Tutorant-tutoré (2)

3 10 2010

Le nouveau dispositif d’accompagnement des néo-profs est donc entré en vigueur depuis le début de l’année scolaire et ce n’est que cette semaine (mieux vaut tard que jamais…) que j’ai découvert le visage de Mademoiselle S, nommée en CM2 dans un établissement proche de mon domicile, détail qui a son importance, la proximité géographique facilitant grandement les possibilités de rencontres et d’échanges. Contrairement à ce que j’écrivais dans mon premier billet Tutorant-tutoré (1), cette jeune enseignante n’est pas une débutante et ne partage pas non plus mon niveau de classe. Mais est-ce si important au fond?

Certains nouveaux enseignants, mais ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité d’entre eux,  ont eu un parcours professionnel, ou des expériences antérieures dans des milieux éducatifs variés qui leur permettent de se confronter à la réalité du terrain avec plus de distance et de sérénité qu’un lauréat du concours sans expérience aucune de la classe. C’est le cas par exemple des anciens suppléants qui ont cette année obtenu le concours. Mademeoiselle S en fait parti.

Pour cette première rencontre, dont le rendez-vous a été très facilement fixé en deux échanges de mails, Mademoiselle S m’a invitée à la rejoindre dans sa classe, en tout début de matinée, alors qu’elle était déchargée de cours. Un moment paisible, une parenthèse d’une heure et demi dans la vie de deux enseignantes qui ne se connaissaient pas et que le hasard d’un dispositif naissant aura rapproché. Pas d’élèves, pas d’enjeu de validation, juste l’occasion de faire connaissance et d’entrevoir ensemble quel sens donner cette année à notre binôme.

Une heure et demi pour quoi faire?

  1. Pour se présenter réciproquement et s’apercevoir des nombreux points communs entre nos deux entrées dans le métier
  2. Pour effectuer un premier retour sur la rentrée
  3. Pour mesurer les écarts et les points de convergence entre enseigner en maternelle et enseigner  en CM2
  4. Pour échanger autour de l’accueil de l’équipe
  5. Pour évoquer des questions relatives à la gestion de la classe et l’autonomie des élèves
  6. Pour exprimer des besoins en terme de ressources complémentaires

Finalement, l’heure et demi aura passé très vite et nous nous quittons furtivement avant la réapparition du groupe d’enfants. Prochain rendez-vous dans 15 jours pour une observation en situation face à la classe. D’ici là, nous avons convenu d’échanger par mail ou téléphone en cas d’urgence pédagogique!

La suite de cette chronique d’ici à deux semaines…

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Tutorant-tutoré (1)

16 09 2010

Elle n’a jamais enseigné, je n’ai jamais « tutoré »…

Voilà qui devrait nous relier.

Voilà 3 jours, dans le cadre du nouveau dispositif de formation des enseignants, j’ai été missionnée tutrice pour accompagner une professeur-stagiaire qui entre dans le métier sans formation professionnelle. Lauréate du concours, elle se retrouve en poste face aux élèves pour la première fois. Elle va donc apprendre son métier sur le tas et je serai en charge de la suivre tout au long de l’année. Ce mode de « compagnonnage » étant la résultante de la réforme nouvellement mise en vigueur, je vais, tout autant qu’elle, expérimenter une nouvelle approche du métier; nous sommes donc, elle et moi, dans le même bateau. Elle, ses élèves et moi liés pour le meilleur et pour le pire le temps d’une année scolaire.

Contrairement à elle, et contrairement à de nombreux collègues ici et là qui se retrouvent tuteurs du jour au lendemain, j’ai suivi, sur deux ans, une formation aux côtés d’autres maîtres d’accueil; deux années de préparation à l’accompagnement et au tutorat. Deux années à imaginer, questionner, anticiper, formaliser. Aujourd’hui, c’est différent, aujourd’hui, c’est réel. Ce n’est pas une étudiante-stagiaire qui viendra dans ma classe, comme j’en avais l’habitude auparavant; là, c’est moi qui irai  « chez elle », chaque jeudi matin pour l’observer avec ses élèves et tenter, par le biais d’entretiens d’explicitation, de l’amener à se forger une identité professionnelle, son identité professionnelle.

