Le pari de Pascal

Le texte des Pensées où Pascal explique aux athées pour quelles raisons il est préférable de parier que Dieu existe, trouve son adaptation filmique dans cet extrait.


Texte de Pascal :

« Dieu est, ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre ; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux.
Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; car vous n’en savez rien.
« Non ; mais je les blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix ; car, encore que celui qui prend croix et l’autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier ».
Oui ; mais il faut parier ; cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude, et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagnez donc qu’il est, sans hésiter. […] Et ainsi, notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et un infini à gagner. Cela est démonstratif ; et si les hommes sont capables de quelque vérité, celle-là l’est. » Pascal, Pensées

Blaise Pascal, né le 19 juin 1623 à Clairmont (aujourd’hui Clermont-Ferrand) en Auvergne et mort le 19 août 1662 à Paris, est un mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français

Sur les rapports de la raison et du coeur :

« C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison: voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison, écrit Pascal dans ses Pensées,Toute la misère de l’homme vient en effet de ce que Dieu s’est caché à ses yeux, qu’il s’est rendu indigne, par le péché, de retrouver ce qui le rendrait véritablement heureux. »

253. – Deux excès: exclure la raison, n’admettre que la raison.

257. – Il n’y a que trois sortes de personnes: les unes qui servent Dieu, l’ayant trouvé; les autres qui s’emploient à le chercher, ne l’ayant pas trouvé; les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux, les derniers sont fous et malheureux, ceux du milieu sont malheureux et raisonnables.

267. – La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent; elle n’est que faible, si elle ne va jusqu’à connaître cela. Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ?

277. – Le coeur a ses raisons, que la raison ne connaît point; on le sait en mille choses. Je dis que le coeur aime l’être universel naturellement, et soi-même naturellement selon qu’il s’y adonne; et il se durcit contre l’un ou l’autre à son choix. Vous avez rejeté l’un et conservé l’autre: est-ce par raison que vous vous aimez : ?

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » est un adage philosophique de Blaise Pascal issu de ses Pensées. Stylistiquement, cette citation est une diaphore puisque les raisons et la raison sont à prendre dans deux sens différents.

Contrairement à la croyance populaire, cet adage traite de la religion. Il reflète la pensée de Pascal : la raison n’est pas le meilleur moyen d’appréhender Dieu. L’adage est aujourd’hui utilisé, à tort, pour expliquer les décisions humaines irrationnelles, notamment sur le plan amoureux.

Cette Pensée de Pascal renvoie à l’irrationalité ou au mystère de la foi par rapport à la raison.

278. – C’est le coeur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison.

 

Pour Pascal, il n’y a pas de philosophie chrétienne. Dieu parle directement au cœur à l’intérieur même de l’être, par la grâce, et de l’extérieur par les signes.

«?Dieu sensible au cœur et non à la raison?», la foi est le mouvement de l’homme vers Dieu, un élan d’amour

Dieu est l’examen de conscience, l’homme ne peut pas connaître son propre être, par opposition au cogito cartésien. En fait nous pouvons affirmer que Dieu est au fond de nous même, c’est pourquoi, Dieu est sensible au cœur et non à la raison.
L’ordre du cœur, comme la raison est une manière de penser. C’est  une connaissance intuitive, immédiate – le cœur est en fait la faculté de l’insaisissable. Il aspire à l’illimité et à l’absolu, à l’éternel et au parfait. La raison est la faculté de l’humain, le cœur, la faculté du divin.

Ainsi la raison ne peut nous éclairer sur la nature de Dieu. Elle ne peut pas même nous assurer de l’existence de Dieu. La raison manifeste la grandeur de l’homme et elle est éclairée par le cœur. Concernant le mystère et l’existence de Dieu, il y a des cas où nous évitons l’absurde qu’à la condition d’admettre l’inexplicable.