Réussir sa 1ère classe

12 06 2012

Réussir sa première classe, édité chez ESFéditeur, est un ouvrage à destination des enseignants du primaire qui se lancent dans le métier ainsi qu’à tous ceux qui conçoivent l’enseignement comme un renouveau perpétuel. Cette page permet de renvoyer vers un nouveau blog du même nom que l’ouvrage, dans lequel les lecteurs pourront réagir et poser des questions, dans une optique de formation continue. On y trouvera notamment les têtes de chapitre, des extraits et des outils à télécharger.

En attendant de découvrir l’intégralité de l’ouvrage, je vous laisse en compagnie de Philippe Meirieu qui m’a fait l’honneur d’en rédiger l’avant-propos:

On raconte qu’un jour, le grand acteur Louis Jouvet, à la sortie d’un de ses cours de théâtre, fut abordé par une étudiante qui lui avoua : « C’est merveilleux, Maître… Vous savez, quand je suis en scène, je n’ai absolument pas le trac ». Et le Maître lui répondit, impassible : « Ne vous inquiétez pas… Avec le talent ça viendra ! ».

La leçon ne concerne pas que les arts de la scène ! Et tout enseignant chevronné pourrait la reprendre à son compte. Entrer dans une classe, faire face à une vingtaine ou une trentaine d’élèves plusieurs heures par jour, s’imposer un devoir de transmission, d’appropriation, d’émancipation, sans jamais se résigner à l’échec d’un élève, gérer, au quotidien, un groupe toujours plus ou moins imprévisible, faire face, à la sortie, aux demandes de justification des parents, rendre régulièrement des comptes à son inspecteur… voilà qui justifie, pour le moins, d’être inquiet ! Sigmund Freud a même parlé, à propos de l’éducation, d’un « métier impossible », l’assimilant aux deux autres métiers impossibles selon lui, la psychanalyse et la politique. Et il est vrai qu’éduquer est une gageure : c’est permettre à un « petit d’homme » de devenir un « petit homme », en sachant que lui seul peut apprendre et grandir, mais qu’il ne peut pas le faire sans l’aide des adultes.

Le grand mérite du livre d’Ostiane Mathon est de ne pas occulter la difficulté de l’entreprise, mais d’en faire, en quelque sorte, une chance pour débuter dans l’enseignement ! Elle ne croit pas à l’existence de recettes magiques qui permettraient de garantir la « tenue de classe » au moindre coût. Mais, elle n’abandonne pas, pour autant, le jeune enseignant à l’improvisation en misant sur son seul charisme, pas plus qu’elle ne le réduit à une « machine à enseigner » chargé de mettre en application, de manière mécanique, des protocoles didactiques… C’est qu’Ostiane Mathon connaît la pédagogie de l’intérieur, d’abord comme praticienne, ayant acquis dans son domaine, une remarquable expertise, ensuite comme chercheuse, ayant assimilé les principaux apports de la tradition et de la recherche pédagogique.

C’est pourquoi son livre comporte les trois caractéristiques essentielles qui permettent de « réussir sa première classe »… et toutes les autres. D’abord, une attention extrême à ce que Célestin Freinet a mis en lumière avec tant d’autres, le « matérialisme pédagogique ». Beaucoup de choses, dans l’enseignement, se jouent dans la préparation technique de la salle, dans la préparation des matériaux et des outils, dans l’affichage des consignes, dans la mise en place de rituels. Il faut « instituer l’École » dans la classe avant même que les élèves y entrent… Ensuite, ce livre explique remarquablement que, tout en ayant tout préparé, il faut savoir accueillir ce qui vient, saisir les indices et les informations qui permettent de réguler au fur et à mesure le travail : « programmer sans figer » précise Ostiane Mathon… Enfin, on trouve, dans cet ouvrage, en une trame structurante, le principe même de l’attitude pédagogique qui permet de « réussir toute classe » : associer étroitement, à l’égard de chaque élève, la bienveillance et l’exigence, prendre chacune et chacun « là où il en est », mais, non pas pour le laisser là où il est… pour l’accompagner le plus loin possible. « Il faut toujours se mettre à la portée des élèves, expliquait la grande pédagogue Maria Montessori. Mais jamais à leur niveau. » Je suis convaincu que Maria Montessori aurait beaucoup aimé le livre que vous allez lire.

