La Question d’Interprétation

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La Question d’Interprétation Philosophique
En philosophie, lire un texte ce n’est jamais seulement le lire : c’est également, et toujours, l’interpréter, relever ses implicites, ses présupposés et ses implications. Cela permet de saisir à qui s’adresse l’auteur, contre qui il écrit et ce qu’il veut vraiment nous faire comprendre.
La Question d’Interprétation philosophique vous invite à effectuer ce type de travail intellectuel. Il s’agit d’interpréter un texte – ou un bout de texte – afin d’en faire ressortir les implicites, les présupposés et les implications. La QdIP ressemble à l’Explication de Texte

Comment se présente une Question d’Interprétation Philosophique ?
La Question d’Interprétation Philosophique suit un extrait tiré d’un ouvrage de philosophie ou de littérature.
Par conséquent, vous aurez devant vous
• un texte (15-25 lignes)
• la Question d’Interprétation Philosophique.

Il ne faut donc pas, je crois, concevoir l’individu comme une sorte de noyau élémentaire, atome primitif, matière multiple et muette sur laquelle viendrait s’appliquer, contre laquelle viendrait frapper le pouvoir, qui soumettrait les individus ou les briserait. En réalité, ce qui fait qu’un corps, des gestes, des discours, des désirs sont identifiés et considérés comme individus, c’est précisément cela l’un des effets premiers du pouvoir. C’est-à-dire que l’individu n’est pas le vis-à-vis du pouvoir ; il en est, je crois, l’un des effets premiers. L’individu est un effet du pouvoir et il est en même temps, dans la mesure même où il en est un effet, le relais : le pouvoir transite par l’individu qu’il a constitué.
FOUCAULT, « Il faut défendre la société »

Question d’interprétation philosophique :
En quoi, dans la phrase « le pouvoir transite par l’individu qu’il a constitué », Foucault renverse la conception traditionnelle de l’individu ?
Question de réflexion littéraire :
Selon vous, le pouvoir doit nécessairement s’appliquer à des individus ?
À la différence d’une Question de Réflexion Philosophique – qui est toujours générale – la Question d’Interprétation Philosophique concerne :
– soit des passages spécifiques de cet extrait (une phrase, une expression, etc.)
– soit le sens général de cet extrait – sens que vous êtes censé interpréter.
– soit les deux.
Alors qu’une Question de Réflexion Philosophique vous invite à développer votre réflexion à partir de l’extrait, la Question d’Interprétation Philosophique exige que vous vous plongiez dans l’extrait pour en creuser le sens.
Lorsque vous abordez un extrait, et que vous devez répondre à une QdIP, il est toujours utile de se demander : Contre qui ou quoi a été écrit ce texte ? Autrement dit, vous devez toujours envisager l’extrait comme s’il s’inscrivait dans un débat.
Petit Lexique :
Implicite : ce qui est virtuellement contenu dans une proposition, sans être formellement exprimé. Vous devez faire ressortir ces implicites, en formulant des hypothèses interprétatives.
Hypothèse interprétative : conjecture concernant la possibilité que l’extrait contienne un certain implicite, ou ait un certain sens.
Présupposé/Implication : [Présupposé] ce qu’un auteur suppose dans son extrait, sans l’énoncer ; [Implication] ce qui est logiquement impliqué par une affirmation, sans être énoncé ; ce à quoi peut mener une affirmation.
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Comment doit se présenter votre réponse à une Question d’Interprétation Philosophique ?
Votre réponse à une Question d’Interprétation Philosophique doit se présenter comme un texte structuré, ayant les éléments suivants :
• une Introduction > • un Développement > • une Conclusion
Considérons chacun de ces éléments :
L’Introduction
L’Introduction doit expliciter le Thème de l’extrait, sa Thèse et Ce à quoi il s’oppose.
1) Une Accroche (facultative mais conseillée) : vous pouvez évoquer un exemple historique, littéraire ou de vie quotidienne, et montrer en quoi il est pertinent pour introduire votre réponse ; vous pouvez également évoquer le Contexte de l’extrait.
2) Le Thème : ce dont parle l’extrait, son objet général. Par exemple : la liberté, la différence anthropologique, le rôle de l’homme politique, etc.
