« Self Portrait Post Mortem (Canada, 2005, 3 min) s’organise autour d’un rythme lent, autant dans le son que dans les images. Le son s’assimile à une respiration, à un battement doux. Quant aux images, elles dessinent au début une ligne colorée serpentant aléatoirement au centre de l’image. Puis apparaît une sorte d’interstice sombre encadré de granulations brunes et rougeâtres. De cette obscurité centrale apparaît enfin un visage.

On peut se questionner sur le titre de ce film, qui annonce un autoportrait après la mort. De quel portrait et de quelle mort s’agit-il ici ?
Avant de montrer ce film de Louise Bourque, il est intéressant de questionner les élèves sur ce qu’est un autoportrait. Ce terme semble trouver facilement des échos picturaux avec la peinture et la photographie. Mais qu’en est-il du cinéma ? Le cinéaste retourne-t-il sa caméra vers lui ? Que choisit-il de nous raconter de lui ? Quelle utilisation va-t-il faire du son ? Comment le mouvement des images est-il utilisé ?
Le film de Louise Bourque nous plonge dans une matière organique accompagnée par des bruits corporels. Les couleurs brunes ajoutent une sensation d’intériorité, les formes ressemblent à un grossissement de tissus humains, à des matières observées à l’intérieur d’un corps. Leur défilement pourrait évoquer des écailles, ou une carapace d’où émerge un visage. C’est celui de la cinéaste jeune : ce portrait a été filmé par ses parents alors qu’elle était adolescente. Il semble jaillir d’un ensevelissement organique, comme s’il était enfoui sous de la lave. Ce film nous plonge dans un voyage à l’intérieur d’un corps d’où ressort un visage. Le corps en question peut bien sûr être celui de la cinéaste (comme la vision métaphorique d’une renaissance), mais il est aussi celui de la pellicule, matière vivante, vibrante, soumise aux variations de la lumière, des opérations de développement des images. La pellicule (et ses composants : les émulsions photosensibles) réagissent au passage du temps et aux effets chimiques qu’elle subit. Cet autoportrait tisse un lien très étroit entre la cinéaste et la matière même de l’image cinématographique. Techniquement, pour obtenir cette dégradation de l’image, la cinéaste a enterré ce film de famille pendant plusieurs mois. »

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