Philippe Meirieu

Professeur à l’université

Lumière-Lyon 2

Découvrir le livre sur le blog Réussir sa première classe

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Discipline, connaissance et conscience

19 03 2011

Carême pédagogique

Jour 10

Pensée 10

Autour du mot discipline

  • « La discipline purement répressive n’a pas droit de cité dans nos maisons d’éducation. La discipline libérale cherche, au contraire, à améliorer l’enfant plutôt qu’à le contenir, à la gagner plutôt qu’à le soumettre. Elle veut toucher le fond, la conscience, et obtenir non cette tranquillité de surface qui ne dure pas mais l’ordre intérieur, c’est-à-dire le consentement de l’enfant à une règle reconnue nécessaire, elle veut lui apprendre à se gouverner lui-même. Pour cela, elle lui accorde quelque crédit, fait appel à sa bonne volonté plutôt qu’à la peur du châtiment, elle conseille, avertit, réprimande plutôt qu’elle ne punit. » Extrait d’un texte officiel, circulaire du 15 juiller 1890
  • « La discipline nouvelle, que nous nous garderons bien d’appeler discipline libérale ou même discipline par la liberté, est basée sur la connaissance des besoins et des désirs des enfants, ainsi que sur cette affirmation de la pédagogie moderne que l’éducation ne peut être exclusivement extérieure mais élévation intérieure des individus eux-mêmes ». Freinet, 1928
  • « L’éducation est devenue l’une des questions devant lesquelles les sociétés démocratiques trébuchent, ne sachant comment conjuguer la nécessaire dénivellation impliquée par le rapport pédagogique et l’exigence postulée par le fait démocratique. Si l’enfant l’égal des adultes qui l’élèvent et l’éduquent, il est cet être paradoxal qui a besoin d’eux pour devenir ce qu’il est. » Alain Renaut, La libération des enfants, 2002

Qu’en est-il aujourd’hui?

Les piliers 6 et 7 du socle commun-texte de Loi de 2005 , faut-il le rappeler invitent les enseignants à construire et développer chez les élèves leurs compétences sociales et civiques, leur esprit d’initiative et l’accès à leur l’autonomie; compétences transversales propices à ce travail d’ordre intérieur en étroite relation avec les règles nécessaires à la survie de cette mini-organisation apprenante et démocratique qu’est la classe. Une condition néanmoins: mettre en place de véritables situations d’apprentissages qui font sens pour l’enfant comme pour l’adulte (oui, ça me semble important également) et permettront ainsi la mobilisation d‘attitudes et de connaissances transférables d’un contexte à un autre. Sinon, à quoi bon?

A débattre et à


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Des outils numériques au service de l’école

4 10 2010

AGENDA d’octobre



L’atelier Voix Haute dirigé par  Christian Jacomino, linguiste, pédagogue et docteur en science du langage, nous donne rendez-vous ce mercredi 6 octobre, pour sa journée de rencontre et formation sur le thème: « Des outils numériques au service de l’école ».

Celle-ci réunira- et si ce n’est pas la première fois- vous avouerez que ce n’est pas courant:

  • des professeurs de l’école élémentaire avec ceux du collège
  • des représentants de l’enseignement public avec ceux de l’enseignement privé
  • des animateurs associatifs avec des étudiants et parents d’élèves
  • tous ceux que l’école et son devenir intéressent

Toutes les précisions nécessaires sur ce rendez-vous et sur le détail du programme des interventions sont accessibles ici:

http://voixhaute.com/spip/spip.php?article184

Deux articles enfin à découvrir, qui dessinent le contour de ce projet:

C’est ainsi avec beaucoup de plaisir que j’irai mercredi témoigner des pratiques d’écriture et de l’outil blog que je manipule maintenant depuis 3 ans avec des élèves de cycle 3. Mon témoignage portera essentiellement sur le portfolio numérique mis en place avec mes élèves, à savoir leur Culturo-Blog des CM1-CM2.

