Le Clown.Que dit la naissance du mot, vers le 16èm siècle?

« Le dictionnaire de Fowler nous dit : 1563 : probablement d’origine bas-allemande.

51. un campagnard ou un paysan, un rustre

62. trad. : 1583 : un homme ignorant et mal élevé

73. un imbécile ou un bouffon ; en usage moderne, l’un des personnages d’une pantomime, d’un cirque, etc. (1600). »Où retrouve-t-on les paramètres du clown ? »André Strauss.

Le FOU

« C’est la plaie du temps que les fous mènent les aveugles » dit Shakespeare dans le Roi Lear.

Chez Duchamp la figure du fou est bien présente, elle prend les traits de l’artiste.

« C’est la plaie du temps que la raison raisonnante mène les voyants pourrait dire le ready-maker, ce fut le constat des dadaïstes, à travers la figure du nihilisme. Pensons à la prose poétique de Tristan Tzara en 1918 dans Sept manifestes dada .

« Tout produit du dégoût susceptible de devenir une négation de la famille, est dada ; protestation aux poings de tout son être en action destructive : DADA ; connaissance de tous les moyens rejetés jusqu’à présent par le sexe publique du compromis commode et de la politesse : DADA ; abolition de la logique, danse des impuissants de la création : DADA ; de toute hiérarchie et équation sociale installée pour les valeurs par nos valets : DADA ; chaque objet, tous les objets, les sentiments et les obscurités, les apparitions et le choc précis des lignes parallèles, sont des moyens pour le combat : DADA ; abolition de la mémoire : DADA ; abolition de l’archéologie : DADA ; abolition des prophètes : DADA ; abolition du futur : DADA ; croyance absolue indiscutable dans chaque dieu produit immédiat de la spontanéité : DADA ; saut élégant et sans préjudice d’une harmonie à l’autre sphère; trajectoire d’une parole jetée comme un disque sonore cri; respecter toutes les individualités dans leur folie du moment : sérieuse, craintive, timide, ardente, vigoureuse, décidée, enthousiaste; peler son église du tout accessoire inutile et lourd; cracher comme une cascade lumineuse la pensé désobligeante ou amoureuse, ou la choyer — avec la vive satisfaction que c’est tout à fait égal — avec la même intensité dans le buisson, pur d’insectes pour le sang bien né, et doré de corps d’archanges, de son âme. Liberté : DADA DADA DADA, hurlement des douleurs crispées, entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des inconséquences : LA VIE. »

                                                          Tristan Tzara, Sept manifestes dada, 1918

« Ce mythe se forge avec lui mais surtout en dehors de lui. » Bernard Marcadé.

Ainsi, le poète Tzara revendique de façon radicale sous forme d’un combat destructeur l’abolition systématique de toute logique, les diktats fossilisés et institutionnels : la mémoire, la famille, le goût, les prophètes, du futur, de l’archéologie… Bref « toute hiérarchie et équation sociale installée pour les valeurs par nos valets » au profit d’une affirmation vivante ,intense, spontanée fu présent, une libération des dogmes téléologiques. Le mouvement Dada dépouille la civilisation moribonde, exsangue de ces vieux oripeaux apolliniens, cultivant l’hubris, la danse dyonisiaque Cette société de l’ordre s’incarne chez Duchamp autour de la figure des moules maliques , ces corps  sociaux ,virils, engoncés, harnachés, dans lesquels chacun semble vouloir s’incarner en société. Duchamp est « Ni artiste ni anarchiste « mais fusion des postures en une nouvelle entité l’ ANARTISTE. Comme l’explique, tout à fait bien, Bernard Marcadé dans sa biographie sur l’artiste: « Lui-même parle de lui comme d’un anartiste. C’est à dire qu’il n’est ni artiste, ni anarchiste, et en même temps les deux à la fois. l »historien et critique d’art de poursuivre: « La référence à Max Stirner reste omniprésente en filigrane de nombre de ses œuvres. » L’anarchisme individuel reste fondamental pour lui. Il détourne les gestes anarchistes pour en faire un mode de vie. Ce point reste à mes yeux essentiel pour comprendre l’homme et l’artiste.  » Fait-il comme pour sa vie, de l’anarchisme, du geste, de la posture une forme de « micro résistance « face à une vie, elle-même, déjà ready-madisée ?.Comme les couleurs sorties du tube, tout est déjà là, rien est à inventer tout est à détourner. Duchamp cultive un certain solipsismes ( « antisocial » radical?). Dans un Interview, en 1961 (French) Alain Jouffroy,

Marcel Duchamp affirmait qu’il préférait l’hospitalité du melting- pot américain au « panier de crabe » parisien si chauvin. Vivre en Amérique lui permet d’avoir « une vie plus agréable ». La vision du personnage de Jim Harrison, Donald métis Chippewa-Finnois de 45 ans, dans le roman de 2007 « Retour En Terre »

de sang mêlé, dénoncerait cette vision et propagande de mixité et d’échange interculturel enseigné dans les écoles. La réalité est toute différente vue des minorité et face au génocide indien qu’il évoque dans ces romans Il suffit de relire les propos d’Ezra Pound pour comprendre comment au début du XXème ce métissage pose problème pour certains américains. 

Comment constituer son unicité (l’individuation),sinon en cultivant  » l’idée du moi, ce principe absolu de toute activité ». Il y a une volonté très forte et positive chez Duchamp, une forme de volonté de cultiver le souci de soi » entre une pratique de distanciation antique de jouissance conjugué a une attitude proche des leçons zen (sa « plus belle oeuvre », c’est  son « emploi du temps ».« Mon art serait de vivre » je suis un « ingénieur du temps perdu »  autre forme de la productivité que permet la jouissance de l’instant donné. Stirner, dans son ouvrage « L »unique et sa propriété », rappelait « Être un homme ne signifie pas remplir l’idéal de l’homme, mais se manifester soi, individu : ma tâche n’est pas de réaliser le concept général de l’humain, mais de Me suffire à Moi-même. C’est Moi qui suis mon espèce, sans norme, loi ,ni modèle, etc… » l’unique … p. 232.La figure de l’anarchiste et ses motifs libertaires demeurent, depuis la fin du XIXèm, comme une résonance politique et littéraire dont Duchamp est l’héritier: (L’individualisme anarchiste de Victor Basch, Les Anarchistes de John Henry Mackay).

