La culture des armes aux USA

La culture des armes aux Etats-Unis

 

La fusillade d’Uvalde au Texas nous donne la triste occasion de nous pencher sur le problème des armes aux Etats-Unis. Pourquoi, dans un pays de 330 millions d’habitants, où plus de 400 millions d’armes à feu sont actuellement en circulation, le contrôle et la règlementation de celles-ci sont-ils si difficiles ?

 

La législation concernant le port d’arme aux Etats-Unis ne date pas d’hier, mais remonte à la fin du XVIIIème siècle. Elle fait son apparition dans le second amendement de la Constitution des Etats-Unis, décrété le 15 décembre 1791. Celui-ci stipule que, la sécurité d’un Etat libre dépendant d’une milice bien organisée, chaque citoyen doit avoir le droit de posséder et de porter une arme. De fait, la guerre d’indépendance, guerre durant laquelle les milices citoyennes ont été mises au service de l’affranchissement des 13 premiers Etats américains, vient de s’achever et les armes apparaissent d’ores et déjà comme le symbole de la lutte contre l’oppression britannique. Aux Américains de rédiger leur constitution : la police n’existant pas, dans un territoire grandement rural, les citoyens doivent donc protéger leurs biens par eux-mêmes, et c’est ainsi que naît le second amendement, et c’est en cela qu’il trouve sa légitimité.

Souvent relié aux « red-necks » (« pecnots »), qui ne jurent que par leur(s) fusil(s) et, en conséquence, critiqué par les Européens pour son archaïsme, le second amendement des Etats-Unis est systématiquement brandi par les Américains en défaveur d’un contrôle des armes plus strict et d’une limitation de leur droit à disposer de leurs armes. En effet, bien que cette tradition de l’arme qui affranchit soit révolue – l’oppression britannique n’est plus vraiment redoutée aux Etats-Unis – les Américains sont toujours très attachés au second amendement dans la mesure où ils ressentent encore le besoin (ou la crainte) de devoir protéger leurs biens et leur famille. Les défenseurs des armes vont même jusqu’à invoquer l’esclavage et la Shoa, prétendant que si l’accès aux armes n’avait pas été interdit aux Noirs aux Etats-Unis et aux Juifs en Allemagne nazie, esclavage et Shoa n’auraient pas eu lieu …

Depuis les années 2000, la production d’armes à feu a triplé aux Etats-Unis, passant de moins de 4 millions d’armes fabriquées sur l’année 2000, à plus de 11 millions en 2020. Face à cet essor, les gouvernements, essentiellement celui d’Obama, tentent de légiférer sur la circulation des armes à feu aux Etats-Unis mais chaque tentative de limitation se solde par un échec. En effet, selon la formule consacrée, qui dit que les Américains n’ont jamais bu autant d’alcool que sous la prohibition et, de même que le peuple parisien de 1871 se souleva contre la confiscation de ses canons par le gouvernement de Thiers, les Américains ont une peur viscérale de la confiscation. C’est ainsi qu’à chaque nouvelle loi promulguée par Barack Obama pour endiguer l’expansion du nombre d’armes, les armuriers connurent une hausse des ventes record, les géants de l’armement grimpèrent de près d’une demi-douzaine de pourcents à la bourse, les magasins Walmart furent dévalisés de leurs fusils semi-automatiques et le lobby des armes à feu accueillit des centaines de milliers de nouveaux adhérents… Aujourd’hui, Biden peine à légiférer et se contente de micro-mesures en raison de sa très courte majorité parlementaire.

Aussi, pour ces raisons historiques, culturelles, politiques et sociétales, il est aisé de comprendre la place qu’occupe l’arme à feu aux Etats-Unis et la difficulté d’ébranler cette position.

César Timol

 

 

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