Alors si vous êtes du côté de Nice ce jour là, n’hésitez pas à vous joindre à nous! L’amphithéâtre de la place  Garibaldi est là pour ça!

Place Garibaldi

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Une école pour les enfants…impensable? Vraiment?

27 05 2010

Une école faite pour les enfants? Un rythme adapté à leurs besoins? Des apprentissages favorisant la responsabilité et l’engagement?

La pédagogie Montessori apporte depuis bien longtemps des éléments de réponse dont l’école aurait bien avantage aujourd’hui à s’inspirer. A l’heure des réformes et des états généraux en tout sens, à la lecture des rapports d’études comme celui de la Cour des Comptes ou de l’Institut Montaigne, au moment de la remise en question par notre Ministre, Luc Chatel des rythmes scolaires, oser aller voir ailleurs comment cela se passe relève de la responsabilité de chacun: enseignants, formateurs, inspecteurs, recteurs et autres responsables de programmes. Ailleurs, ce n’est pas seulement en dehors du territoire, en Allemagne, en Scandinavie ou en Grande Bretagne; ailleurs, c’est aussi chez nous mais au delà des structures de l’Éducation nationale. Bien des écoles Hors contrat mettent en place des pédagogies nouvelles qui font leur preuve mais restent pourtant inaccessible à la majorité des élèves tant les établissements qui les pratiquent proposent des coûts de  scolarité inabordables pour les familles.

Freinet, instituteur novateur a dû démissionner de l’Éducation nationale et fonder sa propre école. Maria Montessori, également novatrice, a fait bien des émules, mais là encore hors de l’Éducation nationale…Serait-ce donc notre propre système et les acteurs qui y participent qui s’entêteraient à promouvoir des cadres d’apprentissage et des programmes d’enseignement entraînant élitisme d’un côté et échec scolaire de l’autre? Le système travaillerait-il pour lui même pour reprendre le titre du dernier billet d’Eric Le Boucher dans les Echos ? Telle est la question qu’on est en droit de se poser…et que je pose aujourd’hui.

apprentissage

activité

rythme

mobilité

sens

motivation

dévolution

autonomie

Image de prévisualisation YouTube

confiance

temps

curiosité

écoute

observation

organisation

responsabilité

Alors…une école pour les enfants, impensable? Vraiment?


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De l’imprimerie à l’usage du blog scolaire

14 04 2010

« Quand les enfants écrivent pour être lus, par d’autres enfants, mais aussi par leurs parents et par tous ceux qui accèdent au journal scolaire, ils ne rechignent pas à travailler longuement et patiemment. Ils savent qu’ils s’inscrivent dans une grande chaîne et que leurs textes participent à la construction du monde. Le journal devient ainsi le moteur d’une activité intellectuelle et collective. Toutes les autres tâches scolaires s’en trouvent vivifiées. »

Célestin FREINET, L’imprimerie à l’école

Dans la citation suivante il suffirait de remplacer le mot journal par le mot blog…et nous redonnerions vie à cet illustre instituteur…C’est sûr, si Célestin avait enseigné au XXI ème siècle ce novateur anti -conformiste se serait certainement emparé bien avant tout le monde de l’usage du blog scolaire!


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Enfants d’hier et de demain

21 09 2009

Aujourd’hui, dans cette « tribune libre », nouvelle catégorie du blog, je laisse la parole à Pierre Frackowiak qui nous fait part de sa dernière lecture…

Lettre aux grandes personnes sur les enfants d'aujourd'hui


Note de lecture

Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui

Philippe Meirieu

Editions Rue du Monde. Août 2009. 312 pages. 19,80 euros

Quels enfants allons-nous laisser au monde ?

Tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de l’éducation auront au moins deux bonnes raisons d’aimer ce « Meirieu nouveau ».