Marcel Duchamp : la vie à crédit : biographie

 

Duchamp préfère revêtir, selon les périodes les attributs du caméléon, parfois jusqu’au travestissement. Il joue sur la surface claire de l’identité à travers des genres multiples et fluides. Il passe de l’une à l’autre, d’une fiction à l’autre.  Il peut prendre chez lui la forme du Dandy, de l’épicurien, du zazen, du fou, du clown, du fumiste, du dilettant, de l’infans, du malin génie, » du bandit artiste », du libertin (« communisme sentimental « et libre conjugalité ) mais c’est surtout la figure centrale de l’androgynie (figure de la Renaissance qui le rapproche d’un leonard que l’on retiendra avec Rose selavie ( avatar du juif, il renonce à cette forme de diaspora avec soi que cultive l’essentialisme social).Il  joue avec cette figure ,ce double dont il construit le portrait, cette part d’eros, engendrant en un seul Être autarcique les futurs replique des ready made. En cultivant la fin de la binarité du genre, ce  pluralisme du moi dont Rimbaud puis Freud avait l’intuition il utilise toute ses figures de la limite et de la marge ..Dès son arrivée à N.Y, en 1915 , dans certains milieux, il explique à Alain Jouffroy, qu’il était considére , après son scandale de 1913 à L’armory Show, comme « une bête curieuse », ce qui lui permis une certaine liberté.

Ressources sonores autour de Marcel Duchamp (interviews…) proposées par Ubuweb

http://undeuxtroisduchamp.wordpress.com/

Dans la transformation du champ, transvaluation des valeurs, c’est le fou, l’aveugle seulement qui sait et voit: regarde dit l’aveugle suivant la parabole de Lear « les aveugles sont clairvoyants, et les Fous disent la vérité. »La folie n’est pas là où on le croit.Ia figure du Blind Man en est la parabole éclairante,ironique et sarcastique,dans une societe foncierement,philodophiquement construite à partir de la vue.( La vérité tournant depuis Platon autour du visible, la réflexion exclusive obsessionnel autour de la representiont et de l’optique).Pensons au

Derèglement mental qui  pousse le roi  à agir sans raison, à créer un monde imaginaire.Le fou qui accompagne le moule malique du pouvoir, est-celui qui possède le discernement, la lucidité.A la Renaissance, l’époque d’ERASME, la folie n’est pas encore exclu, réduite au grand enfermement à l’exclusion du cogito cartésien comme le constatera Michel Foucault à l’âge classique ,elle dialogue comme forme de pensée possible avec la raison.

Henri CARTIER-BRESSON Marcel Duchamp dans son atelier ...Marcel Duchamp dans son atelier, Neuilly-sur-Seine, France, 1968.

 

Duchamp fait le clown. Il joue les amuseurs. Comme l’explique Victor BOURGY, dans son article sur ce thème, le premier clown, « au sens premier, le mot désignait un rustre : « a countryman ou peasant, a boor » dit le dictionnaire, renvoyant à la souche paysanne et aux mœurs grossières de cet individu. » c’était  « un homme ignorant et mal élevé« , « un imbécile ou un bouffon« , pleins de maladresses. C’est là qu’intervient exceptionnellement, dans des circonstances précise: un certain Richard Mutt. Être rustre, c’est avoir des « manières frustes, manquer de raffinement  (Fromentin, loc. cit.) Le mot « grossièreté » est dérivé de rusticus. Prédicat qu’utilise Hume pour l’entendement, cette raison première que chacun devrait pouvoir dépasser par l’enseignement didactique des mathématiques,formatrice  exclusive pour une raison éduquée. Le philosophe britannique du XVIII évoque également , en 1757, dans  De la norme du goût la nécessité d’une formation au goût, un développement de la sensibilité , éclairé à travers une pratique de la comparaison, de la différenciation et de l’identification  à travers l’ expérience.
Comment former cette qualité qu’est « la délicatesse » du bon critique d’art,  comment lutter contre  » l’influence du préjugé » de l’opinion subjective sinon en cultivant ce perfectionnement de l’évaluation esthétique à travers la contemplation qui aiguise les sens
.(…) bien peu d’hommes, disait-il , sont qualifiés pour donner leur jugement sur une œuvre d’art, ou pour établir leur propre sentiment comme étant la norme de la beauté. »
La proposition de l’urinoir,  comme une zone d’indiscernabilité, fut ressentie comme une » vulgarité » dans le jeu dialectique traditionnel esthétique et moral: une création soit  par  incompétence, une évaluation erronée ou une par simple farce, un mauvais goût volontairement porté à la vue du jury.
Duchamp proposait une nouvelle  ‘instance de référence »et morphologique , un  nouveau jeu de relations,qui

« transformait le champ » (Lyotard) , déplaçant, défaisant les particularités « locales »  et organiques à travers ce parasitage exogènes.Cette forme virale, qu’est fontaine , introduite dans le réseau comme un cheval de Troie,
rendaient l’évaluation nouvelle et le  « principes universels du goût » comme valeur objective, fondée sur des critères admis par tous comme caduc et non efficient . La  » rusticité » prosaïque de ses proposition étaient inaudibles et incompréhensible pour cette arènes institutionnelles avec ses règles du jeu prédéfinies. L’exposition est un lieu de médiatisation ( élections) ou de traitement (judiciaire, administratif, législatif) des problèmes esthétiques. Duchamp devra en contrepoint créer d’autres lieux de médiatisation (l’atelier galerie du photographe, la presse…)
. L’utilisation des objets ordinaires souvent choisis , dans une intention inavouée, selon Bernard Marcadé  dans le champ lexical et métaphorique sexuels voire et grivois redoublait l’impacte du scandale.
Le valet, le bouffon dans la littérature savait usée de la ruse, forme d’intelligence maligne
 

Marcel Duchamp en Rrose Sélavy. Photographie de Man Ray.

