Serment de Socrate

22 04 2011

Carême pédagogique

Jour 43

Pensée 43

Arrivés au terme de cette chronique un peu particulière aux accents éthiques, philosophiques et parfois même métaphysiques, il me vient une dernière pensée empruntée à nos amis belges. Une pensée que certains chanteront comme une prière, d’autres comme une promesse, d’autres enfin comme un serment engageant out à la fois notre sens éthique, notre devoir de questionnement professionnel, notre implication tant physique, qu’intellectuelle et  morale.

Un serment porté haut et fort, devant soi et devant tous, par lequel le futur professionnel proclame solennellement, à l’instar du médecin et de son serment Hippocrate, faire vœu d’intégrité, d’humanisme et de professionnalisme vis-à-vis des jeunes qui lui seront confiés. Un serment comme premier acte et premier geste professionnel et inaugural.

« Je m’engage à mettre,

toutes mes forces et toute

ma compétence au service de

l’éducation de chacun des

élèves qui me sera confié. »

A méditer et à

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De l’indignation et de la liberté de ne pas l’être

28 03 2011

Carême pédagogique

Jour 18

Pensée 18

Il en va de l’indignation comme du libre arbitre.

Comment puis-je t’enseigner à t’indigner de toutes ces choses qui m’indignent si je ne tolère pas que tu t’indignes contre mon propre indignement?

«Il est deux manières de s’éveiller à la vie et de s’ouvrir au monde: par l’étonnement devant les choses qui nous adviennent, certes, sur le fond d’indifférence quotidienne, dans cette nuit où tous les chats sont gris. Mais aussi par l’indignation devant les actions des hommes, sur le fond de la soumission aux faits. Le premier éveil, celui de la vérité de l’être, donne prise à ce qui portera plus tard le nom d’ontologie; il ouvre tout grand le chemin de la liberté. Le second éveil, celui de la dignité du bien, donnera naissance à ce que Levinas entend par le terme «d’éthique»; il explore les voies plus étroites de la justice

Jean-François Mattéi

Comment susciter chez nos élèves et nos enfants ce sentiment précieux de justice, de claire-voyance et d’empathie?

Comment les amener à ne pas confondre indignation avec apitoiement de circonstance, stérile et larmoyant?

Comment les mettre en garde contre une indignation mal dosée qui risquerait de les mener tout droit au rejet de l’homme et au scepticisme si dévastateur?

Comment leur enseigner la différence entre indignation gratuite et revendication pour la préservation d’intérêts personnels?

Comment les aider à ne pas se perdre et se diluer dans une indignation de politesse, à tout va comme il faut, mais bien à développer un sentiment fort issu d’un élan du cœur de soi vers l’autre et incarné dans des actions concrètes et porteuses de sens pour le bien de l’humanité parce que révélatrice d’une conscience intime et naissante prenant part à une conscience  collective?

Des questions qui questionnent notre propre rapport à la liberté, au monde, à l’homme et à la justice auxquelles les éducateurs que nous sommes ne pouvons nous soustraire, me semble-t-il…

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Le courage s’apprend-il?

10 03 2011

Carême pédagogique 2011

Jour 2

Pensée 2:

 » Le courage aboutit à son propre commencement…les courageux sont ceux qui ont l’art de commencer…on n’apprend pas à commencer, pour commencer, il faut simplement du courage. »

Vladimir Jankélévitch

Ce courage là peut-il s’enseigner? se transmettre? le vouloir précède-t-il le pouvoir? ou bien est-ce dans l’agir que le courage prend vie?

Question philosophique de premier ordre me semble-t-il tant elle se pose à nous, chaque jour, qu’on soit adulte, qu’on soit enfant, qu’on soit enseignant, qu’on soit parent et tant elle prépare à la vie, à ses heurts, aux choix qu’elle nous offrira ou que nous provoquerons, à la mort qui nous attend, inévitablement.

Si apprendre le courage, c’est accepter d’éprouver au quotidien la frustration des petits renoncements, enseigner le courage, consisterait-il, par un effet de mise en abime, à accepter, sans pour autant ne jamais renoncer, de n’être pas pleinement en capacité de conduire comme nous le souhaiterions, notre enseignement auprès des enfants qui nous sont confiés, dans un temps donné et dans un cadre requis?