3) La Thèse : la position de l’auteur vis-à-vis de ce thème, ce qu’il affirme et argumente. Par exemple : Selon l’auteur, la liberté n’est qu’une illusion provoquée par notre ignorance des causes qui nous déterminent à agir.
4) Ce à quoi s’oppose l’extrait : tout extrait doit être conçu comme s’inscrivant dans un débat. À partir de la Thèse de l’extrait, vous devez déduire la thèse à laquelle il s’oppose. Vous devez également formuler quelques arguments, pour montrer en quoi la thèse adverse est au moins plausible. Par exemple : L’extrait s’oppose à la thèse selon laquelle la liberté n’est pas une illusion, mais une réalité : les hommes sont libres et maîtres de leurs choix. Pour appuyer cette thèse, on pourrait affirmer que…
5) Reprenez la question initiale
Le développement
Commencez toujours par préciser le sens de certains mots utilisés : si la question concerne l’interprétation d’une phrase précise, définissez les termes importants de la phrase à interpréter ; si la question concerne le sens global de l’extrait, définissez les termes saillants de l’extrait (Par ex. dans l’extrait de Foucault, au moins « individu » et « pouvoir »)
Dans le développement, vous allez développer votre réponse à la question posée.
Vous êtes assez libres quant au nombre de parties à rédiger : ce qui compte, c’est que votre développement soit structuré, organique et scandé par des paragraphes (? parties !)
Votre but consiste à organiser vos hypothèses interprétatives, afin de répondre à la question posée. Citez régulièrement l’extrait : cela vous permettra de relier efficacement vos hypothèses interprétatives à des points précis du texte.
La Conclusion
La conclusion doit CONCLURE.
Donc, pas d’idées nouvelles en conclusion, ni d’« ouverture ».
Vous devez
– Rappeler la question de départ et le Problème
– Ressaisir brièvement votre réponse
Problème
Problème
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Concrètement, comment faut-il s’y prendre ?
1) LE TRAVAIL SUR L’EXTRAIT
• Lisez la Question d’Interprétation Philosophique et l’extrait.
• Lisez l’extrait plusieurs fois :
– essayez de comprendre le sens général de l’extrait.
– essayez de comprendre en quoi la question fait référence à l’extrait. Éventuellement, soulignez les termes importants dans la question.
• À l’aide d’un surligneur, soulignez dans l’extrait les phrases, les expressions et les termes pertinents pour répondre à la question. Par ex. dans la première phrase de l’extrait de Foucault, il faudra souligner au moins « Individu, noyau élémentaire, atome primitif, s’appliquer, pouvoir ».
• À l’aide d’un stylo ou d’un crayon papier, encerclez dans l’extrait les connecteurs logiques qui structurent l’extrait (mais, or, donc, cependant, de plus, etc.)
2) LE TRAVAIL AU BROUILLON
• Prenez deux feuilles de brouillon : l’une servira à noter vos idées ; l’autre, à effectuer le questionnement de l’extrait.
• Sur la première feuille,
– écrivez en grand la QdIP
– notez d’abord tout ce qui vous vient à l’esprit au sujet de la question : références du cours, exemples concrets, description de la fonction des connecteurs logiques, idées éparses.
– élaborez les définitions des termes importants et notez-les. Elles vous serviront au début de votre Développement. Pour élaborer les définitions, commencez par vous demander « Que faut-il entendre par [terme, expression] ? » Ensuite, répondez à cette question : votre réponse sera une définition.
– Dégagez :
Le Thème
De quoi parle cet extrait ? Quel est son objet ?
La Thèse
Quelle est la position de l’auteur vis-à-vis du Thème de l’extrait ? Qu’est-ce qu’il affirme ? Par quels arguments appuie-t-il sa thèse ?
Ce à quoi s’oppose l’extrait
Quelle pourrait être la thèse inverse ? Par quels arguments pourrait-on l’appuyer ?
• Sur la seconde feuille,
– énoncez les grandes lignes de votre réponse à la question posée.