La première raison sera cette question cruciale et déstabilisante : « Quels enfants allons-nous laisser au monde ? », une question neuve qui engage également parents, enseignants et la société toute entière. La question « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? » est devenue banale, même si, au-delà de sa répétition sur tous les tons, les pouvoirs publics peinent à prendre les décisions que les réponses appellent. Philippe Meirieu ne la néglige pas. Il la rappelle même,  commentant les dégâts constatés sur la planète. Mais il lui adjoint une autre question qui, elle, n’est pas banale et nous interpelle fortement : « Quels enfants allons-nous laisser à notre monde ? ». Personne ne s’en préoccupe vraiment alors que l’incompréhension entre les générations s’accroît. Les conflits de générations ont fait l’objet de nombreux ouvrages psychologiques et de romans, mais le problème prend depuis quelques années une tout autre dimension. Il arrive de plus en plus souvent que les parents ne comprennent plus du tout leurs enfants, même quand ils les observent avec la plus grande indulgence dans le prisme de ce fameux conflit. Il arrive de plus en plus souvent que les enseignants soient démunis face aux attitudes des élèves, même dans des collèges huppés de centre ville, devant leur désintérêt face à la chose scolaire et devant leur contestation des pratiques, leur exigence de justice et de droit à   l’expression.

Les parents sont de plus en plus nombreux à souffrir, les enseignants sont de plus en plus nombreux à rencontrer des problèmes qui les laissent complètement démunis.

Comment réagir quand, dans une classe de 4ème de centre ville, au signal discret d’un élève, tous se mettent sous leur table ? Comment réagir quand des centaines de professeurs avouent confidentiellement qu’ils passent tout leur temps à tenter d’obtenir en vain le silence ? Comment les parents, informés, peuvent-ils réagir ? Quelle position adopter quand les récits de leur enfant tendent à les convaincre qu’ils auraient eu envie de faire la même chose dans les mêmes circonstances s’ils n’avaient été craintifs, disciplinés et obéissants comme la majorité des enfants de leur époque ?

La seconde raison est que pour la première fois peut-être dans la littérature pédagogique un expert, un pédagogue, un enseignant a le courage et la modestie de dire qu’il ne sait pas , que nous sommes les uns et les autres dans le même bateau et que nous cherchons tous les réponses et les attitudes les meilleures possible. On n’a pas encore bien compris dans le système éducatif français que l’une des raisons majeures de la difficulté à faire venir les parents à l’école et à faire se rencontrer utilement parents et enseignants, réside dans cette espèce de domination, de pouvoir, qu’exercent sans en avoir toujours conscience les enseignants sur les parents. Les enseignants expliquent, conseillent, recommandent, jugent et critiquent parfois comme s’ils savaient. Or, ils savent sans aucun doute, du moins peut-on l’espérer, enseigner aux élèves, transmettre leurs savoirs. Mais ils n’ont ni la compétence ni la légitimité pour expliquer aux parents ce qu’ils doivent et comment faire. Ils l’ont d’autant moins aujourd’hui qu’ils se heurtent aux mêmes problèmes avec leurs propres enfants et ne savent pas nécessairement mieux réagir que les parents de leurs élèves. Les injonctions ou incantations classiques (« Votre enfant ne travaille pas assez. Il faut le faire travailler. Il faut qu’il fasse ses devoirs et qu’ils apprennent ses leçons ») ne sont plus crédibles, elles sont inopérantes.

Comment réagir avec un enfant qui se moque des savoirs scolaires dont il ne voit pas le rapport avec ce qu’il sait par ailleurs, comment réagir avec un enfant conditionné par la publicité, accroché à son téléphone et à la télécommande, « scotché » à Internet, collé à la communication avec des nouveaux réseaux que nous ne connaissons pas, fasciné par la console de jeux, attiré par les expériences les plus dangereuses ? On se rend vite compte que l’autoritarisme, les menaces, les sanctions, les leçons de morale, les références au passé ne peuvent résoudre les problèmes. On commence d’ailleurs seulement à se rendre compte qu’il devient ridicule de penser qu’il faut revenir aux bonnes vieilles méthodes, isoler l’école de son environnement, sanctionner.

