La transgression, un enjeu éducatif?

2 04 2011

Carême pédagogique

Jour 23

Pensée 23

Si l’on part du principe qu’il ne peut y avoir d’apprentissage sans contrainte -contrainte physique due à l’espace, au temps, et à l’environnement, contrainte cognitive dues aux objets d’apprentissage, contrainte affective due aux relations aux autres et à soi-  et dès lors qu’on admet qu’il ne peut y avoir d’éducation sans cadre -cadre qui sécurise, cadre qui délimite, cadre qui protège- enfin, si l’on considère le rapport à l’autorité comme fondement et garant de ce cadre et de ces limites, alors il devient impossible, incohérent et in-envisageable de penser et concevoir son enseignement sans donner à la transgression une place plus que de choix, une place centrale.

Comment puis-je t’enseigner le dépassement de toi, si je ne te permets pas d’aller au delà des limites que j’ai imaginées pour toi? Comment, sans te mettre en péril, puis-je t’inviter à dépasser ces limites, tant intellectuelles que corporelles ou « morales » si je ne les ai pas moi-même pensées comme enjeu d’apprentissage plutôt que comme point de non-retour?

En introduisant l’obligation d‘apprendre dans un système clos tel qu’il existe aujourd’hui, l’institution et les adultes qui la composent peuvent-ils faire l’économie d’une réflexion sur les finalités de cet enseignement, sur ses enjeux et sur le statut tout particulier de la transgression que l’éducateur, le pédagogue, l’enseignant doit penser, intégrer et mettre en scène dans une dynamique d’apprentissage reliéé à l’idée même de dépassement de soi?

A débattre…et à

Partager

Tags : , , , ,

Actions

Informations

9 réponses à “La transgression, un enjeu éducatif?”

4 04 2011
christian Montelle (03:08:22) :

Transgression : action d’enfreindre une loi, un interdit. Synonymes : contravention, désobéissance, faute, infraction, inobservation, manquement, viol, violation. (Alain Rey, dict. historique de la langue française)
Pour moi, il ne s’agit pas de « dépassement de soi ». Ou « d’aller au-delà des limites que j’ai imaginées pour toi ». La transgression est parfois nécessaire, les contes et les mythes nous le disent abondamment. A mon avis, cette nécessité se transmet par le truchement du symbolique, donc par les récits. Ces récits nous apprennent que la transgression se justifie (ou est nécessaire), en face de lois ou d’interdits injustes ou mortifères. Ainsi quand la loi du père (au sens large) devient totalement étouffante, l’enfant ou l’adolescent a le droit de la transgresser car elle l’empêche de devenir adulte.
L’auteur de l’interdit (l’adulte) ne peut en aucun cas encourager la transgression, sous peine de perdre son autorité.
C’est une erreur que beaucoup d’enseignants commettent, car ils sont à peine sortis de l’adolescence. Ils se rangent du côté des transgresseurs en mettant en cause l’ordre social ou familial et se préparent des lendemains qui ne chantent pas du tout.
Ce « je vous comprends, je suis d’accord avec vous !  » est une régression psychologique pour l’adulte qui « retombe en enfance » et perd son statut d’adulte.

5 04 2011
Jean Paul Jacquel (12:25:46) :

La transgression n’a peut-être pas besoin d’être encouragée… La règle, le cadre qui contraignent et entourent l’enfant sont nécessaires en raison de la fragilité et del’incompréhension du monde (innocence ?) de celui qui en est l’objet.
Mais l’enfant grandit et la tâche du parent et de l’enseignant devrait être d’alléger lentement ce dispositif de contrainte-protection.
L’adulte devrait être capable de cela, mais bien souvent il n’arrive pas à se débarasser de ce rôle, la montée de l’enfant, adolescent, pré-adulte vers l’autonomie est perçue comme une remise en cause de quelque chose qui justifie l’adulte à ses propres yeux ou comme une preuve de désamour, d’égoïsme,.. (il y a de cela aussi, l’adolescence n’est un moment facile pour personne, ni la sienne, ni celle des autres).
A ce moment la transgression n’est-elle pas nécessaire. L’enveloppe n’est plus protectrice mais étouffante, l’adulte cesse d’être un soutien pour devenir un obstacle. La transgression devient nécessaire pour pouvoir continuer à grandir. Elle aura donc lieu de toutes façons, c’est l’attitude contraire qui est inquiétante.
Mais certaines transgressions vont au delà et mettent en péril l’intégrité physique ou mentale de celui qui s’y livre. A n’avoir pas su accompagner le mouvement de l’enfant, de l’élève vers l’autonomie nous risquons de nous rendre impuissants à l’aider dans ces moments-là.

