Evaluer…un mot à la mode

19 01 2009

Évaluer: estimer, donner de la valeur…vraiment?

Pourtant, bien souvent, l’évaluation se concrétise en classe par la notation, le verdict, la sanction, la mesure selon un barème identique pour tous là où les besoins sont toujours individuels. Quel élève peut affirmer qu’il en sort, non seulement valorisé, mais également davantage conscient de la trajectoire qu’il lui reste à suivre? Quel parent peut réellement percevoir les progrès effectués ou les difficultés précises qui subsistent? Quel enseignant peut réaliser, à partir de la seule note, les grands axes à définir pour mettre en projet chacun de ses élèves?…Pas grand monde en définitive…et certainement pas les fameux 15 % d’élèves en échec scolaire à la sortie du primaire!

Non, pour être honnête, personne ne peut se satisfaire d’un pareil outil de triage.

Oui, pour être honnête, j’ai été élève, je suis maîtresse, je suis maman, et je peux vous avouer une chose: les notes ne m’ont jamais éclairée sur le « comment avancer ». Car c’est bien cela qui doit primer, n’est-ce pas ?

Élève, elles me terrorisaient ou me glorifiaient mais ne m’aidaient nullement à prendre conscience du chemin parcouru et des étapes suivantes à franchir. Parent, elles m’exaspèrent ou me flattent mais ne me parlent ni de mon enfant, ni de ses capacités, ni de ses compétences ni des manques qui persistent. Enseignante, elles me font perdre du temps et ne me permettent  aucunement d’accompagner et de guider efficacement mes élèves.

Alors, pourquoi je continue de noter???

 » -…car j’ai été élevée ainsi, car le système est ainsi fait, car mes collègues le font, car curieusement les parents et les enfants le demandent, car je n’ai encore rien trouvé ou expérimenté de plus simple, de plus efficace, de plus parlant.

– Mais enfin, Ostiane, me hurle Gimini Criquet dans le tréfonds de ma conscience, rien n’est simple en pédagogie, tu le sais bien, alors ne te cache pas derrière de fausses bonnes mauvaises raisons!

– Aïe, tu me fais mal aux oreilles, ne crie pas ainsi, je ne suis pas sourde, et puis tu te répètes… »

Évidemment, vous me direz et je serai en accord avec vous, chacun a besoin de repères clairs et définis afin de visualiser les objectifs et les notions en jeu, de comprendre les besoins et de se projeter vers des objectifs ciblés et pertinents. Oui. Évidemment. Et l’enseignant éprouve ce même besoin, cette même nécessité! Mais ne peut-on enfin penser la classe autrement? Ne peut-on enfin écouter les chercheurs et s’inspirer des méthodes qui existent ça et là. Tout le monde en parle! Cette question de l’évaluation est omniprésente en formation continue, en salle des profs, sur le trottoir, à la sortie des classes, et même ces dernières semaines, dans les médias!

Quand aurons-nous le courage et l’honnêteté de nous y atteler, en conscience, en pensée, en action et en équipe!

Malheureusement, on ne pourra sereinement ni envisager ni parler d’évaluation positive en classe tant que persisteront, venues de l’extérieur des pressions infondées et inopérantes mettant en place des mécanismes sinon de compétitivité, du moins de comparaisons malsaines.

Alors quoi?

Quand, comment, pourquoi évaluer?

Qui ou quoi évaluer?

Voici, en guise de modeste conclusion, quelques mots-clés qui permettent, au quotidien de donner un sens à l’évaluation. Car s’il n’a jamais été question de la supprimer, il est grandement temps de la penser autrement.

1/ pertinence/transparence/compréhension: le contenu d’une évaluation doit être en étroite relation avec le contenu travaillé en classe; il doit être explicite pour l’élève et pour les parents; la forme et les consignes ne doivent pas être sources d’incompréhension

2/ régulation/adaptation/différenciation: les résultats d’une évaluation doivent permettre à l’enseignant de réguler les apprentissages et leurs rythmes en fonction des différents besoins révélés

3/ communication/progression/construction: en aval et en amont de toute évaluation, il y a le souci permanent d’échanger, de mettre en lumière les points d’appui et les points à travailler, de mettre en projet un élève, un groupe, un enseignant

Pour terminer, je souhaite partager avec vous, comme une invitation à la réflexion, quelques exergues venus d’ailleurs.

