« Ma campagne, république de béton »

 

Je n’attaquerai pas que les erreurs du passé, je veux aussi attaquer l’avenir. Je veux  parler de notre campagne française, paradis de la nature, à une certaine époque, lieu de pollution, de construction et de problèmes pas assez ‘’républicains’’ pour qu’on y prête attention aujourd’hui. Je veux, je souhaite, attaquer les mentalités qui construisent notre campagne. Je veux attaquer les travers des zones rurales de demain, où 15 % de la population vit. Mais ma tribune, si elle peut  être provocatrice, veut faire réfléchir, faire agir, je veux avant tout protéger ma campagne, ma nature, ma vie.

En premier lieu, depuis des années, une dépendance de la campagne envers la ville s’est accentuée à cause de la disparition des services publics et de proximité. Les gouvernements qui se sont succédé  ont réalisé une politique de fermeture de ces services au profit de la ville. Ainsi, trésoreries, banques, cabinets médicaux, postes, disparaissent de nos villages. Les villageois doivent maintenant affronter l’étouffante ville, à plusieurs, voire dizaines de kilomètres, pour y déposer une simple enveloppe. La vie dans les villages devient monotone, ces lieux de rencontres, de partages, de vie, ne sont plus. Les maisons forment maintenant un désert économique, social et maintenant politique. Pire, de nouveaux habitants reviennent dans les villages. Mais y a-t-il un médecin pour pouvoir les accueillir ? Comment voulez-vous qu’un médecin puisse s’occuper de deux mille à trois mille personnes à la fois ? Les chiffres le prouvent, 10 % de la population rurale n’a pas de médecin traitant. Les nouvelles générations accentuent aussi le problème, les jeunes médecins ne s’installent plus à la campagne mais dans les villes ; plus personne ne souhaite travailler autant que leur courageux grands-parents. Est-ce de la lâcheté ? Non, une nouvelle mentalité gouvernementale de rentabilité et de décentralisation du pouvoir politique vers les cités locales. Un exemple pour illustrer mes propos est le secteur du village de Barjac, dans le Gard, où dans un secteur de trente kilomètres, la moitié des médecins généralistes ont plus de cinquante ans. Ils ne peuvent déjà plus prendre de nouveaux patients, ils les laisseront ensuite sans personne à leur retraite.

Dans un second lieu, il y a un autre problème, celui de l’installation des néo-ruraux, ce sont ceux qui ont fait le choix de travailler en ville et de s’installer à la campagne. En effet, la France connaît depuis le premier confinement une vague, une mode, celle des néo-ruraux. Mais la question du logement pose problème. Les Français, dans leur vision idéalisée et complètement dépassée, s’imaginaient que les ‘’nouveaux villageois’’ habiteraient dans des villas ou autres maisons hors de prix. Personne n’a osé ou eu simplement le courage, la force, et je parle ici des maires et des administrations rurales, de dire que nos si beaux villages seraient garnis de nouveaux quartiers résidentiels, avec des maisons pavillonnaires, toutes identiques, à la place des vignes et des pins. Pourquoi a-t-on pu faire cette politique résidentielle sans en informer les habitants ? Maintenant, nos ainés découvrent avec stupeur les sadiques ‘’plans d’urbanisme’’ de chaque village, et apprennent que le champ devant chez eux va être anéanti pour y mettre six ou sept maisons avec leur petit jardin, le tout faisant  quatre-vingt-dix  mètres carrés de surface au lieu de maisons deux à trois fois plus grandes, avec une architecture respectant les cultures de chaque région, au lieu de maisons blanches ou grises faites en deux ou trois mois. Le meilleur exemple est le village de Saint-Gervais, à cinq kilomètres de Bagnols-sur-Cèze, où deux quartiers résidentiels ont été construits, et deux autres sont en projet, ravageant ses si emblématiques vignes.

Ensuite, en lien avec les précédents arguments, il y a la disparition des activités agricoles, au profit de nouvelles activités comme les loisirs, les activités commerciales, industrielles, économiques ou même nucléaires. Car cette fois c’est la ville qui fait directement subir le phénomène d’urbanisation en construisant des zones commerciales en plein cœur de la campagne. On ravage les champs pour y mettre des magasins ; on détruit les forêts au profit d’usines ou d’éoliennes. Tout le monde veut des éoliennes, mais jamais à côté de chez soi…puisque c’est évidemment à la campagne qu’elles vont être installées comme des tours interminables que personne n’ose regarder d’en face. A Saint-Laurent-des-arbres, par exemple,  une boite de nuit a été construite à la place de vignes, plaisant plus aux nouvelles mentalités.

Enfin, dans ce monde mondialisé, dans cette France mondialisée, le tourisme de masse fait beaucoup de mal à la campagne. On bétonne les sols, construit des hôtels et parkings, on pollue. Il faut contrôler ce tourisme pour protéger la nature. Les gîtes, auberges ou autres hébergements attirent des touristes en masse, à côté de monuments célèbres, paralysant parfois la vie des citoyens, des campagnards. L’exemple le plus flagrant est le Pays Basque. Les plus belles villes de France : Hendaye, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Biarritz, ou encore les plages de Bidart, la montagne de la Rhune, subissent ce tourisme de masse. En conséquence, les Basques ne peuvent vivre correctement l’été, l’immobilier dans les communes rurales chantées et idolâtrées par le mythique Luis Mariano ou un certain George Guétary, explose. La belle de Cadix ne peut plus aller au couvent !  Chi-ca ! Chi-ca ! Chic ! Ay ! Ay ! Ay !  Les prix ont, en effet, triplé depuis soixante ans.

Je veux donc défendre ma cause, la préservation des villages, l’accès aux services publics et le respect des villageois. Je suis moi-même allé plusieurs fois au Pays Basque, en adoptant toutefois une attitude respectueuse, m’éloignant des grandes villes, afin de ne pas déranger les habitants, car le tourisme reste tout de même important dans ce petit bout du paradis ! J’espère que l’avenir sera aussi  beau que le passé, alors notre plaisir ne sera jamais gâché.

 

Diego Henriques

Un commentaire

  1. Bonjour, je suis d’accord avec vous au sujet de cette question ! Je suis encore jamais allée au Pays Basque, mais cela donne envie! Merci pour votre article

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