Julien Goldstein dans l’oeil de l’ours

Deux interviews du photojournaliste Julien Goldstein, réalisées par Paul Pointier (seconde 1)

Interview de Julien Goldstein (effectuée à l’origine en anglais )

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir le chemin du photojournalisme?

Il y a plusieurs raisons : Je voulais comprendre le monde, voyager à travers celui-ci, et comprendre ce qu’il se passait dans le monde. C’était l’une des meilleures options pour voyager, rencontrer des personnes, comprendre leur vie, et comprendre ce qu’il se passe ; s’il y a une guerre, une dictature, etc. C’était une très bonne raison. Il y a une autre raison, moins importante, qui est de faire en sorte que les personnes comprennent ce qu’il se passe, et leur donner une parole. C’est un mix de toutes ces raisons, la plus importante étant de donner une voix à toutes les personnes que j’ai rencontrées, leur permettre de raconter leur vie. Je pense que les gens ont besoin de comprendre ce qu’il se passe. Je ne peux pas cacher qu’il y a des raisons personnelles, telles que l’envie de voyager, de comprendre.

Pouvez-vous nommer certains des pays dans lesquels vous êtes allés ?

Euh… J’ai beaucoup voyagé.

Un top 3 ?

Je ne peux pas parler de « top 3 » parce que je suis vraiment content de ces voyages. Beaucoup de ces pays étaient superbes, vraiment très beaux, de très beaux voyages. Beaucoup d’autres pays sont ce que j’appellerais « les pires au monde »,  les pires que j’aurais pu imaginer, mais en réalité, pour moi, tous étaient vraiment intéressants. Je pense par exemple au Liberia, juste après la guerre. C’était quelque chose… J’ai rencontré des personnes vraiment étranges. Tout le monde dormait partout, il y avait des enfants soldats, de la drogue  partout, des personnes vivant sans une once d’électricité. C’était vraiment dangereux, mais c’était également super d’être là-bas à ce moment-là. J’ai également eu le privilège d’aller dans plein d’endroits magnifiques, en Géorgie ou en Thaïlande par exemple. Donc je ne peux pas dire « top 3 », j’ai beaucoup voyagé autour du monde, plus souvent en Afrique et en Europe de l’Est, un peu en Asie, un peu partout en fait… Je ne peux pas parler de trois pays que j’ai préférés. Je peux dire que j’ai surtout voyagé en Russie, en Roumanie, en Ukraine, beaucoup en Turquie, en Irak et en Syrie.

Je suis vraiment intéressé par rapport à votre histoire en Biélorussie. Comment était l’atmosphère là-bas ?

Oui, c’était fou, parce que c’est la dernière dictature en Europe, c’est vraiment étrange. Loukachenko (le président de la Biélorussie, NDLR) est un personnage assez bizarre… Ça ressemble à un film dans ce pays, mais… Oui c’est vraiment intéressant, et pour moi c’était aussi très important d’être là-bas, de documenter ça. J’ai eu le privilège de le faire parce qu’ils m’ont donné un VISA, ce qui n’était pas facile. Seulement quelques journalistes ont le droit d’aller là-bas. J’ai dû travailler de mon mieux pour…

Rester là-bas ?

Oui, pour rester là-bas, pour pouvoir travailler, mais ce n’est vraiment pas facile de travailler là-bas parce que vous devez faire très attention. Vous pouvez être arrêtés et mis dans une prison, ou dans un avion, en seulement quelques minutes, donc vous devez vraiment faire attention.

Donc, après toutes ces folles aventures, qu’est-ce qui vous a amené dans notre lycée pour ce projet ? Ou dans cette ville en général ?

Donc, cette ville n’est pas vraiment importante pour moi. Pour moi, c’est vraiment important et intéressant de travailler avec vous, la prochaine génération, pour vous donner un sens, ou essayer de vous donner un sens de ce qu’est mon métier, comment je l’exerce, comment j’essaie d’être le plus honnête possible et de vous donner quelques clés sur comment on produit les informations. Vous savez que depuis quelques années maintenant, on est vraiment critiqués en tant que journaliste, les gens ont beaucoup de bonnes raisons, ce n’est pas que des bonnes raisons, mais certaines d’entre elles sont de bonnes raisons, je sais que nous ne sommes pas parfaits, je sais qu’il y a beaucoup de problèmes dans le journalisme, mais je pense qu’un de mes buts aussi est de vous montrer que nous essayons de faire de notre mieux, que nous essayons de travailler le plus honnêtement possible, et pour moi c’est important de vous le montrer, vous êtes les prochains qui iront voter, vous êtes probablement les prochains dans cette génération qui deviendront des journalistes, et donc c’est vraiment important je pense que vous sachiez comment nous travaillons, et d’essayer de nous croire.

