Aux partisans de la peine de mort

Courrier International du 15.12.2017 : Manifestation contre la peine de mort à Anaheim, en Californie, le 25 février 2017. PHOTO ANDREW CULLEN / REUTERS

« Comment osez-vous encourager un acte aussi barbare, ignoble, cruel et inhumain que la peine de mort ? Punir le crime par le crime n’est pas efficace. En effet cela se résume à tuer un criminel mais à en rajouter des milliers d’autres. Vous qui êtes pour la peine de mort, vous êtes également des tueurs, ainsi vous vous rabaissez au même niveau que les personnes que vous accusez d’être des criminels.

De plus la peine de mort n’est pas dissuasive, par exemple dans la préface du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, celui-ci raconte que des personnes ont dansé autour d’un homme qui venait d’être exécuté. Plus récemment, nous avons pu constater que dans les pays qui pratiquent la peine de mort le taux de criminalité n’est pas plus bas que dans ceux qui privilégient la prison.

Vous qui êtes de fervents partisans de la devise « œil pour œil, dent pour dent », vous êtes toujours bloqués dans le passé, à l’époque de la création de la loi du Talion. Vous n’avez sûrement pas évolué en même temps que le reste de la société, qui elle a compris que la peine de mort était inefficace. C’est pour cela aussi que vous vous opposez à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui stipule que « tout individu a droit à la vie ». De plus elle dit que « nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants ». Vous êtes donc dépourvus de compassion. N’avez-vous pas compris que le fait de tuer l’auteur d’un crime n’effacera pas le délit qu’il a commis ? La justice ne se résume donc pas à la vengeance.

Imaginez-vous à la place d’un enfant lorsqu’on lui apprend que son père ou sa mère va mourir et qu’il comprend alors qu’il ne verra plus jamais la personne qui l’a éduqué et qui l’a chéri. Imaginez- vous à la place d’un compagnon ou d’une compagne face au décès de la personne qu’il ou elle aime. Imaginez- vous à la place d’un parent qui vient de prendre connaissance que son enfant, la prunelle de ses yeux, va être tué. Imaginez-vous à la place d’un frère ou d’une sœur à qui l’on apprend que la personne avec qui il ou elle a grandi va être condamné à mort. Imaginez la douleur de la perte d’un être cher amplifiée par l’indignation procurée par le fait que la prison lui aurait permis de pouvoir garder un lien avec celui-ci.

Même le plus grand des criminels ne mérite pas la mort. C’est une solution lâche. Face à un tueur ou un violeur, la chose la plus appropriée serait de le mettre en prison pour qu’il puisse réfléchir. Ainsi il pourrait regretter ses actes et s’en vouloir toute sa vie d’être coincé derrière les barreaux alors qu’une belle vie l’attend dehors. Si vous tuez ce criminel avant qu’il puisse avoir des remords, il partira la conscience tranquille. Non seulement la peine de mort est inefficace mais en plus il arrive que la justice fasse des erreurs et se rende compte que la personne qui vient d’être exécutée n’est pas coupable, cela arrive même quelques minutes après la mort de celle-ci. Au Texas, il s’avère que 4% des condamnés sont innocents. Et malheureusement aucun retour en arrière n’est possible car la peine de mort est irréversible.

Le recours à la peine de mort est excessif et très souvent injustifié car en effet, la plupart du temps, lors du procès qui précède la condamnation, l’affaire est bâclée. De plus les choix des juges peuvent être influencés par de nombreuses causes qui ne sont pas objectives. Aux Etats-Unis, la plupart des condamnés à mort sont noirs car un grand nombre de juges américains sont racistes. En Iran, les motifs d’une condamnation à mort sont insensés comme par exemple l’adultère, l’homosexualité ou encore le blasphème envers des personnages importants de l’Islam, des soi- disant crimes qui ne seraient même pas passibles de prison dans le reste du monde. De plus l’exécution des accusés reste très barbare quel que soit le pays, on pratique encore de nos jours la lapidation, la décapitation, la pendaison ou encore l’électrocution. Même aux Etats-Unis où on pratique l’injection létale, méthode la moins atroce, il arrive que le produit soit mal injecté et qu’ainsi le condamné souffre, convulse et agonise pendant plusieurs heures.

Si vous supprimez les criminels, qui restera-t-il pour témoigner de leurs regrets et de l’enfer que c’est de vivre avec ? Une des meilleures solutions pour dissuader les jeunes d’entrer dans la délinquance est de connaître l’expérience et le calvaire des prisonniers. L’éducation fait également partie des solutions possibles. Si les enfants passent leur temps à l’école, ils ne seront pas tentés de traîner dans les rues, endroit où ils peuvent facilement se faire attirer dans des activités illégales. A l’école on leur inculque des valeurs et des principes mais aussi on les instruit pour les pousser à faire des études supérieures et ainsi trouver un travail. Et si malheureusement tout cela ne fonctionne pas, la prison devrait être le seul recours face à un délit car grâce aux différentes études menées, on a pu se rendre compte que la mort n’est pas plus dissuasive que la prison à perpétuité, au contraire.

Désormais, réfléchissez à votre décision afin de sauver la solidarité humaine et de mener l’humanité vers un monde meilleur. »

Andréa Lievens, 1ES3

novembre 13, 2018

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