Dicton de saison

22 11 2008

« Terre retournée et blés semés, le ciel peut neiger »




Le jardinier pédagogue (Chap4.2)

6 11 2008

                               

                                   LE MONDE DES SCIENCES…(suite)

                                              

                                                       

Une autre compétence indispensable, dans la vie comme dans les sciences, est la capacité d’observation.

On connaît les jeux de Kim et autres, mais il y a un merveilleux champ naturel sur lequel exercer cette qualité, celui de la nature. Je me souviens d’un maître de maternelle de première année (deux-trois ans) qui usait et abusait du magnétoscope. Un jour, il me raconta avec fierté qu’il avait passé aux bambins dont il avait la charge un documentaire sur les fourmis. Les mioches voyaient de grosses bêtes terrifiantes grouiller sur l’écran, et toutes les explications étaient données dans un commentaire qui leur était évidemment inaccessible. Et pourtant, à quelques dizaines de mètres de la classe (on était en milieu rural), il y avait des fourmilières de fourmis noires (celles qui ne piquent pas !) qui ne demandaient qu’à être   

                   examinées, touchées, senties.

                                                                                                                                                                                               Faire découvrir les différences et les ressemblances entre les insectes ou les fleurs (préférer le petit avec les petits), faire voir, écouter, toucher, goûter, sentir pour apprendre à se servir de tous les sens, ne pas se contenter d’un survol rapide, mais rester longtemps sur le motif, quelle splendide préparation pour aborder plus tard les sciences ! La nature est une merveille absolument incroyable. Le miracle y est quotidien. La beauté omniprésente. Ces qualités du spectacle de la nature suscitent chez celui qui sait se pencher au ras du sol un émerveillement accompagné d’une curiosité intense. Cette curiosité est l’une des plus grandes qualités qu’un enfant peut posséder, car elle l’amène à s’intéresser à la vie et au monde. Cet émerveillement, que le maître doit exprimer et donner à vivre pour qu’il soit contagieux, est le début de la conscience dans la science, du respect de la vie, ce miracle immensément improbable, mais toujours renouvelé.

Pour beaucoup d’enfant, tout ce qui relève de la nature relève du concept, de l’abstraction. Aujourd’hui, la nature est devenue un « objet » d’étude plus qu’une source de vie. La nature s’étudie et se décrit là où il faudrait d’abord la goûter, l’écouter, la toucher, la sentir. L’éveil des sens permettra une meilleure approche scientifique. Les maîtres disposent de bien peu de temps en classe pour cela. C’est pourquoi les classes vertes et autres jardins potagers doivent être réimplantés dans nos écoles.

Tous les adultes peuvent aider les enfants à porter leurs regards sur les merveilles de la nature ! Pour cela, il est efficace de doter les objets d’étude – quels qu’ils soient – d’une « identité narrative », d’une histoire. Dès que nous connaissons une histoire sur un individu, sur un animal, sur quoi que ce soit, cet élément devient intéressant car il éveille nos sentiments. Comme nous l’avons noté, les utilisateurs peu scrupuleux des techniques du storytelling, politiques ou publicistes, utilisent ce moyen pour se donner du pouvoir sur autrui, pour l’aliéner. Le pédagogue peut très bien l’utiliser pour attacher les enfants à un objet d’étude. Le professeur commencera son cours par une courte anecdote, un conte, une légende, une courte biographie, un document visuel et cette accroche servira de repère à l’enfant qui reconvoquera beaucoup plus facilement le théorème de Pythagore si on lui raconte brièvement des éléments de la vie de ce fameux mathématicien :    « Pythagore était un mathématicien grec de la fin du VIe siècle avant J.-C. Né dans l’île de Samos, il partit fonder une école proche d’une secte à Crotone, dans le sud de l’actuelle Italie. Pythagore y étudiait les mathématiques, la musique, ou la philosophie. Les disciples rapportaient toutes leurs découvertes scientifiques au maître, de sorte qu’on ne peut plus distinguer à ce jour les inventions de Pythagore de celles de ses disciples. L’école avait également une activité politique, en faveur du régime aristocratique, ce qui finit par déclencher une émeute populaire au cours de laquelle l’école fut détruite. On connaissait la propriété de Pythagore « Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. » bien avant cette époque. On a en effet découvert des tablettes d’argile gravées par les Babyloniens, probablement vers 1800 av J-C, donnant les longueurs des côtés de 15 triangles rectangles différents. Ce serait du vivant de Pythagore que son nom serait associé à la fameuse relation, et la légende rapporte que Pythagore en fut si fier qu’il sacrifia aux dieux une hécatombe, c’est-à-dire 100 bœufs. L’école de Pythagore a peut-être été la première à donner une preuve du théorème. Depuis, les Chinois, les Hindous, les Arabes, les Occidentaux (parmi lesquels Léonard de Vinci) ont imaginé des centaines de démonstrations. Dans un livre, The Pythagorean proposition, Elisha Scott Loomis en a réuni 370. »

Pour les objets, il existe un type de contes, les contes des « pourquoi ? »,  ou contes étiologiques, qui attachent un récit à des plantes, des animaux, des astres, des ustensiles… On peut demander aux enfants d’en inventer si aucun n’existe et c’est un excellent exercice écrit. Des indications d’usage, des jeux, des activités de fabrication d’objet ou de modes d’emploi peuvent aussi créer ces liens affectifs qui précèdent l’étude, la motivent et permettent une bien meilleure rétention. On connaît la pédagogie de la « main à la pâte » de Charpak. Il est utile d’y adjoindre une part de récit, de symbolique, voire de poésie. Donner du sens aux choses, sans les cantonner à leur aspect technique ou purement scientifique. Après vient l’abstraction, la loi, la règle, l’algorithme.

Beaucoup de nos concitoyens, y compris les enseignants, ont perdu leur confiance dans le progrès et dans la science. Ils ne font plus la distinction entre les « bons » scientifiques, soucieux du bien commun et les ambitieux sans scrupule qui sont la honte de cette profession. Pourtant, personne ne peut nier que notre existence a été prodigieusement améliorée grâce à la science, depuis deux siècles, et il est grotesque de faire l’impasse sur ces progrès immenses. Comment se passionner pour une discipline dont les acteurs sont présentés comme des criminels en puissance et les applications susceptibles de faire disparaître l’espèce humaine de la surface du globe ? Le désamour manifesté par les nouvelles générations envers les filières scientifiques trouve peut-être là une de ses origines. Il est urgent de remotiver les enfants dans ce domaine car l’avenir de notre pays en dépend. La chute des prises de brevet français est très préoccupante. Les techniciens ne sauraient suffire ; il nous faut aussi des chercheurs et des ingénieurs.

             Prochaine parution: Chapitre 5

         Le monde de la technique

 

Christian MONTELLE

Ornans, Août 2008

Diffusion libre