Je me souviens de vous nous demandant comment nous trouvions des informations, et de comment les prouver. Êtes-vous sûr de vos informations quand vous travaillez ?

Je ne peux pas être sûr à cent pour cent. La seule chose que je peux dire, parce que je suis humain, je suis comme tout le monde, je suis comme un docteur, un docteur peut faire quelques erreurs, je suis comme…

Vous êtes humain.

Oui, je suis humain, donc… Je ne suis pas en train de dire que je suis sûr à cent pour cent. La seule chose que je peux vous dire est que je fais de mon mieux, et que j’exerce mon métier le plus honnêtement possible. Après ça, je veux dire que ça m’arrive assez souvent, dans le domaine, que des personnes me mentent, parce qu’elles savent que vous allez le dire, ou écrire quelque chose dessus, ou donner quelques informations. Elles vous mentent parce qu’elles pensent que c’est important, pour elles, que vous disiez ceci, même si cela ne leur est jamais arrivé. La plupart du temps, je vérifie deux fois, trois fois, donc la plupart du temps je sais que ce n’est pas vrai et je n’écris rien dessus, mais, quelquefois, bien sûr dans ma carrière, probablement que j’ai menti. Pas intentionnellement, mais j’ai probablement menti. Je ne peux pas confirmer à cent pour cent que je suis bon sur ce que je dis, mais je peux vous confirmer que je fais mon travail le plus honnêtement possible. Si vous me voyiez travailler  dans le domaine, je travaille comme un fou, de sept heures du matin à dix heures du soir, et je suis vraiment focus. Oui, j’essaie d’être le plus exact possible. C’est la seule chose que je peux dire.

Donc, de quoi ête-vous le plus fier dans toute votre carrière professionnelle, en tant que journaliste ?

Probablement mon projet sur le long terme, parce que l’une des choses est de faire des projets, des petites choses, des petits reportages pour des magazines, des journaux, mais je suis vraiment fier de faire de grands projets comme celui que j’ai fait pour les Kurdes par exemple. J’ai travaillé avec les Kurdes en Irak, en Iran, en Syrie et en Turquie pour deux ans, et j’ai travaillé aussi en Ukraine pour quelques années, après la révolution, donc c’est le grand projet de ma carrière, celui dont je suis le plus fier, parce que j’ai pris le temps de travailler, de tenter de comprendre la situation le plus profondément possible.

Quelles qualités aimeriez-vous avoir ?

Je ne sais pas, je n’aime pas parler pour moi-même, mais je peux dire que les trois qualités que j’aimerais avoir, la première est l’honnêteté, la deuxième est la précision visuelle, d’être visuellement… Oui, parce que pour moi, une bonne photographie est une photo avec des informations, et de la beauté, mais… Je n’aime pas le terme « beauté », mais c’est… Une bonne photographie doit avoir un impact, donc l’impact et les informations, et le visuel.

Ok, hum… Pouvez-vous me dire quelque chose dont vous avez hâte dans votre carrière ?

Dans le futur ?

Oui.

Oui, euh, probablement de… Juste de pouvoir continuer à travailler, et faire quelques grands projets. Je suis maintenant en train de commencer un nouveau projet sur l’alimentation, et de comment on nourrit le monde, comment on nourrira le monde en 2050, parce que nous serons 10 milliards dans le monde en 2050, et je suis en train de commencer un projet à propos de ça. En réalité, si je suis capable de continuer mon travail, de faire mon projet et de créer de grands projets, et d’être capable de voyager à travers le monde et de continuer à travailler, je serais heureux pour le restant de mes années.

Donc, merci d’avoir partagé vos réponses, et j’espère que vous verrez d’autres vues dans les prochaines années.

Merci.

 

Interview réalisée en Français

 Alors, maintenant, des questions en français, voilà. Déjà, pouvez-vous vous présenter ? Parce que, depuis le début, vous ne vous êtes pas présenté.

Alors, oui, donc je m’appelle Julien Goldstein, je suis photographe-journaliste indépendant, et je travaille pour des journaux et des magazines français et internationaux.

D’accord. Alors, quel est votre métier et en quoi consiste-t-il ?

Donc, moi je suis photographe-journaliste. Je suis journaliste exactement comme un autre journaliste et comme un journaliste écrit le serait, sauf que moi mon outil c’est l’appareil photo et mon langage ce sont les images. Quand le journaliste écrit, son outil c’est le clavier ou le stylo et son langage les mots.

D’après-vous, quelle qualité sont requises pour exercer votre métier ? Et quels défauts ne faut-il pas avoir en même temps ?