Il faut donc trouver d’autres voies pour que tous ceux qui sont concernés par l’éducation des enfants : parents, grands-parents, enseignants, élèves, partenaires, communiquent entre eux, s’écoutent, se comprennent, analysent ensemble les situations, cherchent ensemble les voies et moyens de réussir.

Philippe Meirieu nous entraîne dans une réflexion de très haut niveau et accessible à tous, y compris à des adolescents en ciblant par exemple le chapitres évoquant les modes vie actuels, leurs modes de vie, avec différentes perspectives complémentaires : historique, philosophique, juridique, pédagogique…

On ne peut parler de l’avenir sans se référer au passé et sans analyser l’évolution des conceptions et des enjeux. En moins de 100 pages, il retrace magistralement, sans concession et sans procès, l’histoire de la place de l’enfant dans la société, dans la famille, dans les apprentissages. Appuyant sa démonstration sur les travaux de Philippe Ariès, il passe en revue les grands penseurs qui ont marqué l’histoire de l’éducation. Comme il aime le faire, il évoque Coménius, Jean-Jacques Rousseau, Paulo Freire, Célestin Freinet, Ferrière, Dewey, Montessori, etc. En 66 pages, il présente et analyse la convention internationale des droits de l’enfant sous tous ses aspects et ouvre la réflexion sur le droit à connaître ses origines, la parentalité biologique et la parentalité psychologique, la justice des mineurs, la liberté d’expression des enfants… En 90 pages, il propose au débat et à la réflexion collective des pistes à explorer pour inventer. Il propose notamment une « révolution copernicienne en éducation » :

« Les temps d’incertitude ne doivent pas être des temps de renoncement. Et c’est bien là notre problème. Ce n’est pas parce que nous ignorons de quoi demain sera fait que nous devons abdiquer toute ambition éducative. Bien au contraire ! Mais – et nous n’avons pas encore vraiment mesuré l’ampleur du changement que cela constitue – éduquer devient infiniment plus difficile dans un monde qui, selon la formule de Milan Kundera, « s’avance dans le vide ». A bien des égards, même, l’acte éducatif change de sens : alors qu’il se nourrissait traditionnellement d’un passé qu’il s’agissait de prolonger, il doit aujourd’hui s’inspirer d’un futur que nous ne sommes pas capables d’anticiper. »

Philippe Meirieu pose la question : « A quoi éduquer nos enfants ? ». Ses réflexions, ses propositions à débattre, sont aux antipodes des « nouveaux vieux programmes » de M. Darcos et des comportements traditionnels des co-éducateurs. Apprendre à différer, apprendre à entrer dans le symbolique et la culture, apprendre à parler et à pense juste, apprendre à habiter le monde, apprendre à exercer sa responsabilité individuelle et collective. Nous sommes dans la perspective d’une éducation globale émancipatrice fondée sur la liberté et la démocratie et faisant le pari de l’intelligence.

S’adressant à toutes « les grandes personnes », Philippe Meirieu rappelle que nous sommes embarqués et qu’il nous faut avancer au risque de sombrer corps et biens. Avancer. Ne pas reculer. Ne pas se réfugier dans la nostalgie du passé. Pour avancer ensemble, il nous faut un cap : « Eduquer nos enfants pour qu’ils deviennent capables de faire fonctionner, de renouveler et d’étendre nos institutions démocratiques. Il nous faut des balises… Il nous faut une détermination : celle de créer sans relâche des situations éducatives, à l’école, dans la cité, dans la famille, qui permettent à nos enfants d’avoir prise sur leur histoire, sur notre Histoire. »

Philippe Meirieu n’a pas toutes les réponses. Il est, comme nous, habité par l’inquiétude et taraudé par le doute. Mais il donne un cap. Malgré les difficultés et les tempêtes, il ne quitte pas le navire et veut associer toutes les grandes personnes au grand voyage de l’éducation du futur.

