Rencontre avec Constance de Bonnaventure

Rencontre avec Constance de Bonnaventure

            Le 25 novembre 2021, nous avons eu la chance de faire la connaissance de Constance de Bonnaventure, une journaliste pigiste (c’est-à-dire rémunérée à la tâche) assez connue et également une réalisatrice de reportages, notamment pour la chaîne Arte.

Elle a environ 13 ans d’expérience dans le métier, et a fait autant de la radio comme avec RTL dont elle a été la correspondante en Afghanistan en 2007, que de la télévision avec Arte, mais aussi avec la chaîne France 24 à Paris.

Constance de Bonnaventure est restée deux ans en Afghanistan, années durant lesquelles elle a été correspondante de nombreux médias comme Le Parisien, RTL, etc. Puis elle rentre en France, avant de repartir s’installer en Israël. De retour d’Israël, elle intégre le service reportage d’Itélé-Canal+ à Paris, et y reste deux ans. En 2015, elle s’installe en Turquie où elle est correspondante de nombreux médias francophones. Puis, en 2016, elle revient en France et y reste jusqu’à aujourd’hui.

En plus d’avoir la chance de faire la connaissance de Constance de Bonnaventure, nous avons pu lui poser de nombreuses questions, auxquelles elle nous a répondu. Voici la retranscription des différentes questions et des réponses que Constance nous a données :

  1. Est-ce que certaines informations que vous avez récoltées ont déjà été modifiées ?

Pour cette première question, Constance nous a clairement répondu que cela ne lui était jamais arrivé. Cependant, elle a déjà obtenu certaines informations qu’elle ne devait pas diffuser, ou qu’elle devait en tout cas éviter de dévoiler, car les personnes qu’elle interrogeait avaient décidé qu’elles ne voulaient pas que ça se sache. Mais certaines de ces personnes ont accepté tout de même que ces informations soient dévoilées en off, ce qui veut dire que certes la personne a dit quelque chose, mais ce n’est pas « elle » qui l’a dit, son nom n’est pas révélé.

  1. Avez-vous déjà été dans une situation compliquée à cause du journalisme ?

Constance nous a raconté qu’elle avait déjà vécu ceci sur le tournage d’un reportage qui ne fut jamais diffusé, mais sinon  cela ne lui est jamais arrivé. En général, rien de bien méchant ne lui arrive, mais souvent les interviewés ne sont jamais contents de ce qui est dit au final.

  1. Est-ce que les réseaux sociaux sont réprimandés dans certains pays ?

D’après Constance, les réseaux sociaux ne sont pas réprimandés dans tous les pays. En Russie par exemple, pays très connecté, le gouvernement veut réprimander l’usage des réseaux. Cependant, l’usage de VPN permet de facilement se connecter sans que le gouvernement  s’en rende compte. En Turquie, de nombreux contenus très critiques envers le gouvernement sont censurés, et l’accès y est complètement interdit.

  1. Est-ce qu’il y a de la diversité dans le journalisme ?

Constance nous a dit qu’il y avait très peu de diversité dans le journalisme. Par exemple, il n’y a aucun handicapé, et le nombre d’hommes est bien plus important que celui des femmes. Il y a également très peu de minorités dans le journalisme, sans raison évidente. Pour donner un chiffre, Constance nous a dit que le premier maghrébin engagé au journal Le Monde l’a été en 2005, pour couvrir les émeutes de Paris.

  1. Qu’aimez-vous le plus dans votre travail ?

Constance nous a avoué que ce qu’elle aimait le plus c’était que chaque jour, il y avait un changement, chaque jour est différent. Les surprises du quotidien, etc.

  1. Avez-vous eu des problèmes à votre arrivée en Afghanistan ?

Le principal problème qu’a eu Constance à son arrivée était la langue : le Perse, dont elle n’avait aucune connaissance. Elle a donc pris des cours pendant deux ans pour connaître les bases, mais n’y est jamais parvenu complètement, excepté pour les formules de politesse. C’est la raison pour laquelle elle travaillait souvent avec des « fixeurs », des traducteurs, qui l’ont aidée. Constance nous a également dit que les fixeurs étaient vraiment très importants dans le métier.

