La religieuse

Mardi 2 avril, classe TSTLC Cinéma UTOPIA
ATTENTION la SÉANCE est à 9 heures !
Un film de Guillaume Nicloux d’après l’œuvre de Denis Diderot
Avec : Pauline Etienne, Isabelle Huppert, Louise Bourgoin, Françoise Lebrun, Lou Castel…
Pays : France, Allemagne, Belgique / Durée : 1H54
Synopsis : XVIIIème siècle. Suzanne, 16 ans, est contrainte par sa famille à rentrer dans les ordres, alors qu’elle aspire à vivre dans « le monde ». Au couvent, elle est confrontée
à l’arbitraire de la hiérarchie ecclésiastique : mères supérieures tour à tour bienveillantes,
cruelles ou un peu trop aimantes… La passion et la force qui l’animent lui permettent de résister à la barbarie du couvent, poursuivant son unique but : lutter par tous les moyens pour retrouver sa liberté
Texte de Denis Diderot,
La Religieuse
Voilà l’effet de la retraite. L’homme est né pour la société ; séparez-le, isolez-le, ses idées se désuniront, son caractère se tournera, mille affections ridicules s’élèveront dans son cœur ; des pensées extravagantes germeront dans son esprit, comme les ronces dans une terre sauvage. Placez un homme dans une forêt, il y deviendra féroce ; dans un cloître, où l’idée de nécessité se joint à celle de servitude, c’est pis encore. On sort d’une forêt, on ne sort plus d’un cloître ; on est libre dans la forêt, on est esclave dans le cloître. Il faut peut-être plus de force d’âme encore pour résister à la solitude qu’à la misère ; la misère avilit, la retraite déprave. Vaut-il mieux vivre dans l’abjection que dans la folie ? C’est ce que je n’oserais décider ; mais il faut éviter l’une et l’autre.

Folio Classique p. 196

ABD AL MALIK – ALBERT CAMUS

Nous irons au concert Vendredi 22 Mars 2013 à 20h30

Rendez-vous à 19 heures 30 sur le parking du lycée pour ceux qui veulent partir en co-voiturage. Rendez-vous à 20 heures pour rencontrer ABD AL MALIK avant son concert !!!

Scène nationale de Cavaillon

Concert Rap / Hip hop

Comme Albert Camus, Abd al Malik considère que « le déterminisme social » n’existe pas. Tantôt rappeur, poète ou encore écrivain, quatre fois consacré aux victoires de la musique, cet artiste élevé dans les quartiers difficiles de la banlieue strasbourgeoise échappe aux clichés habituels. Inspiré par les grands textes, il porte la parole de Sénèque, Spinoza, Verlaine ou encore Césaire au travers de ses albums hybrides. Au carrefour du rap, de la poésie et du jazz, Abd al Malik, chanteur aux textes lettrés, nous livrera un opus inspiré des textes et des grands thèmes camusiens.

« Qu’y a-t-il de commun entre Albert Camus et moi-même ? Il n’y a aucune prétention dans la question que je me pose, mais plutôt une aspiration. Car j’ai toujours vu en Camus un idéal dans la manière d’être artiste, un élan dans la façon d’habiter l’écriture. J’ai surtout vu en lui, comme en moi, ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. »
Abd al Malik

Camille Claudel

Nous irons au cinéma UTOPIA mardi 2 avril, séance à 10 heures.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=YHuMS3w5RdE[/youtube]

Les trois jours que Camille Claudel, enfermée dans un asile du sud de la France, passe à attendre la venue de son frère, le diplomate, poète et dramaturge Paul Claudel.

Thèmes au delà de l’aliénation et de l’enfermement, la question de l’art, la passion, la relation à Dieu, le corps, la matière et l’esprit, le désir. Suite du travail entrepris lors de la séance sur le film Augustine et qui se terminera pas la visite de l’exposition Camille Claudel à l’hopital de Montfavet le 7 mai.

[Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont. 2012. Durée : 1 h 35. Distribution : ARP Sélection.

Compte rendu de la séance

Nature et culture

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xejdtt_ce-que-montrent-les-images-philippe_creation[/dailymotion]

Ce que montrent les images. Philippe Descola (1)
envoyé par laviedesidees. – Regardez plus de courts métrages.

