Questionner ou répondre, faut-il choisir?

18 03 2011

Carême pédagogique

Jour 9

Pensée 9

J’ai tant de questions et si peu de réponses

Chaque réponse est un aveu d’impuissance; derrière chacune d’entre elle se cache un nouvel abime d’ignorance.

Et pourtant l’homme est ainsi fait qu’il ne peut se résoudre à cesser de chercher. Son esprit le voudrait-il qu’il n’y parviendrait pas. Vivre, c’est déjà apprendre, apprendre c’est chercher, ainsi nous voilà contraints à souffrir de notre ignorance.

La partager la rendrait-elle moins cruelle?

La questionner la rendrait-elle plus familière?

La chanter, la clamer, la rendrait-elle plus douce?

Parfois -souvent- le poète sera celui qui mieux qu’un autre saura trouvé les mots, les mots justes, ceux qui, loin de nous apporter de vraies réponses, nous conduiront juste à mieux questionner le monde, les hommes, la vie afin, non pas de tout comprendre, mais déjà d’apprendre à mieux regarder notre ignorance comme une partie de nous-même, reflet vibrant dans un miroir sans tain.

« Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,

plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.

Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour

enneigé ou brillant, mais jamais habité. »

Philippe Jaccottet, L’ignorant, 1957

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9 réponses à “Questionner ou répondre, faut-il choisir?”

18 03 2011
christian Montelle (11:20:49) :

Jean Gabin nous dit-chante (Gabib rappeur !) de façon plaisante ce que Jaccottet nous écrit de façon si subtile et sensible.

http://www.dailymotion.com/video/x3l4b0_jean-gabin-je-sais_music

J’ai écrit un post ce matin ; je le trouve pas !

19 03 2011
Ostiane (08:15:08) :

Hum, Gabin…qu’en j’étais gosse, j’avais le béguin pour Gabin.
Amusante coïncidence, mon tout premier prof de pédagogie, lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Même visage, même allure, même voix. J’étais fascinée!

19 03 2011
Ostiane (11:37:05) :

Une autre version de cet éternel « Je ne sais pas ». Version co-écrite par Nidine et Nési, CE1
Histoires d’enfants

19 03 2011
christian Montelle (17:51:14) :

« ainsi nous voilà contraints à souffrir de notre ignorance. » C’est ce « souffrir » qui me dérange..
Il s’agit de persuader les enfants que l’ignorance est une chance ! Ne serait-ce que les livres :
« Quand je pense à tous les livres qu’ il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. » Jules Renard
Et toutes les merveilles superbes et stupéfiantes que nous offrent le monde ! Dans les domaines, de la nature, des arts, de la science, de la technique. Mon rêve d’adolescent de connaître une bibliothèque qui offrirait tous les délices intellectuels du monde s’est réalisé avec Internet.

Alors, bénie soit l’ignorance ; non l’ignorance dans laquelle se complaît la paresse, mais l’ignorance comme ces territoires infinis qui nous attendent pour se dévoiler sensuellement devant nos yeux émerveillés si nous acquérons les mots qui sont la clef de ces trésors.

19 03 2011
liaisonecolecollege (20:37:24) :

Puis-je m’émerveiller si je n’ai pas été aveugle?
Puis-je éprouver la joie si je n’ai pas ressenti la peine?
Puis-je savourer une réussite si je n’ai pas dépassé l’épreuve de sa quête?

C’est dans ce double rapport que le terme de souffrance doit être ici accepté. Ainsi, parce que je souffre de mon ignorance, je tâcherai de la dépasser et j’accéderai au bonheur d’avoir appris, ne serait-ce qu’un fragment de quelque chose qui m’invitera à aller chercher, encore et encore, à essayer encore et encore…

L’enseignant doit inviter l’enfant à entrer dans cette quête, à en mesurer parfois la difficulté, à en accepter les contraintes. Entrer dans un travail à longue haleine, se confronter à la résolution d’un problème dont les données ne sont pas livrées clé en main, se plonger dans la lecture d’un texte résistant, etc; toutes ces démarches requièrent de la volonté, de la ténacité, de la persévérance, de la confiance aussi…Oui, je crois qu’il y a là une part de souffrance: il faut souffrir de n’être pas satisfait dans l’instant. Apprendre, c’est aussi faire la douloureuse expérience de la frustration.

19 03 2011
Ostiane (20:40:46) :

Puis-je m’émerveiller si je n’ai pas été aveugle?
Puis-je éprouver la joie si je n’ai pas ressenti la peine?
Puis-je savourer une réussite si je n’ai pas dépassé l’épreuve de sa quête?

