La violence du mammouth

14 05 2010

Billet d’humeur sur fond de problématique générale.

En colère, très en colère…


Madame,

Vous avez sollicité un congé de formation pour l’année 2010-2011.

J’ai l’honneur de vous informer que la commission consultative mixte départementale qui s’est réunie ce jour a pris la décision suivante:


congé de formation refusé


Il a été tenu compte de l’ancienneté de service et des demandes renouvelées.

Je vous prie d’agréer , Madame l’expression de ma considération distinguée.

Voilà…voilà la l’unique et laconique motif administratif que l’on vous adresse en réponse à la rédaction d’un véritable projet professionnel reposant sur un solide dossier largement étayé et argumenté relatant 20 années de pratiques professionnelles, d’expériences éducatives, de compétences diverses mobilisées au travers  de multiples réalisations concrètes au service de l’enseignement et de l’éducation, au service du collectif autant que de la personne. 20 années de service et de temps de formation et d’auto-formation pris sur les temps de congés et les weekend. 20 années de service, d’expérimentation et d’innovation, de témoignage, de partage et de co-formation.

20 années de bons, assidus et loyaux services. 20 années balayées, méprisées et niées par un simple mot de 5 lignes réduisant la valeur d’une démarche de projet professionnel au seul échelon d’ancienneté lui-même étrangement calculé puisque n’intégrant ni les comptes-rendus élogieux des inspections, ni le soutien et les retours positifs de la direction, ni les années d’enseignement à l’étranger

Mais alors, quoi?

Qu’espérer face à une telle violence administrative?

Pourquoi chercher à donner le meilleur lorsqu’on vous renvoie un tel vide abyssal?

Comment espérer faire bouger l’école et les enseignants tant que de tels critères continuent de scléroser chaque jour un peu plus notre système?

Quelle est cette impensable organisation où l’on demande à l’enseignant de valoriser et de développer les compétences et l’autonomie de ses élèves alors que lui-même ne connaît rien d’autre que la soumission à l’argument enfermant d’une grille archaïque?

Allons-nous un jour envisager le développement professionnel des acteurs de l’école en fonction d’indicateurs tangibles liés aux actions menées et aux engagements pris et assumés?

Allons-nous un jour accepter de réformer cette maudite grille indiciaire fondée sur la seule ancienneté qui fossilise, sédentarise et infantilise les enseignants?


A quand la valorisation des compétences?

A quand l’émergence d’une dynamique inter-catégorielle et collective?

A quand l’accès à la mobilité professionnelle?

A quand la réflexion sur le concept de management responsable et responsabilisant?

A quand la prise en compte de la formation et de l’autodidaxie?

A quand le respect des personnes et la reconnaissance des profils professionnels?

A quand la mise en place d’une véritable antenne de proximité reliant les personnels de l’éducation aux services administratifs?

A quand la création d’un authentique service de ressources humaines

en charge d’une gestion des carrières cohérente et valorisante?


Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Recteurs d’académie,

Mesdames et Messieurs les politiques et responsables syndicaux,

au regard du tout récent rapport de la Cour des Comptes,

et de la publication en avril dernier par l’Institut Montaigne d’un autre rapport tout aussi accablant,

n’est-il pas grand temps d’affronter toutes ces questions, d’y répondre et

d’agir de manière éthique et responsable?

Aux appels et besoins des élèves s’ajoutent ceux de milliers d’enseignants impliqués au quotidien dans leurs tâches de manière professionnelle, éthique, responsable et remarquable.


Qu’allez-vous en faire?

Qu’allons-nous en faire?


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13 réponses à “La violence du mammouth”

16 05 2010
Alain THIREL (12:16:55) :

Eeffectivement il est grand temps de faire quelquechose si toutefois le service public d’éducation n’est pas déjà mort, malheureusement !
quelques articles sur ces questions d’éducation sur mon blog: http://www.dazibao-blues.fr/category/actualite/education-actualite/

16 05 2010
Ostiane (12:50:59) :

Merci Alain pour ce commentaire et le lien vers votre blog. Il est vrai, c’est à nous également, acteurs de l’éducation, praticiens et/ou théoriciens, formateurs, enseignants, co-éducateurs de toute espèce de faire bouger les choses, de proposer une ingénierie de formation permettant une meilleure compréhension et gestion du service …éducatif. Donner à voir les entrailles du mammouth, témoigner des pratiques, valoriser les innovations, évaluer dans le temps les effets d’un projet éducatif global, etc. Autant de prises de paroles, de témoignages et de réflexions qui participent à la mutation d’un système dont les rouages semblent aujourd’hui bien usés, grippés, fossilisés. Une priorité en amont de tout cela, revoir la gestion des ressources humaines et la prise en compte du développement professionnel des enseignants ainsi que l’accompagnement des équipes en place.