Pierre Frackowiak

Merci Pierre pour cet envoi et ce partage. Pour ma part je n’ai pas encore lu l’ouvrage de Philippe MEIRIEU mais cette note de lecture m’y invite grandement!

Je retiens entre autre ces quelques lignes…

« Il faut donc trouver d’autres voies pour que tous ceux qui sont concernés par l’éducation des enfants : parents, grands-parents, enseignants, élèves, partenaires, communiquent entre eux, s’écoutent, se comprennent, analysent ensemble les situations, cherchent ensemble les voies et moyens de réussir. »




Célestin, Maria, John et tous les autres

21 07 2009

En ce mardi 21 juillet 2009, voici quelques réactions à chaud et dans le désordre (c’est les vacances tout de même!) à 2 articles parus ce jour dans le quotidien La Croix.

 

1 Docteur en sciences de l’éducation, Marie-Laure VIAUD explique le manque de succès des pédagogies différentes en France:

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2382951&rubId=786

 

2 Un article de Jean-François FOURNEL sur la pédagogie FREINET

  

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2382705&rubId=4076

 

1/ Une centaine d’écoles labellisées Freinet ou Montessori répertoriée sur le territoire, c’est bien entendu beaucoup trop peu ! Cependant il ne faudrait pas oublier le travail d’un grand nombre d’enseignants au niveau du primaire qui, au sein de structures traditionnelles, tentent « frénétiquement » de réinjecter un peu de ce substrat pédagogique. Pas facile du reste d’adhérer à un modèle collaboratif d’apprentissage, où apprendre apparaît comme un processus lié aux interactions entre pairs (je fais ici référence aux pédagogies « institutionnelles »), dans un système où les adultes entre eux peinent souvent à travailler ensemble faute de temps, d’organisation et/ou de motivation.

 

2/ Je ne pense pas que le manque d’ouverture des enseignants soit la principale cause du faible engouement pour ces pédagogies. Encore faudrait-il que les enseignants aient été formés à cela. Freinet comme d’autres pédagogues, s’ils sont « cités » en formation initiale, le sont davantage comme des personnages historiques faisant partie de l’histoire de l’éducation plutôt qu’appréhendés comme de possibles sources d’inspiration concrète. Et demain…comment Pestalozzi, Montessori, Freinet, Dewey, Steiner, Ferrière, Cousinet, Decroly, Oury (et tous les autres!!) vont-ils être intégrés, compris, assimilés au sein des nouveaux dispositifs de formation ? La question demeure ouverte…

 

3/ Ce n’est effectivement pas Mai 68 qui a inspiré Freinet (il est mort en 66) mais plutôt sa traversée du Chemin de Dames et l’indélébile handicap dont il fut victime. La pédagogie n’est pas qu’une technique d’apprentissage, même si pour Freinet cette technique est essentielle ; la pédagogie est avant tout une réflexion d’ordre anthropologique. Il me plait à rêver, croire même que la « crise » que nous traversons actuellement porte en elle les fruits d’une nouvelle réflexion sur l’homme, sa place et son rôle dans la société. Que laisserons-nous à nos jeunes ?

 

 4/ Montessori, une pédagogie de luxe… Si Maria venait à apprendre cela…Mais Montessori, ce n’est pas une méthode ! Montessori, c’est une grande Dame qui s’est toute entière dévouée à l’éducation des plus fragiles, de ces enfants à l’époque considérés comme aliénés, débiles et par voie de conséquence évincés de toute préoccupation éducative. Comment en sommes-nous venus à « marchandiser » sa pensée et son action ?! Il y a là encore quelque-chose qui ressemblerait à cela…

 

Ce dont le système ne veut pas, soit il le pervertit, soit il le rend inaccessible…

 

http://www.dailymotion.com/video/x9tb16

 

Des parents, associés, intégrés, partenaires…ça aussi ça compte!

 




Les nouveaux programmes. Réactions à chaud.

