Haïku pour Hatsuharu

21 03 2011

Carême pédagogique

Jour 11

Pensée 11

Certains sujets sont difficiles à envisager avec une classe de jeunes élèves. Non pas qu’ils ne soient pas en capacité de les appréhender, mais plutôt qu’il reste très délicat pour un enseignant de se mettre à la portée de leurs attentes, de leurs besoins, de leurs peurs, de leurs représentations, de leurs questions,  sans risquer de les brusquer, de les heurter, de les plonger un peu plus dans le chaos qui envahit les ondes et les écrans. Pour autant, on ne peut rester muet, impassible, faire comme si de rien n’était. Ainsi j’ai choisi de partir avec ma classe à la découverte du patrimoine poétique japonais et de leur proposer de rédiger à l’intention d’un enfant, incarné par un prénom, un court poème sur le modèle des Haïkus.

Le haïku est une forme classique de la poésie japonaise, à forte composante symbolique, qui contient environ 17 syllabes et  fait référence à un élément de la nature, nature qui porte en elle la beauté et l‘éphémère.

Au Japon, chaque prénom est porteur d’un sens, d’une signification. Ici, en choisissant de mêler deux prénoms féminins Hatsu et Haru, j’obtiens un prénom composé Hatsuharu qui signifie Premier Printemps. Hommage au printemps bien sûr, mais surtout hommage à cette petite fille, à ce nouveau-né qui vit le jour au pays du Soleil Levant, à l’aube d’un tsunami dévastateur.

Haïstu pour Hatsuharu

Les eaux noires de tes grands yeux

vaporeux

s’éveillent au Soleil Couchant

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10 réponses à “Haïku pour Hatsuharu”

21 03 2011
christian Montelle (09:00:35) :

Quel plaisir de rencontrer la poésie au sein de nos entretiens ! Le haïku est une excellente manière d’aborder le fait poétique en raison de la brièveté de ce type de poèmes et de sa facilité apparente.
Certains exigent une distribution des syllabes en :
5 syllabes
7 syllabes
5 syllabes
conforme à la tradition japonaise, et proscrivent les effets de style et, en, particulier la métaphore. D’autres laissent plus de liberté.
Un site :
http://dominique.chipot.pagesperso-orange.fr/haikus/structure.html

Le fait d’accepter la métaphore permet de se familiariser facilement avec ce trope qui est au cœur de la création poétique (Paul Ricœur, La métaphore vive, Seuil). La métaphore est un mariage insolite de mots ou de faits qui permet de donner des sens nouveaux aux mots et donc de renouveler ou d’affiner notre vision du monde. Quand une langue ne parvient plus à créer (poème vient de poiein : créer), elle doit emprunter à d’autres langues pour rendre compte par les mots des changements survenus dans le monde. Quand meurt la poésie, meurt la langue.
« Donner un sens plus pur aux mots de la tribu. » (Mallarmé)

Le fait d’aborder la poésie selon une forme permet de faire comprendre aux enfants que la poésie ce n’est pas le n’importe quoi dicté par la fantaisie enfantine, ce qu’elle est trop souvent dans les pratiques ordinaires.

Un petit haïku pour conclure provisoirement :

Je marche sur le gazon
Comme si je foulais
Les nuages
(Bôsha)

21 03 2011
David Batch. (14:05:20) :

????????????????????

Faites un copier-coller sur Reverso…

21 03 2011
David Batch (19:31:35) :

Traduction (phonétique) de premier printemps : Saisho no haru

Quel besoin de faire découvrir le patrimoine poétique japonais (qu’un européen ne peut appréhender dans son entière signification) à des élèves du primaire … ? Le patrimoine poétique français devrait vous suffire.
Vous vous dispersez… au point d’abandonner votre indispensable « culturo-blog » en rade depuis le 19 janvier (deux mois et demi sans aucun article).
Toujours concernant votre blogue, vous la grande spécialiste des rapports « parents-enseignants », les derniers commentaires de parents remontent au 3 juin 2009 … C’est ce qui s’appelle la continuité dans l’action…
Je ne vois dans vos blogues divers que du blabla. On pique un truc ici, un truc ailleurs et hop on s’embarque dans de grandes théories.
Je ne vois que poudre aux yeux. Atterrissez un peu !

21 03 2011
Ostiane (19:45:41) :

Pff..trop fatiguée ce soir David pour ce genre de duel. Sorry, une autre fois.