17 05 2010
Aidoprofs (04:44:39) :

Du discours aux actes…un grand fossé d’incompréhensions? Lire l’article relai en première page de l’association Aidoprofs

http://www.aideauxprofs.org/index.asp?affiche=News_display.asp&rub=Secondes_carrieres&ArticleID=1789

17 05 2010
Ostiane (05:58:25) :

Ce soutien surprise d’Aidoprofs ainsi que de très nombreuses manifestations d’indignation sur Facebook qui témoignent d’expériences similaires me confortent dans l’idée que le caractère anecdotique et personnel de ce billet n’a rien d’anecdotique ni de personnel…il traduit une réalité: l’absence totale de gestion des profils humains et des compétences professionnelles, la négation absolue de toute entreprise personnelle de professionnalisation et de mobilité, le décalage gigantesque entre les discours et les actes, le dialogue ubuesque entre les politiques et les responsables syndicaux…Alors, en attendant que chacun prenne ses responsabilités en la matière, je continuerai ici, sur cet espace public, de témoigner et de relayer la réalité des enseignants. Des professionnels en quête de parcours professionnel, en quête de développement professionnel, en quête de reconnaissance professionnelle; des enseignants qui se mobilisent pour faire avancer le système, pour faire bouger l’école, pour faire grandir les enfants.

17 05 2010
David (12:42:55) :

L’administration, sans nul doute, n’a pas voulu perdre une aussi bonne enseignante que vous… Son refus laconique est un gage pour vous de grande compétence et votre souci de faire carrière dans la critique du système éducatif actuel tout entier doit leur faire peur. Vous êtes sans aucun doute trop réaliste !
Je ne vois que cela…

17 05 2010
David (12:44:35) :

Je pense en outre que l’ADMINISTRATION doit lire votre blog…

17 05 2010
David (15:02:17) :

Je relis votre diatribe… Avec de tels propos vous allez (en plus de l’Administration) vous mettre tous les syndicats à dos… Quel pétrin !

17 05 2010
Ostiane (16:40:00) :

Merci pour cette soudaine empathie David. Je vous espère solidaire…La liberté de parole tant qu’elle n’est pas mensongère est pour moi source d’authenticité et force de proposition; je pense qu’elle est salutaire pour tous. Lorsqu’on est un professionnel responsable on doit être en mesure de témoigner des bonnes et des mauvaises pratiques. Je suis d’une nature optimiste, voire utopiste mais cela ne m’empêche pas de vivre dans la réalité. J’ai pour règle de conduite de valoriser les bons aspects des choses. Mais la réalité du système éducatif et de son administration est d’une telle opacité qu’il m’a paru utile de mettre en lumière, au travers d’une expérience tangible l’immense désert d’inhumanité, d’incompétence et d’inefficacité qui règne dans ses couloirs. Une bonne réforme commencerait par traiter le mal à sa racine…Le rapport de la Cour des Comptes donne des pistes, le rapport de l’Institut Montaigne également ( http://www.institutmontaigne.org/medias/documents/rapport_echec_scolaire.pdf) va-t-on s’en saisir? Me voilà à nouveau utopiste!

18 05 2010
Christian Montelle (09:19:27) :

J’aime quand la lionne rugit de si pertinente et aussi brillante manière !
Hélas, oui, Ostiane. Un enseignant doit obéir comme un soldat, quels que soient les ordres. Napoléon a été à la base de notre système éducatif, c’est dire !
Tout enseignant plus intelligent que ses supérieurs est forcément suspect. Que de fois, j’ai vu ou vécu des expérimentations judicieuses et efficaces pulvérisées par un de ces petits chefs qui n’avaient jamais enseigné et dont l’image de l’école s’était forgée à Montaigne ou à Louis-le-Grand et verrouillée dans les marais de la pédagogie de salon.
Pire, les enseignants novateurs sont souvent sanctionnés de la manière grotesque que tu viens de vivre. J’aurais plusieurs anecdotes à narrer sur le sujet.
Beaucoup rentrent dans leur coquille, tu montres toujours tes dents. Bravo ! Nous t’admirons. Continue !

19 05 2010
Ostiane (07:15:20) :

Pour être très honnête avec toi Christian, voilà le petit refrain qui de temps à autre vient sonner à ma porte…
Va donc voir ailleurs…Une vie est faite de mille vies. Enseignant, oui…et après?

13 06 2010
Ostiane (16:03:55) :

Le calendrier est parfois curieux, le Ministère a décidé (ça vient de sortir) de travailler sur ces questions de compétences des enseignants et de mobilité professionnelle…un nouveau chantier s’ouvre donc. Espérons qu’il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce et qu’ils sauront au passage reconnaître à l’association Aide aux profs, l’immense travail déjà accompli dans ces domaines.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/06/11062010Accueil.aspx

4 03 2011
Catherine muller (21:37:23) :

Bonsoir, et bien voilà tout est dit, je réagis un peu tard il est vrai à ce billet.
Mais c’est un régal de lire une telle réaction .
J’avoue ne plus en avoir le courage de dire de telles choses: ne tenez pas des propos syndicalistes Mme Muller..attention ! vous représentez l’Education Nationale!C’est elle que l’on regarde à travers vous…Cachez vous ! Ne vous monterz pas. Pas de vagues…ETOUFFANT.
Mais effectivement, nous sommes des fonctionnaires au service de l’Etat il nous faut obéir.
Et un insit. lâché dans la nature, à quoi çà sert??? A pas grand’chose hélas. Nos compétences ne sont pas très utiles, ni même reconnues dans le monde « réel » français.

5 03 2011
Ostiane (08:44:40) :

Pas trop tard du tout Catherine…C’est amusant que vous ayez commenté ce post hier soir. Je suis en ce moment même en pleine rédaction d’une seconde demande…le dossier est monté, ma direction m’appuie une nouvelle fois avec force et détermination, je n’ai plus qu’à formuler une demande manuscrite au service du rectorat et à poster le tout avant le 8 mars à midi…Affaire à suivre donc.

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