Un blog pour quoi faire? (Partie 2)

19 12 2010
  • Utiliser l’outil numérique en situation

Avec un portfolio numérique on utilise l’outil comme média pédagogique et formatif. Les élèves valident ainsi le B2I avec derrière un véritable enjeu d’apprentissages variés. Il ne s’agit pas d’une utilité purement technicienne mais d’une pratique sociale visant des apprentissages fondamentaux comme la lecture, la communication, la production d’écrit, etc.

  • Se servir de la langue française dans sa fonction de communication

Écrire un texte pour la seule maîtresse, ne jamais avoir d’autre retour qu’une correction, aussi précise soit-elle, est-ce là une démarche sensée lorsqu’il s’agit d’écriture? Publier sur un blog, c’est écrire pour une multitude de lecteurs potentiels. Cela change considérablement la donne.

  • Partager ses lectures et ses passions

Apprendre et partager; partager pour avoir envie d’apprendre davantage encore, tel est le cercle vertueux initié grâce au blog de classe.

  • Rédiger des articles sur des sujets variés

Les enfants étant invités à rédiger de petits textes en relation avec de nombreux types de lectures ou domaines d’intérêt, le blog devient ainsi une véritable plateforme multi-culturelle. Blog et cyberculture!

  •  Jouer et interagir entre pairs

Sur le blog, les élèves se retrouvent, ils se lisent, rebondissent sur les articles écrits par leurs pairs. Ils n’écrivent et ne lisent plus plus pour le seul compte du maître mais pour être lus et se commenter eux-mêmes et entre eux.

  • Être auteur, acteur, rédacteur, commentateur, administrateur

Plusieurs attitudes, capacités et compétences sont ici sollicitées en situation. Auteurs, ils rédigent. Acteurs, ils agissent. Rédacteurs, ils publient. Commentateurs, ils réagissent. Administrateurs, ils apprennent à gérer l’administration du blog.

  • Ecrire, lire, écrire, lire….

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Références utiles et citées:

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27 réponses à “Un blog pour quoi faire? (Partie 2)”

19 12 2010
Christian Montelle (21:48:26) :

Dans le temps, j’aimais bien travailler avec le cyberjournal du CRDP de Poitiers selon les principes que tu exposes ici. Il était couplé avec le Québec et la Suisse. Je ne sais s’il est toujours bien.
Le connais-tu ?

http://www.google.fr/search?source=ig&hl=fr&rlz=1G1GGLQ_FRFR318&q=cyberjournal+poitiers&btnG=Recherche+Google&aq=f&oq=

Espacepédagogiquedel’académiedePoitiers>Pédagogieinspectionacadémique17> Techniquesusuellesdel’informationetdelacommunication http://ww2.ac-poitiers.fr/ia17-pedagogie/spip.php?article1064-Auteur: MichelCollin
Le cyberjournal du Chapus – publié le 09/11/2010 Descriptif :
Le cyberjournal du Chapus a pour objectif de fédérer une production d’écrits à plusieurs classes, sous la forme d’un journal collaboratif en ligne. C’est une activité d’écriture permettant de travailler et de valider certaines compétences du B2i.
Les objectifs du projet
Le cyberjournal du Chapus a pour objectif de fédérer une production d’écrits à plusieurs classes, sous la forme d’un journal collaboratif en ligne. C’est une activité d’écriture permettant de travailler et de valider certaines compétences du B2i :
Le domaine 3 : production d’un document numérique. Le domaine 4 : Lecture de documents numériques et recherche d’informations. Le domaine 2 : attitude critiques et respect du droit lors de la composition de l’article.
Le déroulement
La création d’un cyberjournal se déroule en 3 temps :
Premiers temps : l’écriture Les participants disposent de 6 semaines pour poster un ou plusieurs articles sur le thème du numéro. La saisie se fait en ligne dans un traitement de texte. Pas de logiciel particulier à maîtriser. Durant cette période les articles restent modifiables. Les textes peuvent être accompagnés de photos, vidéos, sons, dans le respect du droit, ce qui est toujours le cas si les médias accompagnant l’article sont réalisés par les élèves et que l’autorisation de publication a été recueillie auprès des parents. Chaque classe dispose d’un espace de stockage pour mettre facilement ses fichiers en ligne et les insérer dans le texte. Une aide est disponible sur le site.
Deuxième temps : la relecture Pendant une semaine, chaque classe lit les articles des autres rédacteurs et vote pour choisir la Une. Parallèlement, chacun fait des propositions pour le thème du numéro suivant.
Troisième temps : la publication Le numéro est mis en ligne et accessible au public. Le thème du numéro suivant est annoncé.
Les publications
Le premier numéro du Cyberjournal du Chapus, sur le thème du Patrimoine, est en ligne. La publication d’un second numéro est prévue fin décembre2010.
Avertissement : ce document est la reprise au format pdf d’un article proposé sur l’espace pédagogique de l’académie de Poitiers (http://ww2.ac-poitiers.fr/ia17-pedagogie/). Il ne peut en aucun cas être proposé au téléchargement ou à la consultation depuis un autre site.

