Dieu ou Mystère?

19 04 2011

Carême pédagogique

Jour 40

Pensée 40

« Mon souhait est d’aller au plus proche de ce qui ne peut pas s’exprimer et qui nous enveloppe. Les uns peuvent appeler cela Dieu, moi je trouve que c’est un concept rétréci : je dis le Mystère, avec un M majuscule. »

Edgar Morin, pour le journal la Croix du 15 avril 2011 dans un article intitulé l’appétit vorace de connaître

Qu’on l’appelle Dieu, ou Mystère, ou encore autrement, cette approche de l’indicible et de l’invisible, cette reconnaissance de notre passage éphémère sur Terre et du sens qu’on lui confère ici, maintenant et pour certains au-delà, cette question qu’il existeraît par delà nos pouvoirs temporaires et limités une Essence Suprême qui nous échappe depuis la nuit des temps me semble une bien belle question à évoquer sans peur et sans honte avec nos enfants. D’ailleurs, il n’est pas tant question de l’évoquer, les enfants l’évoquant tout naturellement, ou d’y répondre, la réponse appartenant à l’intime de chacun, que d’entendre ce questionnement et avec beaucoup d’humilité et de délicatesse, d’accompagner le jeune vers l’émergence d’une pensée libre, symbolique, existentielle ou métaphysique. Là où il n’existe aucun doute, là où il n’y a de part pour aucune réflexion sur ce qu’Edgar Morin appelle Mystère, s’érigent bien souvent toutes sortes de supers-héros profitant du vide intérieur du coeur des hommes pour y propager leurs soit-disant super pouvoirs.

Un billet ce matin aux couleurs de cette dernière semaine de Carême pédagogique…

A débattre et à  

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6 réponses à “Dieu ou Mystère?”

20 04 2011
christian montelle (04:23:02) :

« Qu’on l’appelle Dieu, ou Mystère, ou encore autrement, cette approche de l’indicible et de l’invisible, cette reconnaissance de notre passage éphémère sur Terre et du sens qu’on lui confère ici, maintenant et pour certains au-delà, cette question qu’il existeraît par delà nos pouvoirs temporaires et limités une Essence Suprême qui nous échappe depuis la nuit des temps me semble une bien belle question à évoquer sans peur et sans honte avec nos enfants. D’ailleurs, il n’est pas tant question de l’évoquer, les enfants l’évoquant tout naturellement, ou d’y répondre, la réponse appartenant à l’intime de chacun, que d’entendre ce questionnement et avec beaucoup d’humilité et de délicatesse, d’accompagner le jeune vers l’émergence d’une pensée libre, symbolique, existentielle ou métaphysique. »
Domaine très délicat ! Est-il du ressort de l’école laïque, s’il est bien de celui des écoles confessionnelles, dites libres ou privées.
Il est vrai que ces questions se posent en face l’angoisse de l’inexpliqué, de l’inconnu, des immenses mystères qui nous questionnent. D’aucuns se réfugient dans un pur rationalisme. Je préfère me référer aux mythologies (contes, légendes, mythes) plutôt qu’aux religions, et ne donner de celles-ci (et de toutes) qu’une approche historique et neutre.
Il est difficile de trouver un équilibre entre la liberté des enfants, le respect des croyances ou non-croyances des parents. En cas de doute, s’abstenir !

20 04 2011
Ostiane (10:59:27) :

En cas de doute, s’abstenir…Je ne puis aller dans ce sens Christian. En cas de doute et malgré toute la difficulté de l’équilibre à trouver, je préfère encore oser une écoute maladroite qui peut être sujette à interprétation notamment de la part des parents que d’étouffer un questionnement naissant sous prétexte de neutralité. J’ai bien conscience de l’extrême délicatesse de ce sujet. Comme tu le proposes, les contes et les récits fondateurs offrent une bien inépuisable source d’entrées pour accompagner ces questions antédiluviennes. Les débats philos, également sont très formateurs car il participent à la formation d’un esprit curieux, critique, respectueux, rigoureux, ouvert, constructif.