 

Le signataire du ready made de Fontaine R.MUTT , invention ponctuelle, pouvait dans le langage pourrait être proche du répertoire que jouait les premiers Clowns historiques, ceux qui avant le théâtre classique  avec Scapin, Figaro, Ruy Blas, d’Aristophane, Plaute à la comédie italienne, avaient parfois le statut de simple valet. Dérivatif comique et facétieux , ils étaient les complice de l’auteur, des une sorte de faire voir et savoir, utilisés par le metteur en scène. Dans l’exposition de Fontaine, Duchamp demeure lui aussi caché dans les coulisses. Caché dans l’ombre de R.mutt, il vient brocarder les préjugés de cette scène artistique New Yorkaise qui se prétendait  prétendue moderne et libérale. R.MUTT et son oeuvre, interviennent comme une sorte de miroir, de loupe grossissante comparable à ces valets  qui permettent un renversement idéologique. Pensons aux bonnes de Genet qui imitent, singe le pouvoir de la maîtresse, Sganarelle, serviteur impertinent reprenant les traits caricaturaux du médecin . Fontaine, urinoir renversé , estampillée doublement art par mutation est une parodie de l’art,  R.Mutt imite provocation en associant deux choses que tout semble opposer, « collusion syntagmatique » :l’objet ordinaire et le lieu d’exposition et une « tension plaçant l’objet à distance de lui-même » . Il y aurait confusion des espaces identifiés désormais hybrides,  éclatement de la  « cloison « entre l’intérieur et l’extérieur, conception d’une  » zone d’indécidabilité ».(…) deux sens,  explique Rudy Steinmetz dans son article  Esthétique de la répétition (Duchamp/Derrida )l’un technique, l’autre esthétique, viennent à coexister dans un seul et même objet, produisant une sorte d’hybride. »Il -y -a ce jeu entre « rupture » et « fission »

Le musée sera dans la rue, la rue dans le musée. chez Walter Benjamin le fétichisme de la marchandise transforme les extérieur en intérieur. L’objet «arraché» à son lieu d’origine ».  Umwelt de l’homme s’en trouve modifié dans son caractère usuel.

R.Mutt  devient  sous la voix de Duchamp l’interprète, l’acteur histrion d’un questionnement où les rapports de forces seront à reconsidérer en des termes nouveaux (inversés).

l’objet ordinaire prend le pouvoir. Il prendra par la suite un pouvoir de plus en plus important dans la pratique et sensibilité artistique. Ce mimétisme avec écart nourrit le caractère comique de la situation. Il ne faut pas se prendre au sérieux insiste Duchamp. R.MUTT! Que fais-tu? Tu mime l’art riche, l’air (R) riche de l’art, Répéter mot à mot, se son apposés sur la chose. TU mimes l’air, Tu M L’air… L’art a l’état gazeux, l’idée d’un art devenu concept, immatérialité du son qui le prononce comme art:  » ceci est de l’art ». « Ne Soner mot », «ne rien dire» « ne tinter mot », ne parler mot, au mutisme de l’auteur s’oppose les bavardages du commentaire. R (art riche, le riche art) prononce le mot ART.L’ART n’est-il devenu qu’un mot, un concept, une idée? Le son « MUTTUM », penchons-nous sur l’étymologie intéressante développée par Michel Arrivé, dans son article Saussure un langage sans voix? « Quel est l’étymon de ce mot ? Par l’intermédiaire du bas latin muttum, qui désigne le « son »,« mottum, » (« le grognement ») celui du cabot artiste . », «mot» apparaît d’abord comme le résultat de la profération. »  la sémantique de MOT vient Du bas latin muttum «son» dér. régr. de muttire «produire le son mu montant au rad. onomatopéique » *.  Grommeler», bougonner, grogner, maronner , marmonner, maugréer, murmurer, ronchonner…Depuis Dada l’art n’est-il pas un immense grognement ? » trajectoire d’une parole jetée comme un disque sonore, cri » dirait Tzara– . Une onomatopée bien particulière : elle imite non un bruit naturel – c’est généralement ce que font les onomatopées, » mais un son produit par la voix humaine. C’est en somme une onomatopée réflexive : le mot mot imite le son qui le constitue. » Richard le crétin produit l’urinoir comme une onomatopée particulière car réflexive, il fait sonner et dissoner le mot art à l’écoute de celui qui sait l’entendre ou qui croit l’entendre. De nature phonique, » l’interjection motus, où le mot mot, dans cette forme de latin culinaire, prend la valeur de son contraire : le silence. » Ce que signe paradoxalement Richard le crétin c’est le vide, un silence, ce qui se tait, ce qui n’a point de réponse et qui se manifeste, se préfère en faisant beaucoup parler autour de lui par un jeu d’écho, les voix incessantes autour d’une absence.  Lacan parlant du mot ne disait-il pas le « Mot, c’est essentiellement point de réponse. Mot, dit quelque part La Fontaine, c’est ce qui se tait, c’est justement ce à quoi aucun mot n’est prononcé» (Lacan 1986: p. 68″).Le mot,  n’était-il pas pour le psychanalyste le meurtre de la chose?

« Mutmut facere » , c’est également «émettre un son à peine distinct, un chuchotement» att. par Apulée, v. TLL s.v. mutmut.Les réponse ne peuvent tourner qu’à vide, car le plus important est dans la question. Fin de non recevoir. On reconnait derrière cette stratégie l’humour et l’ironie de la démarche de Duchamp. Comme l’oeuvre d’art aura t-elle la qualité perceptive inframince  immatériel d’un son, l’épaisseur d’un concept. Ce que nous dit Duchamp à travers cette signature du mot art comme nom propre, c’est l’inscription de l’art comme pur mot et toutes les divers signification  (couleurs mentales) que nous avons déjà étudié à partir de la signature R.Mutt CF.un  un article précédent ou le langage  peu s’articuler dans tous les sens. R.MOTT, RMuTT comme Motus, MOTIO, ONIS comme mouvement de la production en chaine, changement de place, de position du corps, mobile qui pousse à agir, vie activé, commencement. »le mot est le lieu de la révélation de la substance, il «borne» la substance mais il ne l’épuise pas. » c’est sans doute ce que veut nous dire Duchamp…rien ne serait plus vain que de vouloir la saisir, ce serait comme s’enfermer dans le définitif tel le goût.

.Riche art MUTT. L’art riche était de l’ordre du mot, de l’amour, du sentiment…il nous laisse célibataire. Si tout création au départ est un son, le mot art est un souffle sa parodie de l’arche initial semble dire celui qui prononce de façon performatif « cet acte de parole ». Duchamp ne voyait-il pas toute création comme un éternel ready-made…une répétition, une annexion du déjà là? R.MUTT est une  marionnette – ventriloquante, il à l’épaisseur d’une étiquette.Il prononce le mot art.Derrière le mot du fou et de l’insensé se cache Duchamp.