Métamorphoses de la Nature

À partir de ses recherches sur les Indiens d’Amazonie, l’anthropologue Philippe Descola, élève et successeur de Claude Lévi-Strauss au Collège de France, propose une nouvelle manière d’aborder les rapports entre nature et société et les modes de socialisation de la nature, au moment où la vision moderne et occidentale du monde axée sur le paradigme de l’opposition Nature/Culture commence à révéler toutes ses limites. Descola attribue ainsi à l’anthropologie la tâche, préparatoire ou exploratoire, de dresser la cartographie des liens nature/société et de voir comment ils s’actualisent dans des manières distinctes et distinctives d’être au monde. Il s’agit ainsi de montrer que l’idée de Nature qui nous est familière depuis quelques siècles ne possède aucune universalité, et qu’elle a une histoire qui n’est pas partagée par toutes les « humanités » qui peuplent la planète .

Mirages d’Orient, grenades et figues de barbarie Chassé-croisé en Méditerranée

Paul-Armand Gette, « Loukoum rose d’Aziyadé », 2006, pâte de verre, 7 éléments, Cirva, Marseille, © Jean Bernard

Nous irons à la collection Lambert pour l’exposition temporaire :

Mirages d’Orient, grenades et figues de barbarie

Chassé-croisé en Méditerranée

Mardi 29 janvier à 16 heures dans le cadre de Pac’ART

Philosophie et art : les multiples facettes de la création dans l’art contemporain

 

Divine

CDC Les hivernales mardi 22 janvier à 19 heures

Notre-Dame-des-Fleurs, écrit en 1942 par Jean Genet, raconte la vie d’un assassin de 16 ans à la beauté fulgurante. Et sa relation avec un travesti nommé Divine, incarné à merveille par Daniel Larrieu, mis en scène par Gloria Paris. Par un aller/ retour permanent entre le texte et la danse, cette variation théâtrale chorégraphiée offre une plongée immédiate dans le monde homosexuel et ambigu du Paris d’avant-guerre. Le corps du danseur-acteur devient lieu de passage, un pont entre masculin/féminin, réalité/fantasmagorie, parole/ mouvement. Jamais Genet n’avait eu un plus bel interprète et Larrieu un plus beau défi.

A bout de course

Cinéma UTOPIA MERCREDI 30 janvier à 9 heures 15

Danny, jeune homme de 17 ans, est le fils d’anciens militants contre la guerre du Vietnam. Ses parents Annie et Arthur Pope organiserent un attentat a la bombe contre une fabrique de napalm. Un gardien mourut lors de l’explosion. Depuis, les Pope sont en fuite. Danny vit assez mal cette situation de mensonge et de dissimulation. Mais tout va basculer lors de sa rencontre avec Lorne Philips, la fille de son professeur de musique.

À bout de course (Running on Empty)
États-Unis, 1988
Réalisation : Sidney Lumet
Scénario : Naomi Foner
Directeur
de la photographie : Gerry Fischer
Montage : Andrew Mondshein
Musique : Tony Mottola, James Taylor
Producteurs : Griffin Dunne, Amy Robinson
Producteurs
excécutifs : Noami Foner, Burtt Harris
Distribution (2009) : Splendor films
Durée : 1 h 55
Format : 35 mm, couleurs, 1:1,85
Sortie française : 26 octobre 1998
(ressortie le 22 avril 2009)
Interprétation
Danny Pope : River Phoenix
Annie Pope : Christine Lahti
Arthur Pope : Judd Hirsch
Harry Pope : Jonas Abry
Lorna Phillips : Martha Plimpton
M. Phillips : Ed Crowley
Gus Winant : L. M. Kit Carson

Danse contemporaine

 

Vous trouverez un article sur le spectacle ici 

et sur le rapport entre danse et philosophie ici

Nous irons au CDC les hivernales MARDI 22 janvier,

spectacle public à 19 heures

 http://www.theatre-video.net/video/Divine-Daniel-Larrieu-a-l-Athenee-Theatre-Louis-Jouvet

L’Oeuvre

Notre-Dame-des-Fleurs raconte la vie d’un assassin de 16 ans à la beauté fulgurante, et notamment sa relation avec un travesti nommé Divine. Ce roman évoque l’enfance et les créatures homosexuelles et ambiguës de la nuit du Paris d’avant-guerre. Il est publié la première fois en 1944.

