L’ennui crée le rêve et le rêve, la réalité

18 04 2011

Carême pédagogique

Jour 39

Pensée 39

«Donnez le même esprit aux hommes, vous otez tout sel de la société. L’ennui naquit un jour de l’uniformité.»
Antoine Houdar de la Motte

Heureusement, l’enfant étant cet être incroyablement doué pour toute forme de pensée, il saura, pour peu qu’on lui laisse un espace disponible et réservé pour transformer son ennui en rêve, faire de cet ennui un terrain de jeu, de vagabondage, d’expérimentation. Laissons nos enfants s’ennuyer et nous les verrons s’inventer artistes, explorateurs, inventeurs, poètes.

A quand une semaine de l’ennui dans nos établissements?

Partager

Tags : , , ,

Actions

Informations

9 réponses à “L’ennui crée le rêve et le rêve, la réalité”

19 04 2011
Laurent Fantinutto (07:05:03) :

Personnellement, j’ai un peu du mal avec ce mot et avec cette demande pour nos enfants. Je sais que « s’activer pour s’activer » ne sert à rien et s’avère bien des fois contre-productif (que ce soit à l’école ou dans les domaines professionnels), mais doit-on pour autant faire une apologie d’un mot qui peut s’associer avec un ressenti négatif, une lassitude, voire un manque d’intérêt ? L’imagination peut et doit servir la raison, mais est-ce alors le cas ? Si par ce même terme, on décrit une contrariété amenant à réfléchir, à prendre du recul, à trouver une solution sans être pressé par le temps, alors là oui, tout change et tous sont gagnants (élèves comme référent). L’alternance entre l’incertitude et la certitude représente justement un des problèmes fondamentaux de l’apprentissage. Qu’il soit académique, culturel ou sportif, notamment après 6/7 ans et avec les possibilités d’un antagonisme réinventé. Une oscillation entre je pose des questions (qui sont de moi et non de mon professeur), et je teste des réponses (tout sauf préconçues ou prémâchées) de ce qui pourrait les résoudre. Ceci évidement, aider par un référent qui accompagne et anime ce mouvement. Là tout change. On ne transmet pas un savoir, on fait bien mieux : on donne envie d’y accéder ! Comme par magie, l’enfant oublie le temps et les difficultés face à l’effort, il s’approche alors d’une motivation intrinsèque (mot barbare signifiant « interne » pour les puristes). Le conflit motivationnel n’a plus raison d’être, l’apprenant sait désormais qu’on fait confiance en son véritable potentiel. L’implication devient maximale, car elle sollicite en fait des compétences cérébrales complémentaires de la part de l’élève. Le temps perdu au départ étant en fin de compte gagné à l’arrivée (« Festina lente »). Le tout pour nous est ensuite de pouvoir différencier « laisser-aller » abusif et « coaching » trop directif, discerner les limites d’une approche traditionnelle et celles d’une méthode plus moderne… L’enfant a besoin de notre main, mais non en permanence. Aucun extrême n’est productif. Il peut la tendre, la reprendre, et encore mieux : alterner les genres. Voilà ce qui me vient à l’esprit lorsque je lis votre pensée du jour. Je ne sais pas si la mienne sera claire et compréhensible, mais je peux éventuellement apporter d’autres arguments si nécessaire 😉

20 04 2011
christian montelle (04:29:30) :

Oui, tout est dans le dosage entre des moments de transmission, d’exercices de fixation et d’application alternant avec des moments de recherche, de découverte, de construction personnelle de savoirs et savoir-faire. La synthèse entre les pédagogues et les traditionalistes ! Pas facile !!! La pratique de la pédagogie différenciée ouvre quelques fenêtres.