 

 

«La Grammaire est l’art de parler juste, elle est l’origine et le fondement des arts libéraux. Nous dénombrons trente parties de la grammaire dont huit parties du discours: le son, la lettre, la syllabe, le pied, l’accent, la place, la note ,l’orthographe, l’analogie, la glose, la différence, l’étymologie, le barbarisme, le solepcisme, la faute, le métaplasme, le schéma, le trope, la prose, le mètre, la fable et l’histoire», Isidore de Séville, Orig., I, 5, IV.

Richard le crétin n’est pas la voix désarticulé que l’on croit. le fou que l’on exclu de l’acte de pensée est trop souvent assimilé la déficience du logos, il n’a pas la voix humaine pour la doxa. « Bien articuler, c’est prononcer les sons de telle façon qu’ils soient faciles à identifier. » Il en est de même dans la grammaire de l’art et de la représentation Chez Duchamp, il y a nécessité de jouer de dextérité sur tous les ressorts de la langue dans les deux sens du terme  dans se notes et titres, qui jouent sur le principe de l’articulation pour que se réalise tous les sons possible du texte. »( organe fondamental pour l’articulation : la langue joue entre rimes et contrepétrie.) « la conceptualisation du signifiant comme sonore est très important ». Les oeuvre de Duchamp s’écoutent et se prononcent.Comme des  » images acoustiques »  (Saussure) ils sont  créateur de futurs signifiants possibles..

Qu’était l’artiste autrefois sinon le vrai valet insatiable de l’art rétinien, cet affamé et assoiffé de la ressemblance qui servait son maître, esclave d’une représentation sans fin. Comme,Dada , il y a une inversion des valeurs.le Valet n’est plus là ou l’on croit. Il faut « détruire «  »Toute hiérarchie et équation sociale installée pour les valeurs par nos valets  » .Stirner parlera de cette folie de son époque dans son chapitre « un grain »:« Moi qui ne crains pas la malédiction, J’affirme : mes frères sont fous à lier. » Même sentiment chez les Dadaîstes  pour une autre  « Ideen fixen » qui mena à la catastrophe: le progrès. Derrière Fontaine, dans un arrière fond pictural, Stieglitz juxtapose une peinture de guerre.Qu’est-ce qui se joue au nom du progrès  ?…Une batailles réelles ou batailles artistiques en 1917?

 

.L’urinoir qui ne doit pas être vu à cette forme de dispositif, il renvoie vers l’extérieur spectateur ou regardeur. L’oeuvre s’efface, faire- valoir du seul dispositif d’exposition de l’idée, n’est telle pas valet  assumé de l’art avec ses atours ordinaire et non plus maître de l’attention tout  se passe dans les marges, aparte scénique, les parergons, la voix off, le commentaire, c’est de lui que s’insinue d’autres vérités, distiantiations révélateur des l’artifice falacieux des mécanismes de l’illusion totalisante?

N’oublions pas ce refus par les indépendants de son nu descendant l’escalier, à Paris puis le scandale à L’armory Show. Duchamp prenait ,dès lors conscience que même les sois -disant parangon de la peinture moderne pouvaient s’enfermer dans une forme de dogmatisme. Duchamp sera toujours, n’oublions, pas également, ce fait, il sera  proche de sa soeur, par affinité artistique et électives. Ne partageant pas ses nouvelles conceptions avec ces  deux frères, peintres d’avant-garde, déjà d’arrière garde. La révolution de cézanne c’est transformé en académisme. Fontaine, R.Mutt sont comme des embrayeurs, ils ont la qualité d’un révélateur photographiques du monde artistique d’alors. Richard R.mutt proposerait au jugement de l’art une oeuvre déplacée dans son langage et son registre    « vulgaire »à l’instar du  valet d’autrefois avec ses  ses goûts déclassés. le valet était celui qui demeurait dans l’illusion et l’erreur, il n’avait que cette raison rustique dont parle Hume, faisant des calembourdes, usant d’un langage détonnant avec l’ harmoniques d’un son fondamentalement transparent et limpide,

A la  grammaire officiel et noble de l’art recherche de  la forme (morphe) accomplie et de la grâce (charis)

 comparable au langage  des  muses qui l’inspire « ligeia »?,« brillante » et « claire », rayonnante, « gracieux » (« euchari ») pour le modèle féminin, s’opposait une forme de Patois de la rue, un objet de collecte pour chiffonnier. Ne pas utiliser « selon l’ordre » ou à propos .La beauté formelle étant souvent  morale. l’oeuvre au delà du jugement esthétique se révèle indécente.l’urinoir Devenu fontaine était  plus proche de l’errance, du son inarticulé, du bruit, du gros mots « groumé » sauvage et proche de l’insulte grivoise , un acte « performatoire » et provoquant contre l’institution voire sous un autre penchant de l’informe, de l’ordre du délire manifeste :Délirer, c’est « sortir du sillon » être dans l’infécond.ou par l’ ordinaires et amusantes proposition plus proche du registre  de la comédie.

Il se veut sans  « attraits »,agrément,  ’Annehmlichkeit du style, c’est-à-dire le plaisir du spectateur, hedone, plaisir.complète indifférence.

.(lecture de Manzoni du ready-made à travers sa merda d’artista comme réponse au père) que du langage de l’art,  maîtrise d’un savoir fait de beauté et de vérité par vraisemblance. La signature qui normalement donne un surplus de valeur celui du nom célèbre (un Van Gogh) place l’urinoir sous les auspices de l’humour et de la satire.

 

Une autre figure viendra s’y insérer dans la marginalisation sociale celle du fou, du fumiste, du criminel (voleur, plagiaire). Ce que dénonce Duchamp à travers ces moules maliques du jury esthétique, c’est que sous leur libéralité, ils ne font que reproduire encore et encore l’empreinte du goût de leur époque. Duchamp use de ce caractère devenu, type, truisme ambivalent de l’altérité artistique et sociétale: l‘idiot. la figure du (to geloion) du [ridicule],  cette manifestation d’un laid (aischron) qui ne cause ni douleur ni destruction  mais rend risible chez Platon ou Aristote  provoque la moquerie,  car « il  prétend posséder un savoir qu’il ne maîtrise pas tout à fait ».Il devient par son manque de puissance et d’élégance  sujet à la raillerie (skomma) .Sophocle faisait l’éloge de la deinotes de l’homme, de son habileté (Kraft, en tant que « force » et en même temps, en tant que  doué de « faculté ») en tant que fondateur des arts et de la civilisation. »C’est-à-dire comme synonyme de dynatos et de hikanos) »

Nous sommes ici dans l’espace de la Technè, du sophisme et de la vérité.

