :

« …Tout le monde sait bien qu’en France, si nous scolarisons si tôt des tout petits enfants, à 2 ans ou 2 ans et demi, ce ne sont pas pour des raisons scolaires, mais parce que ça arrange les communes, les maires, parce que ça empêche de fermer des classes… » puis un peu plus loin ceci :

« …Donc la question du préélémentaire me paraît devoir être posée, mais elles est très difficile à soulever sans immédiatement amener avec elle une tempête de polémiques et de préoccupations municipales… »

Le 3 décembre 2008, il terminait son propos en disant ceci :
« … Reste que nous n’avons pas encore réglé, dans notre pays, la question de la scolarisation des très jeunes enfants de 2 à 3 ans. Des rapports ont été publiés sur le sujet, en particulier celui de Mme Papon et de M. Martin, sur la prise en charge spécifique des enfants de cet âge… »

J’en déduis ceci : M. Darcos a beau s’excuser auprès des enseignant(e)s de maternelle pour ces propos à ras des couches, il n’a pas changé d’avis sur l’ESSENTIEL : une probable remise en cause de l’actuelle politique de la petite enfance en matière de mode de garde et de scolarisation ! Et quand on sait que l’objectif prioritaire de ce ministère est de faire des économies de coût, c’est inquiétant.

****************

Sans doute que la frilosité des responsables de la revue pédagogique dont parle Christian s’explique largement par ce contexte propice à des attitudes défensives plutôt que novatrices.

6 12 2008
Christian Montelle (19:53:37) :

Je pense qu’il n’est pas de bonne stratégie de se défendre en bouchant tous les trous et en refusant de voir la réalité. Il est peut-être nécessaire de faire un bilan lucide du positif et du négatif que l’on porte pour adopter la tactique appropriée.
Nous avions la meilleure maternelle du monde, la planète entière en convenait. Une rage de précocité d’apprentissage de l’écrit, une folie d’évaluations prématurées, une introduction irrationnelle d’outils inadaptés ont rendu cette étape du cursus inadaptée pour certains enfants qui n’avaient ni le bagage linguistique, ni le bagage culturel, ni le bagage psychologique pour subir ce forçage. Les enseignants n’en sont nullement responsables : ils ont obéi aux Instructions et j’ai rencontré de vénérables et admirables maîtresses de maternelles qui pleuraient (ou prenait une retraite anticipée) tant elle étaient désolée de l’inanité des « réformes » proposées. Elles connaissaient les petits, elles. L’échec qui en a découlé est extrêmement difficile à gérer et les solutions proposées sont peu satisfaisantes. Trouvons-en d’autres, plus adaptées, plus souples, plus humaines. Il s’agit de PROUVER que la maternelle est absolument indispensable pour donner des chances égale aux enfants. A condition qu’elle leur donne cette langue, cette culture, cette assurance qui leur manque tant. Et non pas en les testant à chaque heure, en les mettant devant des machines ou en les occupant avec des jeux Nathan débiles.

6 12 2008
Julosbis (20:12:18) :

A propos de la télévision, P. Meirieu vient de mettre en ligne un texte coup de gueule dans lequel il propose un certain nombre de contre-feux qui laisseraient espérer une sortie intelligente de l’impasse où nous sommes tous, jeunes et moins jeunes, depuis si longtemps : « entre crétinisme et élitisme »

http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm

7 12 2008
Christian Montelle (05:22:48) :

Excellent texte, excellentes propositions de Meirieu et nous devons soutenir ces propositions de toutes nos forces. La crétinisation n’est pas un problème neuf. Jacques Charpentreau en parlait déjà dans un ouvrage paru en 1971 :
http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/charpentreau-jacques/la-cretinisation,10869309.aspx
Extrait :
“… Par la
télévision, nous introduisons
chez nous le bavardage
de n’importe quel
intrus. Bientôt, monstrueux
successeurs de l’étoile qui
brillait sur la crèche, des
satellites immobiles audessus
de chez nous permettront
à n’importe quel
camelot milliardaire, à
n’importe quel Etat totalitaire,
de nous convaincre
jour et nuit et de faire des
affaires. Nous serons crétinisés,
asservis, domestiqués,
entélévisionnés,
chaîne après chaîne(1)”