Enseigner, c’est être confronté chaque jour à nos limites, à notre petitesse d’homme, à notre ignorance professionnelle, et malgré tout, revenir chaque lendemain, recommencer inexorablement, croire passionnément en la capacité de l’autre, en son courage.

Provoquer le courage, reconnaître le courage de l’enfant, dans la moindre petite activité apparemment insignifiante à nos yeux, ne sont-elles pas des attitudes  éducatives fondamentales dans un monde où l’immédiateté, l’efficacité, le plaisir et le culte du résultat sont vantés comme autant de récompense et de mérite?

Apprendre, c’est prendre le risque de ne pas comprendre; il faut du courage pour cela.

Enseigner, c’est oser prendre le risque de n’être pas compris, de se tromper; il faut aussi du courage pour cela, non?

A débattre, de manière éthique et responsable 😉


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Carême pédagogique 2011 (J1)

9 03 2011

Petit clin d’œil pédagogique à notre calendrier du jour, en ce mercredi d’ouverture du Carême 2011, je vous propose une nouvelle chronique intitulée Carême pédagogique. Il s’agira, jour après jour, de nous retrouver ici même, de nous poser quelques instants de manière à partager ensemble une pensée personnelle, un précepte, une règle de conduite professionnelle, une citation, un proverbe, un dicton, une réflexion, un aphorisme, un adage, bref, un extrait de notre substantifique moelle pédagogique nous tenant particulièrement à cœur mais qui n’en demeure pas moins si difficile et parois même impossible à incarner au quotidien.

Entre ce que l’on croit, ce que l’on pense, ce que l’on dit, ce que l’on fait et ce vers quoi on tend, les écarts et les paradoxes sont malgré tout inévitables. Le manque de temps, l’usure du quotidien, la part des affects, la tentation de la routine, la surcharge de travail, etc sont autant de bonnes mauvaises raisons de mettre de côté les valeurs humaines et éducatives auxquelles nous sommes pourtant profondément attachés, et ce, quels que soient notre religion, notre athéisme, notre appartenance politique, culturelle ou sociale, car ce dont il est question bien avant tout, c’est de notre référence commune à des valeurs humanistes qui transcendent, elles, nos différences humaines.

Ainsi, de manière à nous rappeler à notre sens éthique et professionnel, je vous inviterai chaque jour, le temps d’une courte pause numérique, non pas à une célébration de pénitence collective (  🙁  ) mais plutôt à ce que j’appellerai une brève analyse de nos pratiques éthiques.

Qu’en pensez-vous?

Jour 1:

Pensée 1:

Éduquer, c’est renoncer à nos propres rêves d’excellence pour permettre à l‘enfant d’accéder à son excellence propre.


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Ethique et responsable

25 03 2010

La toute première des 10 compétences du référentiel de l’enseignant exprime clairement le devoir de l’enseignant d’ AGIR de façon éthique et responsable

Interrogeons-nous un instant sur la nature et la fonction de cet « Agir » avant de le coordonner à ses deux adjectifs, éthique et responsable. Procédé purement énonciatif et explicatif puisque dans la vie, il paraît essentiel, autant que faire se peut, de ne jamais dissocier nos actes d’une éthique et d’une responsabilité à la fois professionnelle et personnelle…

Agir donc…définition du Petit Larousse illustré version 2006:

1- Entrer ou être en action.

2- Produire un effet, exercer une influence

3- Adopter une attitude, se comporter, se conduire

D’entrée de jeu on sent bien que l’action ne peut se détacher d’une attitude et d’une influence présente donc dans chacun de nos choix d’enseignement et d’éducation.