20 12 2010
Ostiane (12:48:38) :

Très intéressant, merci Christian!

Pour le moment, je ne dispose avec mes élèves que d’un accès très restreint à la salle informatique. J’ai négocié avec le collège, une heure le vendredi que je dois sous-découper en 1/2 heure en 1/2 groupes…pas facile.
A côté de ça, je reprends les textes des élèves, un à un avec chacun d’entre eux et je les emmène au goutte à goutte profiter des 2 ordinateurs libres en salle des profs…Pas simple non plus à négocier. Quoi? des élèves en salle des profs??
Bon, malgré ces moyens limités, je reste convaincue, et mes élèves y sont pour beaucoup, que le cyber-journal est une formidable activité source d’apprentissages multiples.
J’attends, pour la développer, de recevoir (promesse de la direction) une classe internet mobile (!!!) qui nous permettrait enfin de nous diversifier et d’intensifier nos publications.

Je retourne fouiller les liens que tu proposes ici. Le Québec, la Suisse (et la Belgique aussi)ont une longueur d’avance sur nous en terme de réflexion pédagogique…

Enore merci Christian

21 12 2010
David (12:02:26) :

Vous écrivez:
… » le cyber-journal est une formidable activité source d’apprentissages multiples. »
Grave erreur… Les élèves ne font que du « copier-coller » de ce qu’ils trouvent sur Internet.
Quelle utilité ?
Quels apprentissages ?

Pour perdre moins de temps mieux vaudrait mettre directement les liens !

21 12 2010
Ostiane (13:36:15) :

Le copier-coller David est un vrai problème d’éducation à l’usage d’internet qu’il faut effectivement traiter en classe et ce dès le plus jeune âge. Il s’agit là bien d’un apprentissage (civique) de l’utilisation et de la charte internet. Nos élèves, et nous adultes également, sommes de fait plongés dans ce nouveau média sans en percevoir toutes les portées et les nombreuses limites aussi. Lorsque les élèves se donnent la peine d’écrire eux-mêmes un article, via le cyber-journal ou blog de classe, la notion de propriété intellectuelle leur paraît bien plus évidente et concrète.
Le problème est que tout (ou presque) est gratuit sur internet, donc on s’imagine qu’on peut faire le plein gratuitement, sans prendre le temps de nommer les sources ou de reformuler avec ses propres mots.
La recherche documentaire, le tri des textes, la validation des informations trouvées, etc, sont des attitudes et des compétences à développer de toute urgence.
Comment traiter ces attitudes en dehors d’une mise en pratique et en situation? L’usage d’internet en classe permet de contextualiser ces apprentissages. On ne peut en faire l’impasse, cela me semble évident.

Lorsque j’ai moi-même débuté mon initiation en ouvrant Blog Bleu Primaire, j’ai commis par ignorance de nombreuses « infractions » et imprudences. Seule la pratique étayée par la réflexion et l’auto-critique permet d’avancer et de se former. Il en va de même pour nos élèves. Ce n’est qu’après avoir tâtonné et commis ces erreurs salutaires que je me suis lancée dans le blog de classe.

21 12 2010
David (13:39:12) :

Plutôt que de mettre les enfants (du primaire) devant le clavier d’un ordinateur, ne vaudrait-il pas mieux leur faire découvrir la lecture (par le biais de la BCD)? En effet c’est jusqu’à l’âge de 12 ans que les élèves (enfants) sont friands de découvertes… Le livre est irremplaçable ! De la 6° jusqu’à l’université, l’Internet remplace le livre… Le goût de la lecture revient par la suite, en famille, à la venue d’enfants, au travail, en études…
Vous qui êtes si férue en chrono-pédagogie (cela existe-t-il ?)… réfléchissez !
Comment peut-on travailler correctement sur ordi par tranche d’une 1/2 heure ? C’est une question d’organisation… à revoir !
Cordialement

21 12 2010
Ostiane (14:09:48) :

L’utilisation d’internet n’exclut en rien le recours à la BCD ou à la bibliothèque de classe David! A l’école, l’usage d’Internet est un outil, pas une fin en soi. TOUS les autres supports ou médias ou lieux de découvertes et de culture sont à explorer. Il n’y a évidemment pas qu’internet dans la vie d’un écolier ou d’un enseignant..