Prologue à deux voix

« La Divine-Saga devrait être dansée, mimée, avec de subtiles indications. L’impossibilité de la mettre en ballet m’oblige à me servir de mots lourds d’idées précises, mais je tâcherai de les alléger d’expressions banales, vides, creuses, invisibles. »
Notre-Dame-des-Fleurs, p. 36, Folio Gallimard

Ce projet est né du désir partagé d’un chorégraphe et d’une metteur en scène de faire résonner via le corps du danseur des extraits du premier roman de Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, écrit de captivité et première oeuvre d’émancipation de l’auteur.
« Il » devient Divine après une enfance de jeune garçon à la campagne ; il découvre le vocabulaire de la danse classique dans une revue et réinvente, en s’y réfugiant, un monde autant réel qu‘imaginaire, de toute façon sublime. Il se plaît à décrire les « bras en corbeilles que l’on voit faire à Nijinski sur les veilles photos où il porte des roses déchiquetées. »
Plus tard, Divine aime Mignon et l’entretient : « un beau mâle, violent et doux, né pour être mac ».
Mignon rencontre Notre-Dame-des-Fleurs, jeune assassin irrésistible. Divine est ému par la beauté fragile du jeune homme qui le virilise ; il va de nouveau se travestir et s’inventer un corps d’homme ! Renversements multiples, goût de Genet pour le rêve transfiguré…
Le corps du danseur sert ici la puissance fantasmatique et le monde des possibles. Lieu de passage, il incarne le croisement des identités masculin/féminin, réalité/fantasmagorie, parole/mouvement. Le passage de la parole au geste, le croisement du théâtre et de la danse produisent un langage singulier inspiré de l’écriture pure et baroque de Genet.

« Tout a démarré un matin où par la fenêtre de ma chambre, levée bien plus tôt que moi, ma voisine me voit ouvrant les rideaux, je suis exposé nord, elle est exposée sud, je suis chorégraphe, elle est metteur en scène, me laissant le soin d’émerger, elle m’appelle un peu plus tard et me dit :
Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet, il faut que nous fassions quelque chose à partir de ce texte, un laboratoire qui associerait la danse et le théâtre. Une pratique où l’on pourrait voir du corps, et entendre la beauté du texte, sa structure, sa parole singulière.
– Mais je ne suis pas acteur, Gloria ? Danser, oui, sans aucun doute, mais prendre un texte à bras le corps ! Depuis, souvent les lundis, nous nous retrouvons à l’abri de ce qui se nomme une production dans un vertige de gestes et de mots dans le petit studio de répétition au métro Philippe-Auguste. Nous travaillons à un croisement entre les deux pratiques de la voix et du corps dansant.

Gloria Paris et Daniel Larrieu

Les passions de Casanova

« Ma mère me mit au monde à Venise le 2 d’Avril jour de Pâques de l’an 1725. Elle eut la veille une grosse envie d’écrevisse. Je les aime beaucoup. » Giacomo Casanova

Il était une fois un « homme de plaisir et de passions, typique dévorateur de chaque moment, et qui plus est, favorisé par le destin d’aventures fantastiques, par l’esprit d’une mémoire démoniaque et par le caractère d’une absence absolue de scrupules. »
(S. Zweig, Trois poètes de leur vie, Livre de Poche, p. 136)

Le nom de Casanova a longtemps été synonyme d’« homme à femmes », un Casanova ou un Don Juan étant des termes plus ou moins interchangeables. S’il y a une différence dans la manière dont ces deux personnages conçoivent la séduction, il n’y a aucune commune mesure dans leur statut : Don Juan est une création légendaire, Casanova a été créé par Casanova lui-même, aussi talentueux pour l’art de la mise en scène que pour l’allant de la narration.

