A propos du qu’en dira-t-on…

15 03 2011

Carême pédagogique 2011

Jour 7

Pensée 7


Quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on a toujours tort.

A moins qu’on ait raison d’avoir tort

et tort de croire qu’il ne faut pas oser.

Oser dire, croire et faire contre l’opinion.


Il était une fois…

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Un conte vaut parfois mieux que cent discours 😉

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5 réponses à “A propos du qu’en dira-t-on…”

15 03 2011
christian Montelle (07:58:56) :

Est-ce un bon conseil, (pour un[e] pédagogue) que de conseiller de ne suivre aucun conseil ;-)))
Il est vrai qu’il vaut mieux suivre les exemples que les conseils et que les conseilleurs ne sont pas les payeurs ! Mais quel orgueil !
Il me semble que les enfants actuels ne supportent absolument aucun conseil de la part des adultes. Ils auraient plutôt tendance à en donner en abondance.
Il faut peut-être distinguer la vox populi et les conseils du sage !

En version plus classique :

« Le Meunier, son Fils, et l’Ane

L’invention des Arts étant un droit d’aînesse,
Nous devons l’Apologue à l’ancienne Grèce.
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.
La feinte est un pays plein de terres désertes.
Tous les jours nos Auteurs y font des découvertes.
Je t’en veux dire un trait assez bien inventé ;
Autrefois à Racan Malherbe l’a conté.
Ces deux rivaux d’Horace, héritiers de sa Lyre,
Disciples d’Apollon, nos Maîtres, pour mieux dire,
Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins
(Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins),
Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie,
Vous qui devez savoir les choses de la vie,
Qui par tous ses degrés avez déjà passé,
Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,
A quoi me résoudrai-je ? Il est temps que j’y pense.
Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance.
Dois-je dans la Province établir mon séjour,
Prendre emploi dans l’Armée, ou bien charge à la Cour ?
Tout au monde est mêlé d’amertume et de charmes.
La guerre a ses douceurs, l’Hymen a ses alarmes.
Si je suivais mon goût, je saurais où buter ;
Mais j’ai les miens, la cour, le peuple à contenter.
Malherbe là-dessus : Contenter tout le monde !
Ecoutez ce récit avant que je réponde.

J’ai lu dans quelque endroit qu’un Meunier et son fils,
L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,
Mais garçon de quinze ans, si j’ai bonne mémoire,
Allaient vendre leur Ane, un certain jour de foire.
Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.
Le premier qui les vit de rire s’éclata.
Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
Le Meunier à ces mots connaît son ignorance ;
Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
L’Ane, qui goûtait fort l’autre façon d’aller,
Se plaint en son patois. Le Meunier n’en a cure.
Il fait monter son fils, il suit, et d’aventure
Passent trois bons Marchands. Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s’écria tant qu’il put :
Oh là ! oh ! descendez, que l’on ne vous le dise,
Jeune homme, qui menez Laquais à barbe grise.
C’était à vous de suivre, au vieillard de monter.
– Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.
L’enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte,
Quand trois filles passant, l’une dit : C’est grand’honte
Qu’il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
Tandis que ce nigaud, comme un Evêque assis,
Fait le veau sur son Ane, et pense être bien sage.
– Il n’est, dit le Meunier, plus de Veaux à mon âge :
Passez votre chemin, la fille, et m’en croyez.
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L’homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.
Au bout de trente pas, une troisième troupe
Trouve encore à gloser. L’un dit : Ces gens sont fous,
Le Baudet n’en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
Hé quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
N’ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
Sans doute qu’à la Foire ils vont vendre sa peau.
– Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Essayons toutefois, si par quelque manière
Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux.
L’Ane, se prélassant, marche seul devant eux.
Un quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode
Que Baudet aille à l’aise, et Meunier s’incommode ?
Qui de l’âne ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur Ane.
Nicolas au rebours, car, quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
Beau trio de Baudets ! Le Meunier repartit :
Je suis Ane, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;
J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en Province ;
Prenez femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement :
Les gens en parleront, n’en doutez nullement. »

Ah ! le style de La Fontaine !

15 03 2011
David Batch. (18:43:28) :

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »

Henri Poincaré

15 03 2011
Ostiane (19:59:51) :

Je ne connaissais pas la version de La Fontaine,
Doutons donc avec parcimonie et croyons avec clairvoyance. Un adage à vivre avec nos élèves?

15 03 2011
christian Montelle (21:33:53) :

Je ne pense qu’il convienne de se réfugier dans ce relativisme. L’important est de réfléchir, comme nous y engage ce grand savant que fut Poincaré (qui avait déjà pressenti la théorie de la relativité, quand même). Réfléchir qu’est-ce que cela signifie ? Exercer son jugement, c’est-à-dire savoir argumenter avant de décider. Apprendre aux enfants à ne pas dire comme des crétins :
« C’est nul ! C’est génial ! » ./,
mais à justifier leur jugement.
« J’aime parce que… ou Je n’aime pas parce que….Je pense que…parce que…. » ;
« Je vais choisir cette solution parce… ou Je vais renoncer parce que… ».
On peut commencer très tôt à avoir cette exigence. On joue aux devinettes, par exemple : chaque proposition de réponse doit être argumentée et tenue comme nulle avant que cela n’ait été fait, même si la réponse est juste. Ce qui importe, ce n’est pas la bonne réponse, mais l’argumentation.
La même chose pour un problème de math, un jugement sur un texte de poésie, de théâtre, sur un roman, un film, une interprétation d’expérience, un jugement sur un jouur de foot, etc, etc.
L’argumentation ne saurait se contenter de sentiments personnels (valeur de vérité = zéro). Il faut des raisonnements ou des cautions (de bons conseillers comme Poincaré, je reviens au sujet).
Ta question est primordiale, Ostiane, et mérite une profonde réflexion ainsi que des pratiques qui passionnent les enfants. Des lacunes pédagogiques immenses existent en ces domaines parce que la formation des profs en logique formelle ou en argumentation est insuffisante.
La Fontaine écrivait pour des courtisans adultes, pas pour de jeunes enfants de notre époque !

Quand à la conclusion du conteur : mensonge et vérité sont également nécessaire !!!! On est en plein dans le relativisme le plus stérile pour un pédagogue !!!

16 03 2011
christian Montelle (06:12:43) :

Encore une petite citation de Socrate, je crois :

« Le sage n’avance rien qu’il ne prouve » (ou : qu’il ne puisse prouver).

Voilà un « conseil » donné par une source avérée : Socrate, représentant de toute la philosophie grecque.

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