21 12 2010
David (14:21:34) :

D’accord… mais l’usage de l’Internet (avec majuscule…) n’est que du saupoudrage.
J’aurais préféré un long article sur les vertus de la lecture…
Quant à la « propriété intellectuelle »… c’est une notion tellement abstraite pour les enfants/ados que ce n’est vraiment pas la peine d’en parler.
Je sais que vous misez sur ce nouveau média mais je crois qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs.

Cordialement

NB « exclut »

21 12 2010
Ostiane (14:52:11) :

Ainsi je note votre souhait David « un long article sur les vertus de la lecture ».

NB: Votre œil de lynx David ne laisse rien passer…En effet
Verbe excluRE (3ème groupe)au présent de l’indicatif

J’exclus
Tu exclus
Il exclut
Nous excluons
Vous excluez
Elles excluent

Pour les autres temps, par ici
http://www.la-conjugaison.fr/du/verbe/exclure.php

21 12 2010
David (15:36:41) :

Je faisais plus simple pour les terminaisons du présent de l’indicatif :

1er gr.: e, es, e

Autres gr. (maj): s, s, t

pour les 3 premières personnes du sing. (le pluriel ne pose pas de pb.)

C’est rapidement assimilé.

21 12 2010
Ostiane (16:18:16) :

Simple? sauf que…

il joint
il résout
il dissout
il peint
il apprenD
il venD
il suspenD
etc.

Tous des verbes du 3ème groupe en DRE pourtant. Sans oublier les nombreux verbes aux radicaux irréguliers aux 3 personnes du pluriels…
Les enfants ne passent pas systématiquement par l’infinitif du verbe (ce n’est pas faute de le répéter à chaque fois). Dans leurs productions écrites ils écrivent
comme ils prononcent en ajoutant fièrement des terminaisons apprises par coeur, ce qui donne souvent:

je publis comme je lis
tu prens comme tu sens
il jout comme il résout
nous éteinions et vous crainiez
elles appèlent comme elles pèlent…etc.

Non David, pas si facile la conjugaison du présent…

21 12 2010
David (16:44:26) :

Pour les autres groupes, j’avais écrit (maj.) pour majoritairement !

21 12 2010
David (17:04:08) :

D’où l’intérêt de passer systématiquement par l’infinitif .
Quant aux personnes du pluriel (même pour les irrégularités) on entend tj.
ons, ez, ent (muet) ou ont.
La conjugaison reste souvent un pb., c’est certain et le présent de l’indicatif est de loin le plus difficile !

21 12 2010
Ostiane (17:12:14) :

J’avais bien compris David. Je voulais juste profiter de cette petite leçon de conjugaison pour mettre en évidence les difficultés de la conjugaison. Ce qui nous paraît comme simple par ce que nous sommes adultes et que nous avons intégré certaines catégories de classification ne l’est pas pour les enfants qui avancent, apprennent et organisent en même temps. Le par coeur est nécessaire, les exercices d’entraînement aussi. Je les pratique quotidiennement. (si, si!!)Mais sans une véritable réflexion sur la langue, sans une acceptation par l’adulte-enseignant des obstacles qu’elle contient et sans une analyse fine des erreurs commises, on risque fort de s’épuiser à force de s’exclamer « Je me tue à vous le répéter! »
Répéter, oui, mais aussi expliquer, donner à voir, s’entraîner, pratiquer, accepter la difficulté, se donner du temps, répéter encore…etc
Non, vraiment pas facile. Mais qui a dit qu’apprendre la langue française tout comme l’enseigner était chose simple?

21 12 2010
Ostiane (17:16:17) :

Je lis à l’instant votre commentaire intermédiaire. Nous sommes bien d’accord sur ce point: « La conjugaison reste souvent un pb., c’est certain et le présent de l’indicatif est de loin le plus difficile ! »

21 12 2010
David (17:38:11) :

Pour votre info personnelle, je vous conseille le site suivant
( http://ngrams.googlelabs.com/ ) , généré par Google, et qui intègre plusieurs milliards de publications. Celà permet de suivre la vie, la mort de mots, d’expressions en différentes langues. C’est particulièrement intéressant.

