Laïcité

Il me semble qu’il y a dans la discussion publique une méconnaissance des différences entre deux usages du terme laïcité : sous le même mot sont désignées en effet deux pratiques très différentes ; la laïcité de l’Etat, d’une part ; celle de la société civile, d’autre part.
La première se définit par l’abstention. C’est l’un des articles de la Constitution française : l’Etat ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte. Il s’agit là du négatif de la liberté religieuse dont le prix est que l’Etat, lui, n’a pas de religion. Cela va même plus loin, cela veut dire que l’Etat ne « pense » pas, qu’il n’est ni religieux ni athée ; on est en présence d’un agnosticisme institutionnel.
(…)
De l’autre côté, il existe une laïcité de confrontation, dynamique, active, polémique, dont l’esprit est lié à celui de discussion publique. Dans une société pluraliste comme la nôtre, les opinions, les convictions, les professions de foi s’expriment et se publient librement. Ici, la laïcité me paraît être définie par la qualité de la discussion publique, c’est-à-dire par la reconnaissance mutuelle du droit de s ‘exprimer ; mais plus encore, par l’acceptabilité des arguments de l’autre

Paul RICOEUR la laicite « La critique et la conviction » (Entretien avec François Azouvi et Marc de Launay des années 1994 et 1995),

Dieu ne vous regarde ni ne vous écoute

« Dieu ne vous regarde ni ne vous écoute »
« Décrocher tous les ornements, s’habiller en noir pour plaire à Dieu, jeûner en son honneur, voilà certes des austérités ; mais elles ne sont pas accompagnées d’une chose essentielle dont vous n’avez pas dit encore le nom, mais que peut-être vous vous chuchotez à vous-mêmes, Dieu ne nous en sait aucun gré. D’abord, c’est peut-être que vous aimez le noir, comme d’autres aiment la vie des camps, le brouet lacédémonien, la vie inconfortable et le coucher sur la dune. Pourquoi Dieu vous serait-il reconnaissant de faire ce qui vous plaît, si c’est la fatigue qui vous plaît ? Non, Dieu ne vous regarde ni ne vous écoute. A ce compte il vous serait plus reconnaissant de vous donner moins de mal, et d’aimer votre prochain. Dieu ne vous demande pas de manger des harengs saurs à sa gloire et de boire de l’eau bénite à sa santé, mais il nous demande de nous dévouer à nos frères et sœurs créatures, de vivre pour les autres, de chérir humblement notre compagne : le Créateur veut être aimé dans ses créatures, et il n’a cure des privations que vous vous imposez, si l’amour n’y est pas. Et pour paraphraser la pensée magnifique de Pascal, nous dirons : il vaut mieux ne pas jeûner et aimer son prochain que de manger des harengs pour l’amour de Dieu,-en se souciant surtout de sa précieuse âme immortelle et de sa propre destinée. Dieu ne veut pas être aimé de cette manière-là ! « 
Vladimir Jankélévitch
L’austérité et la vie morale (1956) In Philosophie morale Éditions Mille et une Pages
Flammarion 1998 pp

L’éducation et l’amour de la république

« C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise a son tour: mais la vertu politique est un renoncement à soi-même qui est toujours une chose très pénible.
On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières; elles ne sont que cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or, le gouvernement est comme toutes les choses du monde: pour le conserver, il faut l’aimer.
On n’a jamais ouï dire que les rois n’aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.
Tout dépend donc d’établir dans la république cet amour; et c’est à l’inspirer que l’éducation doit être attentive. Mais, pour que les enfants puissent l’avoir, il y a un moyen sur: c’est que les pères l’aient eux-mêmes.
On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l’est encore plus de leur donner ses passions. Si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.
Ce n’est point le peuple naissant qui dégénère; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus ».
Montesquieu, De l’Esprit des lois (1748), Première partie, Livre IV, chapitre V, p 160, Ed. G.F. Flammarion

 

Voltaire, « Fanatisme » Dictionnaire philosophique, 1764

On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C’est une maladie de l’esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s’échauffe rarement en lisant : car alors on peut avoir le sens rassis. Mais quand un homme ardent et d’une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont en feu, et ce feu se communique ; ses tons, ses gestes, ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il crie : Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n’est qu’humain ; combattez les combats du Seigneur ; et on va combattre.

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère.

Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances : il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu.

(…)

Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal : car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l’esprit l’exemple d’Aod, qui assassine le roi Églon ; de Judith, qui coupe la tête d’Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag ; du prêtre Joad, qui assassine sa reine à la porte aux chevaux, etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l’Antiquité, sont abominables dans le temps présent : ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre.

Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?

Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J’ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s’échauffaient par degrés parmi eux ; leurs yeux s’enflammaient, tout leur corps tremblait, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.

Oui, je les ai vus ces convulsionnaires, je les ai vus tordre leurs membres et écumer. Ils criaient : Il faut du sang. Ils sont parvenus à faire assassiner leur roi par un laquais, et ils ont fini par ne crier que contre les philosophes.

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Il n’y a eu qu’une seule religion dans le monde qui n’ait pas été souillée par le fanatisme, c’est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède : car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c’est à la folie des hommes qu’il faut s’en prendre.

