C’est quoi encore le problème?!

27 09 2011

A vos agendas! Ou plutôt, devrais-je dire: à vos télécommandes!

Ce soir, sur Arte, sera diffusé un documentaire inédit sur la relation école-famille. L’ironie du calendrier a voulu que ce film soit programmé le soir même du jour de la première grande mobilisation du monde enseignant en cette rentrée scolaire 2011-2012…Les enseignants dans la rue: effet communication de masse assuré mais effet communication dialoguée assez restreint.

Pied de nez ou acte manqué? Il n’en demeure pas moins qu’on ne peut nier que cette délicate relation se construit également par le biais de cette réalité concrète vécue par les familles lors de ce genre de situation. D’où ce petit billet du jour.

« Bon, et ce matin, je fais quoi, moi?

Et surtout je fais comment avec mon fils sur les bras, avec ma fille en vadrouille?

Et puis, c’est quoi encore le problème?

Et oui…C’est quoi le problème?

Entre ce que l’on croit, ce que l’on présuppose, ce que l’on a entendu dire sur le trottoir de l’école d’en face et ce que l’on ignore totalement par manque d’information et abus de désinformation, l’espace laissé aux familles au libre vagabondage d’un imaginaire fantasmagorique très fécond est bien souvent la première source d’incompréhension, de quiproquo voire de conflits potentiels.

Nous, professionnels de l’éducation sommes bien au fait des réalités qui nous contraignent au quotidien, mais les parents, qui vivent d’autres réalités dans d’autres espaces ne sont pas susceptibles de connaître et donc de comprendre le pourquoi du comment d’un mouvement de grève et de protestation. Ce n’est pas parce qu’ils déposent tous les jours leurs enfants au portail de l’école ou qu’ils signent les cahiers de correspondance de leur collégien qu’ils sont censés savoir ce qui se passe réellement à l’intérieur de cette école, de ce collège, de ce lycée, de cette boite noire qu’est encore bien trop souvent l’établissement scolaire. D’où représentations, fantasmes, impatience, exaspération, colère…

« C’est quoi encore le problème »

Alors voilà, en vrac et dans le désordre, voici donc quelques éléments problématiques:

1/ Les problèmes vus du côté des élèves:

  • rythmes scolaires inappropriés = fatigue
  • classes surchargées = écoute personnelle refusée
  • accueil inadéquat des enfants à besoins particuliers = violence psychique et physique
  • disparition progressive du personnel spécialisé = aide spécifique impossible
  • locaux et matériel inadaptés = climat de vie scolaire perturbé
  • incohérence des évaluations en général et des évaluations nationales en particulier = rupture de confiance
  • inadéquation des programmes = incompréhension
  • mise en concurrence face à l’idée de réussite scolaire = stress

Bref, un non respect des spécificités physiologiques, psychologiques et cognitives de l’enfant et un manque de prise en compte des différentes étapes liées à son bon développement entrainant de fait un sentiment de solitude, d’exclusion et d’abandon d’un grand nombre d’entre eux qui se sentent au quotidien, blessés dans leur intégrité physique et intellectuelle et rejetés par l’ensemble des adultes et des quelques camarades, plus normés qu’eux.

2/ Les problèmes vus du côté des enseignants:

  • suppression de la formation initiale = violence faite aux jeunes néo-titulaires
  • injonctions paradoxales à tout va = confusion
  • réformettes successives au petit bonheur la chance = exaspération
  • déficit d’accompagnement des équipes éducatives = sentiment d’abandon
  • inexistence de gestion des ressources humaines = démotivation
  • manque de stabilité des équipes en place = désengagement
  • pression de plus en plus forte face à la notion de réussite scolaire = stress

Bref, un non-respect tant de la personne que du professionnel, un manque de soutien au niveau des équipes d’établissement entrainant de fait, là aussi, un sentiment de solitude, d’impuissance et de culpabilité des enseignants face à l’exclusion d’un nombre de plus en plus conséquent de jeunes considérés par le système comme inaptes au système. Car oui, pour la grande majorité d’entre nous, faut-il le rappeler,  nous avons choisi ce métier, cette fonction, cet engagement humain non pour exclure, cloisonner, sectoriser, niveler, formater, dresser des futurs lauréats mais pour ouvrir des chemins, soutenir des passions, élargir l’accès aux savoirs, rendre  belle l’expérience de l’apprentissage, aider au surpassement de soi et non des autres, faire grandir la personne qu’est l’élève, dans toutes ses dimensions et pas seulement dans sa dimension de futur rouage économique au service du marché économique.


Notre grand malheur en fin de compte -c’est ainsi que je le ressens, et c’est ainsi me semble-t-il qu’une grande partie d’entre nous le ressent également- notre problème donc, c’est que nous sommes partie intégrante du problème; plus que de simples maillons, nous incarnons ce système, nous le servons, nous l’exploitons même. Au lieu de servir l’enfant, oui, nous servons le système. Et c’est ce qui à mon sens devient le plus insupportable. C’est la cause de nombreuses démissions, de nombreuses dépressions, de nombreuses démobilisations. D’où la mobilisation de ce jour. Les enseignants se mobilisent pour éviter la démobilisation générale.

Il me semblait important aujourd’hui, d’exprimer cela aux familles, pour qu’elles comprennent, pour qu’elles soutiennent ou au contraire pour leur laisser le choix de ne pas être d’accord, en connaissance de cause.

Mais revenons-en au point de départ de cet article. La relation parents-profs…

Petit retour en arrière: en juin dernier, Isabelle Cottenceau, journaliste et réalisatrice pour Arte, me contacte en vue de me rencontrer. En effet,  à l’occasion de la préparation de cette émission, et en marge du film lui-même, elle souhaitait recueillir le témoignage de plusieurs acteurs de terrain. Une manière de mener l’enquête au plus près du réel. A la fois enseignante, maman d’élève et formatrice sur ce thème délicat, j’ai en effet quelques idées sur la question. Modeste contribution, certes, mais contribution de terrain. Ainsi, nous avons longuement échangé au soleil autour d’un petit café. Et je l’avoue, ce soir, je suis impatiente de voir et d’écouter le résultat de son reportage.

Je constate en passant, que l’affichette humoristique (voir ci dessus) que je lui avais laissée en souvenir de notre café-rencontre a fait mouche puisqu’elle est en parti reprise dans le titre d’une des séquences de l’émission.

Ce soir il sera question, entre autre chose, du projet de l’école Pajol que j’ai eu par ailleurs l’occasion de rencontrer lors de mes pérégrinations formatives. Une équipe éducative située dans le quartier de la goutte d’or, dans le 18ème arrondissement de Paris. Cet établissement, de par son projet innovant en matière d’accompagnement éducatif fait partie des établissements qui entrent dans le cadre de l’article 34 de la loi d’orientation pour l’avenir de l’école promulguée en 2005. Ce statut particulier donne le droit à l’école d’expérimenter et de mettre en place une organisation particulière au plus proche de ses besoins, c’est à dire au plus proche des besoins des familles qui lui ont donné leur confiance et confié leurs enfants, nos élèves.

Au cours de l’émission, nous voyagerons également en Allemagne. Et pour finir, en fin de soirée, Philippe Meirieu débattra sur le sujet de la relation parents-profs avec un autre invité d’honneur venu d’Allemagne, Christan Füller

En guise de conclusion et d’invitation pour aller plus loin:


Alors, à ce soir 😉

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