20 04 2011
Ostiane (09:11:30) :

Bonjour Laurent et bienvenue à vous comme contributeur sur ce blog. Votre pensée est bien claire ce qui ne doit pas vous empêcher d’apporter de nouveaux arguments 😉
C’est curieux, l’ennui est source de bien nombreux tracas pour un grand nombre de personnes. Sur un mur voisin, une de mes amies me soufflait cette citation de Jules Renard «Je ne m’embête nulle part, car je trouve que, de s’embêter, c’est s’insulter soi-même.»
C’est un peu cette devise que je tente de défendre dans ce billet. Non pas que je fasse l’apologie de l’ennui, mais j’essaie plutôt de soulever comme vous le dites vous-même la question du temps perdu, temps qu’il est nécessaire sans doute de perdre pour mieux grandir par ailleurs, temps perdu qui permet des détours délectables car insolites et imprévus. Temps de vide et de vertige qui peut effectivement conduire à la déroute, mais qui peut également permettre des voyages vers des rivages inexplorés. L’adulte éducateur a de ce point de vue une grande part de responsabilité. Quelle vision donne-t-il de ce temps perdu? Quelle attitude transmet-il? Quel espace réserve-t-il à l’exploration positive d’un sentiment à priori contestable?
Cet article a suscité de nombreux commentaires sur facebook, une petite trentaine environ, tous très riches et recevables. Pourquoi les enfants s’ennuient-ils tant en classe? Pourquoi les enseignants se désespèrent-ils de cet ennui sans tenter d’y remédier ou de s’en servir comme point d’entrée?

L’ennui semble bel et bien avoir deux visages. «L’ennui a toujours deux côtés, un côté négatif, celui du sentiment de désœuvrement et de lassitude qui fonctionne comme une emprise poussant aux activités de remplissage de toutes sortes et à la recherche d’une excitation, et un côté positif, car il permet de se reposer, de créer, d’imaginer, de se confronter avec soi-même et à son désir de vivre.» Jean-Pierre Durif-Varembont (merci @Nadia pour cette citation 😉 )
Si nous apprenions davantage à affronter le premier et à développer le second, ne gagnerions-nous pas en sagesse et en liberté?

21 04 2011
Laurent Fantinutto (08:18:24) :

