Harcèlement, on ne peut laisser faire

 

Notre monde se veut juste, mais il y a encore trop d’injustices et d’horreurs pour fermer les yeux. Fermer les yeux sur la souffrance, le mal-être. Le harcèlement scolaire est un mal qui touche tous les pays, et qui me touche, qui m’a touchée, de près comme de loin.

Aujourd’hui, rien qu’en France, bien trop d’élèves souffrent de ce mal. 700 000 élèves sont victimes de harcèlement dans notre pays. Nora Fraisse a créé une association, « Marion la main tendue », pour leur venir en aide, et écrit un livre, Marion, 13 ans pour toujours, pour témoigner du harcèlement dont fut victime sa fille, Marion Fraisse. Marion est un exemple connu du harcèlement. Elle fut moquée, de vive voix comme par les réseaux sociaux, agressée sexuellement, frappée et rejetée, même par sa meilleure amie. J’ai vécu une forme de harcèlement, l’isolement, le rejet et des moqueries. Bon nombre de mes amies ont elles aussi été rejetées, harcelées, moquées, frappées, insultées et d’autres horreurs. Nous sommes nombreux. Et nous ne pouvons pas tolérer tant de cruauté.

Les harceleurs sont malheureusement bruyants, mais le harcèlement reste silencieux. Sans suite. Sans justice. Sous silence. Les victimes de harcèlement n’osent pas en parler, par peur des représailles. Peur. Comment est-ce possible ? Comment se fait-il que nous ayons peur, que nous préférions garder le silence ? Pourquoi ne sommes-nous pas protégés ? Les harceleurs n’hésitent pas à hurler, mais les victimes sont muettes. La parole devrait être libératrice, rassurante, bruyante, éclatante, fracassante ! Mais, c’est encore irréel. Marion Fraisse, par peur des autres, pour ne pas inquiéter ses parents, n’a rien dit de ce qu’elle vivait. Elle s’est tue jusqu’au bout, jusqu’au jour où ce fut trop. Alors, aujourd’hui, mon stylo en main, je parle, je révèle. Comme j’aimerais que tout le monde le fasse.

Si des mesures ont été prises, si une prise de conscience est née, tout cela est encore bien trop insuffisant. Oui, on commence à parler. Oui, on peut recourir à la justice, au tribunal. Oui, le harcèlement se médiatise peu à peu. Toutefois, c’est un bien insignifiant soulagement face à des souffrances universelles. Les procès sont parfois classés sans suite. Les médias peuvent être censurés, certains sujets n’y paraissent pas car ils déplaisent aux mauvaises personnes. Surtout, et c’est là le plus terrible, il est mal vu de vouloir comprendre les faits, témoigner et faire justice. Dans Marion, 13 ans pour toujours, les parents révèlent que le proviseur a obligé les enseignants à garder le silence. Que, malgré très peu de médiatisation, les parents d’élèves et les gens ont très mal vu le témoignage des parents de Marion. Que, même en écrivant à l’Elysée, les choses ont eu du mal à avancer. Que la faute fut souvent rejetée sur eux. Comment peut-on être aussi cruel ?

Le harcèlement détruit sa victime, jette sur lui la peur, la culpabilité, le désespoir. Parfois même, il la tue. Car le harcèlement terrorise ses victimes. Car le harcèlement détruit tout le bonheur de ses victimes. Car le harcèlement scolaire pousse des jeunes élèves à se suicider ! Et il a le culot de rejeter la faute de la souffrance et de la mort sur l’élève, la victime. Marion Fraisse n’a parlé à personne de ce qu’elle vivait, personne. Jusqu’au jour où ce fut trop. Jusqu’au jour où elle pendit son téléphone pour faire taire tous ses persécuteurs. Avant de se pendre à son tour. Ses persécuteurs ? Plutôt ses assassins. J’ai pleuré tous les soirs pendant un an. Mais j’ai parlé à ma mère, et elle m’a aidé à surmonter cette épreuve. Vous êtes des assassins. Involontaires, sans doute, mais des assassins. Vous avez rejeté la faute sur Marion pour une petite insulte. Alors, vous pouvez nous enfermer dans tous les brasiers du monde, mais nous ne pouvons pas vous envoyer des étincelles ? Hors de question ! Cette cruauté est intolérable.

Si des progrès ont été faits, il reste beaucoup à conquérir. La justice, les mentalités et, surtout, la paix. Nous voulons du bonheur, nous ne voulons aucun mal, à nous ou à qui que ce soit. Alors, pour sauver des vies, ouvrez les yeux sur ces atrocités, témoignez, venez en aide aux victimes. Il suffit parfois de peu de choses. Des sourires, quelques mots, de la compagnie, de l’attention, de la gentillesse. J’ai l’espoir, qu’un jour nous ayons la paix, et que le verbe harceler ne se conjugue qu’au passé.

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