Devoirs de vacances…

19 04 2008

A vous, heureux enseignants et collègues du primaire qui partez en vacances…

N’oubliez pas dans l’ordre ou le désordre:

1/ Les 35 copies du dernier contrôle de Géométrie (avec tous les outils de mesure indispensables.)

2/ Les 35 cahiers d’expression écrite accompagnés de votre dictionnaire (sans oublier celui des synonymes!)

3/ Les 10 ouvrages qui font l’actualité pédagogique du moment.

4/ Les 5 livres du maître pour préparer les progressions à venir (Histoire/Géo/Educ.civique;  Mathématiques; Français; Sciences; Arts plastiques)

5/ Vos affaires de sports histoire de préparer la prochaine série d’activités de plein air. (course d’orientation ou escalade)

6/Le roman sur le Moyen Âge que vous allez proposer à vos élèves, dès la rentrée.

7/ Votre tube de vitamines pour ne pas tomber malade pendant vos vacances.

8/Les derniers textes officiels parus…( et la plaquette d’anti-dépresseurs qui n’est malheureusement ni livrée avec, ni remboursée…)

9/ Vos cahiers de notes pour vérifier moyennes et médianes. (+ calculette pour éviter les erreurs et les lettres des parents très fâchés qui suivront)

10/Le coffret intégral de DVD de Mozart, celui d’Amélie Les Crayons sans oublier Les Espoirs de Coronthie ( de façon à respecter les quotas multi-culturo-ethniques)

11/ L’ordinateur familial pour rester branchés sur le monde et la planète.

12/ Vos enfants et leur père et/ou mère…si vous en avez.

13/ Le cartable de vos enfants, leurs recherches, leurs contrôles, leurs bulletins, leurs mauvaises humeurs….)

BONNES VACANCES CHERS COLLEGUES!

J’ai certainement oublié quelque chose, alors soyez sympas cliquez sur commentaires pour m’éviter un Aller/retour en pleine zone rouge!




L’école, pour vivre ensemble

16 04 2008

Pour les lecteurs qui ne lisent pas la presse quotidienne, et pour ceux qui n’ont pas encore exploré le site d’Eveline Charmeux….

Voici, dans son intégralité, mon « coup de colère » publié hier par le quotidien « La Croix »

LA VIOLENCE A L’ECOLE

L’école pour apprendre à vivre ensemble…

Belle ambition !

A son service ? L’éducation civique et ses leçons de vie.
A son service encore ? Les groupes de paroles entre enfants.
A son service toujours ? Les enseignants-éducateurs. (Voir aussi l’article du 4 février « complément d’enquête sur le métier d’enseignants »)
Bref, vivre ensemble, à l’école, c’est vital, c’est inévitable.
Mais alors, et les autres, que font-ils ?

Et vous ?

Vous, les parents ? Les grands parents ?
Vous, les marchands de vidéo ?
Vous, les promoteurs  de gadgets belliqueux ?
Vous, dans le métro ? Dans la rue ?
Vous, le voisin du dessous ? L’automobiliste pressé ?

Vous, intouchables puissants? Juges corrompus ou politiques décadents?

Que croyez-vous donc ? Qu’il suffit de prononcer les mots respect ou morale deux fois dans la journée pour participer à leur diffusion ?

Le respect,un mot tant à la mode qu’il s’est vidé de son propre sens. Trop utilisé, trop galvanisé, trop médiatisé sans doute. Un mot qu’on proclame aux autres, rarement à soi-même. Il erre sur les bancs de la cour de récré, il traîne sur les chaînes de télé. Le Respect s’il vous plaît, je réclame le respect ! Combien de fois par jour entends-je ce même refrain ?

Mais le respect, ça ne se décrète pas ! Ça se vit, ça se transmet. Le respect, c’est un remaniement permanent, une exigence de chaque instant ; si l’on n’y prend garde, les mots, les gestes, les regards, les silences, les rires, les attitudes prennent si naturellement le pas sur la réflexion et le jugement. Apprendre à gérer les paroles et les actes, comprendre pourquoi et comment y parvenir, c’est tout cela que nos enfants apprennent à l’école, dans la cour, dans les couloirs, dans la classe.

Qui peut proclamer que la chose est simple ? Qui peut imaginer que l’école seule relèvera le défi ? Quel parent honnête peut se soustraire à ce devoir d’éducation ? Quel individu majeur peut se dire dégagé de toute responsabilité ? Car enfin, posons-nous (vous étant inclus dans le nous), posons-nous donc aujourd’hui, sans biais ni faux-semblant, la question du rôle de l’exemplarité des adultes pour la construction des jeunes enfants ; ce qu’on leur donne à voir ou à entendre, dans la rue, dans le bus ou le métro, chez le voisin ou à la maison. Les images, les mots, les attitudes dont nous sommes seuls responsables puisque soit nous les véhiculons nous-mêmes, soit nous les laissons à leur portée, soit nous les ignorons.

Nous vivons dans une société formidablement agressive pour les jeunes esprits. Il faut le rappeler, votre enfant ne perçoit pas les images comme vous. Son cerveau ne reçoit pas la même information de la même manière. L’adulte traite toutes les données visibles et sonores via des filtres que la maturité et l’expérience lui ont fournis. L’enfant n’est pas encore capable de cette distanciation, de ce tri entre le réel et le factice. Face à un film d’horreur, il est dans le film, dans l’image, dans la peau du tueur ou de la proie. Quand vous êtes spectateurs, il est lui, auteur ou acteur. Quand vous êtes témoins, il est, lui victime. Et quand enfin vous regardez Catch-Attack le week-end avec lui, il apprend lui que la violence est un jeu, un spectacle qu’on regarde en famille.

Pour le jeune enfant, fiction et réalité sont deux espaces superposables. C’est pour cela qu’il aime tant qu’on lui raconte des histoires, voire toujours la même histoire. Pour lui, au moment où vous lui lisez les mots, où vous lui livrez l’intrigue, il quitte quelques instants le monde, retarde à l’infini l’heure de se coucher et plonge avec délice dans un univers construit rien que pour lui. Mais dès le lendemain matin, lorsqu’il se réveille, lorsqu’il est planté devant son poste de télévision, ou quand la radio lui déverse un flot ininterrompu de paroles en tout genre, lorsqu’il se glisse dans une rame bondée d’adultes gesticulant où maugréant, lorsqu’il traverse les avenues et autres artères survoltées, voilà notre chérubin livré en pâture aux affres du monde moderne. Le parcours du combattant reprend sa course effrénée.

Petit arrêt sur image. Zoom sur la réalité. Extraits choisis. Morceaux vécus.
Attention, esprits sensibles, s’abstenir.

Dressons un échantillon des clichés hauts en couleur qu’un enfant reçoit, sans pouvoir s’en prémunir, en une seule journée: les photos sans équivoque dans les kiosques, juste à hauteur d’yeux, les formules choc en bandeau des journaux, les publicités libidineuses entre deux soit disant programmes télévisuels pour enfants, les clips musicaux qui prônent souvent la violence et le sexe, les téléfilms scandaleux enrobés façon comédies, les faits-divers sordides livrés aux heures de grande écoute, les images sanglantes du « JT » juste avant d’aller dormir. Allez, fais de beaux rêves mon chéri…

Quelle vision de l’homme offrons-nous à ce petit enfant de deux ans, six ans, huit ans, ou à cette toute jeune fille de douze ou quinze ans ? Lui livre-t-on les clés pour décrypter telle affiche, lui donne-t-on les mots pour interpréter tel slogan, lui octroie-t-on du temps pour parler de tout cela ? A défaut de refaire le monde, ayons l’exigence d’exprimer ce que nous ressentons. « Je suis une adulte, mais vois-tu cette image d’adulte me dérange. Je suis un homme mais vois-tu les mots de cet homme me blessent, je suis une grande personne et vois-tu l’attitude de cette grande personne me révolte. Et toi, qu’en penses-tu ? »

Prenez-vous, prenons-nous ce temps là ?

Oui, la violence existe, existait et existera toujours. C’est un fait universel, une donnée intemporelle. La question est ailleurs, inéluctable pour l’éducateur, vitale pour l’enfant, essentielle pour la société. Une question qui engendre mille questions. Mille questions générant la réflexion et non le délit d’opinion, non plus la soumission.

