Les médias associaient la guerre, la peur de la grippe, ce climat aussi chaud qu’inquiétant, au comportement des adolescents et des adultes. Des bars étaient bondés au milieu de la journée. Les liaisons entre collègues de travail étaient monnaie courante. Grossesses imprévues et grossesses programmées. Il y avait, semblait-il, une femme enceinte à chaque coin de rue et un bébé dans sa poussette sur chaque trottoir. Les garçons qui n’étaient pas incorporés dans l’armée après le lycée se marginalisaient pour devenir poètes. On rapportait qu’à Las Vegas il était si fréquent que des joueurs restent devant leur machine à sous jusqu’à tomber d’épuisement que des ambulances attendaient, moteur en marche, derrière les casinos. Les chapelles célébrant les mariages vingt-quatre heures sur vingt-quatre ne désemplissaient pas. Il se consommait autant de champagne que les magasins de spiritueux avaient adopté le principe d’une seule bouteille par client afin d’éviter les réactions violentes de ceux qui trouvaient les rayonnages vides.
L. Kasischke, En un monde parfait, 2009
Dans ce roman contemporain, l’auteure fait le récit d’une épidémie de grippe qui traverse les États-Unis emportant des centaines de victimes et décrite par une jeune femme souhaitant se marier. Si c’est ce fil conducteur de la recherche d’un bonheur conjugal qui rythme le roman, il n’en reste pas moins cette maladie comme toile de fond, exprimant les excès de la société actuelle vers la recherche de la consommation à tout prix…