On

Gatsby 3En usant des transports en commun ou des services d’information (des journaux par exemple), chacun est semblable à tout autre. Cet être-en-commun dissout complètement l’être-là qui est mien dans le mode d’être d’ « autrui », en telle sorte que les autres n’en disparaissent que davantage en ce qu’ils ont de distinct et d’expressément particulier. Cette situation d’indifférence et d’indistinction permet au « on » de développer sa dictature caractéristique. Nous nous amusons, nous nous distrayons, comme on s’amuse ; nous lisons, nous voyons, nous jugeons de la littérature et de l’art, comme on voit et comme on juge ; et même nous nous écartons des « grandes foules » comme on s’en écarte ; nous trouvons « scandaleux » ce que l’on trouve scandaleux. Le « on » qui n’est personne de déterminé et qui est tout le monde, bien qu’il ne soit pas la somme de tous, prescrit à la réalité quotidienne son mode d’être.
[…] Le « on » se mêle de tout, mais en réussissant toujours à se dérober si l’être-là est acculé à quelque décision. Cependant, comme il suggère en toute occasion le jugement à énoncer et la décision à prendre, il retire à l’être-là toute responsabilité concrète. Le « on » ne court aucun risque à permettre qu’en toute circonstance on ait recours à lui. Il peut aisément porter n’importe quelle responsabilité, puisque à travers lui personne jamais ne peut être interpellé. On peut toujours dire : on l’a voulu, mais on dira aussi bien que « personne » n’a rien voulu.

HEIDEGGER
L’Etre et le Temps, tr. fr. Boehms & Waelhens, I:1, §. 27,
éd. Gallimard, pp. 159-160

Justice, force

Réfléchir à partir de textes philosophiques :

Texte 1 : Justice ou règlement de compte ?

Justice, Force

Il est juste que ce qui est juste soit suivi; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi.

La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique.

La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.

La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste.

Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste soit fort on a fait que ce qui est fort fût juste.

Pascal, Pensée103

Texte 2 :  Qu’est-ce que le droit ? Homme juste ou justicier ?

» Qu’est-ce que le droit ? Cette question pourrait embarrasser le jurisconsulte autant que le logicien est embarrassé par la question – Qu’est-ce que la vérité ? – au cas où le premier ne veut pas tomber dans la tautologie et, au lieu de présenter une solution générale, renvoyer aux lois d’un certains pays à une certaine époque. Ce qui est de droit, c’est-à-dire ce que disent et ont dit des lois en un certain lieu et à une certaine époque, il peut assurément le dire. Mais la question de savoir si ce qu’elles prescrivaient était juste et celle de savoir quel est le critère universel auquel on peut reconnaître le juste et l’injuste lui resteront obscures, s’il n’abandonne pas quelques temps ces principes empiriques et ne cherche pas la source de ces jugements dans la simple raison (quoique ces lois puissent de manière excellente lui servir en ceci de fil conducteur), afin d’établir une fondation pour une législation empirique possible. Une science simplement empirique du droit (…) est une tête, qui peut être belle ; mais il n’y a qu’un mal : elle n’a point de cervelle. «

Kant, Doctrine du droit

Fiche de révision techno « la vérité si je mens »

la_dentelliereLa dentellière, tableau de Johannes Vermeer (1632-1675)

Dans ce tableau le peintre utilise des objets domestiques qui n’ont rien de banal ou de secondaire car ils apparaissent comme si le spectateur épiait par le trou d’une serrure une jeune femme dans son intimité. Le premier plan est flou mais les mains et le visage sont très nets, comme si la scène avait été photographiée en contre plongée. On n’est pas loin de la vérité, car de fait le peintre a utilisé une camera obscura, très lointain ancêtre de l’appareil photo. Cela donne une impression réaliste. Pourtant la peinture comme plus tard la photo d’art n’est pas une copie du réel…


La vérité  peut être classée en 3 catégories:

la connaissance ex : le vrai et le faux dans le domaine des maths = la vérité logique. Contraire ou différent de l’erreur.

la morale ex: au tribunal « je jure de dire la vérité… »= la vérité pratique. Contraire ou différent du mensonge ( faute morale).

