De la nécessité de l’extériorité

11 04 2011

Carême pédagogique

Jour 32

Pensée 32

« Si l’on veut philosopher, il faut aller à l’extériorité même du champ philosophique. »

François Dagognet

De la même manière, il me paraît incontournable d’envisager l’enseignement au-delà des seules grilles de références liées aux compétences professionnelles, aux programmes et aux différents cadres règlementaires émis par et pour le système et qui trop souvent nous enferment et nous engrillagent. La fragmentation des disciplines, de l’emploi du temps, des tranches d’âges ne sont-elles pas en parfaite inéquation avec ce qu’est la vraie vie, c’est à dire la vie hors du cadre scolaire?

Enseigner se résume-t-il à assimiler puis mettre en place un nombre pré-établis de techniques professionnelles spécialisées?

Enseigner se résume-t-il à dérouler le tout dernier programme officiel?

Enseigner se résume-t-il à transmettre des objets de savoir savamment sélectionnés?

Enfin, question insolente s’il en est, enseigner est-il le monopole de l’enseignant? Et l’enseignant n’est-il qu’un professionnel agent du service public d’éducation?

Enseigner, n’est-ce pas aussi et même surtout s’inviter soi-même et inviter l’enfant et l’adolescent à aller au-delà de ce qui est prévisible, tangible, transmissible, programmé, programmable, raisonné, raisonnable, enseignable?

Enseigner, n’est-ce pas finalement faire du hors-sujet un sujet véritable d’intérêt, d’émerveillement, de découverte inédite et donc d’apprentissage?

De ce point de vue, enseigner la curiosité n’est-il pas un enjeu essentiel? Mais la curiosité s’enseigne-t-elle? ou bien est-elle le fruit d’une posture, indéfinissable et indomptable?

Autant de questions qui nous poussent à aller voir ailleurs, à laisser venir ce qui vient d’ailleurs, à revisiter nos pratiques et nos postures en vue d’une extériorité formatrice et régénératrice…

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5 réponses à “De la nécessité de l’extériorité”

12 04 2011
christian montelle (06:54:46) :

Ce que tu proposes là définit ce qui serait possible si l’enseignant était encore libre en ce pays. Cela fut, mais je crois que cela n’est plus et il est urgent de le reconquérir.

12 04 2011
David Batch. (13:11:32) :

Courage Montelle… encore un peu de dose homéopathique anti-gouvernementale !
Comment osez-vous écrire que  » l’enseignant (n’est plus) libre » en ce pays ?
Votre formation trotskiste referait-elle surface ?

12 04 2011
Ostiane (14:04:51) :

Parfois nous sommes libres et pourtant nous nous refusons d’embrasser cette liberté sous prétexte de je ne sais quels obstacles imaginaires. Notre capacité d’inertie se révèle bien souvent notre première prison. Je ne sais pas si l’enseignant est plus ou moins libre qu’hier. Je sais que trop souvent il ne mesure pas la liberté dont il jouit. Nous pouvons tous être force d’action et de proposition dans notre classe, dans nos équipes. Pourtant force est de constater que nous nous enfermons et/ou nous protégeons derrière de fausses bonnes raisons de ne pas le faire. La liberté est un bien précieux et de mon point de vue, la meilleure façon de le préserver reste de s’en servir quotidiennement en ayant conscience de s’en saisir…Je savoure pour ma part cette magnifique exigence liberté sachant qu’il n’en va pas de même dans un grand nombre de professions.

12 04 2011
David Batch. (19:22:03) :

Voilà, ENFIN, un commentaire qui me convient (concernant la liberté). J’écrirais néanmoins « nous sommes toujours libres » et pourtant…
L’inertie est effectivement la première prison et nous nous retirons (nous autres enseignants, derrière de fausses/ bonnes raisons… Tout celà est vrai.
Travail en équipe, d’accord. Mais à quel prix ? C’est toujours plus ou moins artificiel. L’affinité, les objectifs, doivent correspondre. Je n’ai jamais rencontré autant d’individualisme que dans le milieu enseignant… Chacun étant détenteur de l’unique vérité…
Et, bien sûr, c’est encore dans notre profession (bien que dégagé pour ma part) que nous bénéficions d’une liberté (encadrée), mais nécessaire.

13 04 2011
christian montelle (06:09:42) :

Le système d’évaluation contraignant (voir ce qui arrive à ceux qui s’en exemptent) oblige les enseignants à adopter une pédagogie bien déterminée qui supprime leur liberté de choisir des chemins plus efficaces. La spécification de connaissances et compétences rigides et clairement notifiées élimine les objectifs plus humanistes et plus efficaces à long terme qu’Ostiane nous propose.
« Parfois nous sommes libres »…. Soit ! … parfois, si la liberté peut se couper en rondelles, peut s' »encadrer ».

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