Ethique et responsable

25 03 2010

La toute première des 10 compétences du référentiel de l’enseignant exprime clairement le devoir de l’enseignant d’ AGIR de façon éthique et responsable

Interrogeons-nous un instant sur la nature et la fonction de cet « Agir » avant de le coordonner à ses deux adjectifs, éthique et responsable. Procédé purement énonciatif et explicatif puisque dans la vie, il paraît essentiel, autant que faire se peut, de ne jamais dissocier nos actes d’une éthique et d’une responsabilité à la fois professionnelle et personnelle…

Agir donc…définition du Petit Larousse illustré version 2006:

1- Entrer ou être en action.

2- Produire un effet, exercer une influence

3- Adopter une attitude, se comporter, se conduire

D’entrée de jeu on sent bien que l’action ne peut se détacher d’une attitude et d’une influence présente donc dans chacun de nos choix d’enseignement et d’éducation.

L’agir suppose des actes visibles, des paroles explicites, des visées finalisées, des positionnements clairs, des choix énoncés…et j’oserai ajouter des renoncements aussi. Renoncements assumés et éclairés à la lumière des choix effectués. Mais cet agir, puisqu’il s’exerce dans le cadre d’un établissement, d’une école, d’une équipe, d’une classe,  ne peut se résumer à un agir solitaire, individuel, personnel. Il se décline au sein d’une institution, d’une histoire, d’une culture, d’une unité qui fait corps et qui donne et construit du sens…Nous touchons ici à une valeur fondamentale qui rejoint une question d’ordre philosophique. Comment faire le lien entre l’individuel et le collectif, comment se montrer garant de l’un et de l’autre, comment agir les uns avec et en fonction des autres… Une tension délicate et néanmoins essentielle avec laquelle il faudra sans cesse composer. Trop de collectif nuit au respect de l’unicité de la personne. Trop d’individuel écarte toute possibilité de projet et donc d’humanité.

Essayons de dresser une typologie des actions directement reliées à cette compétence 1 du référentiel de l’enseignant: Agir de façon éthique et responsable.

Des actions en situation:

accueillir chaque enfant le matin par un mot, un regard, un geste personnalisé

– proposer des activités variées et ciblées en fonction des besoins d’apprentissage de chacun

– encourager le plus possible, féliciter lorsque cela est légitime, nommer clairement les difficultés quand elles se présentent

– mettre en place des conseils d’élèves, des ateliers philo où des quarts d’heure « quoi de neuf sur la terre? » où la parole devient un lieu d’échange, d’ouverture et de co-construction de savoirs et de postures

tenir compte des rythmes  et des besoins biologiques des enfants en fonction de leur âge et de leurs particularités

travailler en lien avec les textes officiels: référentiel, programmes et socle commun

– miser sur la méthodologie et l’apprentissage de l’autonomie

Des actions en équipe:

élaborer un dispositif d’accompagnement et d’évaluation en lien avec les capacités de l’élève et des élèves à un moment T pour le et les mener à un instant T+1

– construire des outils, rédiger des documents explicatifs, lisibles et communicables au sein et hors de l’établissement

– rendre lisible et vivant le projet éducatif de l’établissement

– s’associer à l’accompagnement de chacun des membres de l’équipe éducative

– analyser nos pratiques et co-élaborer des savoirs-faire professionnels

s’interroger sur l’organisation du temps de travail des élèves et des enseignants

– innover, expérimenter, se donner le droit à l’erreur

– continuer d’apprendre à enseigner

Des actions en amont

élaborer ses progressions, ses séquences, ses séances

– anticiper les difficultés

se mettre en veille pédagogique et institutionnelle

– réactiver en permanence ses connaissances dans un souci de clarification des contenus à enseigner *

Des actions sur le long terme

– travailler avec les familles

construire des partenariats

– mettre en place des projets

– s’assurer de l’adéquation entre le « j’enseigne » et le « ils apprennent »