« Que fais-je de cette violence ? Comment travailles-tu avec cette violence ? Que pense-t-elle de cette violence ? Qui jugeons-nous au travers de cette violence ?  De quelle manière transformez-vous cette violence? Comment vivent-ils dans cette violence ? »

A défaut de refaire le monde, ayons l’honnêteté d’affronter ses faiblesses, de s’en insurger, de se positionner. Si nous, responsables majeurs et soi-disant éducateurs, si nous parents ou tout autre tuteur, nous autorisons le silence ou l’indifférence s’installer, alors nous ouvrons délibérément la porte à la banalisation de la violence ou de la médiocrité.  Bien évidemment, face à cette leçon de morale un peu provocatrice, j’en conviens, un tantinet réactionnaire, je l’avoue, et très culpabilisante, il est vrai, la rhétorique du laisser-faire impuissant reprend le dessus. Ainsi va le monde diront certains, nous n’y pouvons rien, se dédouaneront les autres, les enfants s’adaptent à tout rétorqueront les uns, l’école leur apprendra bien les bonnes manières espéreront les derniers. Une ou deux maximes livrées en bon uniforme à la manière du bon vieux temps et nous autres adultes serons absous de toutes nos dérives.

L’école, encore l’école, toujours l’école …L’école fera ce que les adultes souvent ne savent plus faire.

Et bien oui, le matin, quand vous quittez votre enfant et que j’accueille mon élève, je sais qu’il me faudra souvent remonter le cours du temps, effacer certains cauchemars, adoucir des paroles trop brutales, gommer des images affolantes. Dès les premières minutes, dans la cour de récré, il est aisé de capter  l’atmosphère qui déterminera les apprentissages du jour. Agités, bagarreurs, électriques, certains matins ressemblent trop au tapage urbain, certains matins, il ne fait pas bon rester trop longtemps dehors. Vite, il nous faut rentrer la troupe avant la débandade. Ouf, la cloche sonne et tout ce petit monde se met en rang, par deux et dans le calme, s’il vous plait. Pardon ? Dans le quoi ? Lui donner la main, à elle ? Et pourquoi je dois tenir la porte ? T’as vu le dernier combat de Catch-Attack hier, c’était top ! Trop cool quand on lui arrache les yeux ! Pousse-toi gros tas ! M’dam ! y m’a traité ! Même pas vrai, c’est elle qu’a commencé ! Dans tes rêves …

Il est 8 h… l’école s’éveille …
« Bonjour Léa, bonjour Sam ! Tiens, tu t’es coupé les cheveux Sofia ? Attention, tes lacets sont défaits Nicolas. Bonne fête Maxime ! »

La porte de la classe s’ouvre et la leçon de vie reprend son cours.

A commencer par quoi ?

Par se dire bonjour, tout simplement.

Oui, chaque matin, j’apprends à mes élèves à se saluer en se serrant la main, à se sourire en se regardant dans les yeux. Le matin, j’adresse à chaque élève, un mot, un regard. Le matin, je leur lis une histoire, pour leur plaisir et pour le mien. Le matin, on chante une chanson qui nous rassemble. Le matin, j’accroche aux murs les dessins de la veille. Le matin on prend le temps de raconter un petit bonheur vécu. J’appelle ce temps « Les cinq minutes d’intro. » Sans ce temps là, rien n’est possible, sans ce temps là, rien ne se fera. S’installer, s’arrimer, s’ancrer, prendre place, toute sa place. Une place pour chacun. Voilà qui est fait. Je suis là. Ils sont là. Nous sommes là. Tous là ?

« Y manque Sara M’dam, ch’peux prendre ses d’voirs ?
– Oui, merci Victor.
»

Oui, chaque matin, à l’école, on essaie de replanter un décor humain. Chaque matin on essaie de recréer du lien. Pour que la journée soit belle, pour que les heures d’école soient plus douces que la veille, pour que la vie ait un goût d’enfance, pour que l’enfant ait le goût de la vie. Les enseignants s’y attellent à chaque instant car « apprendre à vivre ensemble », c’est le cœur de notre projet éducatif. Alors, c’est vrai, lorsque je quitte cette école le soir, et que j’entends le monde et ses cris, lorsque je vois les hommes et leur violence, je pense à mes élèves, à ma journée et à celle du lendemain. Et j’imagine aisément le malaise qu’ils ressentent ; d’un côté, soumis à des règlements scolaires écrits par l’institution et contresignés par les parents et de l’autre spectateur d’un monde schizophrène qui manie aussi bien la décadence que la repentance, qui instille aussi bien l’éducation civique, que l’incivilité publique.

Et je l’admets, il m’arrive d’être en colère, contre moi et contre vous, car il me semble qu’aucun adulte ne devrait ignorer ce qui est susceptible de corrompre l’innocence d’un enfant.

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Portrait de prof

15 04 2008

L’école à l’hôpital,

Les maths en chambre stérile,

La classe tout en souplesse…

Une rencontre sur net, sur le site de CURIOSPHERE

« Maintenir le lien »

« On n’est jamais uniquement enseignant »

« On est enseignant et on est soi-même en même temps »

Cliquez, écoutez, regardez (JOËL)

Un prof pas comme les autres?

C’est sûr…

Mais des enseignants « multiples », pour reprendre la dénomination de Joël, il y en a …

Je suis certaine que vous en connaissez.

Parlez d’eux!

Partagez vos rencontres insolites avec la connaissance.

Faites circuler vos belles histoires vraies.

L’école est belle pour qui veut y croire et pour qui cherche à la voir.

Sur BLOG BLEU PRIMAIRE, avec vous, je fais le pari d’une vision positive de l’école.

Objectivement positive!

Une école pragmatique et utopique!

Parole d’instit’…




Le camion des mots

14 04 2008

Autoroute, est-ce masculin ou féminin?

Un voyage insolite dans un engin atypique

Un itinéraire tout en détours pédagogiques

Une autre manière de vivre le mot APPRENDRE

Merci à l’équipe du camion des mots

Oui, ou plutôt non, il n’y a pas qu’à l’école qu’on apprend. Et c’est tant mieux!

Des collectivités locales, des citoyens de tous bords, des familles d’ici ou d’ailleurs, des enseignants volontaires en quête d’innovations, des enfants curieux du monde, des lecteurs de BLOG BLEU PRIMAIRE…tant de bonnes volontés ici et là, tant de talents à découvrir et à faire partager!

Il n’y a pas qu’à l’école qu’on apprend, mais l’école reste une des passerelles prioritaires par laquelle la culture est diffusée.

Pour nos élèves, pour leurs parents, pour leurs enseignants, ouvrons l’école à ces projets, laissons entrer dans nos écoles les initiatives qui fonctionnent, n’ayons pas peur des détours pédagogiques qui nous le voyons bien ici, sont de formidables vecteurs d’énergies positives!

Et vous, chers lecteurs, de quelles expériences pédagogiques voulez-vous nous faire part?

Un souvenir, une histoire, une rencontre, un projet, une vidéo?

RACONTEZ-NOUS!




A vous de jouer!

12 04 2008

AVANT TOUTE CHOSE…

« Bonne fête Jules et joyeux anniversaire Sabrina! »

Pour ce jour festif, un petit cadeau:

Ma sélection du jour sur le web

Un coup de coeur!

L’univers de Tess

Quand math rime avec féerie…

Vous découvrirez
des tours de magie interactifs,
de la télépathie…
des énigmes, cours et exercices animés,
des jeux, des puzzles magiques,
des illusions géométriques animées,
des paradoxes, de la géométrie
et des pavages dynamiques,
des opérations anciennes interactives,
des trucs malins,
des anecdotes historiques,
et de très nombreuses animations flash,
dans
 
 son grenier  à malices
mathématiques.




La complainte du parent d’élève

10 04 2008

Après la complainte de l’instituteur, celle du parent d’élève.

La voici, en musique toujours,…cela adoucit les moeurs, paraît-il…

Un clin d’oeil au récent commentaire de Frédéric.

Un petit clic, juste sur le lien.

La complainte du parent d’élève version MP3

L’homme, un éternel insatisfait…

Bien évidemment, des améliorations doivent être apportées.

Vous avez raison de rester vigilants. Vos enfants ont besoin de votre accompagnement.

Mais… et si nous partions de ce qui fonctionne plutôt bien pour le développer davantage et mieux le diffuser?