VOLTAIRE Extrait de l’article « Fanatisme » du Dictionnaire philosophique, 1764 

Grand oral l’épreuve au bac général et technologique

Grand oral : (Partie de lettre commune à toutes les disciplines)

« La première session du baccalauréat général et technologique rénové se met en place en 2021. Le Grand Oral constitue un temps nouveau d’évaluation certificative.

L’épreuve est cadrée par les textes officiels suivant : https://www.education.gouv.fr/bo/20/Special2/MENE2002780N.htm (en voie générale)

https://www.education.gouv.fr/bo/20/Special2/MENE2002781N.htm (en voie technologique)

Ses enjeux sont forts. Les compétences orales sont parmi les plus socialement discriminantes. Il est donc essentiel que l’École les prenne en charge pour réduire les écarts, accompagner les élèves dans leur formation et leur permettre de réussir.

Le Grand Oral s’inscrit dans une double démarche d’apprentissage :

–        Il concerne toutes les disciplines : pour exposer l’élève à de nombreuses situations d’apprentissage, dans des contextes différents et sous des formes les plus variées possibles. Le Grand Oral est adossé à un ou deux enseignements de spécialité, mais les compétences qu’il mobilise s’entrainent dans tous les enseignements. Il est donc nécessaire de construire ce travail dans toutes les disciplines sans se restreindre au seul cadre des enseignements de spécialités.

–       Il s’inscrit dans le parcours de l’élève : d’ores et déjà, ces compétences sont travaillées tout au long de ce parcours. Les élèves les exercent lors d’épreuves spécifiques (oral du DNB, épreuve orale de Français, et d’autres) ; le parcours s’inscrit sur le long terme : dans le second degré, il couvre le collège et le lycée ; au lycée, l’accompagnement vers le Grand Oral doit être pensé de la Seconde à la Terminale comme un objectif de l’établissement, partagé par les équipes pédagogiques.

Au début de l’épreuve, le candidat présente au jury deux questions, afin que celui-ci en choisisse une. Après le choix par le jury de la question à traiter, le candidat dispose de 20 mn de préparation qui lui permettent de se concentrer sur le sujet qu’il connait et a préparé, de se rappeler les points saillants de son exposé. Puis il s’exprime en continu durant cinq minutes sans note, debout face au jury. Il explique les motivations qui l’ont conduit à choisir cette question pendant sa formation, il en développe le sujet puis présente la réponse proposée. Le jury interroge ensuite le candidat durant 10 mn pour l’amener à préciser sa pensée. L’échange prend appui sur la présentation du candidat et le programme de ses enseignements de spécialité. Enfin, le candidat présente pendant cinq minutes le lien entre la question traitée et son projet de poursuite d’études. L’évaluation de cette partie ne porte pas sur le projet de l’élève mais sur la façon dont le candidat explicite son cheminement.

Les attendus de l’épreuve sont les suivants :

–       Une argumentation fondée sur la maîtrise des connaissances disciplinaires,

–       Une parole personnelle,

–       Un discours cohérent construit autour des 3 temps de l’épreuve,

–       Une posture réflexive.

Ils doivent conduire professeurs et élèves à s’approprier le fait qu’il n’existe pas une seule façon de briller dans cette épreuve. Une grille d’évaluation indicative est proposée dans le texte officiel. Elle est à utiliser en classe par les élèves et les professeurs pour envisager à la fois la progressivité des apprentissages mais aussi leur différenciation en fonction des besoins de chacun. Elle peut permettre de mener des évaluations diagnostiques lors des points d’étapes et préciser les objectifs et conseils pour développer les compétences visées.

Cette session, la première pour la mise en place de l’épreuve du Grand oral, doit nous permettre un travail collectif et réflexif à toutes les échelles. Conscients des enjeux portés, au-delà du temps de l’épreuve, les corps d’inspection restent à la disposition des équipes et des établissements pour les accompagner dans leur réflexion. »

Vous trouverez des informations supplémentaires et des ressources sur Eduscol :

https://eduscol.education.fr/cid153457/plan-de-formation-grand-oral.html

Programme

doute

PRÉSENTATION : LA PHILOSOPHIE DANS LES CLASSES TERMINALES DES SERIES GENERALES

1. ORGANISATION DE L’ANNÉE SCOLAIRE.

  • Usages du manuel : Philosophie Terminales éditions Belin
  • Le nécessaire et obligatoire CAHIER-SOUVENIR de philo
  • Rythme de travail. Leçons et exercices. Le travail « facultatif » à la maison.
  • Les devoirs. Devoirs maison et devoirs surveillés.

2. LA PHILOSOPHIE AU BACCALAURÉAT.

  • Les sujets du bac. La dissertation. L’explication de texte.
  • L’esprit de l’épreuve : de la question au problème.
  • Exemples de sujets tombés au bac.
  • L’oral de contrôle

3. A propos du PROGRAMME .

  • Les notions. Les repères. Les auteurs.
  • Le cours et les sorties culturelles
  • Pourquoi lire seulement des textes philosophiques et non les prépabac ?
  • Après le bac, livrets scolaires et orientation : Tout savoir sur PARCOURSUP