Interview de Pierre Bonnet

Pierre Bonnet, diplomate au ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, nous a fait l’honneur d’être présent et de participer à l’ouverture des Journées des Mémoires. Je l’ai interviewé le mardi 12 novembre 2019.

«  Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

– Je m’appelle Pierre Bonnet, j’ai 28 ans et je travaille comme diplomate au Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères à Paris, au sein de la Direction Afrique et océan Indien. Je m’occupe plus spécifiquement du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda au sein de cette direction. Mon travail est d’assurer au quotidien un suivi de l’actualité politique, économique et sociale dans les pays de mon périmètre et de faire des propositions aux autorités politiques (au sein du Ministère ou pour la Présidence de la République) basées sur ce suivi afin de proposer des adaptations de notre politique étrangère.

 

– Pourquoi avez-vous accepté de venir lors de ces journées des mémoires ? 

– J’avais rencontré vos professeures, Claire et Cécilia à Paris lors d’une visite qu’elles avaient organisée à l’été 2019 pour rencontrer plusieurs acteurs institutionnels travaillant autour de la question des génocides (et notamment le génocide des Tutsi). On avait sympathisé et échangé quelques informations, elles m’avaient présenté leur projet que j’avais trouvé passionnant (autour de la revue Ours) et ce qu’elles souhaitaient faire. C’était important aussi pour nous, au sein du Ministère, de soutenir (même à mon petit niveau) des initiatives telles que celle-là. Quand elles m’ont demandé si j’étais libre pour venir participer aux Journées des  mémoires, j’ai accepté. Je pense aussi important de pouvoir expliquer un peu aux élèves en quoi consiste le métier de diplomate et plus spécifiquement concernant le travail sur le Rwanda (nos initiatives, comment nous réfléchissons et essayons d’avancer). Cela permet aussi de mieux saisir les dynamiques institutionnelles (qu’est-ce qu’un ministère, comment ça fonctionne) et de participer à faire mieux connaître la réalité du travail diplomatique.

En quoi est-il important de garder des bonnes, ou du moins des relations diplomates, avec le Rwanda?

– C’est important mais c’est parfois complexe. Important parce que c’est notre métier, c’est  ce sur quoi nous sommes attendus et la France aussi. Si nous entretenons de bonnes relations avec ces pays, nous pouvons maintenir une dynamique d’échanges (culturels, linguistiques, politiques, économiques) enrichissants pour les deux partenaires. Une part importante de la façon dont on mène une politique (même concernant le territoire français) dépend de ces bonnes relations internationales. Concernant le Rwanda, c’est encore plus évident si on pense au nombre d’acteurs (armées, diplomates, associations, chercheurs etc.) mobilisés en France sur ce sujet. C’est néanmoins parfois complexe, notamment lorsque le poids de la mémoire vient s’interposer. Dans ce cas, il faut se concentrer sur ce qui peut nous unir (c’est ce qu’ont décidé de faire les présidents français et rwandais en se rencontrant à Paris en mai 2018 par exemple) et avancer, à notre rythme, sur les différends du passé.

– A quoi sert la journée du 7 avril pour ces relations, quel est son but ? 

– La journée du 7 avril est une journée officielle de commémoration du génocide des Tutsi suite à la décision du Président de la République le 7 avril dernier. Son but est simple : s’assurer que le génocide des Tutsi prenne toute sa place dans notre mémoire collective. Cela veut dire que la journée est « sanctuarisée » en quelque sorte, à la fois pour tous ceux qui ont souffert directement du génocide (les rescapés et les victimes, leurs proches et leurs descendants) mais aussi pour les autres, afin qu’ils puissent mieux comprendre et tout mettre en œuvre, à leur niveau, pour qu’une tragédie pareille ne puisse jamais se reproduire. C’est aussi ça le sens d’une « politique mémorielle », elle vise à reconnaître la douleur des victimes et assurer une bonne compréhension d’un événement dramatique (esclavagisme, Shoah, génocides). »

Elya Bouyssou

Pierre Bonnet interviewé par Elya Bouyssou, 12 novembre 2019, photo Sacha Roux

avril 20, 2020

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