Selon vous, si vous n’aviez qu’un seul mot POSITIF concernant l’école, lequel choisiriez-vous de mettre en avant?

Un MOT à écrire dans l’espace commentaire ci-dessous!

MERCI de contribuer, sur BLOG BLEU PRIMAIRE à une vision constructive de l’école.

UN SEUL MOT… 

Allez, je commence, et c’est la mère d’élève qui parle:

ECOLE maternelle=premiers amis!

A QUI LE TOUR?




Vive les fleurs!

7 04 2008

Mon p’tit côté fleur bleue

« FLEUR BLEU PRIMAIRE »…

 FRUITS, FLEURS, FEUILLAGES

S’il pleut, s’il neige dehors

Si le printemps tarde à éclore

Si la grisaille vous déprime encore…

 Cliquez, c’est magique!  

Zoomez, c’est féerique!

Fruits, fleurs, feuillages

A quand Pascale, un atelier « bouquet » en classe?

De la terre à l’art…De la nature à l’homme…

Pour travailler formes, rythmes, matières, odeurs, harmonies des couleurs…

Pour donner à l’école, durant quelques instants les tonalités du bonheur…




Bloguer en famille

7 04 2008

« Mais non, je blogue ! » D’Astrid de Roquemaurel

Et moi je ne blague pas. C’est en bloguant que je suis tombée sur cet article. J’ai consulté le livre d’Astrid. Après d’inépuisables discussions avec mes enfants au sujet d’internet, après avoir écouté les 1000 questions et réponses de mes élèves sur le même thème, je vous invite tout naturellement et bien volontiers à lire l’article et à visiter le site. Parents non initiés,, éducateurs suspects, enseignants inquiets…ce livre est à mettre entre toutes les mains. Parole d’instit’!

 SOMMAIRE
 

« … Grâce à ce petit livre ludique et pédagogique, les jeunes internautes pourront créer facilement leur blog, tout en respectant les règles de publication, d’échange et de sécurité sur Internet. Abondamment illustré, il fourmille de trucs et astuces pour bloguer comme un vrai pro. Cet ouvrage s’adresse également à tous ceux qui souhaitent en savoir davantage sur ce nouveau moyen de communiquer : parents, enseignants, éducateurs… En fin d’ouvrage, retrouvez toutes les bonnes adresses pour créer votre blog ou consulter ceux qui s’adressent plus particulièrement aux enfants. Et pour échanger sur ce thème, connectez-vous sur le blog officiel du livre : www.maisnonjeblogue.com Pour consulter le sommaire, cliquez ici (document PDF) Mais non, je blogue !par Astrid de Roquemaurel, illustré par Delphine Vaufrey. Milan jeunesse Prix : 7,50 euros. »

3 questions à Astrid de Roquemaurel, auteur de Mais non, je blogue ! L’interview sur le site de l’UNAPEL

Consultez le livre animé!




Idendité, profil et bla bla bla…

3 04 2008

Ni experte, ni journaliste, ni politique, ni de droite, ni de gauche, juste instit’

Telle est ma devise, vous l’aurez remarqué. Certains m’interrogent déjà. J’entends les murmures.

« Oui, bon, d’accord…mais tout de même…on ne peut dire tout et son contraire…entre nous soit dit…allez, ça restera notre secret…

Quelle est votre ligne éditoriale?

Dans quel camp vous situez-vous?

Êtes-vous plutôt moderne ou plutôt tradi?

Portez-vous le chignon bas ou la jupe frangée?

De quel syndicat, de quel parti?

Citadine ou rurale?

Libertine ou morale?

Laxiste ou maître à bord?

Côté Rive Gauche ou côté rive Droite?

Plutôt mérieusienne ou bentolilesque?

Ex-cancre ou 1ère de classe?

Votre livre de chevet: la Bible ou les Fleurs du Mal?

Comprenez-vous, on appartient tous à quelque chose! Dans la vie, il faut faire des choix, savoir se situer, se positionner, se donner une ligne de conduite, une colonne vertébrale sociale, une existence institutionnelle! Vraiment, vous n’y pensez pas, ce n’est pas viable comme posture, ni…..ni……ni…..ni……trop mou, trop flou. Non, les gens ne vous comprendront pas. Ils ont besoin de savoir. »

Aïe, ça commence mal…..Mais alors…

Et vous, chers petits hommes bleus, chers collègues « primaire », chers lecteurs de BLOG BLEU PRIMAIRE, comprenez-vous au moins ce que j’écris?Car en définitive, c’est bien cela qui m’importe; que vous ne me compreniez pas, moi, la belle affaire! Mais mes propos, eux, sont-ils intelligibles? Mes témoignages sont-ils, en partie, le reflet de votre quotidien? Mes coups de gueule, vous font-ils réagir? Mes blagues blogueuses vous font-elles sourire? Mes liens utiles vous éclairent-ils?

Et enfin, bien évidemment, l’unique question qui ne me lâche jamais: mes élèves, eux, ont-ils conscience de ce qu’ils font quotidiennement, à mes côtés, de la raison de leur présence au tableau, du comment j’évalue leurs travaux? Ont-ils besoin pour cela de savoir qui je suis et d’où je viens? S’ils savent pour quoi (en 2 mots) nous sommes ensemble à l’école, alors je peux estimer que 99% de mon job est efficace. (Et c’est loin d’être gagné! C’est pourquoi je m’y attelle, jour après jour…) Car avant tout, le métier que j’exerce est celui de pédagogue, enseignant, maîtresse quoi!  S’ils le savent eux , si mes parents d’élèves le savent…

Pour le reste, c’est entre ma conscience et moi-même…Cela n’a d’intérêt pour personne.

Ce que je sais, c’est bien que je ne suis ni politique, ni experte, ni journaliste, ni de droite, ni de gauche, juste instit’

Prenez-le dans l’ordre que vous voudrez mais gardez juste le meilleur pour la fin « instit' »




Hier, un niveau scolaire plus élevé?

15 03 2008

            Certes. Certains seraient tentés, en toute honnêteté, de l’affirmer. Mais de quel HIER parlons-nous?

Dressons donc ensemble le portrait de cet élève modèle « d’hier », celui qui nous fait tant rêver, qui traverse les âges, dont on ne cesse de vanter les mérites, génération après génération…L’élève d’HIER…

Ah….de mon temps…Je crois entendre parler l’ancêtre Charlemagne, et tous les autres derrière lui, dans un long cortège de litanies psalmodiantes.

En ce temps, là, donc, vivait un jeune enfant…. « élève obéissant, incollable en histoire et géographie (les leçons se limitant à l’étude de la Gaule, au mieux, de la France métropolitaine et d’outre mer) ; irréprochable en calligraphie (de nombreuses heures étant réservées à la seule copie) ; excellent en calculs mathématiques (les quatre opérations étant l’unique champ d’investigation) ; éloquent à l’oral comme à l’écrit (une seule langue, une seule littérature, comme référents linguistiques et humanistes) quant à la culture générale, elle se bornait à la culture commune, c’est-à-dire à une culture franco-française. Il ne s’agit pas de faire un inventaire simplificateur et réducteur des connaissances délivrées par le passé. Il s’agit juste de procéder à un constat objectif. Car si nous voulons comparer le niveau scolaire « d’hier » à celui d’aujourd’hui, n’omettons pas, dans notre analyse, d’y insérer la vision particulière du monde, à un moment particulier de notre histoire, et de définir le fameux « HIER » dont on parle. (Unité de lieu, de temps, de personnage, cela vous rappelle quelque chose?)

Depuis Ferry, en passant parla quatrième et cinquième République, le temps s’est écoulé, l’eau est passée sous les ponts, et les repères ont évolué. Le niveau n’est plus le même car le lit de la rivière non seulement s’est élargi, mais il s’est déplacé. Métaphore, j’en conviens, mais qui traduit bien l’essentiel de ce propos.  Il faut le rappeler, l’exigence d’HIER ne connaissait ni la mondialisation, ni la massification, ni la pluri culturalité. Elle pouvait donc se prévaloir d’une orthographe irréprochable et d’une grammaire compréhensible. Chaque élève parlait français puisque tous les élèves étaient français. Il n’est pas ici question de reporter la faute sur quiconque, mais juste de prendre conscience d’une réalité que certains semblent oublier ou ignorer.  Le niveau pouvait être plus élevé puisqu’il ne prenait en compte ni les élèves étrangers (il y en avait très peu), ni les enfants « différents » qu’on laissait naturellement en marge, silencieux, résignés, inexistants au regard de la société ; tous ces élèves peuvent au XXIème, dans notre, votre et leur école, exprimer leur existence et leur droit à l’éducation, quelles que soient leurs handicaps.  