La réalité du terrain va ainsi nous propulser dans une relation qu’il va falloir construire au jour le jour, prendre en charge au quotidien. Cela ne va pas être simple; nous n’exerçons pas dans le même établissement…et oui, c’eut été trop facile…cela étant dit, le métier d’enseignant  est jalonné de ces fameux inattendus, impondérables impédimentas qui façonnent nos journées. Nous y sommes donc et c’est par cette voie que j’entame ma nouvelle fonction.

Je ne sais pas grand chose d’elle. Je sais qu’elle partage le même niveau d’enseignement que le mien, à savoir une classe de CM1. Je ne sais pas grand chose de ses expériences passées, de son parcours personnel, de ses motivations, de ses besoins. C’est à partir de ce « pas grand chose » que nous allons construire ensemble un chemin professionnel.

Comment vais-je m’y prendre?

Comment vais-je mettre en place un dispositif qui réponde à ses attentes?

Dans quelle disposition d’esprit est-elle?

Comment s’est passé l’accueil dans son équipe?

Y a-t-il eu un accueil?

Et puis, qu’est-ce que c’est en définitive, l’accueil?

Elle n’a jamais enseigné, je n’ai jamais « tutoré »… Du moins, pas sous cette forme. Au point où nous en sommes, deux axes me semblent prioritaires pour entamer cette nouvelle relation:

1/ Trouver des points de convergence:

  • pour réduire la distance émotionnelle
  • pour établir un contact authentique
  • pour ouvrir un questionnement commun
  • pour entrer dans une posture de co-construction

Je ne suis pas l’experte venue d’en haut, je suis une collègue, certes expérimentée, mais qui pour autant, continue également toujours et encore d’apprendre de ses élèves et de ses pairs. C’est important de le dire et de se le redire.

2/ Établir un premier contact hors institution

  • pour signifier mon existence et me présenter à elle
  • pour  permettre une approche à la fois directe et progressive
  • pour initier  la relation à venir
  • pour fixer ensemble le cadre, le lieu et l’horaire de la première rencontre

Je ne suis pas là uniquement parce qu’on me l’a demandé, je suis là car c’est un choix personnel motivé des ressorts personnels et professionnels. Être l’initiatrice de notre relation symbolise à mon sens ce projet commun que nous allons partager.

Voilà, à suivre et à poursuivre dans une prochaine chronique…

Sur le même thème voir aussi:

  1. Etablissement formateur, késako?
  2. Maître associés à la formation
  3. Accompagner, aider, soutenir, servir

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Accompagner, aider, soutenir, servir…

1 07 2010

Dans le cadre de la mise en œuvre prochaine de la réforme des enseignants, nous serons amenés, dans nos établissements et en équipe à accompagner, accueillir, aider, soutenir, informer, conseiller nos jeunes collègues dans une logique de co-formation mutuelle et collective.

C’est une question de responsabilité collective et de solidarité professionnelle.

Pour cela il me semble indispensable de penser cet accompagnement comme un défi tout à la fois professionnel et humain, une occasion de nous fédérer les uns les autres autour d’un enjeu commun, celui de l’avenir de nos établissements scolaires et de leur développement futur.

Ce texte de Kierkegaard, philosophe danois, nous y invite avec prudence, avec pudeur, avec honnêteté, avec courage, de manière éthique et responsable.

 » Si je veux réussir à accompagner un être vers un but précis je dois le chercher là où il est et commencer là, justement là.

Celui qui ne sait pas faire cela se trompe lui-même quand il pense pouvoir aider les autres. Pour aider un être, je dois certainement comprendre plus que lui, mais d’abord comprendre ce qu’il comprend.

Si je n’y parviens pas, il ne sert à rien que je sois plus capable et plus savant que lui. Si je désire avant tout montrer ce que je sais, c’est parce que je suis orgueilleux et cherche à être admiré de l’autre plutôt que l’aider.

Tout soutien commence avec humilité devant celui que je veux accompagner; et c’est pourquoi je dois comprendre qu’aider n’est pas vouloir maîtriser mais vouloir servir. Si je n’y arrive pas, je ne puis aider l’autre. »

Soren KIERKEGAARD (1813-1855)

Dans l’actualité éducative lire également:

La lettre à un tuteur ou accompagnateur par André de Peretti et François Muller parue ce matin sur le site du Café pédagogique

Les 12 clefs du tutorat, par Jacques NIMIER sur son excellent site Pédagopsy


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Labyrinthe d’une journée d’école

29 11 2009

As-tu passé une bonne journée?