22 03 2011
David Batch. (18:08:45) :

Il est nécessaire d’avoir une vision claire des objectifs et des chemins qui y mènent. Il ne s’agit pas d’accumuler un tas d’ »activités », en espérant que cet activisme aura automatiquement des résultats (c’est assez souvent une croyance un peu naïve). Cela amène aussi à des choix sélectifs dans ce que l’on propose aux enfants. Les critères en seront la pertinence et l’efficacité.

22 03 2011
David Batch. (19:00:03) :

Haïku… très bien, mais êtes-vous capable avec vos élèves de pénétrer l’entière définition de ce qu’est son essence même ? La culture occidentale n’en est pas capable :
http://dominique.chipot.pagesperso-orange.fr/haikus/lexique.html#tradition

22 03 2011
David (19:12:23) :

Votre « Carême pédagogique » semble s’essouffler quelque peu…
Imaginez un peu… 40 pages de pédagogie quotidiennes !

22 03 2011
David (19:21:24) :

« Il est nécessaire d’avoir une vision claire des objectifs et des chemins qui y mènent. Il ne s’agit pas d’accumuler un tas d’ »activités », en espérant que cet activisme aura automatiquement des résultats (c’est assez souvent une croyance un peu naïve). Cela amène aussi à des choix sélectifs dans ce que l’on propose aux enfants. Les critères en seront la pertinence et l’efficacité. »

22 03 2011
David (20:10:17) :

J’attends une réponse à ce commentaire.
Qu’en dites-vous ?

24 03 2011
Christian Montelle (16:48:52) :

Objectif 1 : enseigner à des enfants l’écoute et l’écriture de poèmes.
Objectif 2 : ne pas dégoûter ces enfants de la poésie et les amener aux plus grands poètes.

Chemin : tenir compte des mentalités des enfants :
– commencer par des textes courts mais très forts et très poétiques ;
– proposer des structures très simples au début, imitables ;
– ne pas partir de poètes connus que la pratique de la récitation a rendu répulsifs.

Les haïkus remplissent ce cahier des charges, ainsi que Guillevic.
Ce n’est qu’un début. Beaucoup d’itinéraires suivent pour atteindre les objectifs, avec grand succès d’ailleurs, car les enfants adorent la poésie si on leur fait rencontrer la vraie poésie et non seulement des jeux ou des textes rasoirs.
J’ai consacré un chapitre de mon livre à l’enseignement de la poésie et ce livre est utilisé par de nombreux enseignants. Si la poésie, le théâtre, les récits de la tradition orale vous intéressent, je ne saurai trop vous conseiller de le lire. Il s’agit d’aider les enfants à maîtriser l’oral et, en particulier la parole.

Petit extrait afférent au haïku et à Guillevic.

« L’écriture poétique condense le sens en des formules puissantes et polysémiques. Elle ne s’étale pas, mais se ramasse, se concentre pour atteindre le cœur des choses et des êtres. Les haïkus initient à cette concision. Ce sont des poèmes courts, traditionnels au Japon, qui rendent compte de sensations fugitives, qui saisissent de matière subtile des présences furtives. En japonais, ils ont aussi une valeur graphique, par leur inscription dans la page : les lettres doivent être harmonieusement disposées.

Pluie fine de printemps
Une fille apprend

Au chat la danse.
Issa34

Il existe une conception occidentale du haïku (le troisième vers est en opposition métaphorique avec les deux premiers, la rigueur métrique est moindre) :

Neige dans le jardin
Perce-neige sur le chemin

Mon cœur saigne.
Charazad (élève de 13 ans)

Guillevic appelle « quanta » les subdivisions brèves de ses poèmes. D’un regard d’entomologiste, il explore la matière :

Si une pierre te parle,
Iras-tu le dire ?

Il exalte aussi le silence nécessaire, le silence qui est le berceau de la parole. Le silence qui est aussi l’aboutissement du poème, quand les mots laissent la place à la communion avec le monde.

Le chant
Peut être silence.

Le silence peut exister
Pour qui chante,

Pour lui
Et pour tous,

Car il porte le chant
à travers les horizons.
Eugène Guillevic, Art poétique »

Je critique comme vous l’activisme stérile, les activités sans but, ni cohérence ni méthode. Ostiane est exactement à l’opposé de cet activisme, tout comme moi.

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