J’ose le proclamer, nos élèves d’aujourd’hui sont plus ouverts au monde que ceux d’hier. Les connaissances* globales offertes par des moyens de communications puissants, divers et variés, ainsi que la démocratisation de l’école l’ont emporté sur le savoir unique et bilatéral du livre et du cahier d’école, auparavant, seuls référents. L’instituteur d’alors, dans une relation verticale et unilatérale avec l’élève, lui apprenait à lire, à compter et livrait sa bonne parole au travers de la «leçon de choses». Les compétences* du jeune enfant n’intervenaient que très peu, et ne lui permettaient en rien de s’autonomiser, c’est à dire de prendre son intelligence en main ; bon exécuteur et parfait répétiteur, voilà le contrat que le maître passait avec son élève. D’une part, le champ d’investigation ne concernait qu’un ensemble de connaissances nettement plus limitées, d’autre part, les aptitudes n’intervenaient en rien dans les évaluations finales ; par voie de conséquences, ces dernières obtenaient fatalement de meilleurs résultats. Et si nous faisions passer le brevet des collèges ou baccalauréat aux générations passées, certes l’orthographe obtiendrait de bien meilleurs résultats, mais et le reste ? ? La culture d’une nation se borne-t-elle à l’orthographe, si incontournable soit-elle ?

L’école de ma rue, de mon quartier, de ma ville, ressemble désormais à un vaste champ culturel, à une peinture du monde, colorée et vivante, à une fenêtre ouverte sur un horizon aux multiples couchers de soleil. Envolée lyrique s’écrieront certains, nouvel enjeu philosophique penseront d’autres. Pour ma part, pour celle de nombreux enseignants, il est question ici de notre réalité quotidienne. Une  multiplicité de visages qui fait notre bonheur et notre malheur tout à la fois. Joies partagées autour de la diversité, difficultés véhiculées par cette même diversité. En ce qui me concerne, je ne vois pas ici un problème majeur insoluble, mais bien l’émergence d’une problématique nouvelle à laquelle il faudra nécessairement réfléchir, sans tabou, sans idéologie, sans nostalgie mais avec prudence, exigence et bienveillance. L’école ne doit ni se résigner à un insupportable nivellement par le bas, ni succomber au réflexes réactionnaires qui conduisent à l’exclusion et au communautarisme.

 C’est pourquoi il faut inévitablement analyseret réévaluer conjointement multiplicité et qualité des enseignements dispensés pour que l’école reste, non seulement un lieu d’ouverture sociale et humaine, mais également un lieu d’apprentissages des connaissances et des savoirs disciplinaires. Un lieu qui dispense, avec une vision pluri dimensionnelle, les éléments précis et définis préalablement. Un lieu qui évalue pour chacun selon une grille commune, les différents acquis. Un lieu de vie, de partage et de progrès. Un lieu où familles et enseignants avancent conjointement. 

Un niveau scolaire plus élevé hier qu’aujourd’hui ? Une meilleure réussite, ici que là-bas ? Un avenir plus ceci ? Des professeurs moins cela ? Le  voilà, notre mal, le mal de la hantise de l’assiette du voisin. La seule réussite, si tenté qu’on puisse la définir, ne suffit déjà plus à dissiper nos peurs phobiques du « moins bien qu’hier », et du « mieux que demain ». Savoir que peut-être le pré d’à est plus vert que le nôtre, que peut-être la fille de telle amie a obtenu un dixième de plus que la nôtre a sa moyenne générale du mois de mars, que peut-être la maîtresse de CP1 donne 15 minutes de plus de travail à la maison que celle du CP2, que peut-être l’avenir  de notre nation se joue dans une cour de récréation, que peut-être, oui, peut être…

Alors, pour affronter l’insupportable incertitude, on dramatise.Pour exorciser l’insurmontable lendemain, on s’agite en tous sens, on dresse, chaque printemps le palmarès des vraies meilleures écoles et des fausses vraies bonnes méthodes. Pourcentages, rubrique par rubrique, tableaux à multiples entrées, courbes de gausse factorisées par années, par siècles, par quartiers, par pays, par continents. Oui le voilà notre mal. L’orgueil, l’envie, l’insatisfaction, le doute permanent. En un mot, l’ego. Un ego sur-dimensionné sans cesse à revaloriser, sans cesse à réévaluer. Alors, on se perd en calculs appliqués, en taux, en algorithmes. Et bien évidemment, à ce petit jeu, on s’aperçoit avec jalousie qu’il y a toujours mieux et on s’indigne avec frénésie, qu’il y a encore pire.

Et si nous apprenions à vivre, ici, là, maintenant. Ici, dans ma classe, là avec mon enfant, maintenant avec mes élèves. Et si nous apprenions à vivre au présent de l’indicatif. Car à ce petit jeu du « mieux hier qu’aujourd’hui », le passé antérieur et le conditionnel présent finiront par engloutir le présent d’incarnation, temps de notre présence, temps de notre respiration, temps de leur existence, temps à vivre avec eux, nos élèves, avec eux, nos enfants. Temps de la connivence et du partage. Le premier temps simple, le présent de l’indicatif .

Ostiane, ni journaliste, ni experte, ni politique, ni de droite, ni de gauche, juste instit’




Les majuscules, une histoire personnelle.

11 03 2008

mathis a dix ans. une écriture rythmée par les pulsations de ses poings. ses mots guillotinés n’adhèrent pas à la page. le regard bas pour cacher des yeux trop vifs. assis dans un coin. élève récalcitrant, enfant désemparé.

Contrôle de copie. lettres électriques entrecoupées de tâches d’encre. mathis n’aime pas les majuscules. les belles anglaises ne sont pas pour lui et les bâtons lui font peur.

le texte est illisible pas de ponctuation aucun sens même sans produire  mathis est incapable de reproduire

Et puis un soir, merci monsieur Pennac, je lis votre chagrin d’école. Je pleure et je ris. Merci pennachionni!

Le lendemain: « Mathis au tableau ».

Sa voisine lui dicte une phrase (vous savez une suite de mots ayant un sens, qui commence par une majuscule et qui finit par un point.)

Sur l’estrade, le rythme mal cadencé de Mathis égratigne le joli tableau blanc.

« Maîtresse, y la oublié la majuscule!

Et le poing final aussi!

C’est vrai Mathis, regarde. Mais tu sais, je vais te dire quelque chose. Hier soir je lisais un beau livre. Un livre qui parlait de toi. »

Rire dans la classe. Haussements d’épaules. Regards incrédules.

« Tu vois, il existe un Monsieur très connu aujourd’hui. Il écrit des romans, des livres pour adultes et pour enfants. Tu te souviens L’oeil du loup?

Et bien vois-tu, ce Monsieur, il s’appelle Pennac, avec un P majuscule. Mais quand il était petit, il était comme toi. Jamais de majuscule. Il n’était qu’un pennachionni minuscule. Tout en minuscules.

Alors, Mathis, tu peux bien avoir zéro en contrôle de dictée ou de copie, dis-toi que cela ne t’empêche pas d’être Mathis, d’être quelqu’un avec un nom aussi propre que le meilleur des élèves. Et puis, qui sait, toi aussi tu écriras peut-être tes chagrins d’école! »

Que vous le croyiez ou non, depuis ce jour Mathis n’a plus jamais oublié d’habiller son prénom et son nom d’une jolie majuscule. A l’anglaise s’il vous plaît!

La notation ne prend en compte que l’adéquation immédiate d’une réponse à une question relative à une norme fixée par la règle. Cette notation ne doit pas exclure l’évaluation qui, elle, intègre dans son statut, le processus d’apprentissage, voire de résistance à l’apprentissage. Une toute autre affaire!

Des « garçons manqués » qui ne connaissent pas le féminin, des jumeaux séparés qui n’intègrent pas le pluriel, des enfants uniques qui mettent des « s » partout….oui oui, ça existe!

L’ORTHOGRAPHE, plus qu’un ensemble de règles, l’orthographe, l’expression de soi, du plus profond de soi.