21 12 2010
Christian Montelle (21:08:13) :

@ Ostiane
Pour éviter le copier-coller qui devient le cauchemar de beaucoup de profs de tous les niveaux, je ne demandais à mes élèves, pour leurs cyber-articles ou leurs travaux personnels, que des sujets qui ne pouvaient être copiés-collés, c’est-à-dire tirés de leur expérience personnelle. Profession de membres de leur famille, anecdotes familiales, histoire très locale (quartier, village), enquêtes sur le biotope immédiat (mon jardin, par exemple), analyses de livres, parodies de publicités, etc.

22 12 2010
Ostiane (09:41:52) :

Effectivement Christian, plus on personnalise le sujet demandé, plus on motive l’élève à restituer un travail personnel et moins on risque de le renvoyer à un simple geste de copier-coller.

De même que la méthodologie de l’exposé doit se travailler en classe (car il s’agir d’un apprentissage à part entière), la méthodologie de l’usage d’internet doit également se travailler en classe et ce, dès le primaire, afin de promouvoir une véritable éducation à la citoyenneté et à l’autonomie numériques de nos enfants.

Les enseignants du collège considèrent déjà, pour la plupart, ces attitudes comme des pré-requis et ne s’y attardent guère, ce qui est fort dommageable..

Si l’école élémentaire ne s’y met pas, alors comment nos enfants, élèves et futurs étudiants seraient-ils en mesure de comprendre les multiples codes déontologiques et culturels liés à ces usages là?

22 12 2010
Christian Montelle (20:34:37) :

L…., l’enfant dont je m’occupe, va mieux. Je l’ai branché sur les oiseaux qui sont dans mon jardin et il a été époustouflé de constater que ces petites merveilles vivent sous son nez et qu’il ne les avait jamais vues.
Au collège, c’est difficile. Il a été collé tous les mercredis depuis la rentrée parce qu’il ne parvient pas à apporter les affaires adéquates.
J’ai rencontré la prof principale qui a convenu que la meilleure façon d’aider un élève qui ne sait pas nager ne consiste pas à lui appuyer sur la tête. Mais la ptof de SVT persiste dans la méthode forte aimée des militaires. Désolant !!!!

27 12 2010
Ostiane (15:43:25) :

Bonjour Christian, j’ai décroché quelques jours du blog…
Un article sur les décrocheurs sur le site du Café pédagogique C’est vraiment chouette et généreux de ta part d’avoir rencontré son prof principal. De sentir qu’il y a au moins quelques adultes autour de lui qui prennent en charge son présent l’aidera certainement à mieux envisager son futur. C’est une source effrayante de malaise de se projeter lorsque que l’on a l’impression de de pas exister au présent. Rien que pour cela, tes efforts et ton engagement ne sont pas vains.
Très joyeuses fêtes de fin d’année à toi et à tes proches.
Ostiane

27 12 2010
David (19:42:05) :

C’est très émouvant comme commentaire !

28 12 2010
Christian Montelle (07:40:10) :

« ils cumulent les difficultés tant au niveau familial parfois que personnel ou scolaire. » nous dit Catherine Blaya. C’est un peu court. Et incomplet : pas un mot sur les insuffisances affectives, linguistiques et culturelles au cours des premières années de vie.
Je propose à la réflexion ce que j’écrivais en 2003 :
 » L’enseignement secondaire, en France, a été institué sur ce postulat que les enfants qui y étaient accueillis devaient bien connaître leur langue. En fait, si l’on veut que tous les élèves soient capables de suivre des études, si l’on veut que le collège unique fonctionne de façon démocratique, il faut transmettre à tous les enfants le français des études et de la culture, c’est-à-dire une langue orale riche de vocabulaire, de structures, de styles, de contenus culturels. Cela dès le plus jeune âge, pour remédier aux éventuelles lacunes éducatives du milieu familial, de quelque niveau social qu’il soit. Les difficultés se rencontrent dans toutes les catégories sociales, même si elles sont moins apparentes dans les milieux privilégiés en raison du meilleur encadrement pédagogique dans certains quartiers, d’une vigilance accrue des équipes enseignantes, du recours aux cours particuliers, déductibles à 50 % des impôts, des possibilités de parcours différents (dérogations à la carte scolaire ou établissements privés). Les enfants à qui on ne parle pas ou peu, et, dans ce cas, seulement sur le mode injonctif* ou utilitaire, avec qui on ne joue pas, à qui on ne présente pas avec enthousiasme les merveilles du monde, souffrent de déficits affectifs, linguistiques et culturels qui compromettent leur scolarité. L’école doit alors se substituer aux parents, lesquels, par ailleurs, devraient être mieux informés de l’importance cruciale des premières années de vie de leur enfant.