. Il manie  l’ ironie-  dans la tradition que Socrate avait su donner à cette pratique -et pratique l’humour à travers l’usage de la « parodie » et du  « pastiche » . Duchamp se fait maître incontesté du « mot d’esprit ».Les traits d’esprits peuvent prendre trois formes comme l’explicité Jean Claude Dumoncel dans son ouvrage Deleuze et l’humour: « l’humour, l’ironie et la satire. »

« La satire peut s’exercer en l’absence de sa victime, c’est l’esprit en troisième personne. L’ironie requiert la présence d’un interlocuteur, c’est l’esprit en seconde personne. Mais l’humour se distingue par sa capacité à prendre l’humoriste pour cible, c’est l’esprit en première personne. »

« L’incongruité provoquant le rire se trouve entre ce qui est attendu et ce qui survient en réalité. L’entendement prévoit un certain dénouement, mais cette attente est déçue. Ainsi, pour Kant, le rire est «un affect procédant de la manière dont une attente se trouve soudain réduite à néant». Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, trad. par Alain Renault, Paris, Flammarion, 1995, § 54, p. 320

« c’est l’artiste lui-même qui entre dans la matière, son activité principale consiste à faire se décomposer et à dissoudre tout ce qui veut se rendre objectif et acquérir une ferme et stable figure d’effectivité, ou qui semble l’avoir dans le monde extérieur, et cela par la force de ses trouvailles subjectives, éclairs de pensée, idées adventices, et autres façons de voir bizarres et frappantes1

«ce genre de trouvailles en série a tôt fait de lasser» et deviennent bien vite des «excroissances» de «l’humour vrai.»

Par la conciliation de la liberté subjective et de l’objectivé, avec «l’objet et son affiguration au sein de son reflet subjectif, […] nous obtenons une intimisation dans l’objet, un humour objectif en quelque sorte1»

« Dans ses Cours d’esthétique, Hegel, «humour subjectif»

« Il ne s’agit plus de procéder à «une simple opération de dénomination» ou à «une désignation écrite qui se contenterait de dire ce que l’objet est tout simplement»,mais bien plutôt d’y «ajouter encore un sentiment profond, un trait d’esprit qui fait mouche, une réflexion pleine de sens et un mouvement spirituel de l’imagination qui animent la moindre des choses par la poésie de la façon de l’appréhender et lui donnent de l’expansion»

« Il s’agit ici d’un humour qui, en se concentrant sur des détails symptomatiques significatifs, fait ressortir les incohérences/antagonismes immanents de l’ordre existant. » Slajov Žižek, « Hegel sur « l’humour objectif » de Donald Trump

« La théorie de la supériorité est aussi habituellement associée à ce que Bergson disait du rire: il est «une brimade sociale». Plus précisément, le rire serait une punition redoutée visant à corriger l’inconvenance de ceux qui ne savent pas bien s’adapter à la société. Henri Bergson, Le rire : Essai sur la signification du comique, Paris, Presses Universitaires de France, 1964, p. 103 »

« L’ironie et la négativité dialectique sont l’affaire des maîtres, du ressentiment, du dénigrement de la vie au nom d’un principe plus haut.Elles étouffent le souffle qui pourrait déstabiliser l’ordre des choses, elles bloquent les mouvements qui pourraient libérer des devenirs qui rompent avec les constructions de fait et les modèles imposés par le sens commun »

« consiste seulement dans la position de la pensée comme exercice naturel d’une faculté, dans le présupposé d’une pensée naturelle, douée pour le vrai, en affinité avec le vrai […].Le présupposé implicite de la philosophie se trouve dans le sens commun comme cogitatio natura universalis, à partir de laquelle la philosophie peut prendre son départ7 ».7Deleuze, Différence et répétition, p. 171.

« Le sens commun a pour norme l’identité d’un «Moi pur» et d’un objet quelconque. Par la représentation, il homogénéise les informations reçues afin de leur donner une consistante. Le bon sens a pour norme le partage, il opère la redistribution des objets dans les archives de notre compréhension spatio-temporelle du monde. Baruchello, « Deleuze’s Humor », : p. 45 »

« Deleuze, selon nous, dirait qu’il conviendrait de faire l’idiot23″

3″0Zarathoustra est conçu tout entier dans la philosophie, mais aussi tout entier pour la scène. Tout y est sonorisé, visualisé, mis en mouvement, en marche et en danse. Et comment le lire sans chercher le son exact du cri de l’homme supérieur, comment lire le prologue sans mettre en scène le funambule qui ouvre toute l’histoire28?Le personnage conceptuelet la figure esthétique peuvent ainsi glisser de la philosophie àl’artet inversementjusqu’à se confondre l’un l’autre dans une même œuvre29. D’ailleurs, malgré leur différence de nature, ils ont une tâche similaire: «libérer la vie là où elle est prisonnière30», faire penser et fairesentir différemment, dégagerdes devenirs étouffés dans l’ordre intolérabledu monde. L’idiot est un personnage conceptuel ou une figure esthétique clé pour que la philosophie et l’art arriventà remplir cette tâche. Il convient d’expliciter commentil peut jouer ce rôleen insistant sur son lien avec la pensée.Deleuze souligne la force de cepersonnage malgré son affinité avec la pensée naturellement tournée vers la vérité. Par opposition au professeur public, l’idiotest unpenseur privé(au sens, bien sûr, de celui qui «se prive» des opinions courantes), il veutpenser parlui-même, par la «lumière naturelle31»de sa propre raison. ÀVincennes, Deleuze dit à ses étudiants que l’idiotiec’est l’idée que le philosophe c’est celui qui ne dispose d’aucun savoir et qui n’a qu’une faculté, la raison naturelle. L’idiot c’est l’homme de la raison naturelle. […] Descartes dit:‘Non non, moi je ne suis pas l’homme du savoir, moi je ne sais rien’, etc. Socrate le disait déjà: ‘je ne sais rien, je suis l’idiot et que l’idiot de service’32.Le «Je» qui dit «Je pense», le cogito de Descartes, est cet idiot qui veut penser par lui-même à partir de forcesinnées que chacun possède33.Le cogito doute des savoirs établiset «se définit »