« Il faut que l’enfant sache ce qu’on attend de lui » COUSINET

« L’évaluation doit rester un outil de régulation, intervenir lorque rien n’est joué, qu’on peut encore agir. » PERRENOUD

« L’évaluation est moins un problème de mesure que de dialogue. » CARDINET

Sur ce sujet, quelques textes et sites à visiter, riches en matière (réflexion/action)

http://www.pedagopsy.eu/dossier_evaluation.htm

http://www.charmeux.fr/evaluer.html

http://francois.muller.free.fr/diversifier/index.htm

http://www.meirieu.com/ECHANGES/pepinster_evaluation_pratiques.pdf

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/01/19012009Accueil.aspx

http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=4204


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3 réponses à “Evaluer…un mot à la mode”

19 01 2009
Ostiane (17:49:48) :

Ci dessous, en relation avec les fameuses évaluations de CM2, un argumentaire très éclairant reçu dans ma boîte mail mais dont je n’ai pas les coordonnées de l’auteur! S’il passe par ici, qu’il se fasse connaître!

En voici la teneur:

« Réflexions au sujet du dispositif des évaluations nationales CM2

Des raisons d’ordre pédagogique, didactique et éthique me poussent à réagir:

1-Pourquoi ces dates de passation en milieu d’année scolaire ? Il est pour le moins absurde et aberrant de faire passer ce type d’évaluation alors que beaucoup de compétences « évaluées» n’ont pas encore été abordées à cette période de l’année et qu’un certain nombre sont en cours d’acquisition. Si on analyse ce qui se passe, les enseignants tenus de faire passer ces évaluations placent donc en toute connaissance de cause, leurs élèves en situation d’échec. Quelle vision, quelle confiance les élèves peuvent-ils avoir de leur enseignant qui les met volontairement en situation d’échec ? La même question se pose du point de vue des parents. Et quelle violence faite aux enseignants tant sur le plan pédagogique, didactique qu’éthique …

2- Pourquoi de telles modalités « d’évaluation » ? Le système de notation juste/faux est très réducteur et ne prend absolument pas en compte le fait qu’une compétence puisse être en cours d’acquisition, qu’un savoir se construit. Quelle méconnaissance de la façon dont un élève apprend. Ne doit-on plus prendre en compte le rythme d’apprentissage des élèves ? La pédagogie serait-elle devenue binaire? Je pensais faire un autre métier.

3-Pourquoi aucun outil de rémédiation n’est-il prévu contrairement aux anciennes évaluations nationales CE2 ? Les anciens protocoles privilégiaient le diagnostique et pouvaient ainsi constituer des outils professionnels pour la classe. Les prochaines évaluations seront exclusivement ciblées sur la mesure des acquis scolaires des élèves par rapport à un nouveau programme – qu’ils n’auront, faut-il à nouveau le rappeler, même pas vu en entier.- L’un des objectifs des évaluations CM2 n’est donc pas d’évaluer les élèves pour les aider à progresser dans leurs apprentissages mais de « mesurer » des résultats comme on mesure des performances. N’est-ce pas dès lors mesurer la « performance » su système éducatif dans son entier à l’aune d’indicateurs volontairement biaisés ? N’est-on pas en train de préparer progressivement l’opinion publique à l’idée que la mission première de l’enseignement réside dans la quête de la performance ? L’introduction de la culture du résultat à l’école me semble bien dangereuse et contraire à notre métier. Nous travaillons avec des êtres, pas avec des chiffres.

4-Pourquoi alors que dès les 2 et 3 octobre 2008, les modalités de « l’évaluation des acquis des élèves en français et en mathématiques en CE1 et CM2 » étaient présentées aux Inspecteurs d’Académie et aux Inspecteurs de l’Education Nationale, les enseignants n’ont-ils eu que très tardivement accès aux informations concernant leur mission d’enseignant ?

La précipitation, le peu de délai accordé, le secret qui entoure ces évaluations me laissent perplexe.

D’autres points me questionnent et m’interpellent:

1-Malgré le secret qui devait être gardé, ces évaluations sont consultables sur Internet avant leur déroulement, ce qui interroge sur l’efficacité de la sécurisation informatique si souvent louée (cf base élèves).

2-Pourquoi le Ministre de l’Education après avoir annoncé que les résultats de ces évaluations seraient « rendues publiques école par école » a-t-il renoncé à la publication des résultats ?
Rendre public les résultats des évaluations reviendrait à créer un système de classement des écoles, à entériner la mise en concurrence des écoles les unes avec les autres, des enseignants entre eux. Cela entraînerait aussi la fin du service public dans ce qu’il peut encore avoir d’égalitaire.

