Tutotant-tutoré (3)

22 10 2010

L’une des postures fondamentales du tuteur est celle de l’observateur.

En effet, une grande partie de l’activité du tuteur repose sur l’observation du professeur stagiaire en prise avec sa classe, et c’est à partir des données factuelles récoltées que pourra se mettre en place un échange différé à visée formatrice.  C’est cette phase initiale et centrale d’observation que je souhaite interroger dans ce troisième article consacré au tutorat.

Qu’est-ce qu’observer un jeune professionnel dans sa pratique? Tentons de faire émerger, sous forme de verbes, quelques grands principes.

1/ Observer, c’est se décentrer: se décentrer de sa propre pratique pour se recentrer sur la pratique du professeur-stagiaire. Si le tuteur cherche à trouver chez l’autre ce qu’il fait lui-même, enseignant chevronné,  ou encore ce qu’il faisait lorsqu’il est entré dans le métier, il y a fort à parier que la récolte sera maigre. Derrière chaque professionnel, il y a une et une seule personne. Si le référentiel métier est le même pour tous, la personne elle, demeure unique. Nous retrouvons là le principe même de différenciation. C’est vrai pour les élèves, c’est vrai pour l’enseignant en cours de professionnalisation. Il me semble important de se le redire avant d’entamer toute observation.

2/ Observer, c’est chercher: chercher dans les gestes et les paroles de l’enseignant en situation, des faits précis que l’on relèvera et qui donneront lieu ultérieurement à un échange appelé également entretien d’explicitation, à ne pas confondre avec un compte-rendu d’observation délivrée par le seul observateur.  Seul un échange équilibré entre les deux parties permettra de mettre en lumière les tenants et les aboutissants de tel ou tel acte, telle ou telle parole. Dans tout geste, il y a le visible, et il y a l’invisible; il y a l’intention et il y a le tangible. Si un tuteur veut comprendre et amener l’autre à comprendre et à apprendre de sa pratique, il faut pouvoir s’adosser à une observation fine revisitée par un questionnement ouvert qui conduira à une reformulation, par le jeune praticien lui-même, de ses  objectifs, de leur pertinence ou de leur incohérence.

3/ Observer, c’est organiser: organiser son observation, noter des faits précis et circonstanciés, les répertorier selon des critères communs, trouver une cohérence d’ensemble de manière à guider l’entretien qui suivra de façon efficace et productive. Partir de la pratique pour construire une réflexion sur cette pratique. Chaque tuteur a sa manière d’organiser la trace écrite de cette observation,  selon le schéma mental qui lui est propre: chronologie, couleur, schéma heuristique, organigramme, grille, trame, etc. Ce qui compte, c’est d’avoir unoutil pertinent qui permette dans un premier temps de prendre des notes et dans un second temps de procéder à une relecture sélective, rapide et synthétique. Un outil qui corresponde à l’objectif de la démarche autant qu’au tuteur qui la réalise.

4/ Observer, c’est choisir: choisir la ou les priorités à travailler. Le référentiel de compétences du métier d’enseignant étant d’une  densité assez conséquente, on ne peut ni tout demander, ni tout voir dans l’exercice d’une séance. Choisir un ou deux faits qui serviront de point d’appui, de valorisation, et un ou deux autres qui serviront de point de départ à une réflexion, à un travail à mener sur le long terme. Seuls le temps et  la pratique réflexive guideront pas à pas le développement d’une posture professionnelle avertie et sensée.

5/ Observer, c’est se souvenir: se souvenir qu’on a été soi-même un débutant, un jeune professionnel hésitant, maladroit mais souvent plein de dynamisme et d’envie de bien faire. C’est se souvenir combien un regard peut vous assommer lorsqu’il est lourd de reproche ou de condescendance. C’est se rendre compte également qu’on doit soi-même se questionner dans notre propre pratique d’enseignant expérimenté.

Observer, ce n’est pas simplement regarder, ce n’est certainement pas juger, ce n’est ni pointer du doigt, ni cocher des cases, c’est davantage poser un regard bienveillant en vue de construire une réflexion exigeante.

A développer et à débattre…

Partager




Maîtres Associés à la Formation (M.A.F.)

22 11 2009

Je vous avais promis un petit bilan synthèse de ma semainede formation. Formationinitiée l’an dernier sous l’appellation de Maître d’Accueil en charge de l’accompagnement des stagiaires et redimensionnée cette année dans la perspective de la nouvelle réforme de la formation des enseignants. Nous voilà donc, mes collègues de stage et moi-même missionnés en tant que futurs Maîtres Associés à la Formation.

De quoi s’agit-il exactement?