en art « la vérité d’un tableau » c’est par exemple quand on dit qu’on fait un portrait de quelqu’un. Contraire ou différent de l’illusion. Pour le tableau on croit que c’est un personnage réel, ou au théâtre on croit à la réalité du personnage (cf. l’illusion comique de Corneille). Zeuxis a peint une grappes de raisins tellement vraies que les oiseaux venaient la picorer. Lorsque Platon apprend ça il se dit qu’il n’y a que les animaux qui sont trompés. L’homme qui raisonne, celui qui sait ne se laisse pas tromper. Platon oppose le savoir non pas à l’ignorance mais à la croyance il vaut mieux ne pas savoir, ne pas posséder la vérité que croire savoir.

Dans le célèbre texte de l’allégorie de la caverne (république livre 7), Platon décrit les hommes comme des prisonniers trompés par les ombres qui défilent sur la paroi du fond. Le véritable philosophe est celui qui se détache de cette vision trompeuse et recherche la vérité dans les idées extérieures à l’opinion.

La vérité définit la démarche philosophique si on la considère non pas comme une possession mais comme une recherche.

Le philosophe est en manque de vérité,il est amoureux de la vérité, il la désire.

La vérité a un lieu : c’est le langage. Elle n’est pas la réalité, c’est une conformité issue du discours ( ????? = logos = logique). La vérité n’est qu’un jugement sur le réel. Il existe une vérité formelle qui ne correspond à rien dans ce qui nous est donné par nos cinq sens. Ex : Le syllogisme : C’est un raisonnement qui a l’apparence d’une vérité mais qui ne correspond à rien du point de vue matériel. (Exemple avec Socrate partie cours).

Pour atteindre le vrai, le philosophe n’a qu’un instrument : C’est la raison (????? =logos). Le bon sens chez Descartes est la chose du monde la mieux partagée. La raison est une faculté de l’esprit universelle qui nous permet :

-de distinguer le vrai du faux (être rationnel, usage théorique de la raison). La vérité de la raison s’oppose à l’opinion, à la croyance, au préjugé.

-de distinguer le bien du mal (être raisonnable, usage pratique de la raison). Dans ce sens on l’oppose à la passion.



Le désir, la passion

l'avare de funès« Rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion » Hegel

Méthode :

Il y a deux pôles d’interprétation du désir en littérature, en art :

-Le pôle rationaliste (souvent contre les passions)

-Le pôle romantique (encourage une passion)

On peut pour ce thème puiser dans nos références culturelles.

Problématique :

Le lien raison / passion pose problème car lorsque on juge  nos désirs ou lorsque l’on condamne nos passions, on juge l’objet du désir et non le désir lui-même. Il faut analyser le désir avant de le condamner.

Intérêts :

La connaissance de soi, la maîtrise de soi, la nature humaine (anthropologie).

Références :

Un lien utile pour comprendre la problématique du désir amoureux, en particulier la vidéo en référence de bas de page…

https://lewebpedagogique.com/philoflo/le-banquet/

Dans le manuel Hatier terminale :

Spinoza p. 78 et  https://lewebpedagogique.com/philo-bac/2010/01/12/spinoza-le-conatus-dans-lethique/

Hegel p.79, Platon, p.81, Épicure, p.82, Descartes,p. 84,

et les stoïciens

Épicure:

https://lewebpedagogique.com/philo-bac/2009/12/25/782/

René Girard

https://lewebpedagogique.com/philo-bac/2009/12/20/732/

Vocabulaire :

Passion, pathos, souffrance, manque, force, imagination, morale, idéal, besoin, corps et âme, conatus, volonté, générosité, plaisir, envie, bonheur, volupté, luxe, sagesse, jouissance, conscience, autrui, matière et esprit, satisfaction, tempérance.

Exercices :

https://lewebpedagogique.com/philo-bac/2009/12/18/642/

Corrigés :

Texte de Hume merci aux ts2 de le mettre en ligne !