L’agir suppose des actes visibles, des paroles explicites, des visées finalisées, des positionnements clairs, des choix énoncés…et j’oserai ajouter des renoncements aussi. Renoncements assumés et éclairés à la lumière des choix effectués. Mais cet agir, puisqu’il s’exerce dans le cadre d’un établissement, d’une école, d’une équipe, d’une classe,  ne peut se résumer à un agir solitaire, individuel, personnel. Il se décline au sein d’une institution, d’une histoire, d’une culture, d’une unité qui fait corps et qui donne et construit du sens…Nous touchons ici à une valeur fondamentale qui rejoint une question d’ordre philosophique. Comment faire le lien entre l’individuel et le collectif, comment se montrer garant de l’un et de l’autre, comment agir les uns avec et en fonction des autres… Une tension délicate et néanmoins essentielle avec laquelle il faudra sans cesse composer. Trop de collectif nuit au respect de l’unicité de la personne. Trop d’individuel écarte toute possibilité de projet et donc d’humanité.

Essayons de dresser une typologie des actions directement reliées à cette compétence 1 du référentiel de l’enseignant: Agir de façon éthique et responsable.

Des actions en situation:

accueillir chaque enfant le matin par un mot, un regard, un geste personnalisé

– proposer des activités variées et ciblées en fonction des besoins d’apprentissage de chacun

– encourager le plus possible, féliciter lorsque cela est légitime, nommer clairement les difficultés quand elles se présentent

– mettre en place des conseils d’élèves, des ateliers philo où des quarts d’heure « quoi de neuf sur la terre? » où la parole devient un lieu d’échange, d’ouverture et de co-construction de savoirs et de postures

tenir compte des rythmes  et des besoins biologiques des enfants en fonction de leur âge et de leurs particularités

travailler en lien avec les textes officiels: référentiel, programmes et socle commun

– miser sur la méthodologie et l’apprentissage de l’autonomie

Des actions en équipe:

élaborer un dispositif d’accompagnement et d’évaluation en lien avec les capacités de l’élève et des élèves à un moment T pour le et les mener à un instant T+1

– construire des outils, rédiger des documents explicatifs, lisibles et communicables au sein et hors de l’établissement

– rendre lisible et vivant le projet éducatif de l’établissement

– s’associer à l’accompagnement de chacun des membres de l’équipe éducative

– analyser nos pratiques et co-élaborer des savoirs-faire professionnels

s’interroger sur l’organisation du temps de travail des élèves et des enseignants

– innover, expérimenter, se donner le droit à l’erreur

– continuer d’apprendre à enseigner

Des actions en amont

élaborer ses progressions, ses séquences, ses séances

– anticiper les difficultés

se mettre en veille pédagogique et institutionnelle

– réactiver en permanence ses connaissances dans un souci de clarification des contenus à enseigner *

Des actions sur le long terme

– travailler avec les familles

construire des partenariats

– mettre en place des projets

– s’assurer de l’adéquation entre le « j’enseigne » et le « ils apprennent »

– miser sur la co-formation (entre pair)  et l’auto-formation (par soi-même) *

Ce catalogue à la Prévert, loin d’être exhaustif témoigne néanmoins de choix et de priorités qui me paraissent traduire de cet engagement éthique et responsable au service d’une éducation et d’un enseignement durable…Bien évidemment, chacun des items pourrait être décliné en sous-items et en une multitude de verbes d’action. Il s’agit ici d’une sorte de préambule qui ne demande qu’à être amélioré et enrichi au regard de vos propres pratiques et choix personnels et professionnels. Les commentaires sont ouverts…au débat et à la discussion! Ainsi, dans un souci de participation active, j’ajouterai au fur et à mesure vos propositions que je rendrai visibles par une astérisque *

C’est bien là la finalité de ce blog. Partager, s’interroger, se co-former…

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Enseignants d’ailleurs

14 11 2008

                                         

« Je m’engage à mettre toutes mes forces et toute ma compétence au service de l’éducation de chacun des élèves qui me sera confié. « 

Tel est le « Serment de Socrate » que nos jeunes collègues belges proclament solennellement en entrant dans la profession.

C’est François Muller qui me l’a appris. Premier jour de formation…recadrage…

Pour ce qui me concerne, je trouve l’idée et les fondements de cette déclaration tout à fait d’actualité. Plus que jamais, dans l’incertitude du devenir de notre formation initiale, nous portons cette responsabilité de nous interroger et de nous engager devant les autres et devant la « loi ».

                                        

Nous le faisons de manière plus ou moins consciente et individuelle…Mais le proclamer haut et fort devant tous…c’est une autre affaire…

QU’EN PENSEZ-VOUS?