Vivre pleinement

16 03 2011

Carême pédagogique 2011

Jour 7

Pensée 7

« Une vie est une œuvre d’art. Il n’y a de plus beau poème que de vivre pleinement.

Échouer, même est enviable, pour avoir tenté. »

Georges Clémenceau

Dans nos classes, quelle place pour l‘erreur?

Dans nos parcours professionnels, quelle place pour l’audace?

Dans nos vies, quelle place pour l’échec?

Apprendre à oser, apprendre à échouer, n’est-ce pas apprendre à vivre ce « pleinement »?

L’école apprend-elle suffisamment à nos enfants à réussir à échouer?

L‘école invite-t-elle nos enfants à cet élan créateur qu’est l’expérience féconde? féconde car incertaine…


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Le jardinier pédagogue (suite et fin…à planter et à semer!)

4 02 2009

CONCLUSION

« C’est le rôle essentiel du professeur

d’éveiller la joie de travailler et de connaître. « 

Albert Einstein (Comment je vois le monde)

Pour reprendre ma comparaison horticole du début, je pourrais dire que :

– la spécificité organique du corps correspond à la nature du terrain du jardin : siliceux, calcaire, volcanique, montagnard, maritime ? Chaque enfant à sa morphologie, ses hormones, un certain développement des systèmes musculaires et perceptifs. L’interface est importante : l’enfant voit-il bien ? Entend-il correctement ? Se sent-il apaisé ou nerveux ? Est-il capable d’une attention soutenue ? Est-il fatigable ? On ne peut considérer une classe comme un groupe de clones identiques et interchangeables. Ce qui diffère :

– le profil psychologique correspond aux préférences de chaque plante, rustique ou délicate, avide de soleil ou mieux à l’ombre, aimant la fraîcheur et l’humidité ou préférant le torride de la rocaille. Un groupe d’enfants est un kaléidoscope de caractères : l’audacieuse, la timide, le coq, le poussin, la coquette, la studieuse, l’intrépide, le timoré, l’entreprenant, la bricoleuse, le gnafron, la généreuse, la caqueteuse, le muet. Il est nécessaire de chercher à connaître chaque individu pour proposer à chacun des stratégies adaptées et des possibilités d’évolution, de transformation par mimétisme ou par rejet.

– les soins donnés à la culture et à l’épanouissement des enfants qui correspondent à l’ensoleillement, à l’arrosage, aux soins raisonnés et respectueux quand ils s’avèrent malgré tout nécessaires. Évaluation formative et non exclusivement normative. Politesse absolue et langage parfait avec tous les enfants. Justice totale pour distribuer compliments et reproches, (plus de compliments que de reproches). Enthousiasme sans faille pour aborder le travail avec les élèves. Variation des approches et des méthodes de façon à ce que chacun trouve sa voie vers le savoir et sa voix pour le partager.

– l’acquisition des compétences de base nécessaires à un développement physique et psychologique heureux, à la poursuite harmonieuse d’études et à une intégration réussie dans la société correspond au minutieux travail de préparation du sol : analyse chimique, bêchage, sarclage, ratissage, tracé des planches, enrichissement organique et hormonal par des engrais biologiques, choix des emplacements de plantation…

Quelques propositions :

Transmettre dans des récits oraux, puis écrits le plus de mots qu’il est possible, de tournures grammaticales et stylistiques, de contenus de toutes sortes.

Être chaque jour un professeur de langue, un professeur de mots, donnés dans des contextes qui permettent leur rétention.

Aider les enfants de construire leur parole qui est leur interface principale avec autrui.

Développer sans relâche les capacités logiques, de raisonnement, taxinomiques, heuristiques. Faire pratiquer des démarches d’observation rigoureuse, d’expérimentations sérieuses et menées selon des procédures scientifiques.

Ouvrir les portes du symbolique et de l’interprétation du monde et des mots.

Initier au monde de la technique, y compris les techniques modernes de communication : en particulier apprendre aux enfants à taper à dix doigts, à utiliser les logiciels de base, à explorer intelligemment Internet et à tirer profit des la formidable base de données qu’il offre

Parcourir avec les enfants les champs infinis et si jouissifs de tous les arts, avec des visées aussi bien vers le patrimoine classique que vers l’art contemporain afin de leur permettre de devenir de vrais amateurs, ceux qui aiment plus que ceux qui connaissent.