Philosophie politique

200px-Supreme_Court2Droit, justice, État

Méthode :

La difficulté pour traiter de philosophie politique c’est l’actualité ; le philosophe est aussi un citoyen qui fait parti de la société et qui à ce titre ne se distingue pas des autres pour pouvoir la juger. Cependant, il y a un travail d’abstraction nécessaire pour penser les notions de justice, de droit. En effet, la justice ne se confond pas avec les actes justes, ni avec les hommes justes. Si comme l’affirme Aristote  » l’homme est un animal politique » (p 347), il doit tout inventer pour constituer cette société juste qui leur permettra de vivre ensemble. Il s’agit donc de s’interroger sur l’origine de la vie en communauté : Est-elle naturelle ou conventionnelle ? Que désirent les hommes, qui tiennent tant à leur liberté, et cependant s’imposent les contraintes de lois et d’institutions ?

Problématique :

Il s’agit de définir les règles de la vie en société et de montrer qu’elle n’ont un sens qu’à partir du moment où un groupe humain se constitue en dehors de la simple naturalité selon un intérêt plus au moins commun. En effet, même les théoriciens du droit naturel affirment que la communauté a pour origine un contrat et pour but une cohérence sociale. En ce sens, s’interroger sur la société, c’est questionner la notion de réciprocité et l’idée de justice qu’elle véhicule. La réflexion philosophique porte alors non pas sur la conformité aux droits positifs, aux faits, mais sur le fondement du droit. Naturel ou conventionnel, il a une origine dans la force, dans le sentiment, ou dans les lois instituées en systèmes (cf. Antigone de Sophocle, la loi du cœur /la loi de la cité).

Intérêt :

Pour la philosophie politique, il s’agit de penser la justice comme équité, égalité ou comme légalité. L’idée de droits naturels nous éclaire sur la raison et les passions de l’homme, sur la nature humaine. Rousseau montre de maniére concluante les contradictions du droit du plus fort. On ne peut pas fonder le droit sur la force. Les lois ne sont pas toujours justes, peut-on refuser d’y obéir? Il faut distinguer les lois et la justice. En ce qui concerne l’état, on retrouve l’idée d’un possible contrat malgré l’insociable sociabilité des hommes. Il y a enfin un intérêt pour la liberté , pour la morale, et pour le bonheur à s’interroger sur le droit.

Vocabulaire :

Echange, société, état, justice, lois, légalité, légitimité, droit, droit positif, droit naturel, règles, équité, égalité, contrat, inter subjectivité, respect et morale, peace and love, obéissance, contrainte, force, devoir, obligation morale, démocratie, tyrannie, monarchie, oligarchie, despotisme, totalitarisme, cosmopolitisme, propagande, soumission, en fait/ en droit, domination, origine , fondement,…

Références :

Aristote (texte 7 page 347) ; Schopenhauer (texte 9 p349), Hobbes (texte 10 p 349), Arendt (texte15 p 344), Kant (texte 16 p 365), Platon (texte 3 p 366), Rousseau (texte 6 p 366, texte 11 p 373)

Danse contemporaine

 

Vous trouverez un article sur le spectacle ici 

et sur le rapport entre danse et philosophie ici

Nous irons au CDC les hivernales MARDI 22 janvier,

spectacle public à 19 heures

 http://www.theatre-video.net/video/Divine-Daniel-Larrieu-a-l-Athenee-Theatre-Louis-Jouvet

L’Oeuvre

Notre-Dame-des-Fleurs raconte la vie d’un assassin de 16 ans à la beauté fulgurante, et notamment sa relation avec un travesti nommé Divine. Ce roman évoque l’enfance et les créatures homosexuelles et ambiguës de la nuit du Paris d’avant-guerre. Il est publié la première fois en 1944.