Le jeu, les femmes, la musique, l’aventure, la lecture, la liberté… à vous de partir à la découverte du monde sensuel, audacieux et baroque de Casanova.

http://expositions.bnf.fr/casanova/

« Je considère les Mémoires de Casanova comme la véritable Encyclopédie du 18e siècle […]
ce grand vivant de Casanova. qui connaissait tout le monde, les gens, et la façon de vivre de toutes les classes de la société dans les pays d’Europe, et la route et les hostelleries,
les bordels, les tripots, les chambrières, les filles de banquiers, et l’impératrice de Russie pour qui il avait fait un calendrier, et la reine de France qu’il avait interviewée, et les
comédiennes et les chanteuses d’opéra, Casanova qui passait aux yeux de la police pour un escroc dangereux et dans les salons pour un beau joueur ou un sorcier, le brillant chevalier de Seingalt, chevalier d’industrie, qui fréquentait les ouvriers, les artisans, les brodeuses, les marchandes à la toilette, le petit peuple des rues, cochers et porteurs d’eau, avec qui il était à tu et à toi comme avec le Prince de Ligne […] qui se mourait d’impatience pour avoir la suite de ses Mémoires […].
Casanova a même échappé à l’emprise des professeurs, des thèses, de l’Université, c’est pourquoi il est un éducateur incomparable de la jeunesse qui aimera toujours la vie et l’amour, les femmes et le vin, les aventures et la réussite, l’insubordination et le jeu, la société où l’on s’encanaille et le monde, les affaires d’honneur qui comportent un grain de
folie, une entreprise aussi désespérée que celle de l’évasion des Plombs de Venise, l’argent que l’on jette par les fenêtres, un corps bien exercé et la façon de s’en servir avec esprit
sinon avec scrupules, et comme notre bel aventurier n’a écrit dans aucune langue avouable, il ne peut être réclamé par aucune nation pour être déformé officiellement, réformé. Casanova a toujours couru sa chance et continue…
Blaise Cendrars, Pro Domo, 1949

La passion : à vous !

La passion : à vous …avec J.-J. Rousseau

Trouvez les problématiques des textes suivants (3° sujets du bac) :

 

Le penchant de l’instinct est indéterminé. Un sexe est attiré vers l’autre, voilà le mouvement de la nature. Le choix, les préférences, l’attachement personnel sont l’ouvrage des lumières, des préjugés, de l’habitude ; il faut du temps et des connaissances pour nous rendre capables d’amour, on n’aime qu’après avoir jugé, on ne préfère qu’après avoir comparé. Ces jugements se font sans qu’on s’en aperçoive, mais ils n’en sont pas moins réels. Le véritable amour, quoi qu’on en dise, sera toujours honoré des hommes ; car, bien que ses emportements nous égarent, bien qu’il n’exclue pas du coeur qui le sent des qualités odieuses et même qu’il en produise, il en suppose pourtant toujours d’estimables sans lesquelles on serait hors d’état de le sentir. Ce choix qu’on met en opposition avec la raison nous vient d’elle : on a fait l’amour aveugle parce qu’il a de meilleurs yeux que nous, et qu’il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir. Pour qui n’aurait e idée de mérite ni de beauté, toute femme serait également bonne, et la première venue serait toujours la plus aimable. Loin que l’amour vienne de la nature, il est la règle et le frein de ses penchants.

ROUSSEAU

 

Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Être existant par lui-même, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un état d’homme; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu, serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable.  ROUSSEAU

 

C’est une des singularités du coeur humain que malgré le penchant qu’ont tous les hommes à juger favorablement d’eux-mêmes, il y a des points sur lesquels ils s’estiment encore plus méprisables qu’ils ne sont en effet. Tel est l’intérêt qu’ils regardent comme leur passion dominante, quoiqu’ils en aient une autre plus forte, plus générale, et plus facile à rectifier, qui ne se sert de l’intérêt que comme d’un moyen pour se satisfaire; c’est l’amour des distinctions. On fait tout pour s’enrichir, mais c’est pour être considéré qu’on veut être riche. Cela se prouve en ce qu’au lieu de se borner à cette médiocrité qui constitue le bien-être chacun veut parvenir à ce degré de richesse qui fixe tous les yeux, mais qui augmente les soins et les peines et devient presque aussi à charge que la pauvreté même. Cela se prouve encore par l’usage ridicule que les riches font de leurs biens. Ce ne sont point eux qui jouissent de leurs profusions et elles ne sont faites que pour attirer les regards et l’admiration des autres. Il est assez évident que le désir de se distinguer est la seule source du luxe de magnificence, car quant à celui de mollesse il n’y a qu’un bien petit nombre de voluptueux qui sachent le goûter et lui laisser la douceur et toute la simplicité dont il est susceptible. C’est donc ainsi qu’on voit par le même principe toutes les familles travailler sans cesse à s’enrichir et à se ruiner alternativement. C’est Sisyphe qui sue sang et eau pour porter au sommet d’une montagne le rocher qu’il en va faire rouler le moment d’après. ROUSSEAU