3-Les résultats « de la France entière, des académies et des départements » seront cependant accessibles en ligne. Quand on sait que les évaluations CM2 sont consultables en ligne avant même leur passation, on est en droit de s’interroger sur la réelle confidentialité des résultats élèves par élèves, écoles par écoles, ce qui ne fait que confirmer les dérives possibles et les inquiétudes liées au point précédent.

4-Au vu de ces considérations et de « l’assouplissement » de la carte scolaire, que va devenir notre liberté pédagogique ? Quel sera le sens de notre métier et quels sens les élèves mettront-ils dans l’acte d’apprendre si les enseignants sont contraints à faire du « bachotage » pour avoir de meilleurs résultats que leur collègue, que l’école voisine? N’y a-t-il pas aussi un risque d’uniformisation des pratiques pédagogiques en les réduisant à du bachotage ?

5-Les enseignants vont devoir saisir les résultats de ces évaluations informatiquement. Vu l’état actuel de la loi, rien ne garantit que les résultats des évaluations ne permettront pas de renseigner base élèves. N’y a-t-il pas un risque de « fichage » des élèves par le transfert possible des résultats dans Base élèves ?

6-Le ministre a annoncé une prime de 400 € pour les enseignants qui feront passer ces évaluations. Est-ce la carotte en ces périodes difficile pour diviser les équipes? Y a-t-il ceux qui travaillent, qui font passer les évaluations, et ceux qui ne travaillent pas, ceux qui ne font pas passer les évaluations. La seule tâche du métier serait-elle d’évaluer? L’individualisation des salaires est-elle une réponse à la revalorisation de notre métier, à la réussite de tous les élèves ? N’est-ce pas aussi une façon injuste et méprisante de nier le travail en équipe qui prévalait dans de nombreuses écoles pour la correction et l’analyse des livrets d’évaluation ?

Il me semble que ces évaluations vont à l’encontre de nos missions professionnelles tant d’un point de vue pédagogique, que didactique et éthique.
En conséquence et en en accord avec des syndicats enseignants, je demande le report de ces évaluations afin qu’une véritable réflexion soit engagée autour des objectifs et des modalités d’évaluation, en concertation avec les professionnels que nous sommes. Si le report n’est pas possible, j’envisage la possibilité de boycotter sous quelque forme que se soit ces évaluations.
Pour conclure, je me permets d’emprunter un passage du communiqué du syndicat FSU des Inspecteurs qui s’exprimait le 8 janvier 2009 sur les évaluations :
« Mais derrière cette comédie, se cache hélas la tragédie d’une école publique malmenée en permanence depuis un an. Et cela, au nom d’une idéologie directement inspirée par le management concurrentiel, la menace de sanction des individus, et le culte du chiffre. Au final, qu’évaluera-t-on ? Les résultats des élèves, l’efficacité des maîtres, celle des inspecteurs, ou la clairvoyance du ministère ? L’avenir nous le dira. »

21 01 2009
Ostiane (07:24:23) :

Si de nombreux enseignants agissent en dissidents sur cette question des évaluations de CM2, cette fois, c’est au tour des parents d’élèves (preuve que beaucoup d’entre eux ne sont pas dupes du sens caché de ces évaluations) de se prononcer…

Voici le texte:

« Lettre ouverte à l’Inspecteur de l’Académie
des Bouches du Rhône

Monsieur l’Inspecteur de l’Académie,

Nous tenons à vous informer de la position de l’association des parents d’élèves FCPE de l’école élémentaire Leverrier, Marseille 13004, et des parents cosignataires, sur la question des évaluations nationales.

Les 19, 20, 22 et 23 janvier, une évaluation nationale est prévue pour tous les élèves de CM2 de France.

Cette évaluation se fera sur la base des nouveaux programmes mis en place en septembre 2008, c’est-à-dire que les enfants seront évalués sur un programme qu’ils ne connaissent pas et seront donc confrontés à des notions qu’ils n’ont jamais vues.

La formulation des consignes (ce ne sont pas les enseignants qui ont élaboré les textes et beaucoup d’élèves ne pourront les comprendre), l’organisation des évaluations (temps chronométré pour chaque exercice) et le système de notation (juste ou faux sans autre alternative) font que ces évaluations n’apportent rien sur le plan pédagogique.

Plus grave encore, elles sont dangereuses car elles mettent les enfants en situation d’échec et traduisent les réalités socio-culturelles en inégalités scolaires.