« …] l’idiot est resté le singulier ou le penseur privé, mais il a changé de singularité. […] L’ancien idiot voulait des évidences auxquelles il arriverait par lui-même[…]Le nouvel idiot ne veut pas du tout d’évidences, […] il veut l’absurde –ce n’est pas du tout la même image de la pensée. L’ancien idiot voulait le vrai, mais le nouveau veut faire de l’absurde la plus haute puissance de la pensée, c’est-à-dire créer. […]Assurément, ce n’est pas le même personnage, il y a eu mutation. Et pourtantu n fil ténu unit les deux idiots, comme s’il fallait que le premier perde la raison pour que le second retrouve ce que l’autre avait d’avance perdu en la gagnant. »Deleuze et Guattari, Qu’est-ce que la philosophie?, p. 61

 » Jean-François Lyotard soutient dans Rudiments païens alors qu’il se réfère explicitement à Deleuze pour parler d’humour39.Il précise que l’important, pour faire de l’humour, est d’être «ein innerlicher Narr, un idiot à l’intérieur, une espèce d’incroyant, vide, pauvre d’esprit, inane: un corps aussi parfaitement conducteur que possible pour l’excédent impromptu, s’il arrive40». Loin de produire des rires en série, l’humoriste-idiota la capacité de saisir ce qui se présente dans les ouvertures ou les brèches de la vie quotidienne rigidifiée. Il se réjouit de trouver encore un espace de jeu dans nos logiques serrées et il s’en sert pour rire, pour raviver momentanément une franche gaieté (par opposition à la résignation habituelle à notre quotidien »L’humour est, toujours selon Lyotard, «une force du cœur[que l’humoriste] pressent n’importe où possible, dans tout rôle de la scène du monde[…],jamais garanti par une école, une église, aucun collège de sages41

« C’est bien le côté déstabilisant, contre l’emprise des maîtres qui imposent leur vue sur la réalité, que l’idiot apporte à l’humour:L’humour dit: il n’y a pas de point de bonne vue, ni les choses du monde ni les discours ne forment un tableau, ou s’ils le forment, c’est par décision arbitraire du regardeur, prince ou savant. Exhibons cet arbitraire non pour le tourner en dérision, mais pour le saisir infiltré d’une logique, d’un espace, d’un temps qui ne sont pas ceux du tableau représentatif, logique des singularités, espace des voisinages (des infinis), temps des moments. L’humour n’invoque pas une vérité plus universelle que celle des maîtres, il ne lutte même pas au nom de la majorité, en incriminant les maîtres d’être minoritaires, il veut plutôt faire reconnaître ceci: qu’il n’y a que des minorités42″Il est ce penseur privé qui ne revendique aucune vérité première ou ultime et qui s’oppose de ce fait au savant traditionnel, au prince, au décideur. Son souhait est de secouer le joug de tout ce qui voudrait enserrer les minorités dans des modèles préétablis par l’ordre de la domination. Ce genre d’approche de l’idiotie et de l’humour (sentir la «logique des singularités», «l’espace des voisinages», les «minorités») permet de faire le lien avec des éléments centraux de la pensée de Deleuze qui vont dans le même sens, c’est-à-dire le virtuel,déterritorialisation et les devenirs-minoritaires. « «L’idiot est le héros (anti-héros) emblématique et, en même temps, celui qui, pour Deleuze, porte la déterritorialisation absolue de la pensé ele plus loin possible, à sa pointe la plus intense et la plus percutante.» Mengue, Faire l’idiot, p. 65

«On connaît deux manières de renverser la loi morale. […] La première manière de renverser la loi est ironique […]. La seconde est l’humour[…]. La répétition appartien tà l’humour et à l’ironie58». Il faut se munir d’un certain «comique de la pensée59»propre à l’idiot et à la répétition pour déjouer la loi. Comme il sera question de l’ironie plus tard dans ce chapitre, il faut, pour l’instant, voir de plus près ce qui permet à Deleuze de relier les concepts de répétition et d’humour »

Duchamp en  détournant la scène artistique, un objet, un titre,  une signature, intervient  sur  les multiples modèles qui fondent « les grands récits »de l’esthétique et du goût. il  ouvrent des failles et des fissures. J.F Lyotard  montrait explique Andréa Pomma comment  l’humour et la figure de la parodie  sont efficaces « comme moyen de libérer le flux libidinal et d’entraver les structures de pouvoir.  Il faut considéré ce dernier « comme catégorie non seulement esthétique, mais aussi historique et politique. »J-F.L distinguait cependant l’ironie et l’humour, la dernière étant bienveillante et affirmative et nullement sujet à une forme de négativité critique et alternative pour une autre vérité .« Pour Deleuze l’ironie est « art des principes, de la remontée vers les principes, et du renversement des principes »tandis que l’humour est plutôt « art des conséquences et des descentes, des suspens et des chutes».G. Deleuze, Différence et répétition, op. cit., p. 12.

Où se situe Duchamp? Dans l’ironie:Eirôneia provient de eirôn qui signifie questionner?

ou

Probablement est-il du côté de l’humour, n’ayant jamais tomber dans le piège que propose toute vérité et partition entre le vrai et le faux, l’art et l »anti-art, le beau et le laid, ces instances du jugement moral, pratique esthétiques qui enferment toutes possibilité de libération des flux. On note une certaine assertivité, chez lui, un détachement plutôt pacifique qui dénote avec le caractère vindicatif des divers courants et manifestes de son époque.(Pensons-au futurisme).« to assert » Comment faire passer un message difficile sans agressivité. Cependant à contrario du langage post-readymade de bonhomie proche du laisser advenir zen, la création de ce dernier ne se fit pas sans des comportements de manipulation nécessaire, à tout le moins,  de domination par la ruse.

Comment être sérieux tout en plaisantant?

Ce prête- nom, est personnages de farce qui ne se cache pas, proche du crétin des alpes ou du valet de ferme, ce« stult »,« stultus » mots qui donneront sot et  stupide. Le jury joue les dindons de la farce. Proposer l’urinoir qui choc par sa vulgarité s’était comme faire la« gigue » dans le spectacle même (c’était une farce dialoguée, avec danses et chansons volontiers obscènes qui tolérée, se prolongeaient en marge du spectacle et dont le clown régalait le publique à l’époque classique.) William A .Camfield parle bien de la volonté de confusion dans la pratique du clown qui parfois électron libre, assume un pouvoir de liberté et intervient au delà des rôles assignés par l’auteur comme élément perturbateur et incontrôlable qui ne respecte pas les territoire assignés même dans la comédie..Le clown vient perturber parfois la scène de théâtre car son improvisation qui pousse au débordement. » Shakespeare ait dû composer avec le clown« Que ceux parmi vous qui jouent les clowns ne disent que ce qui est écrit dans leur rôle », enjoint Hamlet aux comédiens. Duchamp Joue les CLOWN à côté des ready-made institutionnalisés.Cela devient trop sérieux, malgré lui.