Leur permettre d’acquérir, par des récits, les valeurs humaines essentielles qui nous différencient des animaux : la solidarité et non le challenge, l’amour de la justice, le respect de la vie et du faible, l’accueil de l’étranger ou du différent, dans le respect et l’hospitalité amicale. La liste est longue : elle constitue l’éthique d’une religion laïque. Religion étant pris dans son sens de ce qui relie les êtres humains.

Respecter et renforcer son corps dans des activités physiques de plaisir en accord avec les rythmes cosmiques et naturels, non dans des courses à la performance traumatisantes pour certains enfants. Exiger le fair-play et le respect de l’adversaire dans les sports de combats ou collectifs.

Faire réaliser des travaux d’équipe, pour apprendre aux enfants que rien de valable ne peut se faire contre les autres et que l’union est la force des groupes humains.

La meilleure façon de lutter contre l’échec scolaire n’est pas de programmer des procédures de type skinnérien pour faire entrer de force le contenu d’un programme dans des têtes rétives, mais de rechercher les failles psychologiques, les insuffisances langagières, les blessures intimes qui rendent impossible l’entrée dans le monde de la culture, du savoir, du vivre-ensemble.

Si l’on ne prépare ni ne répare ce terrain-là, les efforts entrepris pour aider l’enfant demeurent soit vains soit de peu d’effet ; on sème sur des cailloux et on ne récolte que vent et tempête. Les enfants se recroquevillent sur eux-mêmes ou cherchent des exutoires dans la violence puisqu’on leur demande des tâches impossibles. Souvent l’ironie, les sanctions non formatives sont utilisées face au refus de la réalisation de tâches dont les enfants ne peuvent pas s’acquitter parce qu’en fait on ne leur a pas donné les outils nécessaires. Ces erreurs entraînent l’humiliation des enfants, leur colère, leur révolte ce qui ne tarde pas à empêcher tout travail sérieux. On assiste à un retour d’un autoritarisme qui ne peut qu’envenimer les rapports entre maîtres et élèves en difficulté, au préjudice de l’efficacité. L’autoritarisme, cela s’impose : l’autorité, cela se mérite !

Tout ne dépend pas du milieu scolaire, bien sûr, et la responsabilité de la dégradation des conditions d’enseignement doit beaucoup à l’idéologie de la société de consommation qui détruit les valeurs du travail, de l’effort, du mérite, qui vise à transformer tous les êtres humains, en consommateurs effrénés, en pousse-caddies décervelés. Certains croient pouvoir résister à cette glissade vers le néant par un retour en arrière magique dans un passé idéalisé de discipline rigide et d’objectifs cadrés. Réduire l’enseignement aux apprentissages de bases selon les méthodes d’antan est une pure illusion qui ne fera que renforcer les fractures et les échecs.

Il est peut-être plus opérationnel d’unir toutes les forces au-delà des querelles stériles pour aborder les problèmes sans a-priori. J’ai indiqué quelques pistes qui s’intéressent au terrain à préparer pour que la culture s’enracine, sans mettre en cause tous les progrès qui ont été réalisés dans les domaines didactiques, pédagogiques, psychologiques, sociologiques, cognitifs et autres.

Je pense simplement que toutes ces démarches ne peuvent trouver une efficacité réelle qu’à la condition que l’on considère chaque enfant comme un individu unique et que l’on s’emploie, avant de tenter de lui remplir la tête, de l’aider à se fonder en tant qu’être humain. De développer aussi un faisceau de compétences premières indispensables pour affronter des cursus scolaires de plus en plus chargés, en raison des progrès immenses que l’humanité a accompli dans les sciences et dans les techniques. De penser au bonheur dispensé par les jouissances artistiques, dans le développement harmonieux et serein des possibilités corporelles. De lui transmettre les valeurs qui permettent une vie avec autrui conviviale et exempte de conflits. Je n’ai qu’égratigné ces différentes démarches et ébauché des propositions d’interventions. J’en ai omis certainement et des plus importantes. Je propose une orientation différente, une orientation moins technocratique ou scientiste et plus humaniste, plus humaine pourrais-je dire plus simplement. Également des approches pluridirectionnelles afin d’éviter le travers de beaucoup de chercheurs qui ne voient midi qu’à leur porte.

