La nouvelle traite négrière

Nous pensons vivre dans un monde où le combat du respect des droits de l’homme appartient au passé. Mais cette vision du monde n’est-elle pas qu’une illusion ? En effet, l’humanité semble régresser pour revenir à l’époque de la Traite Négrière, qui représente 400 ans de mise en esclavage, de torture, de vente d’êtres humains innocents ayant pour seuls défauts, aux yeux de leurs oppresseurs la couleur de leur peau.

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Bamba, un jeune ivoirien qui comme ses semblables rêve de rejoindre un El Dorado, qui a pour nom l’Europe. Mais à quel prix? Il a entrepris ce long voyage pour atteindre des Terres où il pourrait, selon lui, avoir une vie stable, une famille, avoir la possibilité de subvenir aux besoins des siens. Bamba est animé par une réelle volonté de réussir mais ses rêves s’accompagnent d’une ignorance qui le rendent facilement manipulable par quiconque voudrait abuser de lui. Lorsqu’il arrive en Libye, il croit toucher au but… seule la mer le sépare de son objectif. Mais c’est alors que les rêves du jeune Bamba se transforment en cauchemar. Il est capturé, menacé, abusé, soumis, torturé, mis en esclavage, vendu pour quelques centaines d’euros, par des individus n’ayant aucun scrupule et dotés d’une impunité garantie dans un pays où règne le chaos et où il n’y a quasiment pas d’Etat.

L’article premier de la DUDH de 1948 affirme « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. ».

Il emploie les termes d’égalité, de fraternité, mais surtout de liberté. En effet, cette Déclaration est censée rapprocher les êtres humains entre eux sans aucune forme de distinction afin de maintenir la Paix, suite à des événements qui ont marqué à jamais l’Humanité.

La Liberté, se définit comme l’absence de de soumission, la capacité pour l’homme d’être cause première de ses actes sans contrainte extérieure. Elle s’applique à tous les êtres humains quelles que soient leur couleur de peau, leurs origines, leurs opinions politiques…

La Fraternité désigne un lien de solidarité et d’amitié entre les individus et montre que les Hommes sont censés s’entraider et adhérer à une certaine cohésion sociale, et donc à la paix prônée par cette Déclaration. Liberté et fraternité devraient donc mener à l’interdiction de l’esclavage et de son économie sous toutes ses formes ainsi que l’affirme le quatrième article. L’ article 5, quant à lui, interdit toutes les formes de torture et de traitements inhumains.

Au regard de ce que vivent Bamba et bien d’autres êtres humains, cette Déclaration semble être une illusion puisque nous assistons à l’émergence d’une Nouvelle Traite Négrière. L’ Histoire semble être un éternel recommencement car 400 ans d’erreurs dans lesquels des êtres humains étaient soumis à d’autres n’ont pas suffi pour que nous mettions un terme définitif à de tels actes.

250 euros ont été suffisants pour que Bamba perde sa liberté, sa dignité. La dignité d’un homme a une valeur absolue c’est à dire qu’il y a interdiction de l’acheter, de la vendre, de s’en emparer. Il en est ainsi pour tous les êtres humains, des êtres dotés de raison. Dans ce cas-ci, on donne un prix à la dignité de Bamba qui a alors une valeur relative. Par conséquent il acquiert le statut de chose, de marchandise échangée dans le but de réaliser des profits. La famille de Bamba a dû racheter sa liberté pour 450€. Ce long voyage vers une vie meilleure n’a donc généré que souffrances et traumatismes.

On peut citer le cas aussi de Camerounais ayant subi malheureusement le même sort que Bamba. Une mère camerounaise, par exemple qui s’est échappée de cet enfer sur Terre avec son bébé explique que les individus qui l’ont capturée, considéraient la peau noire comme une marchandise. Karamo un jeune gambien rescapé lui aussi, dit, je cite, « qu’en Libye les Noirs n’ont aucun droit. » D’autres encore disent que leurs oppresseurs venaient les réveiller tous les matins avec des coups répétés qui pouvaient être mortels. Pour les migrants, essayer de s’enfuir était suicidaire. En effet les individus qui les détenaient étaient armés jusqu’aux dents ce qui dissuadait toute tentative de fuite. Ces mêmes individus n’hésitaient pas à envoyer des vidéos cruelles aux proches de leurs victimes afin de les obliger à acheter leur liberté.

Alors qui sont les vrais fautifs, les vrais coupables ? A première vue on pourrait dire que ce sont les passeurs qui abusent de la confiance de leurs victimes ce qui leur permet de les vendre, d’en faire des esclaves ou alors de leur infliger des traitements inhumains contraires aux principes de liberté et de fraternité.

Mais ils ne sont pas les seuls coupables ! Selon Amnesty International, une ONG qui se bat au quotidien contre ce genre d’injustices, les pays dont sont issus ces jeunes migrants ne font rien pour les retenir, les instruire, leur donner un travail, pour mettre en place une politique d’émigration afin de les protéger des passeurs malveillants.

Enfin, l’Europe a aussi une responsabilité fondamentale dans ce désastre car l’espace Schengen est une forteresse destinée à empêcher les migrants de rejoindre ses terres et avoir la vie dont ils rêvent. Mais en réalité, plutôt que de se protéger contre les flux migratoires il est indispensable de s’attaquer aux causes de l’immigration. Pour cela, une véritable collaboration entre l’Europe et les pays les moins avancés d’Afrique et du Moyen Orient pourrait permettre à ces derniers d’offrir des conditions de vie dignes dans ces pays. Quelques opérations de sauvetages pour les migrants en provenance de Libye ne suffiront pas à mettre un terme à ces actes inhumains.

Il est temps de sortir du déni, d’assumer notre part de responsabilité dans ces actes inhumains et de promouvoir enfin liberté et fraternité pour tous !

Youssef Fadlane, TES1

Youssef a concouru avec cette plaidoirie à la finale régionale à Toulouse du Concours de plaidoiries du Mémorial de Caen.

 

décembre 11, 2018

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