La construction de la parole et des capacités linguistiques orales des élèves devrait être le premier objectif des classes de maternelle, lorsque les enfants sont le plus capables de réaliser de véritables prouesses d’apprentissage, et rester une préoccupation majeure tout au long du cursus scolaire. Il s’agit de leur transmettre oralement, le français des études et de la culture, l’usage de la parole symbolique et poétique, sans qu’il soit besoin d’en connaître tout de suite les formes écrites ni d’en analyser précocement les fonctionnements. L’analyse textuelle, la lecture, l’écriture, l’ordinateur seraient repoussés en aval des premiers apprentissages, car ils figent la langue à un moment où les enfants ont besoin qu’elle conserve toute sa fluidité, toute son ambiguïté, toute sa poétique. Comme l’enfant explore les objets qui l’entourent de façon ludique, il doit pouvoir jouer avec sa langue en toute liberté, avant de pratiquer des analyses qui requièrent une mise à distance et des compétences* métalinguistiques inaccessibles à cet âge.
Le message oral est rapidement déchiffré et l’enfant peut poser une question au locuteur, en cas de doute. Le message écrit demande un décodage et une analyse qui sont lents et pénibles si l’enfant n’a pas la maturité ni les compétences intuitives nécessaires. Prenons le mot « oiseau », le mot oral : [wazo] est facile à percevoir et surtout l’enfant se fait comprendre s’il prononce de façon différente : [ziozio…]. Le décodage des lettres du même mot : o-i-s-e-a-u (et non : ouazo !) est beaucoup plus ardu. Une mauvaise orthographe amène une réprimande : Fais donc attention ! La langue n’est pas objet de plaisir.

La langue écrite est un objet que l’on peut disséquer à loisir mais l’enfant a besoin, avant d’en arriver là, de disposer d’un usage oral intuitif et jouissatif de sa langue bien vivante, là, dans sa bouche : des démarches d’analyses et un passage à l’écrit trop précoces sont mutilants et entraînent des dégâts durables, car ils étouffent l’amour des mots, ils tuent l’émerveillement et le plaisir, conditions du désir d’apprendre et de pratiquer. Un mot écrit est comme un papillon cloué sur une planche : il est réduit à une forme, figé dans un sens définitif. Il est bon que la construction des sens des mots se fasse de façon progressive. Les contours du mot sont d’abord flous, puis des écailles de sens le parent de significations diverses, à chaque rencontre dans un contexte différent. Ses capacités d’accueil de sens nouveaux restent ouvertes, ce qui lui permet de garder sa force générique de papillonner dans la tête de l’enfant.
Avant de passer à la glose, nous devons inoculer à nos enfants le plaisir des mots, le désir de langue. En un mot : toutes les démarches actuelles d’apprentissage prématuré de l’écrit de la langue obtiennent des résultats inverses de ceux qui sont désirés, auprès d’un très grand nombre d’enfants. Ainsi, on s’aperçoit que dédoubler des CP afin de mieux personnaliser l’accès à la lecture d’enfants qui ne possèdent que peu de langue orale ne donne aucun résultat : on leur demande de faire le pain, alors qu’ils n’ont pas encore la farine ! De nombreuses innovations, très coûteuses, sont aussi stériles.

Il faudrait enseigner aux élèves une pratique orale du français littéraire et scientifique, alors que l’optique est encore celle des lycées classiques d’autrefois : constater et sanctionner ou corriger les insuffisances de niveau, dont l’origine est, en fait, linguistique afin d’éliminer les élèves défaillants. Il faut redonner sa place à la parole, car nous sommes des enfants de cette parole vive dont les fils permettent de tisser les liens sociaux.
La maîtrise de l’orature ouvre la porte des études qu’elles soient littéraires, scientifiques ou techniques ; elle offre aussi l’accès aux trésors culturels.
Que l’on me pardonne d’insister aussi lourdement dans ce plaidoyer pour un oral de qualité, mais je pense que c’est là que réside l’origine de beaucoup d’échecs.