5 04 2011
christian Montelle (18:18:30) :

– Est-ce le professeur ou sont-ce les parents qui doivent se sentir en charge du chemin vers l’âge adulte de l’enfant ?
– Ne faudrait-il pas mieux définir ce terme de transgression si à la mode. Tous les critiques de livres, de films… montent au pinacle la transgression. Quel est le résultat ? Jan Favre, Mickaël Youn, Jackass ? Est-ce cela la transgression préconisée ? Non ? Quoi alors ? On est en pleine confusion. Il me semble que cela entraîne bien des erreurs. Quand on dépasse les bornes, il risque de ne plus y avoir de limites et c’est le désarroi pour tout le monde.
C’est pour cela qu’il est nécessaire d’avoir les idées claires sur la transgression, au risque de ne pas être dans l’air du temps. Tout en se démarquant des adeptes du tout répression qui fleurissent en ce moment. Je proposais plus haut de se servir des textes de la tradition orale et écrite : d’accord ou pas d’accord ? N’y aurait-il pas d’autres internautes que ce problème interroge et qui pourraient faire avancer ce débat ?

6 04 2011
Ostiane (06:39:12) :

Bonjour Christian et merci Jean-Paul pour votre prise de parole. Étant très souvent en déplacement ces derniers temps, j’ai du mal à participer aux échanges de manière immédiate. D’où le délai parfois de mes réactions.

Lorsque je parle de pédagogie de la transgression, je ne parle évidemment pas d’une attitude puérile où l’adulte se placerait au même niveau que l’enfant dans un rapport de fausse connivence. La dissymétrie de la relation maître-élève doit être respectée à tout prix si l’on ne veut pas donner dans le copinage malsain dont les enfants ne veulent pas d’ailleurs.
Je faisais plutôt allusion à une pédagogie où le maître pense et construit l’agencement de ses séances, ses consignes, ses activités proposées dans le cadre d’une mise en scène du savoir où ce savoir ne devient accessible que par l’expérimentation d’une transgression cognitive et constructive.

Dans cette posture là, la transgression n’est plus admise dans sa définition d’infraction à la règle. Il s’agit davantage d’une transgression intellectuelle qui permet d’élaborer chez l’enfant une pensée autonome et vivante.

La normalité scolaire place souvent l’élève dans un rapport de soumission face au savoir. On pose une question, il n’y a qu’une seule réponse, évidente, celle attendue par l’enseignant. Le droit à l’erreur est niée, le droit au tâtonnement est balayé. Le savoir est statique; c’est un objet à recevoir et non un objet résistant à modeler, à construire. Le rôle de l’élève dans ce cadre là se limite exclusivement à veiller à respecter ce que le maître souhaite que l’on réponde et non à aller chercher à dépasser l’obstacle qui poserait problème.

Cette soumission cognitive imposée et organisée par les adultes, ne conduit-elle pas finalement l’enfant à explorer dans d’autres domaines les effets pour le coup dangereux et contre-productifs de la transgression? C’est une question, me semble-t-il, qu’on est en droit de se poser.

7 04 2011
alain l. (06:20:39) :

Belle image cet oeuf en équilibre instable … et que votre débat est passionnant …

7 04 2011
alain l. (06:25:44) :

Zut, une fausse manip m’a encore fait envoyer mon message précécent non terminé … j’aurais voulu ajouter que je me posais justement la question de proposer ou non à mes élèves la lecture de cet article:
http://www.20minutes.fr/article/695278/societe-sexualite-handicapes-grande-hypocrisie
Qu’en pensez-vous …

alain l.

10 04 2011
Ostiane (06:56:41) :

Bonjour Alain, je pense que vous connaissez bien mieux moi vos élèves et leurs besoins. La sexualité des personnes handicapées est un sujet délicat, non pas parce qu’il est tabou, mais parce qu’il touche à l’intimité de chacun. Les jeunes que vous accueillez ont certes des besoins éducatifs particuliers mais ils n’en demeurent pas moins des personnes comme chacune d’entre nous; certains apprécieront certainement un débat sur cette question, d’autres seront sans doute mal à l’aise. De mon côté, mais cela n’engage que moi, j’opterai pour une éducation préventive. Les jeunes handicapés, parce qu’ils sont une cible parfaite pour satisfaire la toute-puissance malsaine des « bien-portants », font souvent l’objet de harcèlement sexuel ou d’abus au sens plein du terme. Il me semble qu’on ne prévient jamais assez dans ce domaine.

