« La guerre, le sida, Darfour et Biafra… » Blend*

A Gaël

Elle s’appelait Amal Hussain. Elle avait sept ans. Elle est morte en novembre dernier dans un hôpital yéménite auprès de sa mère, souffrant, comme elle, de malnutrition. Comme elle et comme cinq millions d’autres enfants au Yémen. Depuis que la guerre fait rage dans ce pays, 50 000 civils ont été tués et 11 millions d’enfants, soit 80% des mineurs, ont besoin d’aide humanitaire.

            Pourtant, malgré les nombreux avertissements de l’ONU, peu de médias accordent une place suffisante à cette tragédie, la pire situation humanitaire au monde. France Inter, Le Monde, Le Temps, France Info, le New York Times traitent de cette tragédie mais elle n’ouvre pas les JT, ne fait pas l’objet d’éditions spéciales, n’inonde pas les réseaux sociaux.

            « La mort de Lady Di a fait plus de « Unes » de journaux que le génocide tutsi. » Ces paroles de Gaël Faye résonnent encore. 800 000 morts en 1994 au Rwanda, sans compter les victimes du choléra. Aujourd’hui, malgré le redressement économique du pays, la malnutrition atteint encore 38% de la population, 56% au Burundi voisin. Au Niger, Médecins sans frontières compte dix décès par jour dans son hôpital qui accueille 11 000 enfants. Au Soudan, la famine fait son tragique retour.

            En 1968 la communauté internationale s’était émue des petits biafrais après qu’un journal suisse a diffusé un reportage montrant l’horreur de la famine. L’aide humanitaire s’était alors déployée.

            Aujourd’hui que faudra-t-il donc pour que tous ces enfants soient aidés, nourris, sauvés ?

            Aucune rock star au Yémen, aucune princesse, aucun gilet jaune.

            « A bas l’ISF ! », « Du pouvoir d’achat ! » entend-on d’un côté. « A mort les Juifs ! », « Vive la quenelle ! » entend-on de l’autre.

            A Sanaa, dans le désert yéménite, Amal Hussain s’est tue mais son silence est plus assourdissant que tout. Que les cris des casseurs, que les bris des vitrines, que les hurlements de la horde brune.

            Amal Hussain nous a quittés et le monde n’a toujours aucun sens.

Cécilia Racaud

  • * « Blend », Pili pili sur un croissant au beurre, Gaël Faye, 2013.
février 1, 2019

  • Wow! Un article captivé, touchant et engagé qui fait beaucoup de peine. Malheureusement, le Yémen n’est pas le seul pays à vivre dans des conditions terribles.

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *