L’imaginaire des vacances

9 04 2011

Carême pédagogique

Jour 30

Pensée 30

Croire en des jours meilleurs et les attendre, c’est redoubler le présent d’une temporalité tendue vers un à-venir et un à-être permettant, au moins temporairement, de s’affranchir en pensée de sa condition, ou, comme le signalait Barthes à propos des mythes, « d’évacuer le réel ». La puissance symbolique des mythes, qui leur confère quelque efficacité sociale, consiste en cette faculté de lier, dans une structure permanente, des éléments du passé, du présent et de l’avenir. (Lévi-Strauss, 1985). En ce sens, penser le bonheur ou se projeter en lui remplit des fonctions indépendantes de la possibilité de son avènement.

Ethnologie des gens heureux, page 52, cahier 23, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2009


Ainsi donc, j’attends avec impatience le temps des vacances pour terminer la lecture de cet ouvrage passionnant!

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Une réponse à “L’imaginaire des vacances”

10 04 2011
christian montelle (05:31:55) :

A mon avis, il ne s’agit pas tant d' »évacuer le réel » que de trouver un lieu qui nous permette d’avoir le recul nécessaire pour évaluer et organiser le chaos du réel. Ce lieu, c’est celui de la fiction, c’est-à-dire un « non-lieu », une utopie (étymologiquement, un non-lieu). Pour les Grecs, le logos permet d’organiser le chaos existentiel. Toute la stratégie déployée pour nous cantonner dans notre fonction de conso-mateur consiste à saturer notre présent dans une « reality, qui nous dispense de penser. « On » pense pour nous. Ainsi, une phrase récemment entendue dans les médias : « Vous vous demandez pourquoi… ou comment… Je vais vous le dire…. ou que faut-il en penser….  » Marchands de malheur !
Le mythe est au cœur du non-lieu qui nous permet de vivre.

Je cours acheter L’Ethnologie des gens heureux ; j’espère m’y trouver au détour d’un chapitre !

« Paul Ricœur montre dans les volumes qu’il a consacrés à ces problèmes64 que c’est par un passage dans l’intemporel et l’utopie (Ricœur, Paul, Temps et récit, T.1 (1983), T.2 (1984), T.3 (1985), Paris, Seuil, (coll. L’ordre philosophique) des récits fictionnels, littéraires ou historiques, que nous pouvons maîtriser et organiser le temps. Prisonniers du présent, de tel lieu, de telle réalité, nous ne disposons d’aucune perspective pour prévoir notre avenir à la lumière de l’expérience passée. Il est évident que cette a-chronie est mortifère : les valeurs, les projets varient selon la conjoncture, sont consommés et consumés avant même d’exister vraiment. Les médias définissent les vérités du jour et l’oubli les engloutit le lendemain. La télévision « présente » en un flux continu et non maîtrisé aussi bien l’homme de Néandertal que la capsule spatiale, en réduisant tout à des images fugitives et à des émotions primales : l’impression remplace la réflexion. Les présentoirs de librairie se couvrent de milliers de livres qui se volatilisent sans laisser de traces, tels des légumes du jour. L’horizon du monde est le cours de la Bourse : le cours du temps n’est pas une valeur que l’on peut coter. Tout le monde court, mais pour aller où, si l’on ne maîtrise pas le temps ? D’ailleurs le temps se dissout, se détraque peu à peu, devient de moins en moins disponible : tous ceux que nous rencontrons semblent très occupés à rechercher le temps perdu. » (Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire, l’Harmattan, 2005)

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