Que ce soit en application préventive, dès le plus jeune âge, ou en urgence curative pour les enfants en échec, cette préparation du terrain, ce travail sur le fond sont indispensables si l’on veut réellement et sincèrement lutter contre le fléau de l’échec scolaire.

Christian Montelle est professeur de français et formateur à la retraite. Il a publié un ouvrage consacré à l’échec scolaire, cité en référence dans le texte ci-dessus.

Quelques aspects de ses propositions peuvent être trouvés sur Internet, en particulier celles concernant l’apprentissage de la lecture, qui n’ont pas été reprises ici bien que ce soit aussi une compétence première. La lecture comprise dans son sens le plus large : lecture de tous les signes et surtout leur interprétation.

La lecture

http://www.charmeux.fr/montellelect.html

La haute langue orale

http://www.meirieu.com/FORUM/montelle2.pdf

Les récits fondateurs

http://www.charmeux.fr/montellerecitsfond.html

Présentation de livre

Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire/La haute langue orale, l’Harmattan, 2005

http://www.sauv.net/montelle.php





Le jardinier pédagogue (Intro Bis)

8 09 2008

Ce n’est pas en tirant sur la queue d’un têtard

qu’on le fait devenir grenouille plus vite.

Édouard Claparède (1873-1940)

 

 

L’échec scolaire est un problème qui préoccupe grandement les sociétés dites développées. Alors que toutes les conditions de réussite dont les enseignants rêvaient naguère sont apparemment réalisées, un grand nombre d’enfants fréquentent l’école à reculons “parce qu’il le faut bien” et un nombre considérable d’élèves ne profitent que peu ou pas du tout des cours qui leur sont dispensés. En France, on parle de 150 000 (1) laissés-pour-compte, qui sortent du cursus scolaire en sachant à peine parler, lire et écrire, ou même penser de façon rationnelle, ce qui provoque des difficultés humaines et des coûts sociaux exorbitants. D’autre part, beaucoup d’enfants de milieux dits privilégiés se réfugient dans une bulle de gadgets technologiques ou de “paradis” dangereux, et sabotent leur cursus scolaire.

 

L’État et la société civile ont mis en place des dispositifs innombrables pour tenter d’améliorer cette situation déplorable, mais les succès sont minces selon l’estimation des adultes engagés dans ces actions. La stratégie des structures de “remédiation” consiste le plus souvent à permettre aux enfants de bénéficier de structures allégées – fort onéreuses, au demeurant – et à tenter de leur faire absorber le programme scolaire de leur niveau d’âge. Mais ont-ils réellement les compétences nécessaires pour absorber cette potion ? Des officines à but lucratif se sont ruées sur le fromage de l’aide aux élèves en difficulté, mais leurs préoccupations clairement financières ne concernent pas le problème. On peut imaginer que leur objectif de départ fut louable, mais le fait d’être lucratives pour l’investisseur les a rendues inabordables pour un grand nombre.

 

Ce sont les familles les plus nanties, qui, persuadées que pour réussir il faut savoir avant l’école et plus qu’à l’école, se sont appropriées ces officines. En vacances, combien d’enfants au parcours irréprochable, scolarisés dans des écoles de renommée, se voient inscrits d’office dans des stages non pas de remise à niveau, mais d’anticipation sur le niveau à venir ! Ainsi, l’écart se creuse : ceux qui sont en difficulté le restent et ceux qui réussissent plutôt bien deviennent excellents ! Les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire, qu’ils soient publics, associatifs ou privés, parviennent, à force de contrainte à faire accomplir quelques progrès dans le maniement des savoirs élémentaires, appelé aussi “socle commun”. Mais ces procédures ne me semblent pas adéquates et peu rentables par rapport au capital humain (et financier) engagé. Pour tenter de mieux cerner ce qui explique ce demi, quart ou trois-quarts d’échec du soutien scolaire, je vais utiliser une comparaison avec le monde du jardinage.

