Le jardinier pédagogue (Chap.7)

7 01 2009

La science du pédagogue et le coeur du jardiner

Chapitre 7

« MENS SANA IN CORPORE SANO« 

Aime ton corps, ton corps t’aimera… Anonyme

mais… Mon corps n’en fait qu’à sa tête ! (Marcel Achard)

La paupérisation de masses de plus en plus importantes de la population française pose les problèmes de l’alimentation et ceux de l’hygiène de vie. Des carences graves dans les régimes alimentaires de la mère et du nourrisson peuvent entraver certains développements conditionnés par des apports essentiels. Plus tard, des menus très déséquilibrés, trop riches en graisses et en sucre provoquent des accumulations graisseuses traumatisantes aussi bien pour le corps que pour le psychisme.

L’école éprouve des difficultés pour faire face à ces problèmes et des palliatifs ne sont possibles que par des initiatives locales, en liaison avec les services sociaux. J’en donne un exemple. Des mamans issues de l’immigration étaient suivies par les services sociaux de Nancy. Il apparut que beaucoup étaient dans un état dépressif et négligeaient considérablement la préparation des repas de leurs enfants. Elles achetaient d’immenses sacs de frites, de carrés de poisson, d’ailes de poulet, de barres de mars ou autres produits chocolatés et cela constituait un ordinaire sans fruits ni légumes. On leur démontra, calculette en main, que l’on pouvait établir des menus autrement appétissants et sains en dépensant moins d’argent. Mini-action, grands effets !

L’hygiène de vie pose aussi problème dans certains cas. L’école d’autrefois s’en préoccupait ; pourquoi celle d’aujourd’hui ne le ferait-elle pas. Réduire la télévision au profit de promenades familiales. Se coucher assez tôt pour se lever à sept heures, même le dimanche. Pratiquer un ou plusieurs sports. Se détendre avec des jeux de société plutôt qu’avec des consoles. Veiller soigneusement à sa propreté corporelle et à celle de ses vêtements. Tout cela change le rapport à la vie et aux autres des enfants qui, se respectant mieux, respectent mieux les autres. Il est plus facile d’inculquer ces habitudes à des enfants qui sont en institution, mais cela n’empêche pas d’évoquer fréquemment ces problèmes en classe. Certains contes d’idiots (beotiana) parlent de ces thèmes.

Venons-en à la pratique des activités sportives. Une jeune fille de ma connaissance excellait à la course de fond. Dès le collège, elle s’était classée en tête des cross et autres courses d’endurance. Pour le bac, elle avait donc choisi cette discipline. Le jour de l’épreuve, il fallait qu’elle annonce d’avance le temps qu’elle allait réaliser. Cela l’inquiétait énormément. Le jour du bac, elle a perdu plusieurs points parce qu’elle était allée trop vite. Elle n’a plus jamais couru.

Certains professeurs d’éducation physique et sportive font pratiquer ces activités sous l’aspect exclusif du challenge et de la haute compétition. Cela ne me semble pas judicieux, sauf à considérer l’école comme une pépinière de futurs champions. Certes, la compétition signifie le dépassement de soi dans le respect de soi et le dépassement des autres dans le même respect des autres. C’est là toute la valeur éducative du défi sportif.

Mais, il est un objectif autrement important : que tous les enfants éprouvent dans leur corps la joie de l’exercice physique, sans se préoccuper le moins du monde de leurs performances. Les séances de gymnastique dans la nature, en communion avec le milieu, sont un excellent cadre pour pratiquer des courses, des escalades d’arbres ou de rochers, des traversées de rivières, en utilisant tous les accidents de terrain pour des exercices de musculation ou de relaxation. Étirements, respirations diverses, exercices collectifs de confiance en l’autre, voilà la tonalité pour que les enfants goûtent les charmes d’un corps qui se fait plaisir.

Si certains veulent se torturer dans les extrêmes, qu’ils le fassent dans d’autres cadres et d’autres moments, en groupes motivés. La sophrologie, le yoga, le taî-chi peuvent venir en aide à cette recherche de la sérénité physique. Il me semble aberrant d’enseigner des sports de combat à des enfants en révolte et en rupture scolaire. Leur agressivité est un gros problème et on les voit exercer leurs nouveaux talents à affronter des bandes rivales ou à cabosser des CRS. Est-ce là le but recherché ? Je ne vise pas ici des sports comme le judo ou le karaté pratiqués selon les règles de l’art. Mais, quand on voit ce qu’en font les commandos dans l’instruction militaire, on sait trop combien certains sports nobles peuvent être détournés vers des visées meurtrières. Et certains films en persuadent des esprits faibles.

Christian MONTELLE

Ornans, Août 2008

Diffusion libre Prochaine mise en ligne: conclusion et propositions de pistes à suivre…