L’orthographe à la Une…

21 02 2008

L’orthographe, une patate chaude…titre ( le Monde ) dans un récent article.

Danièle Manesse, professeure de sciences du langage, y analyse avec lucidité et concision le problème de l’orthographe, notamment à l’école primaire. La mise en pratique de L’O.R.L* (Observation Réfléchie de la Langue) a d’une certaine manière pénalisé les enseignants (et leurs élèves). Ils ont dû mettre en oeuvre de nouveaux modes d’apprentissages, fort intéressants car émanant du principe que la littérature participe à ce travail sur la langue. Traiter la grammaire et l’orthographe en liaison avec les textes et la réalité de l’écriture. L’idée est plus que noble, mais elle n’a pas eu l’effet escompté. Manque de formation? Complexité de notre langue? Mauvaise interprétation d’une théorie mal intégrée? Ou bien théorie difficilement adaptable à la pratique de classe? Un peu de tout cela, sans doute. Et de nombreux autres facteurs, qu’il est mal aisé de traiter en quelques lignes.

En revanche, il semble évident que l’application de l’O.R.L, conjointement à un programme surchargé par ailleurs, ne permettent pas de prendre suffisamment de temps pour la systématisation, la mémorisation et l’entraînement, autant d’étapes incontournables pour la bonne mise en place des structures grammaticales. Cela a immanquablement abouti à une déliquescence de l’orthographe ces dernières décennies.

 L’art de la pédagogie*, s’il en est, consiste justement à intégrer les récentes études réalisées dans le domaine de la langue et de la didactique* tout en les réajustant sans cesse dans la pratique de la classe.

Je rejoins également Danièle Manesse sur un autre point. Celui de la formation des enseignants en ce qui concerne l’étude de la langue. Même si le maître d’école ne se résume pas, loin de là, à un correcteur orthographique ou à un Bescherelles, il me paraît absolument nécessaire qu’il ait une maîtrise, sinon parfaite, du moins précise et ciblée du fonctionnement interne de la langue française. Davantage de linguistique*, dans les IUFM* est à mon sens, une donnée incontournable.

L’orthographe, la grammaire, le vocabulaire et la conjugaison, sont les premiers outils du « bien parler » au sens, du « bien s’exprimer », au sens de » je dis, et j’écris précisément ce que je pense, et mon camarade, ma maîtresse, mes parents comprennent exactement ce que je dis, ou ce que j’écris ». C’est important non? Ne jamais laisser une idée avorter faute de mots, de syntaxe, de temporalité. Car si les mots viennent à manquer, le doute, la méfiance, et pour finir, la violence prennent le pas. Un autre mode d’expression en quelque sorte. 
Pour ma part, je reste impitoyable quant à l’orthographe de mes élèves, quant à la manière dont ils formulent leurs prises de parole. Et ils me le rendent bien. Ils savent bien pourquoi je le leur demande. Je le leur explique chaque jour.  

« Si je laisse ta pensée s’exprimer avec approximation, je t’abandonne à une espèce de verbiage qui n’est pas digne de ce que tu es capable de dire. Et tu as beaucoup à dire et à écrire. Alors, prends le temps. Choisis le mot exact. Cherche la bonne tournure. »

En matière d’expression écrite ou orale, il n’y a pas de fautes, il n’y a que des erreurs, des omissions, des maladresses. C’est important qu’ils le sachent. C’est important que les parents sachent également que même s’ils l’ont oublié, l’apprentissage de la lecture et la maîtrise de la langue requièrent beaucoup de temps, de patience, de douceur, de vigilance.

Pour ce qui me concerne, je crois fermement en la valeur de la correction. L’hôpital des mots, comme je dis à mes élèves. Oui, tout est corrigé, (y compris mes propres oublis d’ailleurs…cela les amuse beaucoup et je les engage à me faire part des erreurs commises).Tout est donc systématiquement annoté et consigné dans leur répertoire personnel et individuel. Ce répertoire, qui grossit de septembre à février, est censé diminuer jusqu’à dépérir totalement en fin d’année. Un carnet magique avec lequel les élèves ne cessent de me demander de “jouer”.

 M’dam’, M’dam’ ch’peu faire mon carnet zéro faute avec ma voisine, j’ai fini mon travail!

L’orthographe, une patate chaude, mais qui peut se transformer en sujet d’exploration ludique et pédagogique. Si, si!

Pour faciliter la lecture et la juste compréhension de certains termes employés, vous retrouverez, classés par ordre alphabétique, dans mon dico d’éduc ( barre transversale, à droite) les mots repérables par les astérisques.

De l’orthographe, au vocabulaire… il n’y a qu’un clic!

Un autre clic qui vaut le détour, pour la saveur des ( motordus )! L’orthographe…fait salle comble!




De l’école obligatoire à la réussite obligatoire…

19 02 2008

L’évaluation des enseignants sera donc désormais calculée en fonction de la réussite des élèves…

C’est nouveau, ça vient de sortir! Ce qu’il y a de commode, en ce moment, c’est qu’il ne se passe pas une heure sans que l’actualité ne me fasse cadeau de sujets à traiter! Monsieur le Président, encore vous, je vous suis grée de cette manne que vous m’offrez.

Bien alors donc, peu importe les méthodes pédagogiques, l’essentiel, c’est le résultat. La fin justifie les moyens en quelque sorte. Ca me rapelle quelque chose, pas vous?

Et bien voyez-vous, avec tout le respect que je vous dois, pour ce qui concerne l’éducation, l’instruction, l’enseignement, c’est bien tout le contraire. Et oui, messieurs les experts. La vérité est parfois, souvent, ailleurs…Mais il faut l’avoir pratiqué pour en prendre pleinement conscience…

Le chemin emprunté est tellement plus formateur pour l’enfant apprenant que le résultat obtenu.

(Un peu comme dans une promenade, vous savez, les paysages, les chants des oiseaux, les odeurs, les rencontres, les difficultés, les raccourcis, les surprises…ne sont-ils pas en définitive le coeur de la démarche? Le chemin nous mènera peut-être à Rome, peut-être pas, mais qu’il est beau ce chemin! Selon qu’il fasse soleil, ou bien qu’il pleuve, il n’est jamais pareil. Chaque heure, une lumière différente, chaque minute, un regard particulier).

 Mais je m’égare.

Oui, la relation pédagogique entre l’enseignant et son élève est autrement plus libératrice que le seul verdict du livret scolaire. Et cette relation est le fruit d’un long travail, quotidien et sans relâche. Une relation fragile, toujours sous tension. Une relation fondée sur l’exigence et la bienveillance. Une relation qui puise son fondement dans la nécessité absolue de faire grandir l’élève par le savoir mais qui trouve aussi ses propres limites dans l’acceptation par l’enseignant de la liberté de l’élève d’accepter ou non cette relation. Vous me suivez?

Les détours pédagogiques se révèlent autant de conditions d’autonomisation qui permettront, dans la durée, ( et oui…le temps…) à l’élève, à l’enfant, au petit d’homme de se construire en fonction des aptitudes et des compétences qui sont en lui et que l’école doit révéler. Oui, cela, c’est mon devoir. J’ai l’obbligation d’aider mon élève à se connaître et à connaître le monde. Je n’ai ni le droit, ni le pouvoir de lui imposer le monde. Quel monde? Le mien? Le vôtre? Celui qu’on a décidé pour lui ou celui qu’il va tenter de dessiner, avec sa palette, avec ses crayons, ses couleurs. A cela, je l’y aiderai. Farouchement. Obstinément. Avec exigence et bienveillance. (Toujours et encore). Oui, je l’aiderai à touver sa place, ou mieux, à la fabriquer. Je ne sais pas à quoi ressemblera sa vie, son destin. Je ne sais pas quel sera son avenir, ni le niveau de salaire qu’il touchera. je ne sais pas s’il sera heureux ou malheureux. Et vous, le savez-vous? Si oui, surtout, ne me dites rien. Je ne veux pas savoir.

La réussite obligatoire.

Je ne suis pas d’accord.

Et puis quelle réussite? (Cliquez ici pour lire mon article « Attali, le nouvel Attila »)

Et l’imbécile heureux, alors, n’a-t-il pas sa place à l’école?

Et Juliette la simplette, faut-il la radier de la classe?

Et Edouard le « cossard », est-il inapte à la société?

