Discours sur la condition des grands (explication)

I ? Philosophie

PASCAL 3 discours sur la condition des grands

? Le texte est un récit que Nicole en a fait à partir des conversations (=conférences) de Pascal. Ces trois discours s’adressaient à un jeune prince, probablement le fils aîné du duc de Luynes à qui est adressée « la logique de port-Royal ».

1er discours :

  • Le thème du premier discours : « la condition des grands », mais plus largement, la condition humaine .

  • Les grands sont les hommes qui occupent des positions de prestige par leur pouvoir/fonction politique ou par leur richesse. Par exemple dans la société d’ancien régime, les grands sont les nobles ( marquis, duc, nobles etc) Il s’agit donc d’une condition sociale qui renvoi à un ordre hiérarchique. On sait qu’en 1789, les privilèges sont abolis : et lorsqu’ils le seront, certains individus auront cependant des fonctions d’autorité qui même en démocratie maintiennent un ordre social. On peut donc dire que le discours de Pascal n’est pas lié à une époque mais correspond à la condition même de l’homme, à sa place et à sa situation dans la société comme dans l’univers.

? Réfléchir sur sa condition sociale c’est se connaître soi-même.

« La parabole » (= récit allégorique qui utilise une image véhiculant une thèse ou une idée morale) est présente dès le début du texte : « Pour entrer dans la véritable connaissance de votre condition, considérez la dans cette image. » Il s’agit d’imaginer, c’est à dire de se figurer, de rendre sensible une vérité. Pascal fait appel à l’imagination qu’il définit dans les pensées comme une puissance, comme ce qui produit des effets de vérité. La scène décrite par Pascal est celle d’un homme jeté par la tempête dans une île inconnue. C’est l’absolu hasard de la rencontre, l’absolue méprise sur les personnes qui permet à Pascal d’illustrer trois idées :

1/- Dans la société comme dans la nature, c’est le hasard qui décide. Notre existence n’a aucune signification. Elle est « contingente » (contraire de nécessaire). D’où l‘angoisse que Pascal entend surmonter par le recourt à Dieu. On est dans le thème de la misère, de l’existence humaine, que l’homme voudra à tout prix dissimuler et que Pascal dénoncera sous le nom de « vanité » (= « Les ambassadeurs »); l’homme recherche toujours des marques de reconnaissance sociale pour échapper à sa misère, toutes les conduites et les institutions humaines sont fondées sur le divertissement. Il s’agit de masquer la misère de sa propre condition.

2/- La deuxième idée est de définir l’imagination comme une puissance, comme la grande maîtresse des dominés comme des dominants. L’imagination conforte le grand qui ne voit pas qu’elle n’est qu’apparence. Ce qui confère le statut de roi au naufragé ce sont les signes extérieurs ? puissance usurpée (= puissance volée). La royauté est-ce une qualité physique ? Le roi n’est-il roi que par son corps ? Le roi ne se montre-t-il jamais nu ?

? cela signifierait que les signes du pouvoir se confondent avec sa dignité.

3/- La parabole montre que l’ordre social n’est pas imposé par la force mais ne tient que par le consentement de ce qui le constitue. Ce qui veut dire que la légitimité de fait devient une légitimité de droit par le pouvoir de l’imagination. La force seule ne pourrait pas se maintenir si elle ne se paraît des emblème de la justice. La force seule est impuissante; l’imagination est ce qui permet de transformer la force en droit.

  • Pascal dit que le grand a une double pensée : c’est une pensée publique/officielle d’une part et une pensée intérieure et privée d’autre part. La pensée intérieure est plus conforme à la vérité car chacun, les grands comme les autres savent qu’il n’existe aucune supériorité de droit dans la nature. Mais le grand ne doit pas afficher, publier, cette « pensée de derrière ». L’ordre sociale n’a donc pas de fondement naturel mais dépend des rapport conventionnels entre les gouvernants et gouvernés. Dire que l’ordre social est une convention, c’est montrer que les institutions juridiques ou politiques sont « contingente s». Aucun grand ne peut se prévaloir d’une justice naturelle. Cependant, il ne s’agit pas de discuter de leur légitimité. Le but du politique étant la paix civile, il n’est pas souhaitable que ceux qui doivent obéir aux lois, discutent de leur caractère conventionnel.

Conclusion (sur le premier discours) :

– Les grands sont comme le naufragé ; ils n’ont aucune supériorité naturelle, aucun titre à revendiquer que celui des conventions et des hasards de l’histoire. Contre la vanité, l’insolence, la cruauté, que peuvent manifester ceux qui possèdent une supériorité, un pouvoir, il faut rappeler la méconnaissance naturelle de l’homme.

2eme discours :

Thèse de Pascal : Il faut distinguer deux ordres de grandeur

  1. définir les grandeurs d’établissement et les grandeurs naturelles.

  2. Montrer que ces grandeurs appellent différents types de respect.

? Le problème est un paradoxe formulé à propos de respect d’établissement.

