Miguel Benasayag : “Il faut accepter une discipline extérieure à soi et se forger un petit exosquelette”
» Être éveillé c’est être vivant. »
H.D. Thoreau
Les médias associaient la guerre, la peur de la grippe, ce climat aussi chaud qu’inquiétant, au comportement des adolescents et des adultes. Des bars étaient bondés au milieu de la journée. Les liaisons entre collègues de travail étaient monnaie courante. Grossesses imprévues et grossesses programmées. Il y avait, semblait-il, une femme enceinte à chaque coin de rue et un bébé dans sa poussette sur chaque trottoir. Les garçons qui n’étaient pas incorporés dans l’armée après le lycée se marginalisaient pour devenir poètes. On rapportait qu’à Las Vegas il était si fréquent que des joueurs restent devant leur machine à sous jusqu’à tomber d’épuisement que des ambulances attendaient, moteur en marche, derrière les casinos. Les chapelles célébrant les mariages vingt-quatre heures sur vingt-quatre ne désemplissaient pas. Il se consommait autant de champagne que les magasins de spiritueux avaient adopté le principe d’une seule bouteille par client afin d’éviter les réactions violentes de ceux qui trouvaient les rayonnages vides.
L. Kasischke, En un monde parfait, 2009
Dans ce roman contemporain, l’auteure fait le récit d’une épidémie de grippe qui traverse les États-Unis emportant des centaines de victimes et décrite par une jeune femme souhaitant se marier. Si c’est ce fil conducteur de la recherche d’un bonheur conjugal qui rythme le roman, il n’en reste pas moins cette maladie comme toile de fond, exprimant les excès de la société actuelle vers la recherche de la consommation à tout prix…
« La solitude que j’aime, et que je prêche, ce n’est principalement, que ramener à moi mes affections, et mes pensées. »
Montaigne
Le soleil était éclatant. La moindre eau sale se mit à fumer. Les journées étaient torrides, les nuits froides. Il y eut un cas de choléra foudroyant. Le malade fut emporté en moins de deux heures. […] Les convulsions, l’agonie, devancées par une cyanose et un froid de la chair épouvantable firent le vide autour de lui. Même ceux qui lui portaient secours reculaient. Son faciès était éminemment cholérique. C’était un tableau vivant qui exprimait la mort et ses méandres. L’attaque avait été si rapide qu’il y subsista pendant un instant encore les marques d’une stupeur étonnée, très enfantine mais la mort dut lui proposer tout de suite des jeux si effarants que ses joues se décharnèrent à vue d’œil, ses lèvres se retroussèrent sur ses dents pour un rire infini ; enfin il poussa un cri qui fit fuir tout le monde.
J. Giono, Le Hussard sur le toit
Si nous nous retrouvons à temps pour le troisième trimestre, Promis nous allons voir le film LE HUSSARD SUR LE TOIT ! C’est le troisième film de Lycéens au cinéma choisi pour les TS1…
Intrigue : 1838. Angelo Pardi, hussard italien originaire de Piémont, est notre héros, en fuite après avoir remporté un duel mortel. Ses tribulations le mènent à Manosque, en Provence, où une épidémie de choléra fait rage. Poursuivi par les autorités, qui le croient coupable d’empoisonner les fontaines de la ville, il erre sur les toits des demeures délaissées. Il virevolte alors d’une maison à une autre, s’abstrait de l’abominable chaos de l’épidémie tout en s’offrant une contemplation impressionniste des paysages désolés d’une ville en agonie. Néanmoins, en bon personnage d’inspiration stendhalienne, Angelo accorde une importance particulière au devoir et à la vertu. Fort d’une immunité inexplicable et d’une noble dévotion, il se met au service de quelques condamnés dans l’espoir de les sauver du calvaire, se retrouvant aux premières loges de la danse macabre. Il s’insurge contre ce mal foudroyant qui, selon lui, révèle “la saloperie humaine”.
Aimer à lire, c’est faire un échange des heures d’ennui que l’on doit avoir en sa vie en des heures délicieuses Montesquieu
« Il faut beaucoup nous aimer, cette fois encore, respirer plus fort que le poumon du bourreau ».
—- René Char, Feuillets d’Hypnos (in Fureur et Mystère, 1948)
– Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux ?
– J’attends le résultat des analyses.
– Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère : » C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident. » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
– Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.
Albert Camus, La peste, un livre que tout le monde conseille mais peu de courageux lisent… A vous de vous lancer dans cet ouvrage, c’est le moment !