A 8 ans, l’école, c’est important. Mais la vie, la confiance, le droit à l’erreur, c’est tellement plus nécessaire. Tellement plus vital.

Alors donc, si je veux être bien notée par mesdames et messieurs les inspecteurs, oui, j’ai intéret à faire le ménage! Allez, oust! Les moins de 8/10, allez voir chez le voisin, ou plus loin, ou nul part si j’y suis. Demain, il y a inspection!

Des résultats, je veux des résultats!

Mais non, Mdam! Nous, on veut rester là, avec vous! Alors, demain, yaka dire qu’on a tous 10/10!

Ah, le petit malin….

Lui, pas de souci, avec ou sans diplôme, il ira loin dans la vie!

Un de sauvé!




Sociologie du cartable…

18 02 2008

Montre-moi ton cartable…je te dirai qui tu es.

Dans mon cartable, il y a…

Des cahiers bien couverts, des livres assortis

Une odeur de parfum, un agenda et trois grigris.

Dans ton cartable il y a…

Des billes multicolores, des osselets, des timbres écornés

Deux trois feuilles griffonnées et un dessin tout chiffonné.

Dans son cartable, il y a…

Un vieux reste de goûter,un tube de colle plein de larmes séchées.

Des cris, des pleurs, et des miettes de photos éparpillées.

Dans leurs cartables, il y a…

Des notes à effacer, des leçons par dizaines

Un cahier de texte raturé et des devoirs plein la semaine.

Et dans votre cartable?

Avez-vous regardé?

Qu’avez-vous à y cacher?

Votre vie dans votre cartable.

Leur vie dans leur cartable.

Du cartable aux devoirs à la maison, il n’y a qu’un clic. Pour un éclairage d’un autre genre, je vous invite très volontiers, sur le site de Philippe Meirieu, à lire l’article de Sylvain Grandserre, maître d’école en Seine-Maritime. ( Lire l’article.)

Voilà donc ma chronique du jour, pour tous bien entendu, mais en particulier pour Clématite Montana, qui m’interrogeait la semaine dernière sur le sujet.

Des réponses toutes faites, je n’en ai pas, des pistes de réflexion, je peux en proposer. C’est ce à quoi Sylvain Grandserre, en charge, en milieu rural, d’une classe de CM1/CM2 nous invite à réfléchir. Un sujet qui touche chacun. Un sujet difficile. Un sujet qui demande beaucoup d’empathie et d’humilité. Un sujet qui m’interpelle chaque jour.




Bon élève, mauvais élève.

15 02 2008

Une sale note en maths pour Sara?

Une leçon d’orthographe mal digérée par Félix?

Un cours d’histoire à rattraper avec Jules?

Un bug en techno pour Élisabeth?

Un rhume en Gym pour Violette?

Tout cela n’est vraiment pas grave, non, vraiment pas.

Inutile de vous rendre malade ou de les asseoir sur le banc des accusés.

Un arrêt sur image, un retour en arrière, une petite mise au point et le train redémarre. Juste un petit arrêt en gare, sans trop de retard.

Sara, Félix, Jules, Élisabeth, Violette et d’autres comme eux, sont de sages petits apprenants. Ils s’entraînent à l’endurance. Une petite pause de temps à autre, pour reprendre leur souffle, regarder à droite et à gauche, observer le copain d’à côté, ou le paysage par la fenêtre…Tiens, l’avion là-bas, où s’envole-t-il?

Rien que de plus normal, vraiment.

Tout va bien, assurément.

Mais parfois, les difficultés s’enchaînent, les erreurs se répètent, et Léa ne peut plus avancer. Elle ne le peut plus car elle ne sait ni où elle est, ni où elle va. Revenir, en arrière? Impossible, les petits cailloux blancs ont disparu!

Perdue! Elle est juste perdue. Et le train est en panne, ou il a déraillé. Il faut descendre et marcher à pied. Courir ne sert à rien. Rester sur place est dangereux. Ne pas s’endormir, surtout. Ne pas rester seule. Trouver quelqu’un, vite!

Une boussole, voilà ce qu’il lui faut! Une carte balisée et un gros sac de bonbons colorés histoire de lui donner du baume au cœur, le temps de retrouver son chemin. Un peu de temps, ou quelque temps, cela dépend de l’équipement et de la dose de confiance qu’on a glissé dans son sac. Léa n’est pas bien loin, un peu de patience, elle arrive!

Des Léa, des Samuel, des Pauline, des Billy, si vous y prêtez attention, vous les apercevrez au détour d’un carrefour ou à la lisière d’un sentier. Donnez-leur la main, aidez-les à traverser. S’il vous plaît.

Et puis il y a Paolo. Ah! Paolo et ses petits yeux cernés. Paolo et ses poings serrés. Paolo qui a oublié comment on sourit. Paolo qui voudrait dire oui mais qui dit non. Paolo qui voudrait pleurer mais qui se met à hurler. Paolo n’est pas heureux. L’école, c’est moche. La maîtresse, elle est moche, les zautzenfants, y sont moches.

Paolo, les notes, il s’en fiche pas mal! En fait, non, les notes il les détestent. Elles lui disent chaque jour « t’es bête, t’es bête, t’es bête ». Alors, il tente une chose incroyable Paolo, il va les attaquer ces notes, leur casser la tête, les anéantir, les faire disparaître, les faire taire, une bonne fois pour toute.

Calcul 3,5

Dictée 2,75

Géographie 0

Voilà, zéro!  Il a gagné par KO

Je les ai eues!

Et Malika, je pourrais aussi vous parler de Malika et de ses cahiers chiffonnés; et de Victor qui n’a plus de bouton à son manteau, et de Filipa et de Marie, et de Phyléas, et de Volga et de Sébastien, et de Bertrand, et de Juliette, et de Sabine, et de Mélanie, et de Cristofo, et de Marie-jeanne, et de ………….Oui, mes chers élèves, vos chers enfants.Oui, les malins, les paumés, les désaxés, les bienheureux, les rapides, les curieux, les batailleurs, les innombrables, les seuls au monde, les meilleurs de la classe, les plus forts de tous, les t’vas voir ta g….e à la récrée, les silencieux, les transparents, les pitres, les absents…

Les bons et les mauvais élèves, il y en aura toujours.

Des bons et des mauvais enfants, je n’en ai jamais croisé.

Et vous?

Je vous laisse découvrir un pays pas comme les autres, un pays réservé aux rêveurs, aux rebelles, aux cosmonautes, ( voir le site. )

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Catch-Attack dans la cour de récré!

6 02 2008

Je suis en colère…

Interdit au moins de 10 ans, un label qui fait vendre…

Quand la télé et la violence cautionnées par la famille se retrouvent dans la cour de récrée, le spectacle n’est pas joli à voir. Et hier matin, chers parents, la cour de récrée ressemblait étrangement à ce ring de Catch.

Esprits sensibles, s’abstenir…

POUR DES RAISONS QUE J’IGNORE LA VIDÉO A DISPARU DEPUIS QUELQUES MINUTES DE MON TEXTE APRÈS Y ÊTRE RESTÉE 2 JOURS. SANS DOUTE TROP VIOLENTE.

MAIS ET DANS MA COUR DE RECRÉE, VOUS PENSEZ QUE JE PEUX CLIQUER POUR STOPPER LES MATCHS DE CATCH?

ALORS A DÉFAUT D’IMAGES, PRENEZ LE TEMPS DE LIRE MON ARTICLE SUR LE SUJET.

(ROUGE=TRÈS EN COLÈRE!)

Et maintenant, pour ceux qui sont prêts à réfléchir…un peu de lecture! Le clic ci-dessous en vaut la peine. Merci d’y consacrer un peu de votre temps.

( LA VIOLENCE A L’ECOLE )

A QUI LA FAUTE??

Article paru dans le quotidien « La Croix »

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caméra cachée

31 01 2008

Allez, je vous fais cadeau de quelques indiscrétions glanées, ça et là entre l’ascenseur de la maison, la grille du jardin, le trottoir de l’école, et la salle des profs…Oui, oui, je vous ai suivis…du Nord au Sud et d’Est en Ouest!

CAMERA CACHÉE

ENTRE MAISON ET SALLE DES PROFS…

Toute ressemblance avec des situations potentiellement vécues n’est pas le fruit du hasard, veuillez m’en excuser !

– Bon, la sempiternelle réunion de début d’année, cette fois, je sèche. De toutes façons, je connais le programme par cœur.