Disons, pour le moins que la lutte contre cette crétinisation par le pouvoir de l’argent n’a pas été très efficace jusqu’à maintenant, puisque nous avons élu un président inculte et propagateur effréné de l’idéologie et des poisons de TF1. Il nous faut donc encore réfléchir au delà des pétitions.
J’ai participé plusieurs années au mouvement JTA (jeunes téléspectateurs actifs ; existe-t-il encore ?) qui ne travaillait pas sur l’institution (le ministère a récupéré le label) mais sur le cerveau disponible des enfants. Il s’agissait d’apprendre à interpréter la télévision plus loin que la simple consommation ou compréhension. Cela me semble une piste difficile mais prometteuse. Je me souviens, par exemple, d’avoir participé à un atelier de décryptage, à Lille, lord d’une rencontre sur ce thème. Nous avions découvert qu’un reportage sur la visite du président de la république (FM) à la reine d’Angleterre était largement bidonné : images d’archives mêlées au reportage, par exemple. On découvre très vite que la télévision n’est absolument pas un reflet de la réalité mais un montage qui a des intentions. Cela m’a amené à enseigner à mes élèves l’écriture télévisuelle, après avoir participé à un club de création vidéo durant une année. Avec des cinquièmes, par exemple, nous avons réalisé des contre-journaux télévisés, des parodies de pubs. C’est plus intéressant et plus éducatif que de tourner des films « policiers ». Je me souviens, en particulier, d’un bulletin d’information sur la marée noire (Amoco Cadix) pas piqué des hannetons. Les JT n’avaient pas leur langue dans le PPDA !
Une autre piste est d’apprendre aux enfants à se servir intelligemment de la formidable base de données que constituent la télé et Internet.
Pour la télé, analyse, visionnage et discussion, basés sur une émission. On peut aussi montrer des choses plus intéressantes que la télé, parce qu’observables dans notre entourage immédiat et apprendre à se servir de la télé, d’Internet du CDI pour aller plus loin. La nature, l’histoire locale, par exemple, sont des champs exploitables.
La nature ? Un objet d’étude largement utilisable et largement méconnu : les oiseaux. Etude éthologique des oiseaux visibles, légendes étiologiques ou contes merveilleux les mettant en scène, activités de protection et de nourrissage, représentations artistiques (poétiques, graphiques et musicales, avec Messian).
C’est autrement intéressant que de regarder la télé. Mille recherches sont à entreprendre, des monographies à écrire, des calculs et études géographiques à effectuer sur des parcours de migrations. toutes les matières sont concernées.
Les arbres, les fleurs et autres plantes, les éléments, les insectes, les pierres sont d’autres champs immenses. On n’étudie pas dans le vide, on ne décortique pas les malheurs du monde, mais on découvre ses merveilles (ce qui est plus adéquat pour former des enfants qui ont envie de vivre et de lutter pour protéger ces merveilles). Les outils modernes de quête d’information sont alors utilisés de façon intelligente et passionnante.
Cela demande un gros travail car le maître doit être un expert pour impulser et canaliser les curiosités et les recherches. Mais les enfants ont des capacités étonnantes et un enthousiasme inépuisable quand on étudie « pour de bon ».

Il y a d’autres pistes pour aider les enfants à se servir à bon escient des merveilles technologiques que notre époque met à notre disposition. Notre métier est d’être éducateurs, pas pétitionneurs, même si notre devoir de citoyen est de pétitionner.

7 12 2008
Christian Montelle (05:51:14) :

PS Je place sur picasa quelques photos d’oiseaux prises de mon salon :

http://picasaweb.google.com/Erasmouse/PortraitsDOiseaux?pli=1#

Saviez-vous que le rouge-gorge avait trois poils de moustache ?

Que mange le gros-bec ?

Comment la sittelle grimpe-t-elle le long des murs et sur les troncs ?

D’où arrive cette pie-grièche écorcheur tout essouflée ?

Comment les oiseaux apprennent-ils à voler ?

A quoi sert la plateforme qui domine le nid de la pie ?

Mille questions seulement sur ces oiseaux !
Et les autres tout aussi facilement observables : accenteur mouché, chardonneret, fauvette mélodieuse, bergeronnette… J’ai identifié plus de cinquante espèces dans mon seul jardin !
Chacun a son anatomie adaptée, son alimentation, ses amours, sa nidification, ses chants, son vol, ses migrations proches ou lointaines, son caractère aussi !

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