  1. Durant l’écriture d’un article, avez-vous déjà été censurée ?

Constance nous a dit que les médias français ne pratiquaient pas la censure. Cependant, un jour, après l’enlèvement d’un français, elle a déjà été convoquée par les Services Secrets français, pour garder secrète l’information pendant un moment. En Turquie également, quand elle couvrait la crise des migrants, Constance devait faire très attention, car tout était vérifié, et à la moindre erreur, elle pouvait perdre sa carte de presse. Constance tentait également d’éviter de se faire escorter dans les pays où elle allait, car elle pense que ce n’est plus du journalisme à ce niveau-là, et également car elle ne voulait pas travailler avec une escorte armée.

  1. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du journalisme ?

Constance habitait avant dans une ferme, et elle avait très envie de voir de quoi était fait le monde, de découvrir ce qu’il se passait. C’est la volonté de rencontrer des gens, de découvrir leur histoire qui l’a poussée  à faire du journalisme son métier, c’était comme une évidence pour elle.

  1. Avez-vous eu des difficultés dans vos études ?

Constance a eu du mal pour ses études. En effet, elle n’était pas issue d’un milieu bourgeois, et toutes les écoles de journalisme étaient à Paris, et n’ayant aucun contact, cela était compliqué pour Constance de trouver des stages, etc. Puis, énormément de gens voulaient faire du journalisme, et quand on n’est pas bien orientée, ce n’est pas évident de s’y retrouver. Constance nous a dit que l’Afghanistan a accéléré son parcours, et que si elle n’y était pas allée, elle ne serait jamais devenue une journaliste.

  1. Est-ce que vous pensez qu’il est plus facile d’être accueilli par les gens en France ?

Constance nous a dit qu’en France, les gens n’accueillaient personne chez eux, car cela fait peur de voir des journalistes débarquer chez soi. Alors qu’en Afghanistan ou en Turquie, il est plus facile d’aller chez les gens, qui les accueillent plus facilement, plus chaleureusement : il est plus facile de rentrer dans le quotidien des gens dans ce genre de pays. Les sujets les plus compliqués à traiter pour Constance étaient ceux localisés en France.

  1. Quand on est journaliste, qu’est-ce qu’il faut dire pour intéresser les gens ?

Constance nous a révélé que les médias fonctionnent en fonction de l’intérêt des gens, selon une logique économique : si les gens ne sont pas intéressés, alors il n’y a aucun intérêt à le diffuser. Constance nous a ensuite énoncé la loi du « Mort-kilomètre » : si une personne meurt dans un environnement proche de chez nous, et que 1500 personnes meurent dans une inondation en Inde, alors il sera plus intéressant de raconter la mort de cette unique personne morte plutôt que celle des 1500 personnes indiennes.

  1. En Israël et en Palestine, étiez-vous là simplement pour informer ou aussi pour aider ?

Constance nous a avoué que la situation était souvent compliquée sur les tournages. Souvent, les gens lui demandaient de l’argent, et elle refusait, estimant que sinon, ils devenaient des acteurs et que leur propos n’étaient plus véridiques. Elle nous a ensuite dit que souvent, les gens prenaient les journalistes pour des humanitaires, alors que ce n’est en aucun cas vrai.

  1. Comment différencier le vrai du faux dans une enquête?

Constance nous a dit que, souvent, les informations étaient vérifiées plusieurs fois, mais que pour vérifier si une information est véridique, il fallait au moins trouver trois sources la relatant. Ce n’est pas toujours facile de vérifier une information, c’est même quelquefois une question de feeling : il faut pouvoir sentir les choses. Parfois également, les gens racontent des mensonges pour paraître importants. Il est cependant toujours possible de se tromper, en ne vérifiant pas, en voulant aller trop vite…

 

Paul Pointier

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