Ecrire, lire écrire…un journal d’école

30 04 2010

« Ecrilire »

Lire pour écrire…écrire pour lire

Faut-il choisir?

Écrire pour raconter

Lire pour découvrir

Écrire pour organiser

Lire pour se repérer

Écrire pour s’exprimer

Lire pour écouter

Écrire pour être lu

Lire pour se relire

Écrire pour interagir

Lire pour jouer

Écrire pour informer

Lire pour s’informer

Écrire pour partager

Lire pour s’enrichir

Écrire pour fixer

Lire pour se souvenir

Écrire pour apprendre

Lire pour comprendre

Écrire pour grandir

Lire pour se voir grandir


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Lire pour écrire

Écrire pour lire

Faut-il vraiment choisir?


Petit rappel extrait du

Pilier 1 du socle commun

« Savoir lire, écrire et parler le français conditionne l’accès à tous les domaines du savoir et l’acquisition de toutes les compétences. »

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3 réponses à “Ecrire, lire écrire…un journal d’école”

1 05 2010
Christian Montelle (18:07:34) :

“Savoir lire, écrire et parler le français conditionne l’accès à tous les domaines du savoir et l’acquisition de toutes les compétences. »
On n’est pas bien avancé avec cette prescription. Que signifie savoir lire, savoir écrire, savoir parler ?
Une illusion semble assez répandue : la pratique enseignerait l’usage. Je m’explique en prenant un domaine pour exemple.
« Nous allons écrire ensemble un roman, ou une nouvelle, ou un conte. » Souvent on assiste à un départ enthousiaste dans l’aventure, sans que l’organisation linguistique et textuelle du genre choisi soit le moins du monde éclaircie. Une nouvelle ? Historique ? Fantastique ? Policière ? De science-fiction ? Contemporaine ou datée ? Qu’est-ce qui définit l’un ou l’autre de ces genres ? Comment acquérir les compétences préliminaires indispensables et les mettre en œuvre ? Il existe des réponses à ces questions, mais elles ne sont pas toujours connues et même, souvent, les contenus linguistiques (grammaire, lexique, style…) ne sont pas connus par l’enseignant. La narratologie tient une toute petite place dans la formation. Et quand elle est enseignée, ce n’est pas dans les aspects pratiques d’une pédagogie efficace.
On arrive forcément à un résultat décevant.

Cela revient à donner un tas de planches à un apprenti en lui disant :
– Fais-moi une commode ou une armoire !
sans lui enseigner d’abord les règles de l’art. On obtiendrait du Gaston Lagaffe. Idem pour l’écriture !

Il en est de même pour la lecture, la parole, la poésie…

1 05 2010
Ostiane (18:57:39) :

Ton commentaire tombe à point Christian. Il se trouve que mercredi dernier, j’ai animé une formation de 6 heures auprès d’une trentaine d’enseignants de la petite section au cm2. 6 heures consacrées à l’apprentissage de l’écrit, c’est trop peu, mais c’est déjà ça. Nous avons abordé les différents types d’écrit et avons à chaque fois insisté sur la nécessité incontournable de « nourrir nos élèves par l’oreille ». Activités langagières, récits, poésies, contes lus et racontés sont les préliminaires de cet apprentissage de l’écrit. L’enfant entre de plain- pied dans le monde l’écrit. Pour autant il ne parviendra à en maîtriser les règles que s’il en est nourri avec constance. L’école de ce point de vue a un rôle clé d’acculturation. Pour que la langue devienne langage, il faut lui donner vie. L’enseignant est en charge de cette mission.
Dans cet article consacré au journal d’école, je souhaitais évoquer le caractère reliant de l’écrit. La fonction de communication est une des grandes fonctions de l’écrit. Lorsque des enfants écrivent pour être lus au-delà des murs de leur classe, l’écrit prend alors un tout autre sens.

2 05 2010
Christian Montelle (03:09:51) :

La lecture ou l’audition de textes nombreux est un préliminaire indispensable, mais pas suffisant.
Pour reprendre mon exemple du tas de planches, on aura beau regarder travailler un ébéniste pendant des centaines d’heures, on ne parviendra pas à construire un meuble correct si on n’apprend pas les variétés de bois et leurs usages, les techniques de sciages et leurs outils, les types d’assemblages (bout à bout, à recouvrement, chevillés, en tenons-mortaises, en queue d’aronde…) et la façon de les réaliser proprement, la conception de tel ou tel meuble, les ponçages, les finitions, etc, etc.

Il en va de même pour l’écriture. Pour reprendre l’exemple de la nouvelle, avant de vouloir la communiquer, il faut que je sache :
– ce qu’est une nouvelle et que je puisse la situer par rapport aux autres genres ;
– quels sont les genres de nouvelles et ce qui les caractérise ;
– quels sont les matériaux linguistiques que je peux utiliser pour écrire telle nouvelle de tel genre ;
– quels sont mes espaces de liberté créatrice pour écrire cette nouvelle.

Pour acquérir ces savoirs, il est bien sûr nécessaire de lire/entendre de nombreuses nouvelles. Mais cela ne saurait suffire. Il faut aussi les décortiquer, considérer leur spécificité, leurs agencements textuels. Cela peut occuper une année complète de quatrième et permet d’aborder une masse de connaissances grammaticales, lexicales, stylistiques, littéraires et aussi générales. En effet, l’écriture impose aussi de savoir de quoi on parle et voilà notre élève qui joue à son petit Zola. Il accumule des « provisions » linguistiques et documentaires avant d’écrire. S’il veut écrire une nouvelle de science-fiction, il lit ce type de nouvelles, apprend à inventer des mots du futur, esquisse un monde de l’avenir en extrapolant des techniques actuelles, tout en se préoccupant de la cohérence de ce monde, etc, etc. S’il veut écrire une nouvelle comique, il apprendra les ressorts de ce genre, la manière d’amener une chute, l’art de glisser une critique sociale dans l’enrobage de l’humour. Une nouvelle fantastique requerra la maîtrise de l’ambiguïté, cet équilibre entre le vraisemblable et l’invraisemblable qu’il faut faire passer grâce à des artifices stylistiques (incipit implanté dans des faits réels, références historiques aussi solides que fausses…) : elle demandera aussi une recherche de lexique approprié dans un dictionnaire analogique.
Approches passionnantes, au demeurant car elles sont entreprises dans un but stimulant et qu’elles donnent un véritable pouvoir d’écrire, comme disait Georges Jean et non une peudo-liberté qui n’est qu’impuissance

La maîtrise construite de genres divers demande une progression du plus facile au plus difficile. Mais le produit fini doit toujours être FINI, c’est-à-dire irréprochable (« cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage »). Le texte subit des va-et-vient entre l’enfant et le professeur (ou les autres enfants) jusqu’à devenir présentable à d’autres : on ne communique pas à autrui des scories.

J’aime ce poème de Guillevic et je l’ai souvent utilisé pour permettre aux élèves de comprendre ce qu’est la vraie écriture ou la belle parole :

J’AI VU LE MENUISIER
 J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.
 J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.
 J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.
 J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.
 J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.
 Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.
 je garde ton image
Avec l’odeur du bois.
 Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.
  Eugène Guillevic

Ce que l’enfant écrit, il doit en être fier. pour qu’il en soit fier, il doit écrire « pour de vrai » et tendre vers un chef-d’œuvre. Si on en reste au spontané, à l' »exprimé », ou au contrôle, au devoir, les « productions » ne tendront jamais vers la qualité et l’enfant ne s’impliquera que médiocrement.

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