Je crois que cet objectif est réalisable, à condition de transmettre le meilleur de notre langue, d’en nourrir les enfants, en nous appuyant sur :
– une redéfinition de la lecture,
– la réhabilitation de la poésie, qui donne le pouvoir de créer de la langue,
– l’enseignement du théâtre, qui met en place la capacité de dialoguer de façon maîtrisée et qui permet aussi le contrôle du corps, de la gestuelle* et de l’espace,
– l’utilisation massive des textes fondateurs de la tradition orale, qui permettent d’acquérir :
– un lexique et des structures linguistiques considérables,
– tous les registres de l’orature,
– la maîtrise de l’espace et du temps,
– des éléments importants de connaissance du monde et des cultures,
– des repères éthiques* et esthétiques*, socle indispensable des valeurs républicaines. »

Ayant enseigné au lycée Oqba ben Nafi, situé dans un bidonville de Casablanca, je suis persuadé que les conditions socio-économiques ne sont pas le facteur principal et servent plutôt de prétexte pour éliminer certains enfants des cursus « nobles ».
L’école peut améliorer ou aggraver les choses, c’est vrai, et souvent elle les aggrave.
Les efforts pour lutter contre l’échec échouent parce qu’ils partent de présupposés erronés.

1 01 2011
David (14:18:46) :

@ Chris Montelle
Vous écrivez : « Les efforts pour lutter contre l’échec échouent parce qu’ils partent de présupposés erronés. »
On peut discourir à l’infini, mais qui vous dit que vos « présupposés », longuement expliqués, sont justes ?

NB. « jouissatif » néologisme montellien ?

1 01 2011
David (17:28:09) :

J’ai oublié le principal…

Bonne année 2011 : santé, joie, bonheur. A tous.

2 01 2011
Christian Montelle (04:28:54) :

Tout d’abord : Bonne année ! Que les jours et les nuits de 2011 vous apportent santé, jouissances et sérénité !
Je ne présuppose pas que mes présupposés soient justes, je les propose à la discussion, ce qui est l’objectif d’un blog ! J’ai développé plus longuement le fruit de mon expérience et de mes réflexion dans un ouvrage : La parole contre l’échec scolaire, paru en 2005 chez l’Harmattan. On y trouvera les argumentations que je propose pour étayer des propos comme ceux que j’ai cités ci-dessus. Cette citation est d’ailleurs issue de l’introduction de cet ouvrage.
Force est de constater que les tentatives pour enrayer la progression de l’échec scolaire sont de peu d’efficacité. Peut-être faut-il explorer d’autres pistes puisque celles proposées par les traditionalistes sont aussi peu convaincantes que celles soutenues par les pédagogistes.
J’accepterai volontiers toute critique étayée sur mes thèses et j’en ai reçu de passionnantes lors des conférences que j’ai pu donner.

Il est vrai que « jouissatif » n’est pas avéré dans le dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey. Cependant, si vous le tapez dans Google, vous verrez qu’il est largement connu par l’usage. Je l’emploie et j’aime l’employer comme superlatif de jouissif. Je ne suis pas certain qu’il mérite la censure des puristes, mais je respecte vos réserves. Je n’aime pas les néologismes inutiles, mais si un mot ajoute du sens sans redondance, je l’adopte volontiers.

2 01 2011
Christian Montelle (04:43:38) :

Les Québécois :
http://www.cslf.gouv.qc.ca/publications/pubf200/f200.pdf
n’acceptent pas « jouissative », mais ne disent rien sur « jouissatif » ! Tabernacle ! qu’en penser ?

« Nous n’avons pas accepté des formes comme jouissative et défuncta que certains pourraient considérer comme ludiques. »
Mais la précision est intéressante. « Jouissatif » est ludique. Son seul énoncé évoque ou fait émerger une secrète jouissance quelque peu coupable, mais délicieuse, ce qui l’écartera encore longtemps des dictionnaires. C’est un mot à croquer sans remord, d’autant plus qu’il n’est pas anglo-saxon.

14 03 2011
B. Clenbuterol (04:59:27) :

Je n’étais pas venu sur votre blog avant dans mes recherches! Continuez votre travail fantastique!

22 03 2011
W S O (19:24:41) :

Nous sommes un groupe de bénévoles et de départ d’une initiative nouvelle dans une communauté. Votre blog nous a fourni des informations précieuses pour travailler. Vous avez fait un merveilleux travail!

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