Richard Werly répond à la rédaction d’Ours

Richard Werly est un journaliste et un écrivain français. Il est le correspondant à Paris du quotidien suisse Le Temps et travaille dans les locaux du Monde. Il a été correspondant en Asie, à Bangkok et à Tokyo. Il a couvert la guerre en Irak entre 2003 et 2004. C’est un homme engagé, spécialiste des questions humanitaires et accrédité au siège des Nations Unies à Genève. Il est également membre du comité du Festival international du film sur les droits de l’homme de Genève et dirige la revue mensuelle du centre Lebret-Irfed: Développement et civilisations. Et s’intéresse beaucoup à l’actualité internationale. Il est aussi l’auteur de nombreux livres comme Iqbal, l’enfant esclave (Fayard, 1995) et Dans les soutes du miracle asiatique (Stock, 1998).

© R. Werly https://twitter.com/ltwerly

Avec le projet presse, les élèves de 1°ES3 Manon, Aminata et Chloé ont pu lui poser des questions sur son métier, sur ses livres et sur son expérience dans le monde du journalisme.

1. Pourquoi avez-vous choisi d’être journaliste ?

A vrai dire, je n’ai jamais pensé exercer un autre métier. Vocation ? Peut-être. En tout cas, l’idée m’est venue très tôt. Les raisons ? D’abord la curiosité je crois. Le journalisme est un métier de curieux. L’idée d’en savoir plus que la moyenne me plaisait. Volonté de bouger aussi. Pas nécessairement de voyager loin, mais de bouger.

2. Comment avez-vous réussi à intégrer les journaux pour lesquels vous avez travaillé ?

Evolution très traditionnelle. Premiers stages en presse régionale française, puis premières piges payées à l’hebdomadaire français La Vie. Puis départ comme correspondant en Asie pour Le Journal de Genève et d’autres médias suisses. L’originalité de mon parcours est que j’ai tout de suite misé sur l’international. 

3. Ne trouvez-vous pas votre métier parfois stressant ou lassant ?

Les deux à la fois. Le stress, cela dit, est aussi un bon dopant. Mais la lassitude est réelle, surtout pour un quotidien. Nous devons écrire beaucoup, souvent et l’impression de se répéter est inévitable. Dans mon cas, la recette a été de bouger. Asie, Bruxelles, Genève, Paris. Ce roulement dans les postes de correspondants m’a permis à chaque fois de découvrir de nouveaux horizons.

4. Qu’est-ce que vous a apporté votre métier ?

La connaissance des gens et du monde. La conviction aussi que ce monde change très vite. La conviction enfin qu’il faut être sur le terrain, au contact des gens pour comprendre. L’écran et l’internet sont des moyens d’information extraordinaires, mais ce sont aussi des illusions. La réalité est différente.

5. Quel événement vous a le plus marqué dans votre carrière ?

La guerre en Irak de 2003 que j’ai suivie. Le tsunami en Asie du sud est de décembre 2004 que j’ai couvert. L’élection d’Emmanuel Macron et les attentats du 13 novembre 2015 à Paris car j’y étais.

6. Quel est selon vous le rôle des journalistes?

De raconter le monde tel qu’il est, dans sa complexité, dans ses nuances. De dire aussi ce qui ne va pas. Il y a trop peu de gens aujourd’hui qui osent dire: ça ne va pas.

7. Avez-vous toujours conservé votre liberté d’expression? Pensez-vous qu’il est plus facile de la conserver en Suisse qu’en France ?

Je n’ai jamais eu le sentiment de perdre cette liberté d’expression. J’ai parfois dû faire des compromis, des concessions. C’est normal. Mais sur l’essentiel, je n’ai jamais mis un article à la poubelle ou négligé une information parce qu’on me le demandait. Entre Suisse et France ? Des nuances selon moi, mais pas de différence en termes de liberté d’expression.

8. L’idée d’être reporter en Irak était-elle volontaire ? Si oui pourquoi ?

Oui. Le volontarisme est essentiel lorsqu’on couvre une guerre. On doit le vouloir. Pourquoi ? Parce que c’est là, qu’à ce moment, battait le cœur du monde.

9. Quel regard portent les Suisses sur le mouvement français des gilets jaunes ?

Très nuancé. La violence inquiète en Suisse. Or en France, elle se banalise. Paradoxalement, beaucoup de Suisses défendent les idées des gilets jaunes, la défense des territoires etc. Mais la méthode révolutionnaire à la française n’est pas bien vue en Helvétie.

10. Quels étaient vos motivations pour écrire L’enfant esclave ?

L’idée de comprendre comment un jeune enfant se retrouve là, d’abord enchaîné puis propulsé sur le devant de la scène médiatique après l’obtention de son prix Reebok. L’histoire d’Iqbal, c’est une métaphore du monde moderne: le pire de l’esclavage, le pire de la médiatisation.

11. Qu’entendez-vous par « l’Europe a produit des terroristes » dans l’émission Kiosque le 15 novembre 2015 ?

C’est la réalité. Les terroristes du 13 novembre 2015 étaient français ou belges pour la plupart. Ils ont été scolarisés dans ces deux pays. Leur ratage, c’est le ratage de l’intégration. C’est donc aussi le ratage de la capacité de l’Europe à absorber ces populations allogènes. C’est très inquiétant.

12. Sur quel sujet travaillez-vous en ce moment ?

Le grand débat national français et les élections européennes.

13. Subissez-vous la défiance actuelle envers les journalistes ? Quels sont selon vous les moyens de lutter contre les infox, les théories du complot et de rétablir la confiance envers les médias et les institutions ?

La défiance envers les journalistes est une réalité. Elle suppose d’expliquer, de ne rien lâcher, de défendre notre mission et notre travail. La meilleure manière de lutter contre les infox est de prendre des exemples, de démontrer combien telle ou telle information est fausse. Mais vous l’avez compris: c’est très compliqué et très difficile.

Chloé Gaye, Manon Martel et Aminata Dicko

Retrouvez les articles de Richard Werly dans Le Temps :

https://www.letemps.ch/auteur/richard-werly

 

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