Euh… Alors, moi je dirais que le principal… Il faut être curieux. Il faut être curieux et honnête, en fait. Après, le reste, je ne dis pas que c’est pas important, mais évidemment qu’il faut être un bon photographe, évidemment qu’il faut savoir faire des images. On est photographe aussi, évidemment qu’il faut avoir un esprit artistique, avoir un certain goût, une volonté artistique aussi, mais c’est pas le plus important. Moi je pense vraiment que l’important c’est d’être curieux et honnête, curieux parce qu’il faut aller à la rencontre des gens et il faut s’intéresser aux gens, c’est la base, et honnête parce qu’on leur doit… Parce qu’à partir du moment où ils nous ont parlé et nous ont laissé rentrer dans leurs vies on leur doit l’honnêteté. Après, je dis pas que l’on fera tout parfaitement, qu’on est parfait et qu’on dit jamais de bêtises, mais voilà faut le faire de façon… Il faut faire notre métier de la façon la plus honnête possible.

D’accord. Quel est votre parcours scolaire pour arriver à votre métier ?

Alors, ça va être très court parce que j’ai eu le bac, et après j’ai arrêté les études, j’avais pas du tout envie de faire des études. Je me suis inscrit à la fac juste pour avoir des conventions de stages, et j’ai eu la chance d’aller en stage pendant un an dans l’agence Magnum Photos, qui est la plus grande agence photo au monde, qui a été créée par Cartier Bresson, etc. Et j’y suis resté pendant un an en stage, et après ils m’ont employé pendant deux ans et demi… Non pendant, pardon, quasiment deux ans, donc j’ai passé trois ans à Magnum et voilà, c’était une école extraordinaire, je pense que c’était l’équivalent de dix ans d’école en trois ans de stage plus employé.

Pour quelles raisons participez-vous au projet d’Ours ?

Je pense que c’est un rôle, on a un rôle, quand on est journaliste et quand on ramène de l’information, et quand on est sur le terrain, etc. Mais moi je pense qu’on a un rôle aussi vis-à-vis de notre public, puis vis-à-vis des nouvelles générations. Moi ce qui m’intéresse dans le projet Ours c’est que je travaille avec des lycéens, et que je trouve ça très important de vous montrer comment est-ce qu’on fabrique l’information. Il y a une grande défiance vis-à-vis des journalistes depuis quelques années, à tort et à raison, alors… Beaucoup à tort je pense, mais aussi en partie à raison, je pense qu’on a fait des bêtises, je pense qu’on a pas su expliquer comment on travaillait, voilà, il y en a qui ont fait des bêtises aussi et qui ont installé ce climat de défiance. Je pense que c’est important d’au moins venir vous montrer, et encore une fois de ne pas vous dire qu’il faut croire tous les journalistes, qu’on est parfaits, qu’on fait jamais d’erreurs, etc. C’est pas l’objet, mais en tout cas de vous montrer comment est-ce qu’on fabrique l’information, comment est-ce que moi je travaille, et essayer de vous montrer que  j’essaie de le faire de la façon la plus honnête possible, et puis essayer de vous donner des petites clés de décryptage sur les fake-news, parce que vous êtes la génération des journalistes de demain, peut-être que dans certains d’entre vous, j’aurais fait naître une vocation, j’en serais hyper fier. Mais peut-être pas du tout, mais en tout cas vous serez aussi les gens qui vont aller voter demain, vous serez aussi les gens qui seront les acteurs de la société de demain, et je pense que le journalisme est un des piliers de la société, ça j’y crois par contre dur comme fer, je pense que sans journalisme, et d’ailleurs on le voit dans pleins de pays qui ne sont pas démocratiques, le journalisme n’a pas sa place, et je pense que dans un pays démocratique, le journalisme est un des piliers de la démocratie, un pilier de la société, et donc du coup je pense que c’est important de vous le montrer, de vous le faire passer parce que vous serez les acteurs de la société de demain, et que donc le journalisme aura sa place dans votre société.

Que pensez-vous de la classe dans sa globalité ?

Je trouve ça très intéressant de toute façon, moi je pense pas qu’il y ait de mauvaises classes ou de bonnes classes. Voilà, il y a des personnes très différentes, vous êtes mélangés, c’est super. J’aurais du mal à dire quoi que ce soit, c’est un projet qui a bien fonctionné, vous avez tous bien joué le jeu, voilà, j’ai aucun problème.

Pour finir, si on vous proposait de revenir l’année prochaine pour un autre projet, reviendriez-vous ?

Ouais bien sûr, on y pense déjà d’ailleurs, mais c’est déjà la deuxième année, et on pense à la troisième, bien sûr !

D’accord. Merci beaucoup !

De rien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

octobre 6, 2021

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