Les 429 meilleures images du tableau Marcel Duchamp (DADA ...Il faut laisser le costume .L’anartiste a -t-il une araignée au plafond »? semble nous  suggérer cette mise en scène photographique comme un commentaire distancié et  au mythe construit autour de la figure du Ready maker.Cette expression, inventée par les prostituées, date du milieu du XIXe siècle : avoir une araignée sur le haut de la boîte crânienne,ne pas avoir toute sa tête ; avoir une case en moins ; être tombé sur la tête ; travailler du chapeau..Au musée Duchamp en présence des témoins cultive ce côté farfelu, un comportement de folie douce dont il aime à construire le mythe.Le crétin n’est pas là où on le croit. le crétinisme résultant d’un manque en sels minéraux, dont l’iode, dans leur alimentation.Le marchand de sel…ne fournit -il pas le sel (sel de la vie) nécessaire à conjurer la crétinerie ambiante?

 

 

Duchamp bien après le succès des Ready-made se faisant, décidera vis à vis de cet anoblissement du geste de rejouer cette fois-ci la figure médiatique du clown crée avec R.Mutt. cette panoplie parfois plutôt lunaire car difficile à saisir lui permettait de  désamorcer toute sacralité.. Comme au théâtre, spectaculaire la figure de clown n’était-elle pas également  publique un produit d’appel? La publique est friand de facécies, d’évènements. Pensons à cette reconstitution, ce happening d’une partie d’échec avec la mariée désormais Nue. Duchamp fera souvent le spectacle, pitreries, grimaces devant ses oeuvres .. .Farce, provocation, mauvaise foi, cabotinage et sincérité, il aime se joue des ,panoplies contradictoires.Comme Dada l’enseignait DADA DADA DADA, ….entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des inconséquences… »

. Sommes- nous dindon de la farce? Le jury ne sera pas où se positionner.Duchamp participe à ce cirque qu’est l’arène médiatique de l’art et s’en amuse .Duchamp joue avec les rôles et étiquettes, le mythe que l’on construit autour de lui: d’artiste le plus intelligent du XXème siècle, de Fontain comme icone du XXem siècle.

« De même, il en dit le moins possible, sur lui et sur son œuvre, pour laisser la place aux interprétations des autres. Le paradoxe est que son œuvre n’est justement pas bavarde, alors qu’elle est essentiellement informée par les mots. »

 

Figure du Dandy

« lCf – Est-ce un dandy ?

46B.M. – Les origines intellectuelles de Duchamp viennent du Symbolisme et de ses alentours : Laforgue, Mallarmé, Redon… Son attitude de déprise, eu égard aux contingences sociales, familiales et artistiques, relève bien du dandysme, mais la figure qu’il développe est inédite, dans la mesure où son dandysme n’est ni affecté, ni hautain, ni suicidaire. Duchamp a ainsi inventé pour lui-même une manière de dandysme bienveillant. Bien qu’en retrait du social, du familial, Duchamp était dans la vie. Par ailleurs, il ne s’est jamais enfermé dans la tour d’ivoire de l’art pour l’art et de l’idéal. C’était quelqu’un qui acceptait de parler, mais surtout qui acceptait et accueillait la parole des autres. Mais sans ostentation, avec toujours l’air de ne pas y toucher. »

Figure Du paresseux

« B.M. – Encore une idée éminemment politique. Toute sa vie, Duchamp appellera de ses vœux un monde où le travail ne serait plus une obligation. »

lCfMais c’est un paresseux qui n’a cessé de bosser.

‘B.M. – Jusqu’à la fin de sa vie, il lisait et relisait le Droit à la paresse de Paul Lafargue. J’ai découvert des notes inédites de Duchamp concernant ce fameux livre culte stigmatisant violemment le travail aliéné.’

« Cf – Dans le rapport de Duchamp à la paresse, il y a aussi un principe d’économie : il ne faut pas que j’en fasse un tous les jours, sinon je rentre dans la production.

74B.M. – Cela annule en effet pour lui l’idée de ready-made.

75lCf – Pour lui, l’horreur, c’était la répétition.

76B.M. – Duchamp avait la répétition en horreur. Il disait que c’était comme la masturbation. En même temps, il s’est beaucoup référé à la masturbation dans son œuvre. Encore un paradoxe. »

Figure du fou, figure de la déraison

Dans la transformation du champ, transvaluation des valeurs ,c’est le fou, l’aveugle seulement qui sait et voit:regarde dit l’aveugle suivant la parabole de Lear « les aveugles sont clairvoyants, et les Fous disent la vérité. »La folie n’est pas là où on le croit. C’est le dérèglement mental qui  pousse le roi à agir sans raison, à créer un monde imaginaire.Le fou qui accompagne le moule malique du pouvoir, est-celui qui possède le discernement, la lucidité.A la Renaissance, l’époque d’ERASME, la folie n’est pas encore exclu, réduite au grand enfermement comme le constatera Michel Foucault à l’âge classique elle dialogue encore avec la sagesse.

Face à l’urinoir. la réaction n’est que plus normal et saine dans le jugement du quidam pour qui dans la tradition et transmission du savoir comme l’instituait la philosophie la « connaissance générale consistant selon Locke « dans la perception de la convenance ou disconvenance entre nos idées » (Essai, IV, xvii, §2, 558). R.Mutt pense mal « Pour distinguer si une chose est vrai ou non, nous ne rapportons au moyen de l’entendement  » dirait Kant, (understanding)(power) pour Locke, capacité. Il y a inaptitude de l’artiste R.MUTT  , déficit de la perception, du discernement entre convenance ou de disconvenance. On remettra en cause soit le « pouvoir de connaître et de juger » tout court, c’est un fou, ou le manque des sérieux et l’exenticité, c’est une provocation.1852 « mystification de fumiste » 1852 « (E. et J. de Goncourt, Journal, I, fin janv. 1852, ds Fuchs, Lex. Journal Goncourt, 1912) d’une « personne fantaisiste »1885 (Lemaître, Contemp., p. 196 : en traitant M. Renan de « fumiste », de fumiste transcendant et supérieur). Duchamp par de ce présupposé pour installer la figure du badin, du nigaud ( bouffon dans les comédies au XVIIe siècle.) Blague est  attesté avec le sens de « sac à tabac »Gonflé, boursouflé, gazeux…Il est évident que richard le crétin par l’énormité de l’acte et le large contraste entre le vile et le noble est dans ce genre de boursouflure dont Duchamp simule les formes du sérieux de façon éloquente et provocatrice.Mais qui peut être dupe?