Bonjour Ostiane, et encore merci pour votre accueil et surtout pour votre ouverture d’esprit. Cette dernière est malheureusement malmenée de nos jours, et on ne saurait assez vous remercier pour votre démarche. Je vais tenter de préciser un peu plus ma pensée et essayer d’expliquer pourquoi votre post, et plus particulièrement ses mots, m’ont fait réagir. Il est évident que derrière chaque étiquette peuvent exister 2 intentions distinctes, que les faux-semblants sont nombreux, cependant je n’oublie pas que des chemins différents peuvent conduire à un même objectif. Avec l’ennui et l’imagination, j’ai connu trop de personnes voulant se servir de ces prétextes pour camoufler le désert de leur profond désintérêt éducatif. L’éducation « nouvelle » n’est alors pas si « fraiche » que cela, et les dérives aussi importantes et manifestes que celle d’une orientation fantasmant un remplissage incessant d’activités. Une fois de plus, les intentions peuvent être multiples, mais également se rejoindre. Fuir ses propres failles, imposer un « bruit » permanent, dans les 2 cas on cherche à se séparer d’un aspect essentiel de soi-même, ou à éviter une réelle coopération. Depuis toujours, je tente de distinguer les extrêmes qui font stagner, et les complémentarités de genre qui permettent d’avancer. Le chemin est ardu et particulièrement difficile à arpenter. En fait, et dans le quotidien, cette approche n’est tout simplement pas valorisée ou réellement recherchée. Il importait pour moi de mettre des mots sur tout cela. Le débat reste cependant très intéressant, et pour différentes raisons. En relisant les multiples commentaires de votre page Facebook, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec des sujets revenant immanquablement à la surface de nos préoccupations. Comment motiver l’enfant, et plus particulièrement l’élève ? Comment rendre positif son ennui ? Doit-on modifier les rythmes de sa scolarité ? Les sujets ne manquent pas et tous sont peut-être liés d’une certaine façon. Si l’ennui peut évidemment participer à un point de départ, à un élan vers la création et le mouvement, on ne doit pas pour autant oublier une autre question. Est-ce que ce sentiment négatif a été induit par nos séances, nos méthodes, ou par le fait que l’enfant, et hors cadre, ne sais pas quoi faire par lui-même ? Les 2 sont généralement associés, voire tributaires… J’ai bien peur que vouloir intégrer d’une certaine façon ce genre de fluctuation revienne à faire de la gestion de groupe, et pas au sens noble du terme. On accorderait alors des temps de pause, des périodes d’entretien, suite à d’autres cycles plus « industriels », et dédiés par exemple à une production abusive et unilatérale. Là, on retournerait dans l’alternance d’extrêmes qui sont « opposés » et qui ne communiquent pas entre eux. Le vide peut être positif, à partir du moment où il est accepté à sa pleine mesure, et non par fatalité. Si l’ennui est seulement synonyme de contrainte passagère, ou encore mieux suscité de façon volontaire, alors nous pouvons transformer durablement les choses. Les enfants aiment par-dessus tout les défis plus grands qu’eux. C’est la seule manière qu’ils possèdent pour évoluer et pour appréhender ce sentiment. La résolution de ces problèmes peut tout simplement amener les fameuses questions et expérimentations que nous décrivions précédemment. Un geste adapté et trouvé « spontanément » lors d’un jeu sportif, des informations recherchées par les jeunes sur Internet pour initier un cours avec leur professeur, écrire une histoire à partir de 2 mots « antagonistes » (merci Gianni RODARI ^^), beaucoup de choses restent possibles et envisageables. Il y a toujours un trésor caché derrière chaque difficulté. Il y a un autre post sur votre blog qui m’a interpellé (celui sur l’Institut Montaigne) et qui m’a amené à venir sur votre page. Paradoxalement, le sujet peut s’avérer une une fois de plus en lien direct avec notre discussion. Voici en substance ses questions : sommes-nous prêts à aménager le temps scolaire ? Le découpage annuel, le format hebdomadaire, le nombre d’heures dans une journée, voire intégrer certaines dimensions physiologiques ? Ces sujets sont tous primordiaux, à développer, mais il existe peut-être quelque chose de plus anodin et important. Un rythme dans les rythmes, qui n’est ni circadien (période#24 heures) ni ultradien (<20 heures). Durant les années 80/90, je crois que certains chercheurs de l’IUFM ont tenté de mettre en évidence un tel mouvement (Jean François GILBERT à Tours ?), et plus particulièrement via l’activité de nos 2 cortex. Malheureusement, ces études ne concernaient que le cadre, la durée des séances, et non l’analyse des rythmes propre à chaque intervention. Là, on parlerait éventuellement de minutes, de secondes, et surtout de fond (celui-ci revient toujours à la surface). Intégrée, cette approche permet tout simplement une pleine efficacité, un ancrage pérenne des savoirs, ou à l’inverse, un remplissage épars d'items pouvant s'éventer… C’est dans cette fenêtre que j’oriente mes recherches depuis quelques années, et de façon autodidacte. Les résultats sont surprenants, aussi bien pour au niveau de l’implication que de l’ouverture relationnelle, mais j’ai peur d’avoir besoin d’une multitude de pages pour les décrire…

21 04 2011
Laurent Fantinutto (09:57:31) :

Désolé de n’avoir pas aéré le texte par des sauts de ligne et des paragraphes. Je n’ai pas vu l’écriture « passer » et du coup la mise en page est quelque peu rédhibitoire :[

23 04 2011
Ostiane (08:25:09) :

Bonjour Laurent, vous avez mille fois raison, les dérives, les abus et les camouflages guettent l’enseignant et ce, quelle que soit sa démarche.

Pédagogie par objectif, pédagogie de contrat, pédagogie par le développement des compétences, pédagogie dite nouvelle, etc. La perte de sens est le premier signe qui doit alerter le professionnel.