 

 Voilà donc un jardinier débutant et peu avisé qui entreprend de cultiver les 2 000 m2 de la maison qu’il vient d’acquérir. En bon rurbain tout neuf, il pense que dame Nature est généreuse et qu’il suffit de lui confier quelques graines arrosées copieusement pour qu’elle donne de beaux fruits et de beaux légumes. Las ! il doit déchanter au mitan de l’été ; il y a belle lurette que ses fraises ont été dévorées par les limaces, ses choux par les piérides, ses pommes de terre ruinées par le mildiou. Les plantes épargnées sont malingres, les petits pois microscopiques, les poireaux étiques et les salades chlorotiques. Notre gaillard se lance alors dans la remédiation. La chimie agroalimentaire lui offre un éventail suffisant de poisons pour qu’il achève les rescapés du désastre.

 

Son erreur ? Ne pas avoir – bien avant de planter ou de semer, – analysé son sol, désherbé, défoncé le sol, bêché, biné, râtelé, fumé, éliminé les vers blancs et autres voraces, introduit des antiparasites naturels, installé un réseau commode d’irrigation.

 

Il me semble que notre école commet le même type d’erreurs, avec la complicité involontaire des parents et celle plus déterminée de certains médecins et des géants de l’industrie pharmaceutique (2). On veut « forcer le légume » sans trop se préoccuper du terrain. On saute les étapes, on oublie totalement les exigences d’un développement naturel et harmonieux. On fait appel à la science et à la technologie pour réparer les dégâts, en pensant que ce sont des remèdes-miracles : fatale illusion qui masque les vrais problèmes. Moins l’enfant absorbe, plus on tente de le gaver. On ne perçoit pas les erreurs qui le détraquent. On néglige le désarroi provoqué par une telle pression psychologique, par une telle exigence de réussite dans des domaines si spécifiques.

 

Les parents et les enseignants de terrain invoquent fréquemment une origine unique à l’échec scolaire : les « conditions socioculturelles » que connaissent les enfants et qui expliqueraient à elles seules les inégalités constatées. Ces paramètres sociaux donnent l’impression de relever d’un domaine qui échappe à l’école et la tentation est forte d’en prendre acte et d’effectuer un tri social en contradiction complète avec les objectifs que devrait se donner l’école : offrir des chances égales de réussite à tous les enfants. Cela évite de procéder à une analyse plus précise des causes de l’échec, analyse qui permettrait de pratiquer la prévention nécessaire.

 

Je vais tenter, dans les lignes qui suivent, de pointer quelques insuffisances et proposer, quand cela est en mon pouvoir, quelques pistes susceptibles d’améliorer la situation. Brièvement, car mon propos n’est pas d’écrire un ouvrage qui se voudrait exhaustif. J’aborderai quelques domaines – et il en existe d’autres – dans lesquels j’ai pu noter des oublis ou des carences causant de grands dommages. Je proposerai de travailler dans ces domaines pour aider les enfants à surmonter leurs difficultés, et je suggérerai quelques pratiques issues de mon expérience.

  

La première partie évoquera la socialisation, la transmission, l’acquisition des habitus sociaux, et aussi les valeurs qui nous permettent de vivre harmonieusement avec nos semblables. Je parlerai ensuite des insuffisances linguistiques, obstacle essentiel auquel j’ai consacré un ouvrage (3) ; ce livre aborde aussi d’autres domaines qui seront évoqués ici. Une troisième partie sera consacrée à la construction des notions liées au temps et à l’espace, ces repères qui sont indispensables à tout projet d’apprendre, de faire ou de vivre. Dans une quatrième partie, je tenterai de pointer ce qui est nécessaire pour entrer dans le domaine des sciences : esprit d’observation, connaissance du milieu, accession à l’abstraction, compétences de classement et de hiérarchisation, et aussi capacité d’émerveillement, curiosité, acquisition des démarches scientifiques. Une cinquième partie parlera du monde de la technique. Viendra alors l’étude des domaines artistiques : la musique avec ses rythmes et ses mélodies, les arts graphiques qui enseignent la composition, l’harmonie des formes et des couleurs, la joie du beau (4). La dernière partie sera consacrée à tous les problèmes liés au développement corporel : alimentation, hygiène de vie, pratique de sports collectifs et d’activités sportives douces permettant de s’épanouir dans le plaisir du corps découvert.