– Ca y est, ce soir, c’est mon grand rendez-vous de rentrée avec les parents, combien seront présents ? Et jusqu’à quelle heure vont-ils me tenir ?

– C’est incroyable, l’instit de CP utilise une méthode de lecture* semi-globale!

– Dis, tu l’as eu Pedro en CE2 ? On m’a dit que sa mère n’arrête pas de discuter les énoncés de mathématiques !

– Je ne comprends pas, je croyais que les devoirs à la maison étaient interdits et Marine, en CMI travaille une heure tous les soirs.

– Je dois annuler ma sortie au musée, je n’ai pas de assez de parents accompagnateurs.

– La nouvelle grammaire, en CE1, un vrai casse-tête ; moi, je lui apprends ma bonne vieille méthode.

– La maman de Maya vient tous les jours à la sortie alors qu’elle n’a pas le droit de garde, c’est navrant, mais légalement, je ne peux la laisser s’approcher de sa fille.

– Le maître de Walid se fait tutoyer, comment veux-tu qu’il se fasse respecter par ses élèves ?

– Julian est tous les matins en retard de dix minutes, quels parents irresponsables !

– La dernière leçon d’histoire, une vraie tribune politique, c’est lamentable !

Le père de Moujid me dit raciste car j’ai puni son fils. Il a écrit au directeur.

– La maîtresse veut faire redoubler mon fils, pas question ! De toutes façons, elle ne l’a jamais aimé et je vais le changer d’école.

– Le père de Léa a fait signer une pétition contre mes méthodes pédagogiques, je suis effondrée.

– Madame Bernard est encore malade… trois fois depuis le début d’année. C’est insupportable l’absentéisme des profs !

– Yohan n’a jamais ses affaires de sport le mardi. Je dois le laisser regarder ses camarades sans participer ! Quel dommage !

– La nouvelle maîtresse est si jeune… Va-t-elle être capable de gérer une petite section de maternelle ?

Les Vincent sont encore partis en vacances anticipées, pas question de donner le travail à rattraper.

Pourquoi est-ce que les enseignants n’organisent pas des groupes de soutien, c’est leur travail de mettre les élèves à niveau !

– Les contrôles de Victoria ne sont jamais signés par ses parents…Qu’ils ne s’étonnent pas des conséquences !

Les divisions à deux chiffres, c’est au programme et ma fille ne sait toujours pas ses tables ! La classe est vraiment en retard !

– Camilia est encore arrivée en classe avec des bleus sur le ventre, je ne sais pas quoi faire.

– L’orthographe, une calamité, je fais des dictées tous les soirs à ma fille.

– Malika est toujours absente, sans mot d’excuses, je me demande si il n’y a pas un souci familial ou de santé.

– De toutes façons, je vais prendre rendez-vous avec la directrice car le maître de grande section n’a pas voulu me recevoir cinq minutes ce matin au pied levé.

J’ai fait signer un règlement en début d’année, à se demander si les parents de Baptiste l’ont lu.

Je n’ose pas prendre rendez-vous avec la maîtresse, elle est, paraît-il extrêmement sévère.

J’ai suggéré aux parents de Chloé de rencontrer une orthophoniste*, mais pour eux c’est ma responsabilité d’apprendre à compter à leur fille.

Mon fils est rentré de l’école avec le nez cassé, je vais porter plainte !

-Céline a encore souillé sa culotte à la sieste, je ne peux tout de même pas changer les élèves, chanter des comptines, découper des cartes de fêtes des mères et lacer les 31 paires de chaussures !

Monsieur Dubreuil ne note « pas assez sec », les résultats de Julien sont trop bons, ce n’est pas normal!

– Simon a de véritables problèmes de comportement. Depuis deux ans nous en discutons avec ses parents, mais à leurs yeux, nous ne savons pas nous y prendre avec lui et manquons de fermeté.

– Le maître nous propose un rendez-vous à 16h30. On travaille, nous. On n’a pas des horaires de fonctionnaires……………………….  »

Vous riez ?

Nous sourions ?

Vous pleurez ?

Nous nous lamentons ?

Vous vous sentez visés ?

Nous nous reconnaissons ?

J’en suis fort aise. Le but est atteint. C’est le début d’une prise de conscience véritablement honteuse mais tellement nécessaire!

Oui, nous en sommes tous réduits à ces navrantes joutes verbales. Oui, un jour ou l’autre, nous avons pensé tout haut ces choses là. Oui, la dureté des mots peut être douloureuse. Pour ma part, je pressens, dans cette apparente discorde, le signe d’un puissant désir de communiquer à ce jour maladroit car ponctué de répliques certes légitimes mais souvent erronées.

De ce dialogue de sourds inefficace et indigne de nos aspirations, doit émerger un échange pour le moins respectueux s’il n’est pas consensuel, pour le moins constructif s’il n’est pas immédiat.

Ayons ce courage de débattre sans tabou mais dans un langage commun et laissons à la rue la pensée unique et les polémiques infructueuses. Transformons ce cahier de doléances en un cahier des charges réaliste pour un projet d’École ambitieux.

Car nos (vos) enfants le valent bien !

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Attali ou le nouvel Attila?

30 01 2008

Pour commencer une discussion, rien ne vaut un petit coup de gueule! « Le Monde de l’Education «  s’en est même fait l’écho…petite fierté perso…

                                        ECOLE ET ECONOMIE

 Faire l’économie de l’une au profit de la seconde…

Au sujet du rapport Attali  ou comment transformer l’école en une plate-forme économico-financière pour relancer la croissance de la nation, fabriquer des élèves-rouages au service de l’économie de marché et former des enseignants-Frankenstein aux commandes d’une super structure hyper robotisée.

Et l’éducation dans tout cela ? Pardon de poser cette question, je dois être hors sujet ou complètement has been…

Un catalogue de « yaka » bien formulés par une troupe d’experts et voilà le petit monde politique en ébullition. La solution Attali vient de paraître. Tous à vos postes et au garde à vous. Pas de questions, juste des réponses. Il est vrai, les questions, ça dérangent ; elles invitent à la réflexion ; et la société a besoin d’immédiateté. Tellement plus  tranquillisant. L’instantané anabolisant, les 365 remèdes pour guérir la France, c’est-à-dire le monde, que dis-je la planète ; c’est simple, un par jour pendant un an, fallait y penser. Vivement 2009 !

Non, monsieur Attali, je ne veux pas du meilleur des mondes, je veux juste un monde meilleur.  Pour moi, l’école primaire doit en être le reflet. Là, plus que partout ailleurs, l’enfant doit être préservé de nos rivalités d’adultes, de nos peurs de consommateurs frustrés, de nos angoisses de parents licenciés, de nos égo surdimensionnés assoiffés de pouvoir . Là, plus que partout ailleurs, l’ouverture, l’entraide, l’accès à la culture, l’accueil de la différence, le droit au temps d’apprendre doivent être les moteurs essentiels de nos comportements et de nos attitudes.

Former des citoyens capables de dire non, cela vous fait-il peur à ce point ?

Le parcours d’un élève de nos jours ressemble déjà davantage à la course au meilleur CV qu’à l’élaboration progressive de sa construction humaine. Mais cela ne vous suffit toujours pas. La société va de plus en plus mal nous dit-on, alors fabriquons les prototypes humanoïdes de demain capables de résoudre les maux dont nous souffrons. Et ce, dès la maternelle. Les esprits sont tellement plus malléables lorsqu’ils sortent du ventre de leur mère. Surtout, ne perdons pas de temps, le temps, c’est de l’argent !

L’école donc, comme laboratoire pour la mise en service de nos « futurs enfants sauveurs du monde malade ». Première étape : le formatage de l’élève objet.  Il saura lire les rapports annuels des grandes entreprises, calculer les algorithmes boursiers et traduire en dix langues les ondes martiennes venues de Jupiter via des sondes super soniques. La science de demain, si si, il faut anticiper !

En réalité, Messieurs les experts, votre rapport est la preuve vivante de la grande difficulté de notre société à trouver une cohésion philosophique qui l’emporterait sur les crises économiques. Ces dernières ont  entraîné sans nul doute le retour de la précarité et l’émergence de la défiance vis-à-vis des institutions. La première d’entre elle, l’école est le premier lieu de cette rupture sociologique. Chacun voudrait y réaliser ses rêves, chacun y place ses attentes propres. Mais tous ces « chacun » ne parviennent plus à s’unifier autour de valeurs communes, capables de fédérer les différences. Alors en guise de valeurs, on statue sur des objectifs, on cible des résultats.