I- les deux ordres de grandeur.

? il s’agit d’une distinction de nature (ce qui définit de manière radicalement opposé ce qui est par nature et ce qui est par convention ? défini/créé par les hommes).

La grandeur c’est ce que les hommes reconnaissent comme une valeur, une supériorité ou une dignité.

  1. les grandeurs conventionnelles (ce qui est convenu = en accord avec tous les hommes, ce qui est institué)

.La convention découle d’une décision humaine (ex: 1- en France au 17e siècle on décide qu’il existe une supériorité pour les nobles en tant que descendant des conquérants germains. A la même époque en Suisse, on honore les roturiers = celui qui n’a pas de titre/ 2- on donne d’un coté le privilège à l’aîné , d’un autre coté au cadet)

Pascal constate ces distinctions et souligne leur caractère arbitraire. Les distinctions sociales sont aussi contingentes (ce qui arrive, qui aurai pu arriver de manière différente ? hasard)

Pascal relève ces distinctions sociales comme des faits qui pourraient être autre. Comme c’est la volonté des hommes qui décide, qui institue des lois, on peut dire qu’il n’y a pas de fondement naturel aux hiérarchies, aux privilèges, tout n’est que conventions parmi les hommes. Pascal insiste sur le principe de ces conventions (ce qui les fonde) : «  parce qu’il a plut aux hommes » cela signifie que la hiérarchie sociale n’a pas d’autre justification que le bon plaisir des peuples. Par la notion de plaisir, Pascal enracine la politique dans la sphère de la sensibilité, des désirs, des passions et surtout de l’imagination. L’enjeu des conventions est d’assurer pour Pascal l’ordre public : il s’agit de mettre d’accord les hommes entre eux et le plus important est la stabilité des institutions.

  1. Les grandeurs naturelles

.Ce qui est par nature est indépendant de la contingence et de l’arbitraire humain. Il n’y a que la raison qui pourrait saisir la nécessité et l’universalité de ce qui est fondé en raison. Par exemple, la vertu de sagesse est une valeur en elle-même, elle ne doit pas dépendre de la fantaisie des peuples. Pascal fait référence à « des qualités réelles et effectives » « réel » s’oppose à fictif, c’est à dire produit de l’imagination, « effectif » signifie capable de produire des effets, capable de se réaliser.

  1. Les deux genres de respects relatifs aux deux ordres de grandeur

Aux grandeurs d’établissement, respect d’établissement. Tout ordre social implique des règles relatives au hiérarchies instituées, exemple: on parle au roi à genoux, on se tient debout dans la chambre des princes. Ce sont « des cérémonies extérieures » ce qui signifie que l’attitude est conforme à la règle sociale. Extérieurement, ce que l’on montre, qu’on manifeste est conforme à la règle sociale. Mais cela n’implique pas notre consentement intérieur. A l’inverse, les grandeurs naturelles, force d’estime ou d’admiration, elles suscitent des sentiments qui ne se décident pas, qui sont spontanés.

? « Nous ne devons les respects naturels qu’aux grandeurs naturelles » Pascal veut dire que les grandeurs naturelles sont respectées par la raison, respect subvertie par l’imagination lorsqu’il s’agit de reconnaissance surnaturelle. La toute puissance de l’imagination explique pourquoi certains hommes ont suscité l’estime. L’existence de ces deux formes de respect conduit aux confusions des ordres. C’est par exemple tyrannie qui exige un respect naturel pour une grandeur conventionnelle : c’est l’injustice d’un respect d’établissement pour une grandeur naturelle.

II- Le paradoxe de l’ordre conventionnel

(p537, ligne 94)

« Aux grandeurs d’établissement nous leurs devons les respects d’établissement, c’est a dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être accompagnées selon la raison d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre mais qui ne nous font pas concevoir quelques qualités réelles en ce que nous honorons de la sorte. »

? Un ordre conventionnel est un ordre arbitraire. Pascal a expliqué qu’il faut s’y conformer pour le maintien de l’ordre public. Mais faut-il de plus reconnaître la justice ? Le juste est ce qui peut être justifié moralement. Ce qui veut dire que seul un ordre conventionnel respectueux de la lois intérieure, morale peut prétendre au consentement intérieur. Seul la légitimité d’un droit intérieur/naturel peut être justifié par la raison. En droit , la justice est ce qui est fondé en raison, il faudrait donc construire un ordre social sur les fondement rationnels ce qui pour Pascal est une illusion car s’il on confond l’ordre naturel et conventionnel, on fait preuve d’injustice. Le problème est de comprendre comment l’injustice peut être effective dans un ordre, comment subordonner la légitimation de l’ordre conventionnel à la rectitude morale. Il y aurait donc une justice propre à chaque ordre, une justice reconnue comme juste dans l’ordre politique arbitraire !

