Tutorant-tutoré (1)

16 09 2010

Elle n’a jamais enseigné, je n’ai jamais « tutoré »…

Voilà qui devrait nous relier.

Voilà 3 jours, dans le cadre du nouveau dispositif de formation des enseignants, j’ai été missionnée tutrice pour accompagner une professeur-stagiaire qui entre dans le métier sans formation professionnelle. Lauréate du concours, elle se retrouve en poste face aux élèves pour la première fois. Elle va donc apprendre son métier sur le tas et je serai en charge de la suivre tout au long de l’année. Ce mode de « compagnonnage » étant la résultante de la réforme nouvellement mise en vigueur, je vais, tout autant qu’elle, expérimenter une nouvelle approche du métier; nous sommes donc, elle et moi, dans le même bateau. Elle, ses élèves et moi liés pour le meilleur et pour le pire le temps d’une année scolaire.

Contrairement à elle, et contrairement à de nombreux collègues ici et là qui se retrouvent tuteurs du jour au lendemain, j’ai suivi, sur deux ans, une formation aux côtés d’autres maîtres d’accueil; deux années de préparation à l’accompagnement et au tutorat. Deux années à imaginer, questionner, anticiper, formaliser. Aujourd’hui, c’est différent, aujourd’hui, c’est réel. Ce n’est pas une étudiante-stagiaire qui viendra dans ma classe, comme j’en avais l’habitude auparavant; là, c’est moi qui irai  « chez elle », chaque jeudi matin pour l’observer avec ses élèves et tenter, par le biais d’entretiens d’explicitation, de l’amener à se forger une identité professionnelle, son identité professionnelle.

La réalité du terrain va ainsi nous propulser dans une relation qu’il va falloir construire au jour le jour, prendre en charge au quotidien. Cela ne va pas être simple; nous n’exerçons pas dans le même établissement…et oui, c’eut été trop facile…cela étant dit, le métier d’enseignant  est jalonné de ces fameux inattendus, impondérables impédimentas qui façonnent nos journées. Nous y sommes donc et c’est par cette voie que j’entame ma nouvelle fonction.

Je ne sais pas grand chose d’elle. Je sais qu’elle partage le même niveau d’enseignement que le mien, à savoir une classe de CM1. Je ne sais pas grand chose de ses expériences passées, de son parcours personnel, de ses motivations, de ses besoins. C’est à partir de ce « pas grand chose » que nous allons construire ensemble un chemin professionnel.

Comment vais-je m’y prendre?

Comment vais-je mettre en place un dispositif qui réponde à ses attentes?

Dans quelle disposition d’esprit est-elle?

Comment s’est passé l’accueil dans son équipe?

Y a-t-il eu un accueil?

Et puis, qu’est-ce que c’est en définitive, l’accueil?

Elle n’a jamais enseigné, je n’ai jamais « tutoré »… Du moins, pas sous cette forme. Au point où nous en sommes, deux axes me semblent prioritaires pour entamer cette nouvelle relation:

1/ Trouver des points de convergence:

  • pour réduire la distance émotionnelle
  • pour établir un contact authentique
  • pour ouvrir un questionnement commun
  • pour entrer dans une posture de co-construction

Je ne suis pas l’experte venue d’en haut, je suis une collègue, certes expérimentée, mais qui pour autant, continue également toujours et encore d’apprendre de ses élèves et de ses pairs. C’est important de le dire et de se le redire.

2/ Établir un premier contact hors institution

  • pour signifier mon existence et me présenter à elle
  • pour  permettre une approche à la fois directe et progressive
  • pour initier  la relation à venir
  • pour fixer ensemble le cadre, le lieu et l’horaire de la première rencontre

Je ne suis pas là uniquement parce qu’on me l’a demandé, je suis là car c’est un choix personnel motivé des ressorts personnels et professionnels. Être l’initiatrice de notre relation symbolise à mon sens ce projet commun que nous allons partager.

Voilà, à suivre et à poursuivre dans une prochaine chronique…

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  1. Etablissement formateur, késako?
  2. Maître associés à la formation
  3. Accompagner, aider, soutenir, servir

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