#blacklivesmatter : les nouvelles voix de l’activisme noir aux États-Unis

Vous ne le connaissez probablement pas ou alors que très vaguement… mais de l’autre côté de l’Atlantique, c’est un mouvement à la notoriété installée depuis 2013 : Black Lives Matter.

Aperçu du mouvement

La communauté afro-américaine connaît depuis des siècles racisme et discriminations qui perdurent encore aujourd’hui au sein de la société américaine. A l’instar du Civil Rights, ‘Mouvement afro-américain des droits civiques’ , qui se battait un siècle plus tôt pour l’obtention de droits civiques, aujourd’hui c’est un nouveau problème qui persiste : celui des meurtres répétitifs des jeunes afro-américains par des policiers blancs. Ces derniers étant très souvent acquittés, révoltes et consternations se lèvent dans le pays.

C’est pour cela que lorsqu’en 2013, George Zimmerman est acquitté après le meurtre du jeune noir Trayvon Martin, le hashtag « Black Lives Matter » (« Les vies des Noirs comptent ») est créé jusqu’à en devenir un mouvement de société à part entière un an plus tard : le mouvement «Black Lives Matter».

Edition spéciale sur ce mouvement né sur les réseaux sociaux…

Le fléau des violences policières impunies

Chaque année aux États-Unis, ce sont plusieurs centaines de personnes qui sont tuées par un officier de police. Bien que chaque cas soit différent et repose sur des caractéristiques propres (état de santé de la personne, possession d’arme, mise en danger de la vie du policier…), les violences policières américaines atteignent des nombres nettement supérieurs aux autres pays du monde.

Pourtant, les chiffres concernant les personnes tuées par la police américaine ne sont pas vraiment fiables. En effet, même si le Federal Bureau of Investigation (FBI) publie chaque année le compte des fusillades meurtrières, celui des forces de l’ordre n’est que facultatif. Seules les villes souhaitant publier les données concernant les violences policières causées par leurs officiers sont dans la possibilité de le faire ; autrement dit, ce n’est pas une obligation ni un devoir. Cela crée alors des contestations et de nombreuses critiques de la part des Américains ainsi qu’un embarras inévitable du FBI. James Comey, ancien directeur du bureau fédéral, avait déclaré en octobre 2016 :

« Tout le monde possède les chiffres sur le nombre d’entrées au cinéma le week-end dernier, sur le nombre de livres qui ont été vendus, sur les cas de grippes qui sont allés aux urgences. Et moi, je ne peux pas vous dire combien de personnes ont été tuées par la police aux États-Unis le mois dernier, l’année dernière ou quelque chose sur les statistiques. Et ça, c’est être dans une position vraiment mauvaise.»

Mais là n’est pas la seule contestation : si l’on sait qu’il existe un réel problème concernant le contrôle au faciès, que les arrestations de jeunes noirs et jeunes hispaniques sont presque inévitables, alors pourquoi les policiers, souvent blancs, ne font face qu’à des charges légères? Pourquoi finissent-ils par être acquittés?

La communauté afro-américaine connaît particulièrement cette tendance raciste et violente : les assassinats de jeunes noirs par des policiers blancs se sont terriblement accumulés ces dernières années.

D’après les chiffres du journal The Guardian en 2015 par exemple, 1095 personnes toutes communautés confondues ont été tuées. Certes 535 des victimes sont des Blancs, mais la communauté noire, car minoritaire, est fortement surreprésentée avec 272 morts. Cela représente alors 6,46 morts par million d’habitants, là où cela représente 2,7 morts par million d’habitants pour les blancs.

L’affaire Travyon Martin, l’élément déclencheur du mouvement

Le 26 février 2012, Trayvon Martin, un jeune adolescent de 17 ans, prend le chemin menant au domicile de sa belle-mère à Sanford en Californie après avoir acheté des sucreries dans un magasin.