L’art de penser et critique n’est pas exercé , mais le sujet peut également  devenir « un miroir trop poli »  qui le rend  inapte à d’autres formes de vérité au delà de la fenêtre transparente ou narcissique. Cette fois-ci, c’est son excès de clarté rétinienne qui est remis en cause, son illusion naturelle , tout comme la modernité repensera de façon critique cette pensée cartésienne d’une saisie pleine et claire du cogito, la place de la folie.(débat autour de Derrida, Foucault, et Lyotard) et le naturalisme apparent de la représentation.le spectateur doit s’en dessaisir et l’artiste lui même, il n’en est pas à l’abri,  se déraciner des mécanismes, se rendre flexible (l’ arbre comme rigidité idéologiques chez Deleuze est ici assimilé au goût).Locke montrait les penchant de chacun d’entre nous à la partialité, à ne voir les choses que sous ‘l’angle des idées qui lui sont les plus familières’ et à ne converser qu’avec les hommes qui partagent cette même sorte d’idées. » La conformation naturelle touchait comme les expetrs en science les juges du bon et mauvais goûts, ces chapelles de l’art et du temps.

« Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? Si ce n’est peut-être que je me compare à ces insensés de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile qu’ils assurent constamment qu’ils sont des rois, lorsqu’ils sont très pauvres ; qu’ils sont vêtus d’or et de pourpre, lorsqu’ils sont tout nus ; ou s’imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? Ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples. »

R. Descartes « en installe la possibilité au coeur de l’intelligible »

L’acte du cogito vaut « même si je suis fou, même si ma pensée est folle de part en part ».

insi, ce que nous comprenons sous le nom de raison lorsque nous lisons Descartes correspond à une formation historique, tout à fait particulière en dépit de sa prétention à l’universalité. Cette formation se caractérise spécifiquement par le partage qu’elle promulgue à l’égard de son Autre, contre lequel elle se définit: la déraison, figure singulière de la folie

chez le fou, l’esprit ne fonctionne pas mal, il a complètement cessé de fonctionner; l’âme ne pense plus du tout, mais est entraînée sur un terrain où elle ne peut plus se retrouver, qui est celui de la pure déraison, par laquelle ses pouvoirs sont définitivement abolis, puisque cette déraison consiste en un abandon à la seule loi du corps.

rayer de la carte la possibilité même de raisonner et de penser, erreur ou une défaillance de la raison:

« Ce n’est pas la permanence d’une vérité qui garantit la pensée contre la folie, comme elle lui permettrait de se déprendre d’une erreur ou d’émerger d’un songe; c’est uneimpossibilité d’être fou, essentielle non à l’objet de la pensée mais au sujet qui pense. On peut supposer qu’on rêve et s’identifier au sujet rêvant pour trouver “quelque raison de douter”: la vérité apparaît encore, comme condition de possibilité du rêve. On ne peut en revanche supposer, même par la pensée, qu’on est fou, car la folie justement est condition d’impossibilité de la pensée: “Je ne serais pas moins extravagant”… (HF 1, p. 55)

« c’est “extravaguer”c’est-à-dire s’extraire complètement du

“Descartes a acquis la certitude et la tient solidement: la folie ne peut plus le concerner. Ce serait extravagance de supposer qu’on est extravagant; comme expérience de pensée, ma folie s’implique elle-même, et partant s’exclut du projet. Ainsi le péril de la folie a disparu de l’exercice même de la raison.” (HF 1, p. 56)

champ de la raison, s’ôter tout moyen de penser. »“le danger se trouve conjuré et la folie placée hors du domaine d’appartenanceoù le sujet détient ses droits à la vérité.” (H F 1, p. 57)

éprouver qu’il s’agit là d’une expérience qui, en sa plus fine pointe, n’est peut-être pas moins aventureuse, périlleuse, énigmatique, nocturne et pathétique que celle de la folie, et qui lui est, je crois, beaucoup moins adverse et accusatrice, accusative, objectivante que Foucault ne semble le penser.” (ED, p. 55)“une certaine décision a été prise”, comme si on était toujours absolument maître de ses décisions »Et donc, si la lecture de Derrida est la bonne, la raison cartésienne n’est pas cette puissance sûre de soi qui, à partir du moment où “une certaine décision a été prise”, a complètement rejeté hors de son ordre cet Autre qu’est pour elle la folie cataloguée comme déraison, mais une pensée inquiète, rongée de l’intérieur par le doute, hantée par le souci de ne pouvoir établir une frontière nette entre le sommeil et la veille, ce qui remet en question la certitude de toutes ses représentations, et lui rend extrêmement difficile de prendre quelque décision que ce soit.

Le recours à l’hypothèse du Malin Génie va rendre présente, va convoquer la possibilité d’une folie totale, d’un affolement total que je ne saurais maîtriser puisqu’il m’est infligé -par hypothèse -et que je n’en suis plus responsable; affolement total, c’est-à-dire d’une folie qui ne sera plus seulement désordre du corps, de l’objet, du corps-objet hors des frontières de la res cogitans, hors de la cité policée et rassurée de la subjectivité pensante, mais d’une folie qui introduira la subversion dans la pensée pure, dans ses objets purement intelligibles, dans le champ des idées claires et distinctes, dans le domaine des vérités mathématiques qui échappent au doute naturel.” (ED, p. 81l’acte du cogito vaut même si je suis fou, même si ma pensée est folle de part en part. Il y a une valeur et un sens du cogito comme de l’existence qui échappent à l’alternative d’une folie et d’une raison déterminée.” (ED, p. 85“Cette crise en laquelle la raison est plus folle que la folie -car elle est non-sens et oubli -et où la folie est plus rationnelle que la raison car elle est plus proche de la source vive quoique silencieuse ou murmurante du sens, cette crise a toujours déjà commencé et elle est interminable. C’est assez dire que si elle est classique, elle ne l’est peut-être pas au sens de l’âge classique mais au sens du classique essentiel et éternel, quoique historique en un sens insolite.” Copyright Pierre Macherey

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