L’enseignant de primaire, partage des journées entières avec ses élèves. Une journée entière peut-elle se passer de questionnement sur la vie, la mort, le sens du monde et des choses? on peut estimer ou faire comme si ces questions n’appartenaient pas au cadre scolaire, néanmoins elles vous reviennent au visage comme un boomrang. La maladie d’un proche, la mort d’un parent, l’injustice d’un verdict et voilà les questions qui surgissent telles des Passe-Muraille au coeur de la vie de classe. Maîtresse, est-ce que tu crois que ma petite soeur est montée au ciel? Bien sûr ce que je crois n’est pas important au regard de l’urgence de cette terrible interrogation, mais dois-je pour autant et par peur d’être partiale et subjective renvoyer la question à l’expéditeur? Ces questions traversent les murs de la classe, que cette classe appartienne à une école privée ou publique. Ces questions font partie de la vie. Et l’école c’est la vie aussi.

Oui, très très délicat sujet.

20 04 2011
christian montelle (12:22:20) :

Je crois qu’on ne peut régler son propre comportement, en la matière, que d’une façon personnelle.
L’éthique politique à adopter est de même nature.
Pas de règle imposable, donc, mais une grande vigilance envers les prosélytes de toutes sortes.

Que faire en face d’enfants nourris d’intégrismes chrétiens, musulmans, juifs ou autres ? Nous n’avons pas le droit de détruire l’image de leurs parents.
J’avais une excellente élève, en cinquième. Intelligente, vive, charmante. Ses parents entrent dans une secte. La fin de l’année arrive : pas de problèmes.
Quelques années plus tard, rentrée scolaire. A midi, je vais au self. Je suis servi par l’élève en question. Je la salue. Elle me regarde le regard vide ; elle ne répond pas, ne me reconnaît pas. Il y a plus de vingt ans ; je ne peux pas oublier. Sa meilleure amie d’enfance m’a dit que les parents l’avaient obligée à interrompre son cursus scolaire (fin de 5e-apprentissage, à l’époque) pour des raisons religieuses.

20 04 2011
Ostiane (15:27:16) :

Je crois qu’on ne peut régler son propre comportement, en la matière, que d’une façon personnelle.

Je partage entièrement cet avis, ce qui d’une certaine manière exclut la neutralité…Je ne puis entendre honnêtement les paroles d’autrui si je ne suis pas également honnête avec moi-même. A partir du moment où l’on tente d’être authentique et où l’on appuie cette authenticité au libre-arbitre de l’autre, on s’engage tout entier, non pas au nom de croyances ou d’idées qu’on défendrait, mais au nom du plus grand respect que l’on se doit de porter à l’égard de la liberté et de l’humanité de l’autre, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes enfants.

La triste histoire que tu évoques là Christian marque bien nos limites et la colère que ces limites engendrent parfois. Nous enseignons, nous partageons, nous éduquons, mais nous ne maîtrisons pas…Nos élèves n’appartiennent qu’à eux-mêmes et bien entendu qu’à leurs parents. On peut tendre des mains, ouvrir des chemins, être là. C’est certainement déjà beaucoup mais c’est souvent effroyablement peu…

Tu dis: Pas de règle imposable, donc, mais une grande vigilance envers les prosélytes de toutes sortes.
Oui et j’insiste bien sur tes derniers mots: de toutes sortes. Et Dieu sait s’ils sont nombreux et partout! (oups, la formule de fin m’a échappé 😉 )

20 04 2011
christian montelle (19:16:53) :

Dieu sait tout, mais il ne fait pas grand-chose 😉

22 05 2011
Azilis (11:38:27) :

Bonjour,
J’ai suivi avec attention votre échange .
Merci Ostiane pour ton texte, qui fait réfléchir, et nous tire vers le haut.
Il est bon parfois de se re-situer face à ces choses-là.
Bonne continuation à tous les 2
Azilis

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