George Zimmerman, un surveillant de voisinage autoproclamé remarque Trayvon et appelle la police en déclarant qu’il aperçoit un «gars qui n’a pas l’air d’avoir de bons projets ou qui est sous l’emprise de drogues ou de quelque chose». Il déclare qu’il « a l’air noir ». Il se met à suivre l’adolescent malgré les ordres du policier lui interdisant d’entreprendre quoi que ce soit.

Deux versions voient alors le jour : selon Zimmerman et selon des sources policières anonymes, Trayvon aurait pris Zimmerman par surprise et lui aurait donné un coup de poing dans la tête puis l’aurait ensuite frappé contre le trottoir. Lorsque le policier est arrivé, Trayvon était déjà mort. L’autre version quant à elle, soutenue par la petite-amie de Trayvon et avec qui il était au téléphone lors des événements, indique que Zimmerman aurait suivi Trayvon puis l’aurait fait tomber. Les seuls témoignages reposent sur des voisins qui auraient entendu deux hommes se battre, dont un criant à l’aide. Quelques minutes plus tard, lorsque les voisins sont sortis, Trayvon était déjà mort.

Le 13 juillet 2013, Zimmerman est finalement acquitté après un procès très médiatisé aux Etats-Unis, causant de nombreuses manifestations et contestations à travers le pays.

Le post facebook où tout a commencé

Comme des milliers de personnes à travers les États-Unis, Alicia Garza, activiste noire, suit de près l’affaire Trayvon Martin. Accrochée à son téléphone toute la journée, elle attend de connaître la décision des juges. Lorsque le verdict tombe enfin, Alicia se trouve dans un bar avec des amis et son mari. Pour Alicia, et à l’instar de la majorité de l’opinion publique, l’acquittement de Zimmerman est un réel coup de massue :

« C’était comme un coup de poing dans le ventre». Rapidement, elle se connecte sur Facebook et lit les commentaires. Déception et colère se font ressentir et pourtant, Alicia a l’impression que «les gens sont retournés à leur vie relativement vite. (…) Ce que je voyais sur les réseaux sociaux, c’était des déclarations comme ‘Nous savions qu’il n’allait jamais être reconnu coupable du meurtre d’un enfant noir’ ou ‘A quoi vous attendiez-vous ? »

Mais Alicia Garza n’entend pas la situation de la même oreille. Pour elle, il fallait agir. « J’étais triste, en colère et en rage. J’ai un frère de 25 ans (…) qui vit dans une communauté majoritairement blanche. Ça aurait pu être lui ». Elle ressent alors le besoin de s’exprimer et d’extérioriser toute cette douleur. Alors qu’elle se trouve encore dans le bar, elle écrit une publication qu’elle intitule Lettre d’amour pour mes amis noirs. Elle y déclare qu’un meurtre devrait toujours choquer et qu’elle ne laissera pas l’État la rendre insensible sur ce sujet. Elle conclut sa publication par les mots : ‘La communauté noire, je vous aime. Je nous aime. Nos vies comptent’.

De là, son amie activiste Patrisse Cullors, elle-même bouleversée par la situation («Quand j’ai appris le verdict, je suis restée bouche bée. Puis j’ai ressenti comme une brûlure à la poitrine ») et sensible aux mots d’Alicia, reprend ces mots et commente ‘#BlackLivesMatter’. Le soir- même, Cullors commente ce hashtag sur tous les murs Facebook (profils) de ses amis et proches, qui eux aussi, commencent à l’utiliser.

Dès le lendemain, Patrisse Cullors contacte Alicia Garza : «Ma sœur. Une campagne #BlackLivesMatter ? On peut en discuter ? J’ai des idées. Je pense que l’on pourrait organiser tout un réseau sur internet et dans les rues. Tiens-moi au courant».

Très vite, les deux femmes contactent Opal Tometi, une autre amie activiste, à New-York.