Prologue à deux voix

« La Divine-Saga devrait être dansée, mimée, avec de subtiles indications. L’impossibilité de la mettre en ballet m’oblige à me servir de mots lourds d’idées précises, mais je tâcherai de les alléger d’expressions banales, vides, creuses, invisibles. »
Notre-Dame-des-Fleurs, p. 36, Folio Gallimard

Ce projet est né du désir partagé d’un chorégraphe et d’une metteur en scène de faire résonner via le corps du danseur des extraits du premier roman de Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, écrit de captivité et première oeuvre d’émancipation de l’auteur.
« Il » devient Divine après une enfance de jeune garçon à la campagne ; il découvre le vocabulaire de la danse classique dans une revue et réinvente, en s’y réfugiant, un monde autant réel qu‘imaginaire, de toute façon sublime. Il se plaît à décrire les « bras en corbeilles que l’on voit faire à Nijinski sur les veilles photos où il porte des roses déchiquetées. »
Plus tard, Divine aime Mignon et l’entretient : « un beau mâle, violent et doux, né pour être mac ».
Mignon rencontre Notre-Dame-des-Fleurs, jeune assassin irrésistible. Divine est ému par la beauté fragile du jeune homme qui le virilise ; il va de nouveau se travestir et s’inventer un corps d’homme ! Renversements multiples, goût de Genet pour le rêve transfiguré…
Le corps du danseur sert ici la puissance fantasmatique et le monde des possibles. Lieu de passage, il incarne le croisement des identités masculin/féminin, réalité/fantasmagorie, parole/mouvement. Le passage de la parole au geste, le croisement du théâtre et de la danse produisent un langage singulier inspiré de l’écriture pure et baroque de Genet.

« Tout a démarré un matin où par la fenêtre de ma chambre, levée bien plus tôt que moi, ma voisine me voit ouvrant les rideaux, je suis exposé nord, elle est exposée sud, je suis chorégraphe, elle est metteur en scène, me laissant le soin d’émerger, elle m’appelle un peu plus tard et me dit :
Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet, il faut que nous fassions quelque chose à partir de ce texte, un laboratoire qui associerait la danse et le théâtre. Une pratique où l’on pourrait voir du corps, et entendre la beauté du texte, sa structure, sa parole singulière.
– Mais je ne suis pas acteur, Gloria ? Danser, oui, sans aucun doute, mais prendre un texte à bras le corps ! Depuis, souvent les lundis, nous nous retrouvons à l’abri de ce qui se nomme une production dans un vertige de gestes et de mots dans le petit studio de répétition au métro Philippe-Auguste. Nous travaillons à un croisement entre les deux pratiques de la voix et du corps dansant.

Gloria Paris et Daniel Larrieu

Lundi au cinéma

LUNDI 22 novembre au cinéma Utopia à 9 heures

Nous irons voir La Vénus noire, le dernier film d’Abdellatif Kechiche, qui raconte l’histoire de la sud-africaine Saartjie Baartman, “la négresse au gros cul” comme certains la qualifiaient à l’époque.

Au début du XIXème siècle, cette servante est emmenée en Europe et devient un objet de foire en raison de ses attributs physiques proéminents. Certains qui  se disent « scientifiques » utilisent sa présence pour théoriser l’infériorité de la “race noire”.

Lorsqu’elle meurt à seulement 25 ans, ses organes génitaux et son cerveau sont placés dans des bocaux de formol, et son squelette et le moulage de son corps sont exposés au musée de l’Homme à Paris.

C’est seulement en 2002 que la France accepte de rendre la dépouille de Saartjie Baartman à l’Afrique du Sud, concluant ainsi un long imbroglio juridique et diplomatique.

Remise du moulage et de la dépouille de Saartjie Baartman en 2002

La remise de la dépouille et du moulage du corps de Saartjie Baartman en 2002 à l’Afrique du Sud par les autorités françaises

Vénus noire dérange en interpellant la nature des regards des spectateurs. Le réalisateur confirme que ce film n’a pas été fait pour être agréable.

En Afrique du Sud, Saartjie Baartman est considérée aujourd’hui comme l’un des symboles de l’humiliation subie par les Noirs pendant la colonisation. Lors de l’affaire de l’athlète Caster Semenya, son nom a aussi été rappelé pour mettre en cause les “impérialistes” occidentaux. Elle sert aussi de porte-étendard aux Khoïsans, le premier peuple ayant habité la région, qui souffrent encore à l’heure actuelle de discriminations.

Ce film nous permettra d’aborder la notion du programme NATURE et CULTURE, mais aussi L’HISTOIRE, le DROIT et la LIBERTÉ.

A suivre…