Mais au fait, pourquoi est-ce que je fais cela?
Dans quel but, pour quelle finalité?
Pourquoi ai-je opté pour telle ou telle ou telle activité?
Quelle place pour les apprentissages réels? Quel sens pour les élèves…

L’intérêt pour la chose éducative se nourrit de cette incessante réflexion simultanée entre le prescrit, le pensé et le réel. De là se met en place une formation permanente de l’esprit critique. Cet intérêt se nourrit également des échanges en équipe, des échanges avec les parents ou avec les élèves. Il se nourrit encore des lectures, des recherches, et j’ajouterai volontiers du nécessaire passage par l’écriture professionnelle. Personnellement, l’écriture ou la co-écriture sont des gestes professionnels trop peu sollicités dans notre métier, que je trouve pourtant formidablement formateurs et qu’il reste à développer aujourd’hui, non comme une nième injonction, mais comme une invitation à travailler autrement en équipe, en élaborant une réflexion commune, visible voire transférable le cas échéant.

Enfin, internet représente aujourd’hui un formidable outil d’auto- et de co-formation, avec ses réseaux sociaux, ses groupes d’analyses de pratiques numériques, ses forums, etc…Ivan Illich en parlait déjà…

Vous posez une question sensible: Comment motiver nos élèves?
J’ai découvert il y a quelques temps les récherches de Rolland Viau. Ses analyses et propositions me sont très utiles aujourd’hui, en classe comme lorsque j’interviens en action de formation.
http://www.ccdmd.qc.ca/correspo/Corr5-3/Viau.html

Je vous renvoie également vers deux sites complétentaires dans leurs approches.
Celui de François Muller
http://francois.muller.free.fr/diversifier/MOTIVATION.htm

Celui de Jacques Nimier
http://www.pedagopsy.eu/ind_09_03.htm

Et puis, un petit billet que j’avais écris ici sur le blog
http://lewebpedagogique.com/ostiane/2008/11/09/motiver-oui-mais-comment/

Vous évoquez bien d’autres choses dans votre commentaire, ce matin je n’en ai sélectionné qu’un substrat 😉

A très bientôt pour d’autres réflexions communes!

5 05 2011
Laurent Fantinutto (07:35:17) :

Bonjour Ostiane 🙂 Désolé de ne pas avoir donné de réponse plus tôt, mais ces derniers jours tout s’accélère autour de moi. J’ai donc un peu moins de temps pour me consacrer à ce violon d’Ingres qu’est l’éducation. Motiver mes élèves a toujours été une condition essentielle pour l’ensemble de mes approches. Que celles-ci soient au profit d’adultes, d’adolescents ou de jeunes enfants. Avec les années, j’y parviens de plus en plus fréquemment pour ne pas dire quasi systématiquement. Vous trouverez ça peut-être excessif, mais je poursuis cela depuis un certain temps. Curieux de nature, j’ai été voir vos liens et vos différents messages. À ce jour, j’y perçois différents domaines, tous reliés à la problématique de l’école, et qui alimentent les clivages actuels : la responsabilisation de l’élève, le rôle de l’évaluation, l’intégration des modes ludiques voire de l’antagonisme, la mixité et l’hétérogénéité. À mon niveau, tous ces items sont liés, complémentaires, et de manière fonctionnelle. Voilà ce qui me vient en lisant vos derniers messages. Peut-être les sujets de discussion à venir, qui sait ? Bonne journée à vous et à bientôt…

5 05 2011
Ostiane (11:17:21) :

Bonjour Laurent,
sur la motivation, voici un petit billet écrit il y a quelques temps et inspiré des travaux de Rolland Viau
http://lewebpedagogique.com/ostiane/2008/11/09/motiver-oui-mais-comment/
Bonne lecture et merci pour vos partage d’expériences!

5 05 2011
Laurent Fantinutto (18:44:40) :

Déjà lu suite à votre invitation et message précédent… À bientôt 😉

Laisser un commentaire