– entamez votre QUESTIONNEMENT des termes et expressions de la phrase à interpréter (si la question concerne l’interprétation d’une phrase précise), et/ou des moments saillants de l’extrait (si la question concerne le sens global de l’extrait).
LE QUESTIONNEMENT
Le questionnement est un outil d’analyse : il vous permet de creuser le sens de l’extrait et d’en expliciter les implicites.
Il s’agit de dresser une liste de questions concernant des termes et des expressions précises de l’extrait.
Par exemple :
– POURQUOI l’auteur a-t-il utilisé ce terme/cette formule ici ?
– EN QUOI CE TERME/ CETTE FORMULE SE DISTINGUENT-ils de cet autre terme/formule ?
– CONTRE QUI OU QUOI l’auteur utilise-t-il ce terme/cette formule ? Pourquoi ?
– A QUEL CONCEPT l’auteur se réfère-t-il implicitement ici ? En quoi consiste ce concept ?
– QUE PRÉSUPPOSE l’auteur lorsqu’il utilise ce terme/cette formule ? Pourquoi ?
– QUELLES SONT LES IMPLICATIONS de l’idée que l’auteur exprime ici ? Pourquoi ?
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– Répondez aux questions par des hypothèses interprétatives. Une hypothèse interprétative peut être plus ou moins pertinente : sa pertinence dépend de votre compréhension de l’extrait.
Voici quelques suggestions pour entamer vos hypothèses interprétatives :
– POURQUOI l’auteur a-t-il utilisé ce terme/cette formule ici ?
« Si l’auteur a utilisé ce terme/cette formule, c’est que… »
– EN QUOI CE TERME/ CETTE FORMULE SE DISTINGUENT-ils de cet autre terme/formule ?
« Ce terme/cette formule peuvent être distingués de…En effet [vous justifiez votre distinction] »
– CONTRE QUI OU QUOI l’auteur utilise-t-il ce terme/cette formule ? Pourquoi ?
« L’auteur utilise ce terme/cette formule contre…En effet… »
– A QUEL CONCEPT l’auteur se réfère-t-il implicitement ici ? En quoi consiste ce concept ?
« L’auteur se réfère ici au concept de…Ce concept décrit… »
– QUE PRÉSUPPOSE l’auteur lorsqu’il utilise ce terme/cette formule ? Pourquoi ?
« Lorsqu’il utilise ce terme/cette formule, l’auteur présuppose que… »
– QUELLES SONT LES IMPLICATIONS de l’idée que l’auteur exprime ici ? Pourquoi ?
« L’idée exprimée ici par l’auteur implique… »
Vos hypothèses interprétatives constituent la matière de votre développement. Une fois au propre, vous devez les organiser de façon organique et cohérente, afin de bien répondre à la question posée.
3) ÉCRIRE AU PROPRE
• L’Introduction :
– Commencez par l’accroche (facultative mais conseillée)
– Énoncez le Thème : « L’extrait proposé thématise [thème] »
– Énoncez la Thèse : « Selon l’auteur, [thèse] ; en effet [ressaisie des arguments qu’il utilise pour appuyer sa thèse]
– Énoncez Ce à quoi s’oppose l’extrait : « L’extrait s’oppose à la thèse selon laquelle…Pour appuyer cette thèse, on pourrait affirmer que… »
– Puis reprenez la question initiale.
• Le Développement
– Commencez par préciser le sens de certains mots utilisés : « Dans [la question posée et/ou l’extrait] on trouve des termes saillants, qui méritent d’être définis et précisés : … »
– Rédigez votre réponse à la question posée, en articulant vos hypothèses interprétatives entre elles. Les questions que vous avez posées pendant la phase QUESTIONNEMENT ne doivent pas apparaître au propre.
Citez régulièrement l’extrait : cela vous permettra de relier efficacement vos hypothèses interprétatives à des points précis du texte. Votre développement doit être structuré par des paragraphes !
• La Conclusion
– Vous rédigerez votre conclusion directement au propre.
– Dans votre conclusion doivent apparaître : 1) un rappel de la question de départ et du problème : 2) une courte ressaisie de votre réponse. ET BASTA.
Attention ! Vous devez RÉDIGER : votre Introduction NE DOIT PAS se présenter sous forme de schéma ou de points.