Les IUFM disparaissent…Les étudiants, lauréats d’un Master 2 se verront automatiquement attribués un poste à l’année dans nos écoles, sans autre forme de formation que celle reçu à l’université. Beaucoup de savoir savant…mais quelles compétences opérationnelles? Charge donc à l‘établissement d’accueil et à l’équipe en place de recevoir, accompagner et former ces nouveaux enseignants. Une fois la polémique (essentielle et vitale) dépassée nous voilà donc face à un défi majeur dont il va bien falloir se saisir. Rester sur le bord du chemin ne ferait qu’accentuer les difficultés de chacun à commencer par celles de nos élèves!

L’objectif général de ce  stage consiste donc à réfléchir à cette nouvelle donne en appréhendant le concept d’établissement formateur appelé également organisation apprenante. De nombreuses questions se posent et s’imposent d’elles-même à la fois en terme d’organisation et de management.

  • Quelles répercussions sur nos structures?
  • Quels impacts sur le type de gouvernance?
  • Quels enjeux pour les équipes en place?
  • Quels besoins de formation en intra?
  • Quelles personnes ressources sur place?
  • Quels outils d’accompagnement construire?

Bref, comment mettre en œuvre la professionnalisation de nos collègues à venir et comment les accompagner au mieux dans leurs nouvelles tâches?

Une de nos missions centrale consistera à l’observation en vue d’un tutorat constructif. Vaste chantier! Je passe sur les questions organisationnelles….  du type….Qui prendra en charge ma classe lorsque je serai aux côtés du néo-titulaire? et je vous propose ici une première ébauche de support d’observation de séance. Support permettant à la fois un repérage circonstancié de faits et la mise en place d’une approche réflexive de part et d’autre, accompagnant-accompagné, partant du principe de base qu’accompagner et guider ne doit aucunement se résumer à ce type de formulation… »Là tu as fait… moi j’aurais fait… »!

Voilà donc sous forme de carte heuristique une première organisation possible d’observation de séance. N’hésitez pas à me faire parvenir vos critiques et vos suggestions. Elles seront les bienvenues!

9 entrées pour une observation constructive

en vue d’un entretien d’accompagnement

Cliquer pour agrandir l’image

Observer et accompagner

Sur ce sujet, un groupe de réflexion vient d’ouvrir ses portes sur facebook

Rejoignez-nous, vous y êtes invités!

en 1 clic sur le nuage…




Partager




Le jardinier pédagogue (Chap4.2)

6 11 2008

                               

                                   LE MONDE DES SCIENCES…(suite)

                                              

                                                       

Une autre compétence indispensable, dans la vie comme dans les sciences, est la capacité d’observation.

On connaît les jeux de Kim et autres, mais il y a un merveilleux champ naturel sur lequel exercer cette qualité, celui de la nature. Je me souviens d’un maître de maternelle de première année (deux-trois ans) qui usait et abusait du magnétoscope. Un jour, il me raconta avec fierté qu’il avait passé aux bambins dont il avait la charge un documentaire sur les fourmis. Les mioches voyaient de grosses bêtes terrifiantes grouiller sur l’écran, et toutes les explications étaient données dans un commentaire qui leur était évidemment inaccessible. Et pourtant, à quelques dizaines de mètres de la classe (on était en milieu rural), il y avait des fourmilières de fourmis noires (celles qui ne piquent pas !) qui ne demandaient qu’à être   

                   examinées, touchées, senties.

                                                                                                                                                                                               Faire découvrir les différences et les ressemblances entre les insectes ou les fleurs (préférer le petit avec les petits), faire voir, écouter, toucher, goûter, sentir pour apprendre à se servir de tous les sens, ne pas se contenter d’un survol rapide, mais rester longtemps sur le motif, quelle splendide préparation pour aborder plus tard les sciences ! La nature est une merveille absolument incroyable. Le miracle y est quotidien. La beauté omniprésente. Ces qualités du spectacle de la nature suscitent chez celui qui sait se pencher au ras du sol un émerveillement accompagné d’une curiosité intense. Cette curiosité est l’une des plus grandes qualités qu’un enfant peut posséder, car elle l’amène à s’intéresser à la vie et au monde. Cet émerveillement, que le maître doit exprimer et donner à vivre pour qu’il soit contagieux, est le début de la conscience dans la science, du respect de la vie, ce miracle immensément improbable, mais toujours renouvelé.