C’est alors le commencement : Garza, Cullors et Tometi créent des comptes Tumblr et Twitter où elles encouragent tout le monde à expliquer pourquoi ‘Les vies des Noirs comptent’.

Le hashtag gagne petit à petit du terrain sur les réseaux sociaux. Mais ce n’est qu’un an après sa création, en août 2014, que le hashtag devient un symbole, une entité et surtout… un mouvement.

Un mouvement d’abord virtuel…

Le mouvement se fait premièrement connaître sur internet avec son hashtag :

#BlackLivesMatter

En effet, grâce aux réseaux sociaux numériques, le Black Lives Matter pose, montre ou organise des actions plus facilement. On le retrouve généralement sur une publication ou une photo qui défend les causes du mouvement et tout ce qui y fait référence.

Ce hashtag est placé comme action du Black Lives Matter : il est utile d’une part pour les fondatrices car il mentionne les tactiques et l’organisation du mouvement, mais également pour les adhérents qui en l’utilisant sur une publication montrent leur solidarité et l’approbation à ce mouvement. En plus de montrer l’adhésion à des valeurs, le hashtag permet de montrer les actions et violences faites que beaucoup ne connaissent pas. Il permet donc parfois d’assurer la visibilité des faits.

Qui devient réel… à Ferguson

Le 11 août 2014, lors d’une des plus importantes manifestions organisées après la mort de Michael Brown, jeune afro-américain tué en août 2014, le mouvement a su prendre sa place.

En effet, les fondatrices ont eu l’idée d’utiliser un bus pour aller chercher et amener des manifestants du Missouri et du Michigan, à Ferguson. Plus de 500 personnes se sont inscrites à cette action, appelée « Freedom ride ». Des manifestants venant de 18 États différents, à travers les États-Unis, se sont réunis à Ferguson, ont défilé dans les rues principales, et ont bloqué des routes et des avenues en brandissant de grandes affiches révélant plusieurs messages comme par exemple le nom du mouvement « Black Lives Matter » ou encore « Je suis le prochain ? » brandi par des Afro-américains.

« Les manifestants sont venus armés seulement d’un message pour les Américains »

Séparés mais toujours liés…

Le mouvement est décentralisé. En effet, il possède, à travers les États-Unis, plus d’une vingtaine d’antennes appelées « chapters » en anglais. Chaque « chapter » organise, dans son propre État, des actions au nom du Black Lives Matter tout en gardant entre eux une interaction et une communication. Dans chaque antenne les caractéristiques sont différentes ainsi que les manières de fonctionner mais dans l’ensemble toutes les démarches défendent les valeurs de base du mouvement, c’est-à-dire :

«Battre le racisme anti-noir, lancer le dialogue entre les personnes noires et faciliter les types de connexions nécessaires pour encourager l’action et l’engagement social ».

L’interaction entre eux est importante car parfois, pour que le Black Lives Matter se fasse entendre davantage, tous les « chapters » se réunissent et s’organisent pour des actions.

Des manifestations de toutes sortes

En plus de manifester en défilant dans les rues, le Black Lives Matter utilise le « DIE-IN ».

Le « Die-in » est un type de manifestation où les participants s’allongent simplement au sol et prétendent être morts. Généralement les militants se couvrent de pancartes sur lesquelles sont inscrites les idées du mouvement concerné comme par exemple à Washington dans la cafétéria de l’immeuble Longworth house, après la mort de Michael Brown.

On parle du mouvement oui, mais pour quels exploits exactement ?

Une Campagne

Le mouvement a comme principal objectif de faire campagne contre les assassinats non justifiés effectués par des policiers visant la communauté noire et de rappeler que celle-ci a une place et une voix dans la société. Le Black Lives Matter souhaite mettre en avant les différences humaines tout en réunissant les familles noires ensemble. Pour cela la Campagne Zéro est lancée. Ce plan repose sur 10 points pour lutter contre les abus policiers. Voici une liste, non exhaustive, des demandes perpétrées par le mouvement: l’obligation de porter des caméras corporelles pour les agents de police, établir des normes pour signaler l’utilisation de la force meurtrière par la police ; offrir plus de formation aux agents de police ; mettre fin aux pratiques policières à but lucratif.