  1. La souveraineté de l’ordre naturel

.La nature de l’homme est une nature déchue, que ce soit l’âme ou le corps, les deux participent de cette déchéance. Cependant la nécessité d’un pouvoir pour régler l’usage de la force, de la violence, constitue l’ordre politique pour lier les hommes entre eux selon des lois. On ne peut pas fonder sur une justice transcendante ce qui relève à la fois du règlement du corps et de l’âme. L’ordre politique ne peut qu’inclure le désordre et l’injustice. A ce niveau de l’analyse, on peut dire que le pouvoir politique n’a de sens que sur une critique radicale de la raison . L’ordre politiques/conventionnel a pour but de satisfaire les désirs et les intérêts des hommes et surtout cet intérêt majeur qui est de se protéger des violences réciproques. Tous ceux qui remplissent les fonctions du politiques sont des êtres sensibles, des êtres de chair, « des rois de concupiscence ». Il s’agit donc d’expliquer le politique par la correction de notre nature, par l’aspect tragique de notre existence. Il faut reconnaître les conventions sociales même si il s’agit « d’une pensée de derrière ».

2) L’impuissance à dire le juste

.Les hommes dénoncent l’injustice mais laissent une place vide à l’idée de justice : « encore qu’on ne puisse assigner le juste, on voit bien ce qui ne l’est pas « 

L’impuissance a dire la juste

La justice n’est pas la conformité à l’idée de juste mais c’est la paix qu’elle assure . La justice est un accord entre les hommes sur des principes conventionnels même si ces principes sont corrompu , ils sont incontournables, ils sont nécessaires pour assurer l’ordre publique . Voilà pourquoi Pascal conseil au prince de laisser croire que ces principes sont justes que les puissances sont nécessaires.
L’impuissance de la raison humaine à déterminer le juste s’explique par la subversion de la raison par l’imagination. Pascal montre que la justice doit se transformer et que la force doit devenir juste cf texte Pascal Justice, force

La capacité de l’imagination à subvertir la raison et à imposer la force en la parant du manteau du droit, montre l’étendu de la corruption de notre nature. L’imagination est de l’ordre de la chaire , sa fonction est de satisfaire les appétits du pouvoir de la richesse de la vanité ? la concupiscence
Les hommes ne peuvent donc prétendre vivre dans la justice, il faudrait pour cela n’aspirer à aucun bien qui ne puisse être partagé par tous , ce qui est proprement impensable ou cela reviendrais à prendre les hommes pour des anges, des dieux (sans sensibilité)

 

 

III/ Troisième discours p 537

1) Distinction entre royaume de concupiscence et royaume de charité
Sainte Augustin oppose Cité de dieu et Cité des hommes celle-ci est à l’image de la nature humaine, c’est une nature déchue, elle est sous l’emprise des divers désirs.
La corruption constitutive de l’homme vient de l’amour de sois à la place de l’amour de dieu, elle même est un néant qui se prend pour un dieu. Saint Augustin explique que tout malheur de l’homme , que tout le désordre terrestre ont pour origine l’amour de sois ou l’amour propre . Les hommes pourraient être unis par communauté d’amour et de justice ne serait plus des hommes mais des saints. La concupiscence est ce que chacun découvre en lui même: désir des richesses, désir de domination, de gloire, auquel il faut ajouter l’orgueil et la curiosité. Ces deux désirs sont de l’ordre de l’intériorité, il vienne de l’esprit même de l’homme. Tout oppose le royaume de la concupiscence et le royaume de la charité . Ce dernier uni les hommes par la bienveillance ce n’existe que par et pour tout l’ensemble des hommes (oubli de sois, sacrifice au autre pour amour des autres ,jusqu’au mépris de sois).

L’ordre de la concupiscence au contraire constitue une communauté d’intérêt une communauté d’individu uni par l’amour de sois jusqu’au mépris de dieu.

2)Les autorités institués

Elles n’ont de légitimité que parce-qu’elle unissent les intérêts du corps politique : ces intérêts sont la sécurité la prospérité et la reconnaissance voilà ce que les hommes nomment justice .
Les hommes ont besoins d’être liés par la force de leurs intérêts. Le ressort majeur de la politique n’est pas l’étendu d’un territoire mais «la possession des choses que la cupidité des hommes désir»
Tous les hommes sont des rois de concupiscence , Pascal en tire une leçon pour le prince auquel il s’adresse : il devra veillé a satisfaire les besoins et désirs de ceux qui lui seront attachés

3) Il n’y a aucun salut de l’humanité par la politique

 

Pascal invite le grand à être le serviteur de ce qu’il gouverne il devra évité la violence la brutalité la force pour autant il ne fera ni le salut de son peuple ni celui de son âme car cela est réservé à la grâce, au don divin , à la sagesse christique . Il vaut mieux ce damner en honnête homme qu’en misérable. La sagesse en ce monde est donc un moindre mal qui consiste à mépriser la concupiscence.

Le philosophe laisse la place au miracle de la foi.

Explication de texte : Second discours sur la condition des grands de Blaise Pascal

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