Pour beaucoup d’enfant, tout ce qui relève de la nature relève du concept, de l’abstraction. Aujourd’hui, la nature est devenue un « objet » d’étude plus qu’une source de vie. La nature s’étudie et se décrit là où il faudrait d’abord la goûter, l’écouter, la toucher, la sentir. L’éveil des sens permettra une meilleure approche scientifique. Les maîtres disposent de bien peu de temps en classe pour cela. C’est pourquoi les classes vertes et autres jardins potagers doivent être réimplantés dans nos écoles.

Tous les adultes peuvent aider les enfants à porter leurs regards sur les merveilles de la nature ! Pour cela, il est efficace de doter les objets d’étude – quels qu’ils soient – d’une « identité narrative », d’une histoire. Dès que nous connaissons une histoire sur un individu, sur un animal, sur quoi que ce soit, cet élément devient intéressant car il éveille nos sentiments. Comme nous l’avons noté, les utilisateurs peu scrupuleux des techniques du storytelling, politiques ou publicistes, utilisent ce moyen pour se donner du pouvoir sur autrui, pour l’aliéner. Le pédagogue peut très bien l’utiliser pour attacher les enfants à un objet d’étude. Le professeur commencera son cours par une courte anecdote, un conte, une légende, une courte biographie, un document visuel et cette accroche servira de repère à l’enfant qui reconvoquera beaucoup plus facilement le théorème de Pythagore si on lui raconte brièvement des éléments de la vie de ce fameux mathématicien :    « Pythagore était un mathématicien grec de la fin du VIe siècle avant J.-C. Né dans l’île de Samos, il partit fonder une école proche d’une secte à Crotone, dans le sud de l’actuelle Italie. Pythagore y étudiait les mathématiques, la musique, ou la philosophie. Les disciples rapportaient toutes leurs découvertes scientifiques au maître, de sorte qu’on ne peut plus distinguer à ce jour les inventions de Pythagore de celles de ses disciples. L’école avait également une activité politique, en faveur du régime aristocratique, ce qui finit par déclencher une émeute populaire au cours de laquelle l’école fut détruite. On connaissait la propriété de Pythagore « Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. » bien avant cette époque. On a en effet découvert des tablettes d’argile gravées par les Babyloniens, probablement vers 1800 av J-C, donnant les longueurs des côtés de 15 triangles rectangles différents. Ce serait du vivant de Pythagore que son nom serait associé à la fameuse relation, et la légende rapporte que Pythagore en fut si fier qu’il sacrifia aux dieux une hécatombe, c’est-à-dire 100 bœufs. L’école de Pythagore a peut-être été la première à donner une preuve du théorème. Depuis, les Chinois, les Hindous, les Arabes, les Occidentaux (parmi lesquels Léonard de Vinci) ont imaginé des centaines de démonstrations. Dans un livre, The Pythagorean proposition, Elisha Scott Loomis en a réuni 370. »

Pour les objets, il existe un type de contes, les contes des « pourquoi ? »,  ou contes étiologiques, qui attachent un récit à des plantes, des animaux, des astres, des ustensiles… On peut demander aux enfants d’en inventer si aucun n’existe et c’est un excellent exercice écrit. Des indications d’usage, des jeux, des activités de fabrication d’objet ou de modes d’emploi peuvent aussi créer ces liens affectifs qui précèdent l’étude, la motivent et permettent une bien meilleure rétention. On connaît la pédagogie de la « main à la pâte » de Charpak. Il est utile d’y adjoindre une part de récit, de symbolique, voire de poésie. Donner du sens aux choses, sans les cantonner à leur aspect technique ou purement scientifique. Après vient l’abstraction, la loi, la règle, l’algorithme.

Beaucoup de nos concitoyens, y compris les enseignants, ont perdu leur confiance dans le progrès et dans la science. Ils ne font plus la distinction entre les « bons » scientifiques, soucieux du bien commun et les ambitieux sans scrupule qui sont la honte de cette profession. Pourtant, personne ne peut nier que notre existence a été prodigieusement améliorée grâce à la science, depuis deux siècles, et il est grotesque de faire l’impasse sur ces progrès immenses. Comment se passionner pour une discipline dont les acteurs sont présentés comme des criminels en puissance et les applications susceptibles de faire disparaître l’espèce humaine de la surface du globe ? Le désamour manifesté par les nouvelles générations envers les filières scientifiques trouve peut-être là une de ses origines. Il est urgent de remotiver les enfants dans ce domaine car l’avenir de notre pays en dépend. La chute des prises de brevet français est très préoccupante. Les techniciens ne sauraient suffire ; il nous faut aussi des chercheurs et des ingénieurs.

             Prochaine parution: Chapitre 5

         Le monde de la technique

 

Christian MONTELLE

Ornans, Août 2008

Diffusion libre