La philosophie de Baloo

« Il en faut peu pour être heureux… un peu d’eau fraîche et de verdure que nous procure la nature, quelques rayons de miel et de soleil. »

Selon Baloo, le célèbre ours du Livre de la jungle (dessin animé des studios Walt Disney adaptant le roman de Rudyard Kipling publié en 1894), le bonheur ne tient pas à grand chose et un rien suffit à rendre quelqu’un heureux. Mais Baloo a-t-il raison ou a-t-il tort? C’est ce que nous allons voir.

Tout d’abord, Baloo est un ours, ses besoins ne sont donc pas à l’évidence les mêmes que les nôtres… De plus, le bonheur diffère selon les cultures ou les personnes.

Nous savons grâce à la pyramide de Maslow¹ que ce que nous décrit Baloo sont en fait les besoins physiologiques de l’Homme, c’est-à-dire que ce sont les besoins primaires de l’Homme et non ce qui le rend heureux.

Grâce à cette même pyramide, nous savons que pour que l’Homme se sente bien, il lui faut beaucoup plus que de la nourriture, de l’eau et du sommeil ; il lui faut également un besoin d’appartenance, de sécurité, d’accomplissement de soi et d’estime.

C’est donc prouvé, pour être « heureux », l’Homme doit avoir un contact régulier avec les autres, au-delà de ses besoins primaires.

Ensuite, nous pouvons nous poser plusieurs questions :

– Quelqu’un qui a de quoi manger et boire est-il forcément heureux ?

La réponse est… peut-être. Comme nous l’avons vu précédemment, cela diffère selon les cultures, pour un français lambda, non. Il est habitué à son confort et à un certain niveau de vie et si du jour au lendemain on lui enlevait tout, c’est indéniable, il serait triste. Mais, pour un enfant syrien, par exemple, de la nourriture et de l’eau en abondance serait pour lui une chance, il serait donc heureux.

-Ne rien faire dans la jungle, seul, en se débrouillant par soi-même est-il bénéfique?

Ma réponse est non. Nous avons besoin d’un accomplissement de soi, qui passe par le travail.

Le sentiment du travail bien fait, de la récompense et du mérite est essentiel et tellement gratifiant ! Qui n’aime pas se voir mis sur un piédestal grâce à son travail parfait et recevoir une récompense ensuite ? Une récompense qui n’est pas forcément un salaire d’ailleurs, car cela nous forcerait à nous poser une autre question : l’argent nous rend-t-il heureux ?

« Si tu travailles comme une abeille, tu te rendras malade« , ajoute Baloo dans sa célèbre chanson.

Sur ce point, notre ours préféré n’a pas totalement tort. En effet, trop travailler peut entraîner des problèmes psychologiques (dépression, burn out…) ou physiques, ce qui dégrade donc notre bien-être général.

Mais si l’on suit la philosophie de Baloo à la lettre, cela voudrait dire que tous les chômeurs sont heureux et en bonne santé, ce qui est loin d’être le cas. Plus de 10.000 suicides sont recensés chez les chômeurs chaque année en France.

Mais alors pourquoi les chômeurs ne seraient-il pas heureux ?

Déjà, parce qu’ils se sociabilisent moins. Quelqu’un qui ne sort pas de chez soi ne peut en effet pas rencontrer d’autres personnes et avoir une vie sociale. De plus, il est compliqué pour eux de gagner leur vie, ce qui prouve tout de même que les besoins primaires sont indispensables au bonheur…

En résumé, la chanson de Baloo incarne de manière joyeuse et imagée la philosophie de l’épicurisme², qui dit que le bonheur est facile si l’on sait se contenter des plaisirs naturels et nécessaires (manger, boire) en rejetant ceux qui sont naturels mais dont on peut se passer pour vivre (les mets délicats) et ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires (la richesse, les honneurs).

Il faut se suffire à soi-même et se contenter de peu. Cela permet d’atteindre l’ataraxie : cette absence de trouble est la clé du bonheur. Mais comme on peut le constater, cette philosophie ne fonctionne plus forcément avec les temps modernes. Bien sûr, certains vivent encore comme ça, comme les Amish³, mais pour une personne lambda en 2018, cela peut être compliqué…

Salomé Pacquetet

 

1- Maslow : psychologue américain (1908-1970) considéré comme le père de l’approche humaniste.

2- Epicure : philosophe grec du IVème siècle av. J.C.

3- Amish : communauté religieuse qui vit de manière simple et à l’écart de la société moderne.

avril 6, 2018

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