C’est dans ce double rapport que le terme de souffrance doit être ici accepté. Ainsi, parce que je souffre de mon ignorance, je tâcherai de la dépasser et j’accéderai au bonheur d’avoir appris, ne serait-ce qu’un fragment de quelque chose qui m’invitera à aller chercher, encore et encore, à essayer encore et encore…

L’enseignant doit inviter l’enfant à entrer dans cette quête, à en mesurer parfois la difficulté, à en accepter les contraintes. Entrer dans un travail de longue haleine, se confronter à la résolution d’un problème dont les données ne sont pas livrées clé en main, se plonger dans la lecture d’un texte résistant, etc; toutes ces démarches requièrent de la volonté, de la ténacité, de la persévérance, de la confiance aussi…

Oui, je crois qu’il y a là une part de souffrance: il faut souffrir de n’être pas satisfait dans l’instant. Apprendre, c’est aussi faire la douloureuse expérience de la frustration.

20 03 2011
christian Montelle (04:20:51) :

« Puis-je m’émerveiller si je n’ai pas été aveugle?
Puis-je éprouver la joie si je n’ai pas ressenti la peine?
Puis-je savourer une réussite si je n’ai pas dépassé l’épreuve de sa quête?
 »
Pour moi, la réponse est oui, trois fois, parce que telle est ma philosophie. Je refuse, en ce qui me concerne, l’approche judéo-chrétienne de la vie, et, en particulier, le concept de « faute originelle » qui demande forcément une « rédemption » douloureuse.
Pas de « quête » dans la souffrance, mais recherche du plaisir de découvrir. Mon credo, ce n’est pas la douleur, mais le plaisir ! Pas le plaisir vulgaire du ludique dont on nous rebat les oreilles, mais le plaisir de l’émerveillement devant la beauté et la perfection. La jubilation devant l’harmonie de la nature, pas la complainte des paradis perdus. L’admiration éperdue devant l’ingéniosité et l’intelligence humaine, pas la méfiance haineuse devant la science. La joie intense devant la possibilité de l’amour sous toutes ses formes, non la désespérance devant la haine.
En toute lucidité et sans aveuglement.

23 03 2011
Ostiane (12:33:53) :

Bonjour Christian,
Cet appel intérieur à l’admiration dont tu parles doit effectivement être cultivée à l’école comme dans la vie. A l’école, si nous parvenons ne serait-ce qu’à susciter l’appétence et le goût pour la connaissance, la curiosité, et pour toutes les « petites choses » qui font le sel d’une journée, alors nous aurons gagner une bien belle bataille. Mon crédo n’est pas la douleur non plus, tu l’imagines bien.
Le problème que nous rencontrons avec de nombreux élèves, comme avec de nombreux adultes, enseignants compris, c’est cette obsession de l’immédiateté, du tout tout de suite. La persévérance reste une attitude bien difficile à développer, car elle est totalement niée par notre environnement. Elle est donc difficile à recevoir par nos petits élèves qui ne comprennent pas bien pourquoi ils auraient à faire des efforts dans un monde où les adultes n’agissent bien souvent que dans une logique de court terme. D’où incompréhension, violence et …souffrance. La souffrance n’est pas une quête, c’est le résultat d’une inadéquation entre l’accès à la profondeur des choses qui réclame bien souvent un désintéressement de soi et la surface pailletée de la réussite individuelle qu’on nous vend à toutes les sauces.

24 03 2011
Christian Montelle (20:27:13) :

L’école est le miroir d’une société car toute pédagogie s’appuie sur une philosophie. Comment éduquer des enfants quand toutes les valeurs éthiques et esthétiques ont éclaté devant le veau d’or ?

J’ai de l’espoir, tout de même, parce que les enfants ont un désir profond de vrai, de beau et de juste. Il faut essayer de viser dans ces directions-là. Non point étaler toutes les horreurs, mais faire découvrir les « récits qui donnent un beau visage « ainsi que Jorn Riel les nomme. Qu’ils comprennent qu’un autre monde est possible et que c’est eux qui pourront le construire.
Je crois que l’ignominie actuelle n’est pas éternelle parce qu’elle n’est pas irréversible. Des crises épouvantables économiques ou écologiques vont faire exploser nos sociétés et il faut préparer le monde de demain. Mais il ne faut pas parler de ces crises aux enfants, seulement leur permettre de rêver ce monde qui sera le leur.

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