Les enseignants connaissent les enfants qui sont dans leur classe, ils connaissent leurs difficultés et les progrès qu’ils font. Ils n’ont pas besoin d’une telle évaluation. Cette évaluation, très angoissante pour les enfants et culpabilisante ne leur est d’aucune utilité. Les résultats pourront alimenter la « base élèves », en découlera un fichage des enfants et une sélection pour l’entrée au collège.

Ces évaluations servent uniquement aux statistiques d’Etat. Elles seront utilisées pour sanctionner. Au vue des résultats, l’administration pourra remplir les heures dites « d’aide personnalisée » et les stages de « remise à niveau » prévus pendant les vacances scolaires.
Ces pseudo-aides ne pourront jamais remplacer le travail fait encore actuellement par les maîtres spécialisés (RASED).
Le comparatif qui en découlera entre élèves, entre enseignants et entre écoles (bons ou mauvais) et l’éclatement de la carte scolaire accentueront les inégalités actuelles.

Que veut-on pour nos enfants ? Une préparation intense aux concours dès le plus jeune âge ? Un « bac » nominatif pour l’entrée au collège ? Qu’adviendra-t-il des enfants qui ne sont pas dans la norme, des enseignements considérés comme non-fondamentaux ? Comment pourra-t-on intégrer les enfants dits « différents » ?

Aujourd’hui on évalue les CM2, demain les CE1 (leur évaluation est prévue pour mai). Pourquoi ces évaluations nationales ? Pour trier les élèves de plus en plus tôt ? Pour discréditer l’école publique ? Pour justifier de ne plus lui donner les moyens ?

Pour aider l’école à donner leur chance à tous les enfants, nous, parents de l’école Leverrier,
– refusons les évaluations nationales,
– demandons que le processus de traitement de ces évaluations soit immédiatement interrompu, – souhaitons le maintien des évaluations qui étaient déjà menées et communiquées aux parents par l’enseignant lui-même.

L’association des parents d’élèves FCPE de l’école Leverrier

26 01 2009
sylvain (18:27:06) :

Libre de diffusion.
Merci.
SG
COMMUNIQUE DE L’APPEL DES 100 MAÎTRES

CM2 : EVALUATIONS SANS VALEUR… MAIS PAS SANS DANGER !
Du 19 au 23 janvier 2009, la passation des évaluations de CM2 a confirmé
l’absurdité de ces dernières. Secrètes, mal placées, inadaptées, inutilement

difficiles et suffisamment impitoyables dans leur notation pour fabriquer de

l’échec scolaire, elles n’étaient finalement utiles ni aux enfants, ni aux
parents ni aux enseignants. Radios, télévisions, journaux, magazines ou
sites web : il a été impossible de parler de cette mascarade sans évoquer en

même temps le refus qu’elle rencontrait. C’est une première victoire pour
tous ses opposants, qu’ils soient parents ou enseignants !

D’ores et déjà, les résultats de ces évaluations n’ont plus la moindre
valeur scientifique ou statistique. Certains les ont boycottées, d’autres
n’en ont fait passer qu’une partie ou ont noté « absent » pour les items non

étudiés, ce qui retire les élèves concernés de la synthèse globale de la
classe.

Surtout, rendus méfiants par les risques de publication, nombreux sont les

enseignants qui refusent la transmission à l’administration des résultats –
partiels ou complets – recueillis. Ils ont d’autant plus raison que les
récentes promesses ministérielles n’ont pas force de loi. En effet, c’est
oublier le précédent juridique du logiciel SIGNA (signalement des actes de
violence dans les collèges et lycées). En 2006, après 18 mois de
contentieux et un jugement du Tribunal Administratif, le journal Le Point a
obligé le Ministère de l’Education nationale à publier des données qu’il
conservait au secret.

Le ministre fait donc là une promesse que son ministère n’a pas les moyens

juridiques de tenir puisqu’il suffira qu’un journal demande l’application de

la jurisprudence pour que l’ensemble des résultats des écoles soient rendus
publics ! Nous renouvelons donc avec force notre appel à nos collègues :
quand ils ont fait passer tout ou partie des évaluations, nous les invitons
à ne communiquer AUCUN RÉSULTAT, SOUS AUCUNE FORME, à l’administration.

Les professionnels de l’éducation ont besoin de coopération, pas de
concurrence.

Pour l’appel des 100

Sylvain Grandserre
Maître d’école et porte-parole http://www.darcos-demission.org/

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