L’individu, pour l’autre individu est devenu sinon une menace, au moins un adversaire. La notion d’effort s’est transformée en idée de compétitivité, celle de mérite, en efficacité et enfin la réussite scolaire puis financière incarnent désormais la récompense extrême, le but  final, l’objectif suprême. Et par-dessus tout le reste, nous demandons à nos enfants de protéger nos acquis d’adultes, de prendre la revanche sur les terrains que nous n’avons pas su ou pu exploiter nous-mêmes. Et nous  implorons, nous exhortons, nous supplions l’école d’en être la première marche. Nous l’idolâtrons si elle y parvient, et blasphémons si elle échoue.

Mais la gloire n’attend nos élèves à la sortie d’aucune de nos écoles. Ils auront toute une vie, leur vie, pour y parvenir. Il n’est pas question ici de l’éloge de la paresse,  juste de replacer le mérite et la réussite à un niveau moralement accessible et de détourner la valeur du travail de la seule valeur chiffrée, calculée sur un potentiel salaire à venir, induit par tel cursus scolaire. Nous ne sommes qu’en primaire ! Nos enfants n’ont qu’entre deux et dix ans ! Laissons-les construire leurs rêves !

Et puis, redescendez sur terre et venez voir un peu ce que nous faisons en classe.

Lorsqu’en maternelle, Céléna joue à la marchande, c’est de l’économie !

Lorsqu’en mathématiques les élèves de CE1 calculent les recettes de la vente de gâteaux pour leur sortie de fin d’année, c’est de l’économie !

Lorsqu’en histoire, les enfants de CM1 apprennent que nos ancêtres les Gaulois ont commencé le commerce avec les pays voisins, c’est de l’économie !

Lorsqu’en éducation civique, les parents des CM2 viennent présenter leurs métiers, c’est de l’économie !

Oui, tout cela se fait déjà depuis de longues années. Je vous invite à le constater vous-même. L’école primaire n’est pas si déconnectée de la réalité que vous semblez le croire !

Que voulez-vous donc de plus ? Former (et rémunérer) des enseignants super savants qui enseigneraient en plus de tout le reste, les notions de commerce extérieur, d’économie parallèle , ou de réglementation des fraudes en entreprise ?  Comment gagner cinq milliards en travaillant moins ? Perspective alléchante !

Allons, Monsieur Attali, je vous ai connu mieux avisé.

Ne transformons pas l’existence de nos enfants en un affrontement qui désignera un vainqueur et un perdant. L’existence le leur rappellera bien assez tôt. Ne cautionnons pas cette idée d’une école assimilée à un secteur économique dont la fonction première serait de produire des stéréotypes prêts à poser, prêts à gagner, prêts à jeter.

Et la réussite, parlons-en, quelle réussite ? Celle que nous calculons en nombre d’actions ? Celle de nos  fantasmes d’adultes que nous projetons sur un avenir qui nous échappe et dont nous nous délestons sur nos enfants ? Alors pour nous rassurer ou peut-être pour nous permettre de perdurer socialement encore un peu au travers de leurs brillants itinéraires, nous les interrogeons, les sondons tels des inquisiteurs. « Quel sera ton lendemain ? Il faut travailler dur pour gagner son pain. On n’a rien sans rien. Cette année est décisive si tu veux rentrer dans une bonne école. Pense à ton dossier. Pense à l’avenir. Pense, pense, pense. Dossier, dossier, dossier, avenir, avenir, avenir….» Est-ce une litanie anesthésiante, une prophétie paralysante, une injonction débilitante ?

La compétition demeure, à mes yeux un artifice pédagogique, certes efficace, utile et nécessaire dans certains cas, mais qui ne doit jamais se transformer en une fin en soi. Elle conduit à une image iconoclaste du monde scolaire qui n’est ni saine, ni réelle, ni digne.

L’éducation est le fruit d’une longue quête. Elle s’acquiert dans la durée, la patience. Elle se construit dans l’exigence et la bienveillance.

En la matière, messieurs les experts, il n’existe aucune formule magique capable de transformer les élèves en super héros comme on fabriquerait un objet sur mesure. Et c’est tant mieux !  

De grâce, laissons à l’enfant le temps de vivre, de rêver, de grandir.

Laissons au temps la possibilité de construire les savoirs de l’élève.

Laissons à l’enseignant en primaire une chance de les initier durablement aux principes fondamentaux.

Laissons au collège et au lycée la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives.

Laissons aux parents l’espoir de participer eux-mêmes à l’instruction de leurs enfants.

A chaque âge ses délices. L’école maternelle et élémentaire ne peut et ne doit tout faire. Elle n’est qu’une étape vers la connaissance, ne brûlons pas les suivantes, ne sautons pas les marches !

Qui veut voyager loin ménage sa monture.

Ostiane Mathon,

ni experte,  ni politique, ni journaliste, ni de gauche ni droite, juste instit

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Préface

30 01 2008

« L’école primaire, ne parvient pas, malgré la conscience professionnelle de son corps enseignant, à réduire des difficultés pourtant repérées très tôt chez certains élèves et qui s’aggraveront tout au long de leur parcours scolaire. »

Extrait du bilan du H.C.E (Haut Conseil de l’Education)  paru dans la presse du vendredi 24 Août 2007

Ni journaliste, ni politique, mais enseignante depuis dix-huit ans et mère de quatre enfants depuis quinze ans, je m’adresserai dans ce blog à tous les hommes et femmes de bonne volonté, membres de la communauté éducative, responsables gouvernementaux, ou simples spectateurs médusés de la vie scolaire; en réalité, à tous ceux qui ne demandent qu’à comprendre pour peu qu’on leur explique clairement, et à agir pour peu qu’on leur indique visiblement certaines des données de notre école.

L’éducation a-t-elle déserté le champ familial et social?

Est-elle arrêtée pour congé longue maladie?

Existe-t-il des vaccins anti-échec scolaire?

La réussite est-elle contagieuse?

Un métier prometteur : «ensoignants» bénévoles?

Où trouver les meilleurs «hôpitécoles»?

Parents/profs vers un partenariat solidaire ?

Comment participer à cette initiative majeure, à ce nouvel «éducathon»?

Les problématiques liées à l’école primaire sont nombreuses, complexes et toujours personnelles et intimes. Des centaines d’ouvrages paraissent chaque année sur ces questions hautement stratégiques et  polémiques. De natures idéologiques et sociologiques, généralement didactiques et théoriques, ils sont souvent opaques, peu accessibles au commun des mortels et ne visent qu’un public déjà initié aux questions sur l’éducation.

Sans langue de bois ni idéologie, avec vous et tous ceux qui  le souhaitent, tentons de remettre en cause les certitudes qui nous enferment et les habitudes qui nous sclérosent. Voilà l’objet de cette réflexion sur notre, votre, leur école primaire. Comme immobilisée par des forces faussement antagonistes, l’éducation de vos enfants, de nos élèves semble suspendue entre théorie et pratique, entre penseur et acteur, entre vous, nous et l’école. Mon propos est de rendre apparentes ces contradictions et ce afin de prendre conscience de leur absurdité et leur inefficacité.

Je compte par le biais de ce blog, aujourd’hui et demain, créer une longue chaîne de solidarité et de complémentarité où chacun prendra sa part de responsabilité afin de remédier, où il se trouve, aux différents maux dont souffre l’éducation. Un  Blog Bleu-Primaire qui j’espère complétera ou /et contribuera à la rédaction des prochains livres «vert» et «blanc» annoncés par notre ministre de l’éducation. Il ne me semble en effet pas dérisoire, d’agrémenter le travail du nouveau comité de réflexion, d’analyses concrètes ou de témoignages «en direct» afin de favoriser l’élaboration des futures propositions gouvernementales.

Ainsi, sans plus nous sentir tenu à l’écart d’un débat qui appartient à tous, nous ouvrirons les portes de notre école, marquerons les murs de notre empreinte et apporterons notre propre pierre à l’édifice. Le dialogue, au service d’une meilleure compréhension permet les échanges, génère la confiance et favorise l’engagement.

Alors…

Au travail 😉


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