Euh, une « bonne » journée…c’est quoi exactement quand de toute façon on est obligé d’aller à l’école….et qu’on n’aime pas le poisson de la cantine et que les dans les toilettes y a pas de papier et que dans la cour y a les grands qui font la loi et que Louis y veut pas être mon amoureux et que dans l’escalier y a trop de bruit et que le directeur il a un placard à cancres où il enferme les enfants pas sages…et que si je vous disais tout ça, ça ne changerait rien à mon affaire puisque l’école est obligatoire! Une bonne journée?! franchement quelle drôle de question!

Oui, bon, c’est vrai, la question est un peu biaisée. Alors faisons un jeu; tentons de nous y prendre autrement. Voici un labyrinthe fléché. On entre par la grosse flèche bleue de départ et on ressort en bas à droite. Pas de panique, tout le monde sort vivant et personne ne reste coincé dans le placard!

Le but du jeu, un peu comme à la marelle, sauter de case question en case question; il y en a 10 en tout. Puis répondre le plus honnêtement possible à la question. 2 réponses sont proposées pour chaque question.

Chaque oui vous permet d’avancer dans le labyrinthe.

Chaque « bof, hum ou non » vous donne accès à un ticket-conseil qui vous permettra de revenir sur vos pas et de continuer votre chemin….Personne ne reste coincé, personne ne perd…Et c’est un jeu qu’on peut faire chaque jour en rentrant de l’école, ou le soir avant de se coucher…pour se préparer mentalement pour le lendemain.

Bonne navigation!

1O questions pour une journée (d'école) réussie

Pour avoir une carte plus nette…cliquez sur l’image, elle apparaîtra en format d’origine et vous fournira une mini loupe adaptée aux besoins de chacun! Chaque clic produit un effet zoom.

Voilà ma petite version primaire  d’un petit scénario auto-évaluatif à destination des élèves de cycle 2 ou 3 voire même de 6è et 5è…

D’après une idée originale de Cyroul  « 10 questions pour un blog réussi ».




Une histoire de cartable…

18 09 2008

Mais pourquoi n’y a-t-il JAMAIS ce qu’il faut dans ton cartable!?

Dans chaque classe, chaque année j’ai une irréductible, un réfractaire du cartable, un « jaipamoncahiermaijaifaimontravail » une « ilèrestésurmonburo »…Et ça, ça me rend folle parce que je sais que cela va durer toute l’année…

Je ne parle pas des oublis naturels, des problèmes de gestion de garde alternée, ou des actes manqués bien ficelés, non, non. Je parle de cet élève ou de cette enfant qui a TOUS LES JOURS un truc qui manque. La trousse, le livre, l’agenda, la règle, la tenue de sport…

On a beau apprendre en classe à faire son cartable, on a beau accompagner de loin ou superviser de près, on a beau lister en couleur le matériel nécessaire selon le jour, on a beau avertir les parents pour qu’ils soient vigilants…non, cet élève là ne veut pas de cette règle du jeu. Il s’obstine inconsciemment. Elle refuse inlassablement.

Et pourtant, ce n’est pas par plaisir. Ce n’est pas par défi. Ce n’est pas par mauvaise volonté. Leurs petits ongles sont souvent rongés jusqu’au sang; derrière leur sourire de façade l’angoisse ne les lâche pas car ils savent dès qu’ils arrivent à l’école qu’il leur manquera quelque chose…

Pour ces enfants, chaque jour est une lutte, et pour moi, un constat d’impuissance…Alors j’essaie de penser à autre chose…Et je me dis, comme pour me consoler que dans leur cartable, au moins, il y a…             

                     Mon cartable

                                Mon cartable a mille odeurs,
                                      mon cartable sent la pomme,
                                           le livre, l’encre, la gomme
                                                  et les crayons de couleurs.

                                   Mon cartable sent l’orange,
                                         le bison et le nougat,
                                               il sent tout ce que l’on mange
                                                           et ce qu’on ne mange pas.

                                      La figue et la mandarine,
                                           le papier d’argent ou d’or,
                                                      et la coquille marine,
                                                              les bateaux sortant du port.

                                       Les cow-boys et les noisettes,
                                                la craie et le caramel,
                                                     les confettis de la fête,
                                                             les billes remplies de ciel.

                                          Les longs cheveux de ma mère
                                                   et les joues de mon papa,
                                                            les matins dans la lumière,
                                                                      la rose et le chocolat.

Pierre Gamarra