Quels changements au niveau juridique ?

La pression qu’exerce des mouvements comme le Black Lives Matter a permis le début d’un changement puisque le gouvernement américain a commencé à promulguer des lois pour lutter contre les violences policières.

Ainsi, au moins 101 lois ont été adoptées au cours des trois dernières années pour lutter contre les violences policières.

Une nouvelle législation a été promulguée dans 40 États depuis 2014.

10 États (Californie, Colorado, Connecticut, Illinois, Louisiane, Maryland, Utah, Texas, Washington,…) ont adopté une législation portant sur trois catégories de politiques de campagne zéro ou plus.

Au moins huit projets de loi sont en cours d’examen dans six États pour lutter contre la violence policière.

Des mesures d’exécution ont été prises aux niveaux fédéral et législatif.

Des ordonnances locales ont été adoptées dans de nombreuses grandes villes américaines.

Quel progrès pour la lutte contre les violences policières ?

Les violences sont aujourd’hui de plus en plus révélatrices.

Depuis 2014, plusieurs organisations ont créé de nouvelles plates-formes entrant des bases de données chiffrées sur le nombre de victimes noires chaque année aux USA.

En 2017, 987 personnes afro-américaines ont laissé leur vie dans les mains d’un policier et sur ce total 149 n’étaient pas armées. Une réalité dont personne n’avait conscience autrefois.

Des réactions positives et négatives de la presse et de l’opinion publique

Une division au sein des médias et de l’opinion publique voit le jour. Une partie critique le Black Lives Matter, le qualifie de raciste envers les Blancs allant jusqu’à la création de nouveaux hashtag s’opposant au mouvement, le All lives matter ou encore le White lives matter, tandis que d’autres le soutiennent et luttent au sein du mouvement en participant à des manifestations. Le hashtag Black Lives Matter reste majoritairement utilisé à des fins de soutien. Sur les réseaux sociaux, les utilisateurs ont partagé ce hashtag des millions de fois parfois même quotidiennement. Black Lives Matter s’offre le titre de troisième hashtag le plus utilisé au monde.

Quand même les artistes deviennent activistes ….

Autres que les manifestations et les réseaux sociaux, le mouvement trouve sa place à travers le domaine musical. De nombreux artistes n’hésitent pas à évoquer au sein de leurs chansons les crimes commis et les discriminations qui perdurent aux États-Unis. De grands artistes populaires comme Ariana Grande ou encore Usher se sont montrés engagés et n’hésitent pas à dénoncer les brutalités commises.

Le hashtag Black Lives Matter, devenu mouvement puis symbole, cristallise l’importance des réseaux sociaux numériques au XXIème siècle. Plus qu’un simple outil de communication, ce sont devenus de outils de dénonciation, de lutte et même de rassemblement. La notoriété acquise par le mouvement a su montrer que la route vers l’égalité raciale est encore longue et que les personnes prêtes à l’emprunter doivent faire entendre leurs valeurs, leurs convictions et leurs voix, à l’instar du Black lives Matter qui cherche à ancrer l’importance de l’égalité raciale dans notre société contemporaine.

Vous pouvez retrouver le mouvement sur les réseaux sociaux et dans l’actualité internationale : une réclamation de justice prend forme pour Stephon Clark, père de famille noir de 22 ans abattu par la police alors qu’il se trouvait dans le jardin de sa grand-mère à Sacramento. Affaire à suivre et au cœur de l’actualité de Black Lives Matter.

Imène El Kadouri

Sherley Fournier

Lise Elissalde

avril 3, 2018

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