Tu n’es pas un objet, tu n’es pas soumis au OUI de l’adulte, tu dois dire NON si tu penses NON et tu dois en parler à quelqu’un si tu n’oses pas dire NON, si tu ne sais s’il faut ou non dire NON.

Apprendre à transgresser la tout-puissance de l’adulte, voilà un sujet d’émancipation et d’éducation qui doit être présent dans le discours de tout éducateur. Une transgression de droit car une transgression vitale…

10 04 2011
alain l. (07:34:30) :

Bonjour Ostiane , merci pour votre réponse … et bien sûr d’accord avec vous pour l’éducation préventive , mais vous avez sans doute noté que dans l’article de 20 minutes la question de la sexualité était surtout posée pour les adultes en situation de handicap dans les institutions … Ce n’est pas le cas à l’Eveil qui est théoriquement un établissement pour enfants et adolescents … Or , « à cause de » l’amendement Creton, un certain nombre de résidents sont de jeunes adultes et j’ai dans ma classe un groupe de 5 jeunes adultes majeurs ( l’âge légél de la majorité pour les jeunes en situation de handicap est également 18 ans … ) qui seront amenés à plus ou moins longue échéance à quitter l’Eveil pour intégrer une MAS ou un Foyer … Pour l’instant le problème de la sexualité de ces jeunes adultes n’est pas réellement pris en compte à l’Eveil … Il me semble que ce débat a sa place dans le cadre scolaire avec eux … mais pour éviter de transgresser les règles de l’établissement j’ai préalablement à ce travail demandé son avis au coordinateur pédagogique de l’unité d’enseignement, ainsi que celui du directeur de l’établissement qui souhaite également l’avis de la psychologue … Pour l’instant nous en sommes là …

11 09 2011
Gérard (11:57:26) :

La transgression est-elle un enjeu éducatif ? Je connaissais l’usage de ce terme dans le domaine des arts plastiques rebaptisés arts visuels depuis les dernières réformes. La transgression dans le domaine des arts est à la source de toute intention artistique ; l’histoire de l’art peut se comprendre comme une suite de transgressions successives; c’est ce qui valu à Edouard Manet (1832-1883) d’être refusé du Salon de Peinture qui avait lieu tous les ans; il exposera Le Déjeuner sur l’herbe au Salon des Refusés en 1863. Il s’agissait du début de la peinture moderne et de tous les mouvements artistiques qui se sont développés. Marcel Duchamp a fait de la transgression son leit motiv en proposant les ready made.
Il me semble que la transgression tient toute sa place dans les disciplines où la création est sollicitée et ainsi l’esprit peut s’émanciper et trouver une voie singulière pour exprimer sa propre identité. La poésie s’y prête également mais il ne faut pas confondre transgression et liberté tout azimut qui est l’antithèse de la transgression. Certains artistes se donnent des contraintes comme l’artiste français François Morellet pour opérer dans un champs artistique particulier. Et ainsi ces contraintes vont permettre à l’artiste de mieux focaliser sa recherche et d’approfondir sa création. Il n’y a pas d’un côté la transgression et d’un autre les contraintes; les deux permettent d’avancer de manière simultanée avec des aller et retours; le processus de la transgression correspond à un besoin humain mais cet élan qui s’exprime est aussi contenu dans la sphère sociale. Dans la pratique scientifique, il me semble difficile de parler de transgression car l’enfant a besoin d’une certaine culture scientifique avant de pouvoir la transgresser. Ce serait également une illusion de penser que l’invention peut naître de la transgression dans les domaines scientifiques. La découverte du vaccin contre la rage est le fruit combiné d’un travail et du hasard mais également de l’observation aiguisée d’un scientifique expérimenté.
La transgression peut également avoir un échos en psychanalyse; domaine qui laisse parfois perplexe les adultes… il est intéressant de se questionner : A quoi sert la transgression ? dans quel but ? Comment les artistes nous parlent-ils de transgression ? Les programmes scolaires ont-ils besoin d’être transgressés ? C’est en tout cas ce qu’avait fait le mouvement de la pédagogie nouvelle. Mettre l’enfant au centre du processus éducatif encourage t-il plus l’enfant à la transgression ?
Le phénomène de transgression est, il me semble, un besoin naturel pour l’enfant afin d’acquérir plus d’autonomie. L’artiste serait-il dans ce cas un grand enfant qui a un besoin démesuré d’autonomie ?

Laisser un commentaire