La journée de la jupe

22 03 2009

LA JOURNÉE DE LA JUPE

Sortie nationale en salle le 25 Mars 2009

La journée de la jupe…qu’est-ce c’est ?

Une plaisanterie loufoque? Une provocation rétro?

Une lubie féministe ?

Non, rien de tout cela.

La journée de la jupe, c’est avant tout un film. Ni un reportage, ni une démonstration politique, ni la condamnation d’une école en échec, mais un très beau film réalisé par Jean-Paul Lilienfeld.

Madame Bergerac, interprétée par une Adjani magistrale dont on salue le retour tant attendu, est professeur de français, pour ne pas dire d’art dramatique…Un collège « difficile », des élèves à la marge des lois, un univers social et culturel où les dieux et les hommes s’affrontent pour exister, se déchirent pour survivre ous’enchaînent pour mourir.

Cru, profond, sans détour ni fioriture, un film rare qui ose…Pas d’amalgame, pas de parti pris, pas de jugement. On est tous responsables, personne n’est coupable. Les innocents versent le sang et les insurgés réclament justice.

Une porte s’ouvre, Molière attend…La scène est prête mais c’est une toute autre pièce qui va s’y dérouler. Un huis-clos aux allures de faits divers. Un coup de théâtre aux accents de prise d’otages. La dramaturgie de la vie l’emporte sur l’équilibre des « unités classiques ». Le temps s’est arrêté, les frontières sont brouillées, les personnages perdus d’avance. Farid, Frédéric, Mehmet, Mouss, Nawel sont les acteurs réels d’un acte unique qui ne s’achèvera qu’au tombé de rideau.

Nawel, qu’on se souvienne d’elle! Oui, Nawel, cette petite beurette par qui tout deviendra possible…car ne nous y trompons pas, si Adjani incarne le personnage central du film, c’est Nawel qui en est la principale héroïne. Sonia Bergerac, son professeur, lui a certes ouvert la voie, mais prise elle-même en otage par sa propre folie, elle ne parviendra pas à garder le contrôle sur une situation qui la dépasse totalement. Nawel, si. C’est elle qui ose, elle qui transgresse les lois du machisme et du sexisme, elle qui impose les nouvelles règles du jeu.

La journée de la jupe, c’est l’histoire de rencontres impossibles entre des opposés qui s’ignorent, se méprisent, s’entretuent.

Jean-Baptiste Poquelin ! Le vrai nom de Molière est Jean-Baptiste Poquelin. Répétez ou je vous tire une balle dans la tête… scande à bout de souffle la prof qui fait cours en jupe.

Loin des clichés simplistes Adjani nous entraîne avec une virtuosité inimitable au cœur d’une des problématiques les plus complexes de la société et du monde éducatif, celle qui règne au cœur de certaines cités, de certains collèges.

Un film sur les limites, un film bouleversant qui pose avec lucidité et force l’incontournable question de l’Education dans ce qu’elle a de plus essentiel : l’absolue nécessité de connaissance de l’Autre. L’Autre fille, l’Autre garçon, l’Autre musulman, l’Autre juif, l’Autre…les autres et soi –même.

Poignant, sincère, terriblement humain.

Le blog d’Isabelle Adjani

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