27 03 2008

RAPPEL en PDF:  nouveaux programmes

1/ EN RESUME sur le site France 5 Education:

 Plus d’heures de français, de mathématiques, de sport et d’instruction civique mais aussi de la morale, tout cela en vingt-quatre heures de cours sur quatre jours… La réforme de l’école primaire présentée par le ministre de l’Education nationale se veut recentrée « sur les fondamentaux », via les acquis traditionnels : opérations, orthographe, grammaire et conjugaison. Dernière étape d’une réforme engagée en septembre 2007 avec la suppression des cours le samedi matin, Xavier Darcos a précisé, mercredi 20 janvier 2008, devant la presse, le contenu des programmes de l’école primaire. La philosophie du projet, qui fleure bon la tradition, avait été dessiné par Nicolas Sarkozy quelques jours auparavant, lors d’un déplacement à Périgueux.

« Plus courts, plus clairs et plus ambitieux », comme l’affirme leur préambule, ces programmes, qui tiendraient dans leur état actuel sur environ 36 pages du Bulletin officiel de l’Education nationale, contre 104 actuellement, sont marqués par le retour au bon vieux appris par cœur et sont resserrés sur « les fondamentaux » que sont la lecture, l’écriture et le calcul.

A l’origine de cette réforme, un rapport du Haut Conseil à l’éducation, en septembre 2007, faisait état de 15 % d’élèves en fin de CM2 avec de grandes lacunes dans ces disciplines. Au motif que « tout se joue à l’école primaire », il est décidé de faire porter l’effort sur cette partie de la scolarité et de « diviser par 3 en cinq ans le nombre d’élèves sortant du primaire avec de graves difficultés » et « par 2 le nombre de redoublants ».

Pour se faire, la semaine scolaire passera de vingt-six à vingt-quatre heures en moyenne – le samedi étant « rendu aux familles ». Les deux heures gagnées seront, elles, réinvesties sous forme d’aide personnalisée aux élèves en difficulté ou de travail en petits groupes.

En français, les grands classiques de l’apprentissage – récitation et rédaction – sont réhabilités. L’accent est mis sur la grammaire et la connaissance de l’ensemble des temps de l’indicatif, y compris le futur antérieur ou le plus-que-parfait.

De même, en mathématiques, la pratique du calcul mental fait son grand retour et on insiste sur la maîtrise parfaite des quatre opérations ou bien encore sur la connaissance de la règle de trois avant l’entrée au collège.

Enfin en matière d’histoire, l’enseignement devrait être fondé sur la connaissance des grandes dates et des grands personnages qui jalonnent l’histoire de France, grâce à « des repères chronologiques ».

Dans les nouveautés, l’éducation civique est remplacée par des cours d’instruction civique et de morale fondés sur des grands principes ou maximes juridiques, comme « La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui ». Un retour des leçons de moral et de politesse qui devra se matérialiser à la fin du CE1 pour l’élève, par la reconnaissance des symboles de la République française, se lever au son de la Marseillaise ou bien encore l’usage du « vouvoiement avec leur enseignant ».

Libres de choisir leurs méthodes dans l’application de ces nouveaux programmes, les enseignants seront en revanche désormais évalués tous les deux ans, par un nombre d’inspecteurs augmenté à la rentrée 2009, et la priorité sera donnée aux résultats. Les performances de chaque école seront ensuite communiquées aux familles, selon des modalités qui seront définies « au cours des prochaines semaines », selon le ministre de l’Education nationale.

Présentée comme une « révolution culturelle de l’essentiel » par Xavier Darcos, la réforme de l’école primaire est jugée comme « un retour aux vieilles recettes », par Ségolène Royal, favorable à une « école qui innove ». Un terme également utilisé par les syndicats enseignants qui ironisent sur le retour de l’école « bonnet d’âne » des années 50 et demandent, pour certains, à l’ancien professeur de français de revoir sa copie.

2/ Ci-après, une réaction recueillie sur le site de  l’ICEM  

(Institut Coopératifde l’Ecole Moderne)

Un point de vue. Celui de Catherine Chabrun.

24 heures chrono !

