Communication: réalité, illusion ou bien prétexte ?

23 03 2011

Carême pédagogique

Jour 13

Pensée 13

« Comment pouvons-nous nous comprendre, monsieur, si je donne au mots que je prononce le sens et la valeur de ces choses telles qu’elles sont en moi; alors que celui qui les écoute les prend inévitablement dans les sens et avec la valeur qu’ils ont pour lui, le sens et la valeur de ce monde qu’il a en lui? On croit se comprendre; on ne se comprend jamais! »

Luigi Pirandello

Alors quoi, communiquer serait-elle une action vaine? une illusion langagière? une démarche dépourvue de sens puisque entièrement soumise à la subjectivité de l’autre et de soi-même?

Si les mots que j’emploie ou les mots que j’ignore expriment si cruellement les limites de mon propre entendement; si les mots reçus par cet étrange étranger restent vains puisque déshabillés, dénaturés, déformés, transformés; si quoi que je dise et de quelque manière que je le dise, mon propos ne sera pas compris tel que je souhaite qu’il le soit; alors à quoi donc le langage me sert-il?

Luigi Pirandello nous convierait-il ici  et si subtilement à envisager le langage comme une manière de nous hisser hors de nous même? comme une façon d’apprendre à faire le deuil et d’une partie de soi et de la représentation qu’on a de l’autre?

Et si le langage n’était qu’un prétexte pour inventer un espace commun entre chacun d’entre nous, un espace différent de soi, différent de l’autre? un espace à convoquer, à invoquer, à imaginer?

N’y a-t-il pas là, un réel sujet à travailler dans nos classes et par souci d’isomorphisme et de cohérence, dans nos pratiques mêmes d’enseignement?

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8 réponses à “Communication: réalité, illusion ou bien prétexte ?”

23 03 2011
David Batch. (10:02:16) :

Moi pas comprendre « isomorphisme »… ce terme n’est employé qu’en chimie (on parle de corps isomorphes lorsque structurellement ils sont différents de nature mais présentent la même cristallisation), ou en mathématiques (relations bijectives).
Vous employez donc des mots dans les limites de votre propre entendement… ils sont déshabillés, dénaturés, transformés, déformés…

23 03 2011
christian Montelle (14:39:42) :

« Et si le langage n’était qu’un prétexte pour inventer un espace commun entre chacun d’entre nous, un espace différent de soi, différent de l’autre? un espace à convoquer, à invoquer, à imaginer? »
Magnifique définition du langage, cet outil qui nous permet d’être civilisés, de vivre avec l’autre. J’aime cette image d’espace commun.
Il y a toute une pédagogie à développer pour que les enfants comprennent que leur capacité de parole ne doit pas être utilisée pour dominer l’autre, mais pour chercher le point de compromis le plus positif qu’il soit possible. Nous avons tous connus ces enfants ou adultes mal dégrossis qui veulent à tout prix imposer leur parole, même et surtout s’ils n’ont rien compris, s’ils n’ont rien à dire. Pour se rendre intéressants, ils cherchent le petit détail dérisoire, la petite erreur, incapables qu’ils sont d’analyser les problématiques ni de proposer quoi que ce soit : une catastrophe dans les classes. C’est leur rendre un grand service que de leur apprendre à écouter, à réfléchir et de comprendre avant de parler, à respecter leurs interlocuteurs selon les règles de la politesse. Ainsi, ils ne resteront pas butés sur leurs maigres convictions, mais pourront progresser, grandir.

La communication, mot tellement à la mode, a été prostituée par ceux qui l’utilisent comme moyen d’aliénation d’autrui. Chez les « communicants » mercantiles ou politiques, elle est l’art de parler pour ne pas dire, l’art de tromper.
Elle peut être, tout au contraire, le véhicule de contacts empathiques aussi enrichissants pour l’un que pour l’autre.

Les outils les plus efficaces et les plus enrichissants pour développer les facultés d’écoute et de parole sont ceux de la pratique des textes de l’oral « littéraire » ou populaire.

23 03 2011
David Batch. (17:44:03) :

Pour une fois je serai d’accord avec le griot d’Ornans.
J’ai connu, sur mes bateaux, des lourdauds mal dégrossis qui cherchent le petit détail dérisoire pour se rendre intéressants et sont incapables d’analyser les problématiques ou proposer quelque chose. Une catastrophe sur un bateau, on les appelle des « éléphants »…

23 03 2011
David Batch. (19:30:21) :

Heureusement vous avez les habituels débatteurs sur votre blogue. Ils mettent dans leurs « batailles » de mots un peu d’animation. J’admire (vraiment) Christian Montelle qui chaque jour nous livre de nouvelles planches.
Cordialement.
Batch.

24 03 2011
christian Montelle (08:27:58) :

Merci, David.
J’avais placé un message pour commenter cette citation de Pirandello :
« je prononce le sens et la valeur de ces choses telles qu’elles sont en moi; alors que celui qui les écoute les prend inévitablement dans les sens et avec la valeur qu’ils ont pour lui, le sens et la valeur de ce monde qu’il a en lui » et il n’a pas été édité sur le blog. C’est la seconde fois que cela arrive. Un peu frustrant d’autant plus que le problème est passionnant. Entre des interlocuteurs, il existe un plus petit dénominateur commun de compréhension des mots, variable selon la culture. Autrefois, les professeurs étaient très exigeants – et à juste titre – sur l’utilisation du « mot propre ». On privilégie maintenant plutôt l' »expression » et cela est très dommageable à la précision du vocabulaire. Les journalistes, eux-mêmes, commettent des erreurs incroyables sur le sens des mots. Cette dégradation me semble encore plus importante que l’écroulement de l’orthographe.

24 03 2011
David Batch (21:03:54) :

Beaucoup de points communs entre Pirandello et … Descartes, non ?

24 03 2011
David (21:04:49) :

… le rosicrucien.

24 03 2011
Christian Montelle (23:59:06) :

Aucun rapport entre Descartes et Pirandello.

Quant aux Rose-Croix, je ne sais rien sur eux et ne veut rien savoir. Sans le moindre intérêt.

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