– miser sur la co-formation (entre pair)  et l’auto-formation (par soi-même) *

Ce catalogue à la Prévert, loin d’être exhaustif témoigne néanmoins de choix et de priorités qui me paraissent traduire de cet engagement éthique et responsable au service d’une éducation et d’un enseignement durable…Bien évidemment, chacun des items pourrait être décliné en sous-items et en une multitude de verbes d’action. Il s’agit ici d’une sorte de préambule qui ne demande qu’à être amélioré et enrichi au regard de vos propres pratiques et choix personnels et professionnels. Les commentaires sont ouverts…au débat et à la discussion! Ainsi, dans un souci de participation active, j’ajouterai au fur et à mesure vos propositions que je rendrai visibles par une astérisque *

C’est bien là la finalité de ce blog. Partager, s’interroger, se co-former…

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4 réponses à “Ethique et responsable”

28 03 2010
Christian (08:10:45) :

Dans ce catalogue à la Prévert, je pense qu’une place insuffisante est réservée à l’auto-formation, i.e. des centaines d’heures de lecture et d’étude afin de maîtriser parfaitement les matières enseignées. Un prof tout juste suffisant en grammaire, incertain en narratologie, moyen en maths, passable en sciences, limite en arts, cata en gym et sports collectifs, a-t-il la moindre chance de déceler les causes réelles d’échec des enfants qui lui sont confiés et a fortiori d’aider l’élève à corriger ses erreurs après analyse ? A mon avis, l’essentiel est là : il faut être très savant pour voir et présenter les choses de manière simple et compréhensible. Le restant du catalogue est à utiliser librement et au goût de chacun. Cela a peu d’importance : encore faut-il que les pratiques ne soient pas imposées à contre-courant de la personnalité de l’enseignant.

28 03 2010
Ostiane (09:00:51) :

Je partage avec toi Christian cette nécessité exigeante et essentielle d’une auto-formation tout au long de sa vie professionnelle.
Les stages de formation continue sont un des dispositifs qui permet une réactivation régulière des connaissances mais à eux seuls sont loin d’être suffisants. D’un point de vue éthique l’enseignant autonome et responsable se doit de toujours parfaire ses connaissances et de les analyser et les confronter à ses pratiques et aux réalités de la classe exprimées par les besoins des élèves.
Il faut être savant dis-tu. Oui… mais… je ne peux m’empêcher d’ajouter qu’un savant expert et chevronné risque de rester le seul savant expert de sa classe s’il ne conçoit pas le versant « apprentissage » des élèves. Enseigner est une chose; permettre aux élèves de se saisir de ce qu’on enseigne pour les mettre en situation d’apprentissage en est une autre.
On peut pourtant se méfier de l’excès inverse et ton commentaire va sans doute dans ce sens. Un prof qui interpréterait la pédagogie comme un moyen ludique et séduisant d’entrer en matière, laquelle matière serait vide de contenu risquerait fort de mener ses élèves droit vers ce même vide et donc vers l’échec…

Enseignant-chercheur-didacticien-pédagogue, voilà la grande exigence de ce métier…

J’ajoute donc au catalogue précédent ces 2 aspects:
En amont
– réactiver en permanence ses connaissances dans un souci de clarification des contenus à enseigner
Sur le long terme
– miser sur la co-formation (entre pair) et l’auto-formation (par soi-même)

Merci Christian 😉

28 03 2010
Christian M. (19:50:17) :

Enseignant-chercheur-didacticien-pédagogue, vaste programme ! Bon, d’accord, en parant ces qualifications d’exigences modestes et réalistes. Mais – je me répète – d’abord et surtout, expert, je dirais plus volontiers maître. En plaçant cette exigence au premier plan et prioritaire. Ce ne me semble pas être le cas ; peut-être me trompé-je et je m’en réjouirais.

28 03 2010
Ostiane (20:01:20) :

Pour enseigner une discipline, il est bien évident qu’il faut en maîtriser les fondements, les tenants et les aboutissants. La pédagogie seule ne pourra rien si les contenus ne sont pas clairs et assimilés par le maître. Sans doute a-t-on trop souvent pêché par orgueil en estimant que ces contenus étaient secondaires au regard de la pédagogie. C’est faire affront aux premiers comme à la seconde et mépriser à la fois l’enseignement et l’éducabilité des jeunes en demande de connaissances. Double erreur professionnelle…Merci pour cet appel à la vigilance Christian, un rappel éthique et responsable 😉

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