 

«Quoi qu’en disent les moralistes, l’entendement humain doit beaucoup aux passions, qui, d’un commun aveu, lui doivent beaucoup aussi: c’est par leur activité que notre raison se perfectionne; nous ne cherchons à connaitre que parce que nous désirons de jouir, et il n’est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n’aurait ni désirs ni craintes se donnerait la peine de raisonner. Les passions, à leur tour, tirent leur origine de nos besoins, et leur progrès de nos connaissances; car on ne peut désirer ou craindre les choses que sur les idées qu’on en peut avoir, ou par la simple impulsion de la nature; et l’homme sauvage, privé de toute sorte de lumières, n’éprouve que les passions de cette dernière espèce; ses désirs ne passent pas ses besoins physiques ; les seuls biens, qu’il connaisse dans l’univers sont la nourriture, une femelle et le repos; les seuls maux qu’il craigne sont la douleur et la faim; je dis la douleur et non la mort; car jamais l’animal ne saura ce que c’est que mourir, et la connaissance de la mort, et de ses terreurs, est une des premières acquisitions que l’homme ait faites, en s’éloignant de la condition animale.» Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

Comment réprimer la passion même la plus faible, quand elle est sans contrepoids? Voilà l’inconvénient des caractères froids et tranquilles: tout va bien tant que leur froideur les garantit des tentations ; mais s’il en survient une qui les atteigne, ils sont aussitôt vaincus qu’attaqués; et la raison, qui gouverne tandis qu’elle est seule, n’a jamais de force pour résister au moindre effort. Je n’ai été tenté qu’une fois et j’ai succombé. Si l’ivresse de quelque autre passion m’eût fait vaciller encore, j’aurais fait autant de chutes que de faux pas. Il n’y a que des âmes de feu qui sachent combattre et vaincre; tous les grands efforts, toutes les actions sublimes sont leur ouvrage : la froide raison n’a jamais rien fait d’illustre et l’on ne triomphe des passions qu’en les opposant l’une à l’autre. Quand celle de la vertu vient à s’élever, elle domine seule et tient tout en équilibre. Voilà comment se forme le vrai sage, qui n’est pas plus qu’un autre à l’abri des passions, mais qui seul sait les vaincre par elles-mêmes, comme un pilote faite route par les mauvais vents.

ROUSSEAU

 

« L’amour de soi, qui ne regarde qu’à nous, est content quand nos vrais besoins sont satisfaits ; mais l’amour-propre, qui se compare, n’est jamais content et ne saurait l’être, parce que ce sentiment, en nous préférant aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent à eux, ce qui est impossible. Voilà comment les passions douces et affectueuses naissent de l’amour de soi, et comment les passions haineuses et irascibles naissent de l’amour-propre. Ainsi, ce qui rend l’homme essentiellement bon est d’avoir peu de besoins et de peu se comparer aux autres ; ce qui le rend essentiellement méchant est d’avoir beaucoup de besoins et de tenir beaucoup à l’opinion. Sur ce principe, il est aisé de voir comment on peut diriger au bien ou au mal toutes les passions des enfants et des hommes. Il est vrai que ne pouvant vivre toujours seuls, ils vivront difficilement toujours bons : cette difficulté même augmentera nécessairement avec leurs relations, et c’est en ceci surtout que les dangers de la société nous rendent les soins plus indispensables pour prévenir dans le cœur humain la dépravation qui naît de ses nouveaux besoins. » Jean-Jacques ROUSSEAU, Émile, Livre quatrième.