 

Christian Montelle,

Ornans, Août 2008

Diffusion libre

                                     A SUIVRE…

 

 

 


(1)  Chiffre à prendre avec des pincettes car il a été utilisé de façon polémique. Lancé durant la campagne présidentielle de 2007, il demande à être précisé. Mais 10 000 enfants sans avenir représentent déjà un scandale.

(2) Voir par exemple L.H. Diller, Coca-Cola, MacDonald’s et Ritaline : http://www.google.fr/search?hl=fr&q=diller+ritaline&btnG=Recherche+Google&meta=

(3) Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire, La haute langue orale, l’Harmattan, Paris, 2005

(4) A thing of beauty is a joy for ever, John KeatsEndymion. “Rencontrer la beauté nous emplit d’une joie éternelle.” à condition que nous sachions la reconnaître, bien sûr !

 

 




Le jardinier pédagogue (Intro)

6 09 2008

A débattre très prochainement sur BLOG BLEU PRIMAIRE…dans une nouvelle rubrique « La chronique de Christian Montelle »

« Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité »

Albert Einstein

Résumé

Les enfants en échec doivent passer par les étapes qui leur ont échappé ou qui ne leur ont pas été proposées. Avant d’en venir au « programme », aux remédiations, il est nécessaire de mettre en place les compétences premières et les appétences psychologiques qui permettent d’accéder à la pensée et au savoir.

Pour faire face au problème très préoccupant – mais qui n’est pas nouveau – de l’échec scolaire, de nombreuses réformes ont été proposées, mais jamais évaluées ni même, semble-t-il, massivement appliquées par les enseignants. Une querelle entre modernistes et traditionalistes s’est développée, avec une « victoire » récente de ces derniers. On ne peut attendre des miracles de ce retour en arrière, car les méthodes proposées produisaient déjà un lourd échec là et quand elles étaient (ou quand elles sont encore) mises en œuvre.

Christian Montelle tente d’explorer d’autres voies pour lutter contre le fléau de l’échec scolaire. Il rejette les approches mécanistes qui ne tiennent pas compte de la nature de l’enfant et appliquent des « remèdes » scientistes et technologiques à des élèves qui n’en sont que plus meurtris et humiliés. La violence engendrée par cette incompréhension empoisonne tout le monde scolaire. Un être humain n’est pas une machine dont on pourrait noter les symptômes de dysfonctionnement afin de les réparer de façon normée. Les méthodes employées pour dresser des rats, ou conditionner des hommes à un travail déshumanisé, montrent leur inefficacité : le taylorisme, le fordisme n’ont pas leur place dans l’école républicaine.

Sept pistes sont évoquées plus que traitées de façon exhaustive et beaucoup d’autres sont négligées afin de ne pas trop alourdir cet essai. D’autres points pourraient être pris en compte ou traités de façon plus approfondie. En vrac : l’apprentissage de la lecture et sa pratique, la construction de la parole, l’initiation à la sagesse et la transmission des valeurs, la précocité d’une sexualité dégradée en pulsions, la construction de l’identité psychologique et citoyenne, les errements de la psychiatrie chimique, les interactions entre la culture savante et la culture populaire, l’immense déferlement de la médiocrité et/ou de l’abjection dans les vecteurs médiatiques, le rapport à la nature, l’intégration des enfants issus de l’immigration, le délitement du milieu familial, la destruction de la valeur du travail au profit de l’idolâtrie de l’argent, la fermeture du marché de l’emploi, l’utilisation de la peur comme moyen d’aliénation des masses, le naufrage moral des « élites ». Et la liste n’est pas close ; elle veut simplement suggérer que les approches méthodologiques actuelles de lutte contre l’échec sont très insuffisantes.

On trouvera ici des réflexions et des propositions sur :
– la construction de l’identité psychologique et la socialisation.

– la fracture linguistique ;

– l’appréhension du temps et de l’espace ;

– le développement des compétences d’observation et de raisonnement ;

– l’initiation au monde de la technique ;

– l’appréciation des arts ;

– le bien-être physique ;

L’auteur voudrait simplement ici redonner une dimension humaine à la pédagogie, laisser sa place au cœur tout en respectant sans concession les exigences de la raison et de l’efficacité.

La science du pédagogue…
et le cœur du jardinier
Le Jardinier par Archimboldo

Christian Montelle,

Ornans, Août 2008

Diffusion libre