Editours

             « On va prendre des photos ?! » fut la première réaction de nos élèves le jour où nous leur avons présenté la Résidence d’artiste que nous allions mettre en place au lycée grâce à Julien Goldstein, photojournaliste de renom qui avait accepté de se lancer dans cette nouvelle aventure.

            Bousculer les codes, perturber les habitudes, instaurer de nouvelles pratiques pédagogiques ne fut pas des plus évident pour nos élèves dans un premier temps. Le thème que nous avions choisi, l’identité, s’adaptait pleinement aux interrogations existentielles de nos adolescents, les encourageant à s’ouvrir au monde, à l’interroger, à regarder tout simplement leur environnement. Décoller les yeux du téléphone, d’Instagram et de Snapchat, regarder autour de soi, oser aborder des inconnus, les questionner, réfléchir à l’identité des autres, à la sienne propre…autant de démarches nouvelles et parfois perturbantes.

            Ce défi, ils l’ont néanmoins relevé et leurs photoreportages révèlent une grande diversité : des tenues vestimentaires au sport, en passant par le patrimoine culturel et territorial, ces sujets montrent que les lycéens sont ancrés dans leur environnement et sont souvent fiers de s’y construire.

            Mais notre Résidence n’aurait pu aboutir pleinement sans une création collective, animée par Julien Goldstein. Deux lycéennes ayant écrit un article sur les agressions sexistes et sexuelles subies par les jeunes filles, nous avons décidé de mettre en scène ces situations en réalisant des romans-photos. Le contexte le justifiait malheureusement pleinement et la parole des femmes se libérant de plus en plus, nos jeunes élèves ont elles aussi osé témoigner. La reconstitution de scènes vécues véritablement a confronté nos élèves, filles comme garçons, à une réalité dont ils avaient parfois été témoins, sans jamais auparavant l’avoir publiquement verbalisée. Tous s’accordent sur la cruauté, la bêtise et la violence de ces situations, tous les rejettent…et pourtant certains les ont vécues.

            C’est pourquoi nous avons choisi, en accord avec nos élèves, de restituer les paroles entendues telles quelles, malgré leur vulgarité. Nous voulions confronter le public à ces propos, sensibiliser la communauté, éduquer et prévenir. Travestir la réalité ne correspond pas à l’éthique journalistique. Nous voulons éveiller les consciences et non édulcorer la violence pour ne pas choquer.

            Notre démarche rejoint la volonté de toute la communauté éducative de faire cesser ces agressions sexistes. Notre engagement n’est que l’expression sensible d’autres actions menées au sein de notre établissement mais aussi des familles, des associations citoyennes, des collectivités territoriales et de l’Etat. Chacun d’entre nous peut agir pour que le « vivre-ensemble » ne soit pas qu’une idéologie. Notre jeunesse évolue vers plus de tolérance, elle est, même si des comportements inacceptables perdurent, même si on la croit passive et indolente, déterminée à faire évoluer la société, et notre rôle est de l’y encourager.

 

 

 

                                                                                         Cécilia Racaud, professeure de Lettres

                                                                                           Claire Huguet, professeure d’Histoire-géographie

                                                                                            Directrices de la rédaction

 

octobre 5, 2020

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