Dans notre système éducatif à modèle descendant où Polytechnique détermine le lycée qui lui-même détermine le collège le tout en cascade jusqu’en maternelle, il était logique de faire peser sur les épaules du primaire la responsabilité de l’échec scolaire.

Dans sa « révolution culturelle »de 36 pages, Xavier Darcos présente des programmes « recentrés sur l’essentiel », du socle commun on ne garde que les piliers chers à l’Europe, on rejette la complexité, la transversalité qui les articulaient pour privilégier l’empilement de couches simples de fondamentaux.

Que ce soit en français ou en mathématiques on augmente ainsi le nombre de savoirs opératoires, mécaniques et on retire tout ce qui était ambitieux dans les programmes de 2002.   

Surtout pas de temps à perdre, car tout doit tenir en 24 heures !

Entre les dix heures de français, les cinq heures de mathématiques, les quatre heures de sport et l’heure et demie de langue vivante, que restera-t-il  à la « culture humaniste » ?  Aux sciences ? A l’éducation artistique ?

Avec des horaires spécifiques et cloisonnés, une programmation annuelle qui dénie les cycles, ce seront 24 heures compartimentées, morcelées en disciplines et sous disciplines, le tout en conformité avec des manuels dont « l’appui »  est fortement conseillé. Un manuel de vocabulaire, un autre de grammaire …un manuel de calcul un autre de géométrie. Plein de petites leçons illustrées qu’il faudra bien apprendre à la maison ou avec les associations d’aide aux devoirs  !

Une triste certitude : le fossé culturel se creusera davantage pour tous les enfants qui n’ont que l’école pour y accéder. L’accompagnement éducatif sera-t-il chargé de compenser le déficit ? Quant aux enfants qui resteront deux heures de plus à l’école, feront-ils le plein de « fondamentaux » pendant que les autres profiteront de l’offre familiale ou associative d’activités culturelles ?   

Questionner, rechercher, tâtonner, comprendre, réinvestir, confronter ce n’est plus l’air du temps !

Ce sont des pratiques dangereuses, des restes de l’Héritage de 68 qu’il faut définitivement enterrer  ! Comme nous le confirme notre Ministre « L’école primaire doit rester garante de l’idéal républicain : permettre à chaque enfant de devenir, par l’instruction, un citoyen libre et éclairé » 

L’instruction voilà le mot qu’il fallait dire !Si l’éducation rimait avec construction, compréhension, émancipation,  l’instruction elle, rime avec mémorisation, récitation, rédaction. Ce choix de  terminologie à l’ancienne est cohérent avec la teneur rétro des programmes  en relevant particulièrement ceux d’histoire et de géographie qui se cantonnent au territoire national. 

Et naturellement  l’éducation civique se métamorphose en instruction civique et morale.

Dès le CP, on vise en premier l’obéissance, les réflexes du bon écolier : se lever quand un adulte entre dans la classe ou quand il entend la Marseillaise, les formules de politesse, le vouvoiement et les « maximes illustrées » de morale. « Coopérer à la vie de la classe », se réduit à effectuer les services de distribution et de rangement, on est loin de la coopération et de la vie de classe !

Au Cycle 3, sur le registre de la transmission, de l’injonction parfois seront étudiés aussi bien la règle de droit, que les différentes règles de politesse, de sécurité, les préventions des risques, les dangers,  les refus de discrimination, que l’étude des institutions françaises et européennes. Quelques bons manuels devraient suffire !

On ne construit pas, on ne pratique pas, on ne participe pas, on décrit, on apprend, on récite pour avoir de bonnes notes.

C’est ça la réussite scolaire  ?

Catherine Chabrun

22 février 2008

Retrouvez sur ( le site ) aux côtés de celui-ci, d’autres textes d’analyse.

 

3/ Et maintenant…ma petite touche « bleu primaire » à découvrir sur le site  (d’Infobourg France).

Sans oublier de (re)lire l’article du 15 mars sur le sujet: (« hier un niveau scolaire plus élevé? »).

 

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